CRISE  – Le Figaro, Yalibadi – L’Éducation nationale va procéder au contrôle de 20 établissements musulmans hors-contrat, essentiellement des écoles primaires, soupçonnés de favoriser la radicalisation. Conformément au principe de liberté des familles, ces établissements hors contrat français n’ont pas à respecter les programmes scolaires. Un article de Caroline Beyer, du Figaro et des craintes exprimées par Ibrahima Bayo sur le site Yabiladi.com  :

Dans un contexte d’état d’urgence, après les attentats de novembre, et d’entre deux tours des élections régionales, le ministère de l’Éducation lance un contrôle sur une vingtaine d’établissements scolaires hors contrat. Dans le viseur: les établissements musulmans, précise Caroline Beyer :

Soupçonnés de contribuer à la radicalisation ou insuffisamment contrôlés par l’Éducation nationale, les établissements concernés sont surtout des écoles primaires.
Selon l’information donnée ce 11 décembre par RTL et confirmée par la Rue de Grenelle, une vingtaine d’établissements sont concernés, dont huit seront contrôlés ce vendredi même par des inspecteurs de l’Éducation nationale. Sur cette liste figurent des établissements sur lesquels pèsent des soupçons de radicalisation, ainsi que des établissements où les contrôles prévus par la législation n’ont pas eu lieu. Six académies sont particulièrement visées, parmi lesquelles Paris, Marseille et Lyon.
«Les effectifs en inspecteurs sont insuffisants pour assurer un contrôle .»
Paul Devin, secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (FSU)
En France, toutes confessions confondues, quelques 300 établissements gravitent dans la galaxie hors contrat. Comment sont-ils contrôlés ?
«Le hors contrat existe dans une perspective de liberté de choix des familles, rappelle préalablement Paul Devin, secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (FSU). Ces établissements ne sont pas tenus de respecter les programmes scolaires. Les contrôles ne portent que sur ce qui pourrait être contraire à la morale et à la loi, poursuit-il. Les raisons religieuses ne peuvent pas être invoquées en tant que telles. Si l’enseignement incite à la haine, cela suffit pour obtenir une fermeture. Mais dans les faits, les choses sont plus complexes à évaluer.»
Surtout des écoles primaires
Le code de l’éducation indique que l’inspection «ne peut porter sur l’enseignement que pour vérifier s’il n’est pas contraire à la morale, à la Constitution, aux lois…». Pour le reste, elle concerne «la moralité, l’hygiène, la salubrité et l’exécution des obligations imposées à ces établissements».
Les contrôles sont-ils fréquents? La réponse est clairement non. «Les effectifs en inspecteurs sont insuffisants pour assurer un contrôle a priori, explique Paul Devin. Mais lorsqu’il y a un problème, que des famille signalent par exemple des dysfonctionnements, l’administration devient alors très réactive.»
«Il faut respecter les programmes de l’Éducation nationale, mais on peut garder un enseignement de l’éthique musulmane.»
Makhlouf Mamèche, président de la Fédération nationale de l’enseignement musulman
C’est ce qui se passe aujourd’hui pour la vingtaine d’établissements visés. Président de la jeune Fédération nationale de l’enseignement musulman créée en 2014 – elle réunit cinq établissements sous contrat (dont le lycée Averroès à Lille) et 51 hors contrat- Makhlouf Mamèche explique avoir eu, il y a quinze jours, une réunion avec les services de l’éducation nationale pour évoquer le hors contrat musulman et la question de la radicalisation.
«Je ne connais pas tous les établissements hors contrats. Beaucoup se créent – pas moins de 16 cette année – de manière parfois anarchique, il faut le dire», reconnaît-t-il. Makhlouf Mamèche explique que sur cette liste figurent surtout des écoles primaires. «On parle d’école, mais il s’agit souvent de 15-20 élèves. Ce sont des familles qui se mettent d’accord entre elles. Elles ne sont pas satisfaites du programme de l’Éducation nationale. Elles estiment que les valeurs de l’islam ne sont pas respectées», poursuit-il évoquant notamment les questions de sexualité. «Parmi ces écoles, deux ou trois refusent clairement de passer sous contrat, estimant qu’elles perdront en liberté.»
Peut-on parler de radicalisation? «C’est peut-être lié», répond le président de la fédération. «Quoiqu’il en soit, on ne peut pas jouer avec l’avenir des enfants», poursuit-il, évoquant par ailleurs des «locaux limite».
«Excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam»
Directeur adjoint du lycée Averroès et vice-président de l’Union des organisation islamiques de France (UOIF), Makhlouf Mamèche ajoute que les établissements visés ont «tout à gagner à passer sous contrat». Et il tient à les rassurer: «Il faut respecter les programmes de l’Éducation nationale, mais on peut garder un enseignement de la langue arabe, de l’éthique musulmane, et organiser des fêtes religieuses au sein de l’établissement.»
L’objectif de la fédération des établissements musulmane est précisément de répondre à «la puissante aspiration des familles musulmanes à instruire et éduquer leurs enfants dans des établissements mêlant excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam».
Huit établissements veulent passer sous contrat
«Le meilleur moyen de contrôle pour l’état, c’est le passage sous contrat. Je demande donc à l’État d’accélérer le processus de passage sous contrat, comme ça, on n’en parle plus», conclut Makhlouf Mamèche.
Sur les 51 établissements que compte la fédération, huit souhaitent, cette année, passer sous contrat. Parmi eux, le collège Éducation et Savoir à Vitry-sur-Seine qui en fait la demande depuis plusieurs années. «Le dossier est irréprochable sur la pédagogie», explique Makhlouf Mamèche qui décrit des «problème de locaux». Sans compter que le passage sous contrat, dans le cadre duquel l’état prend en charge les salaires des enseignants, implique un investissement financier de la part de l’État.

Un contrôle effectué dans le contexte de l’état d’urgence, note Ibrahima Bayo :
Au total, l’Éducation nationale va procéder au contrôle de 20 établissements musulmans hors-contrat, essentiellement des écoles primaires, soupçonnés de favoriser la radicalisation. Un contrôle qui cache en fait une extension de l’état d’urgence à tout ce qui concerne de près ou de loin à la communauté musulmane de France.
Directeur adjoint du lycée Averroès et vice-président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), Makhlouf Mamèche, juge que le meilleur moyen pour l’Etat de contrôler ces écoles serait d’accélérer leur passage sous contrat. Mais des établissements sont réticents à ce changement estimant qu’ils y perdraient plus de libertés. Pourtant le passage sous contrat peut parfois être bénéfique puisqu’à titre de contribution, l’Etat prend en charge les salaires des enseignants.
Ces contrôles interviennent dans un contexte post-attentats de Paris marqué par l’état d’urgence. Un état d’urgence qui a conduit à des perquisitions parfois violentes qui ont visé des commerces halal ou des mosquées. Occasion de ratisser large contre les libertés des musulmans de France, cet état d’urgence semble maintenant s’élargir d’une certaine manière aux établissements scolaires musulmans (20 écoles musulmanes sur 300 hors-contrat) de surcroît des écoles primaires.

Sources : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/12/11/01016-20151211ARTFIG00172-l-education-nationale-inspecte-une-vingtaine-d-etablissements-musulmans-hors-contrat.php ; http://www.yabiladi.com/articles/details/40909/france-ecoles-musulmanes-hors-contrat.html