RPS – La Gazette des Communes – Les différentes études conduites en matière d’évaluation des risques psychosociaux dans les collectivités territoriales convergent de façon inquiétante. Ainsi plus de la moitié des agents territoriaux estiment avoir subi une dégradation du bien-être au travail au cours de ces douze derniers mois. Le point de vue de Carol Knoll, Administratrice territoriale, sur la Gazette des Communes :

Nous sommes arrivés en zone d’alerte. Les différentes études conduites en matière d’évaluation des risques psychosociaux dans nos collectivités territoriales convergent de façon inquiétante : le sens du travail est interrogé, la fierté d’œuvrer à des missions d’intérêt général laisse la place à la sensation oppressante d’être submergé.
Ajoutons à cela les critiques ciblant les fonctionnaires dans les médias et sur les réseaux sociaux, et les incertitudes quant à la portée d’une révision du statut. Nous sommes éminemment en zone d’alerte.
Le fonctionnaire représente un coût avant d’être une ressource ; son travail devient une mission à optimiser ; la suppression de son poste est indispensable au rétablissement des grands équilibres financiers publics.
Cellules d’alerte et des dispositifs préventifs
Le privé est montré en exemple : il serait mieux organisé, moins coûteux, plus moderne… Pourtant, il constitue un excellent contre-exemple en matière de restructurations respectueuses des hommes et des femmes. Dans les mois qui viennent, nombre de collectivités vont s’engager dans de nouvelles réorganisations, à la recherche d’encore plus d’efficience (si tant est que cela soit possible à périmètre d’intervention constant). Difficile de penser que cela se fera sans dégâts humains.
Des collectivités ont déjà mis en place des cellules d’alerte et des dispositifs préventifs qui font leurs preuves, notamment en cas de crise avérée. Médecins du travail et psychologues apportent des regards précieux sur la résolution de conflits internes ou sur la gestion du stress. Mais la véritable prévention, celle qui porte sur les organisations, le management, la communication, n’est que très faiblement mobilisée en tant que telle.
Ne nous trompons pas d’enjeu : les agents de terrain comme les cadres comprennent la nécessité de changement. Ils expriment simplement massivement le besoin d’y être associés. Pas uniquement sous une forme participative, au sein de groupes de travail, mais sous une forme contributive, y compris sur la méthode employée.
Ce n’est pas parce que direction et direction générale maîtrisent parfaitement les processus d’analyse qu’elles doivent se soustraire à la consultation des équipes en amont. Il est enseigné en management que cela est doublement utile : les agents sont ceux qui connaissent le mieux leurs missions et la concertation prépare l’application des décisions futures. L’essentiel réside cependant ailleurs, dans le plus élémentaire respect de la personne humaine.
La prévention dite « primaire » intègre cette nécessaire considération. Pas toujours évidente dans les grandes collectivités pourtant outillées en la matière, comment peut-elle être prise en compte au sein de petites communes ou communautés de communes ? Combien de centres de gestion proposent, par exemple, des compétences facilement mobilisables en matière d’organisation du travail, de conseil en management ou en communication interne, d’accompagnement à la conduite de projets ?
Plus de la moitié des agents territoriaux estiment avoir subi une dégradation du bien-être au travail au cours de ces douze derniers mois. A combien ce pourcentage doit-il grimper pour être considéré comme une alerte de dangerosité sur leur santé et de mise en péril de la qualité des services publics ?

Source : http://www.lagazettedescommunes.com/426115/risques-psychosociaux-la-zone-dalerte-est-atteinte/