TECHNOLOGIA  – FO Hebdo, GQ magazine –  En décernant le 7e Prix du roman d’entreprise et du travail à Slimane Kader pour son ouvrage Avec vue sous la mer, le jury a fait le choix de la singularité.Ce prix est à l’initiaitive du cabinet Technologia, du réseau Place de la Médiation et la Mutuelle UMC. des artivcles de Force Ouvrière Hebdo et du site GQ Magazine :

Tout d’abord, l’histoire : un jeune travailleur précaire de Seine-Saint-Denis se retrouve embauché comme homme à tout faire sur un paquebot de croisière qui promène ses 6 000 touristes états-uniens dans les Caraïbes. Il y découvre un monde souterrain, ou plutôt sous-marin, constitué de mécaniciens, de cuisiniers, serveurs, nettoyeurs, vendeurs et autres artistes et animateurs. Slimane Kader est le septième lauréat du Prix du roman d’entreprise et du travail, qu’il a reçu le 9 mars 2016 des mains de la ministre du Travail Myriam El khomri pour son livre Avec vue sous la mer.

Dessous, les damnés de la mer

Enchaînant les tâches les plus ingrates, il va, grâce à sa débrouillardise et au hasard, se faire une place au sein de cet immeuble flottant dans lequel la plupart des 2 000 salariés sont cantonnés dans les étages inférieurs, situés sous la ligne de flottaison. Une tour de Babel dans laquelle la division du travail est poussée à l’extrême et s’opère aussi selon des critères ethniques : les Asiatiques aux tâches de précision, les Européens à l’organisation et les Indiens avec les Blacks en cuisine.

Apprenant sur le tas une langue anglaise qui sert de sésame, Wam – le héros – pense et écrit dans un français populaire constitué d’argot moderne et de verlan : « Sa meuf – genre vendeuse de chez Pimkie – a vingt ans de moins que lui et des seins en plastique, bien rigides derrière le soutif jaune fluo […]. Ils sont accompagnés par un chiard, 13 ans et une tronche comme une invitation à coller des beignes ! Petite bouche de rongeur avec un appareil dentaire. Voix de buse qui vient de se faire cartonner par un téléphérique. »

Certes, le style d’écriture pourra parfois dérouter mais il permettra au lecteur de découvrir ce que sont un blèm, un kif, un chouf, un relou et même un boule ou encore une teub…

L’originalité du roman de Slimane Kader c’est de nous plonger dans un univers insoupçonné, celui d’un prolétariat mondialisé, qui n’a pas souvent sa place dans la littérature contemporaine. Quiconque lira ce livre en apprendra plus sur l’envers du décor et sur le quotidien de ceux qui y œuvrent qu’en passant une semaine de croisière all inclusive.

Lors de la remise du prix, c’est la jeune et dynamique maison d’édition Allary qui a reçu la récompense pour Slimane Kader car celui-ci était en mer, quelque part dans les Caraïbes. Aux dernières nouvelles, Avec vue sous la mer sera adapté à la télévision.

L’auteur a été interviewé par Jacques Braunstein sur le site GQ magazine, le 27 mars 2014 :

Quand vous vous êtes engagé sur un paquebot de croisière, vous saviez ce qui vous attendait ? Vous imaginiez la dureté des conditions de travail ?
Un mec que je connaissais m’avait parlé de ce plan. Il m’avait mis au parfum, je savais que je n’allais pas bosser avec les télétubbies… A l’époque j’étais à la ramasse et comme je n’ai peur de rien, je me suis dit que j’allais tenter le coup, je n’avais rien à perdre de toute façon !

Vous décrivez les rapports sociaux entre les différentes communautés sans jamais les juger. Cela ne vous choque pas que chaque communauté (Blancs, Chinois, Mauriciens…) soit cantonnée à une tâche ?
Est-ce que ça te choque que 95% des joueurs de NBA soient blacks ? Et la plonge dans les restos à Panam, c’est un monopole de Norvégiens ? Je vois les choses comme elles sont. Après on peut réfléchir pour comprendre, voir le truc sous l’œil de la sociologie… Sur les bateaux, les gens cherchent de la thune parce que dans leur pays c’est la misère ! Pour eux travailler sur un bateau ça le fait ! Alors l’info circule…  Quand un mec bosse sur un bateau et qu’un plan boulot se profile il prévient ses potes du bled qui rappliquent ! Les recruteurs ne disent pas : « toi t’es Paki’ alors tu vas travailler dans les cuisines avec les autres Paki’. » C’est le Paki’ qui ne peut postuler à rien d’autre. S’il a fait une école de marine et que c’est un cador, il aura son poste d’officier sur le pont…

L’idée que les employés de ces bateaux de croisière dans les Caraïbes ne voient jamais la lumière semble démente. Vous n’exagérez pas un peu ? Il n’y a pas une terrasse pour l’équipage ? Des moments cool comme dans La croisière s’amuse ?
Il y a un entrepont à l’arrière du bateau… Avec des dizaines de crevards allongés au soleil. Un quart d’heure. Vingt minutes. C’est pas bézef, mais quand tu vis comme un ermite, c’est le paradis. Parce que La croisière s’amuse, c’est surtout pour les officiers… Ils ont le droit d’aller au contact de la clientèle dans les clubs, les restos… Nous on s’éclate comme on peut, mais il ne faut pas être trop crevé et avoir le temps… C’est rare.

(…)

 Focus : Un prix littéraire pas comme les autres
Chaque année depuis sept ans, le Prix du roman d’entreprise et du travail récompense un roman dans lequel le travail occupe une place centrale. Il est décerné par un jury de dix-neuf personnes dont l’engagement professionnel ou personnel a trait au travail. Les douze ouvrages initialement sélectionnés ne doivent pas avoir remporté d’autre prix littéraire auparavant.
Il est organisé par le cabinet Technologia et le réseau Place de la Médiation et doté par la mutuelle UMC.

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.force-ouvriere.fr/7e-edition-du-prix-du-roman-d-entreprise-et-du-travail ;   http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/livres/articles/slimane-kader-avec-vue-sous-la-mer/13513