REFORME – Le Monde – Fanny Arama et Raphaël Ehrsam sont tous deux enseignants. Membres du club de réflexion, « Bouger les lignes », ils ont fait trois propositions de réforme du système éducatif. Celui est selon eux, une véritable colonne vertébrale du service public français et de l’idéal républicain depuis plus d’un siècle, le système éducatif français est à bout de souffle : les performances de la France dans les études internationales s’érodent, le corps enseignant est épuisé par la détérioration du niveau des classes et des conditions d’enseignement, les parents d’élèves ont perdu confiance dans l’éducation nationale et cherchent des substituts dans le secteur privé. Les tragiques évènements du 13 novembre dévoilent également le recul, dans certaines couches sociales, de l’adhésion aux valeurs républicaines et de certains savoirs élémentaires. Des inflexions radicales, allant bien au-delà d’une énième réforme des programmes ou du temps scolaire, sont désormais incontournables pour sauver l’éducation nationale. Les trois réformes : la décentralisation du système éducatif, la multiplication des filières d’excellence et le rétablissement de l’autorité scolaire. Une tribune parue dans Le Monde :

Nos propositions sont issues d’une série d’entretiens menés auprès d’un groupe d’enseignants en collège et lycée, dans la région parisienne et en province. Passionnés par leur métier, tous sont témoins impuissants des failles du système éducatif et comme une vaste majorité de Français, ne veulent pas se résigner à son déclin.
Premièrement, dans le cadre du renforcement des compétences des régions, nous proposons d’aller plus loin dans la décentralisation du système éducatif. L’État ne peut plus être le seul garant de la qualité de l’enseignement. Il ne peut pas continuer à assurer simultanément la gestion des établissements, des élèves et des enseignants au quotidien et l’évaluation de la qualité éducative. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir l’administration fausser les résultats d’examen en simplifiant à l’extrême les grilles de correction et en remontant arbitrairement les notes des examens nationaux (brevet, bac) pour sauver les apparences. À multiplier les rôles, l’État devient schizophrène et néglige les objectifs qualitatifs fondamentaux de l’éducation nationale : transmettre un savoir riche, équilibré et utile ; permettre aux élèves d’aujourd’hui de devenir les citoyens responsables de demain.
Confions donc aux régions la gestion opérationnelle de l’enseignement secondaire. Celles-ci auront autorité sur tous les établissements scolaires, les corps enseignant et administratif. Elles pourront décider de l’organisation pédagogique en lien avec les établissements de leur ressort, aménager librement les parcours scolaires et les dotations horaires, procéder à l’allocation des moyens selon les priorités définies au niveau local. L’État se recentrera sur la définition d’objectifs éducatifs nationaux ambitieux et vérifiera qu’ils sont atteints, sous le contrôle de la représentation nationale. Cela impliquerait notamment la contractualisation d’objectifs et de moyens avec les régions, la pré-sélection des enseignants par concours, l’évaluation impartiale de la qualité du système éducatif par l’organisation des examens nationaux et la réalisation d’évaluations indépendantes des établissements.
Deuxièmement, pour encourager l’égalité des chances et maintenir l’enseignement public à la pointe de l’innovation, nous proposons non pas de faire disparaître les filières d’excellence mais au contraire de les multiplier, partout sur le territoire. Des classes d’excellence doivent être développées dans chaque établissement, en tenant compte des spécificités et des besoins locaux, tant dans l’enseignement général que dans les filières technologiques et artisanales, professionnelles, culturelles ou sportives. Une multiplication qui engendrera forcément une diversification des filières, laissant une large place à des enseignements spécialisés et à l’initiative des établissements.
Cette multiplication de filières singularisantes doit être conciliée avec une capacité à décloisonner les établissements et les parcours individuels : inciter un élève à approfondir ses domaines de prédilection ne signifie pas l’y enfermer. Il doit pouvoir réévaluer et réorienter son parcours à intervalle régulier, en accord avec le corps enseignant.
Enfin, il faut engager d’urgence un plan de rétablissement de la sérénité dans les salles de classe et rétablir l’autorité de l’institution scolaire. (…)

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