BURN OUT  – L’Humanité – Margareth Barcouda, présidente de l’association Stop burn-out, Benoît Hamon,député des Yvelines, membre de la commission des Affaires étrangères, Marielle Walicki, avocate au barreau de Nice et Khadija Delanoue Ben M’Barek, médecin ont publié des tribunes sur la prévention du burn-out suir la thématique « Comment et pourquoi faut-il améliorer la prévention du burn-out ? »,dans les colonnes du journal l’Humanité :

Une loi pour responsabiliser les entreprises par Benoît Hamon, député des Yvelines, membre de la commission des Affaires étrangères

Le 17 février, j’ai déposé avec 83 députés une proposition de loi visant à favoriser la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel comme maladie professionnelle. Le « burn-out » n’est actuellement pas un diagnostic médical mais un terme générique qui recouvre des pathologies psychiques réelles et bien identifiées telles que le stress post-traumatique, la dépression ou l’anxiété généralisée.

Depuis que j’ai commencé à travailler sur le sujet, il ne se passe pas un jour sans que je ne reçoive de témoignages de jeunes, moins jeunes, cadres, chefs d’entreprise, CRS ou agents administratifs ayant subi au cours de leur carrière un burn-out. Sans que je ne reçoive par mail, par courrier ou dans la rue ces « bouteilles à la mer » – terme révélateur que je retrouve dans de nombreux témoignages – de Français en détresse ne sachant plus que faire pour sortir de la spirale infernale dans laquelle on les a précipités. Sans que je ne reçoive la lettre tragique d’une femme, d’un homme, d’un frère ou d’un parent ayant subi le pire : la souffrance, la dépression ou le suicide d’un proche, harassé, pour qui l’espoir de remonter la pente s’est anéanti.

Pourtant, dans l’écrasante majorité des cas, aucun lien n’est reconnu entre cette souffrance vécue et les conditions de travail au sein de l’entreprise. Parce que cette situation est insupportable pour ceux qui la vivent, il nous faut sortir de ce déni pour éviter que d’autres vies ne se brisent à leur tour. Il est temps de mieux prendre en compte la souffrance au travail.

Si, comme le rapporte le cabinet Technologia, 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de burn-out, c’est que certaines méthodes managériales mettent les salariés en danger. La culture du résultat et l’objectif d’une productivité toujours accrue du travail ont des conséquences sur la santé psychique et physique des travailleurs. Avec la libéralisation et la mondialisation de l’économie, l’organisation du travail a évolué. Le lean management ou le new public management, apparus à la fin des années 1970, conduisent à une mise sous tension permanente des salariés, qu’ils travaillent dans le public ou le privé, dans le but de remplir les objectifs fixés par leur hiérarchie. Seul compte le résultat atteint et plus seulement les moyens mis en œuvre pour les atteindre.

Confrontés à cette pression, beaucoup de salariés perdent pied, à mesure que le travail colonise leur vie tout entière. La démarcation entre la sphère privée et la sphère professionnelle s’efface et la souffrance au travail finit par toucher toute une famille. À l’heure où l’on peut être joignable partout et à tout moment, les moyens de communication modernes renforcent ce risque d’effondrement.

Face à ce phénomène, les entreprises doivent être responsabilisées. C’est l’objectif que je poursuis. Avec la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, la prise en charge des soins ne se fera plus par l’assurance maladie, financée par la collectivité, mais par la branche accident du travail-maladie professionnelle, financée à 97 % par les entreprises. Or, le montant des cotisations payées par les entreprises dépend directement du nombre de maladies comptabilisées en leur sein. Ainsi, une entreprise à forte sinistralité paiera davantage qu’une entreprise vertueuse. Ce système de « stresseurs-payeurs » incite donc financièrement les entreprises à intégrer l’impact de la souffrance au travail dans leur organisation du travail.

Réintégrons l’humain dans la manière de penser le travail et l’entreprise. Redonnons au mot travail les valeurs républicaines que nous défendons, pour faire mentir son étymologie : l’entreprise ne doit pas être un lieu de torture, mais d’épanouissement. Parce que nous sommes tous concernés, nous devons désormais agir pour prévenir.

Social, santé et management sont indissociables par Marielle Walicki, avocate au barreau de Nice

Ces deux dernières décennies ont vu naître une prise de conscience collective : le mal-être au travail, tel que le stress ou le burn-out, n’est pas seulement un accident lié à la personnalité des individus, mais dépend aussi de la qualité des relations au sein de l’entreprise tout autant que des structures professionnelles.

Le contexte économique morose de la France et du monde de l’entreprise participent à tendre les relations au travail, exposant ses acteurs à une pression croissante.

Mon expérience de chef d’entreprise et d’avocat intervenant habituellement en droit des affaires m’a fait réaliser, indépendamment de tous les cas dont les médias se sont fait le porte-parole, de la multiplication des burn-out, tant au sein de petites que des grandes entreprises.

Or, cette pathologie affecte potentiellement toutes les strates de la population active, soit plusieurs millions de personnes en France : cadres, dirigeants, médecins, artisans et autres travailleurs indépendants.

Ces derniers se trouvent même particulièrement exposés car, comme le rappelle l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, les indépendants ont, avec des horaires de travail atypiques, une dimension émotionnelle et une précarité dans la pérennisation de leurs chiffres d’affaires qui leur sont propres.

Parce que social, santé, organisation et management sont indissociables, l’amélioration de la santé psychologique au travail ne doit pas se limiter à la gestion du stress professionnel et au seul traitement de la souffrance. Le vrai enjeu est le bien-être des salariés, leur plein épanouissement et leur valorisation comme principale ressource de l’entreprise.

La profession occupée par chacun d’entre nous ne doit pas être appréhendée uniquement comme une source de rémunération : elle est partie prenante de l’épanouissement personnel, de l’intégration et du lien social.

Le rétablissement du lien social avec la reconnaissance du travail bien fait me semble être des axes de réflexion essentiels afin de reconsidérer les types de management existants ainsi que les relations de travail au sein d’une équipe ou avec le supérieur hiérarchique, notamment lorsque l’isolement réduit les occasions d’échange ou d’écoute : à savoir, rétablir l’unité solidaire dans l’entreprise du dirigeant au salarié en passant par les managers.

Cette démarche constitue un préalable pour que l’entreprise intègre ces enjeux dans sa culture de travail et leur donne une traduction concrète à travers un management de proximité.

En conclusion, je citerai la phrase de Lacordaire : « Le travail est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail », dans cette parole, nous retrouvons la juste expression du sens authentique du travail.

  • Pour un dépistage médical systématique par Khadija Delanoue Ben M’Barek, médecin (…)

Pour lire l’ensemble des tribunes : http://www.humanite.fr/comment-et-pourquoi-faut-il-ameliorer-la-prevention-du-burn-out-601133