Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Face au malaise grandissant des infirmières et des médecins hospitaliers, Marisol Touraine dévoilé le 5 décembre sa « stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail ».

Marisol Touraine a présenté hier un plan d’action destiné à « faire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé, une priorité politique ». Quelque 30 millions d’euros sur trois ans seront consacrés au déploiement dans chaque groupement hospitalier de territoire (GHT) de services de santé au travail, intégrant des psychologues, des conseillers en prévention des risques professionnels et des assistantes sociales.

Formation des professionnels «à la détection des risques psychosociaux et à la gestion des équipes» durant leurs études, mise en place d’un observatoire de la qualité de vie au travail, systématisation des entretiens individuels font également partie des mesures avancées.

5 suicides, cet été

Ce plan était très attendu. Promis en septembre après les suicides d’au moins cinq infirmiers pendant l’été, il devait aussi répondre à la colère des milliers d’infirmiers et d’aides-soignants qui ont défilé dans les rues le mois dernier.

«Notre système de santé» et avec lui «les 2 millions d’hommes et de femmes qui le font vivre au quotidien» sont «confrontés à des transformations, à des défis très importants» comme le vieillissement de la population, a expliqué la ministre devant la presse.

Cela «peut amener des difficultés, des tensions», or «il nous appartient de prendre soin de ceux qui nous soignent» a-t-elle insisté.

Elle a ainsi souligné la nécessité d’un suivi médical pour tous les soignants, en particulier pour les médecins, et annoncé la diffusion d’un guide de prévention des risques psychosociaux à destination des internes.

Autre point important, le lancement d’«une négociation (…) sur les contraintes particulières» rencontrées par les soignants à l’hôpital comme le «travail de nuit», qui devrait aboutir à des «revalorisations indemnitaires», a annoncé Mme Touraine.

Enfin, un médiateur national, chargé de coordonner des médiateurs régionaux, sera également nommé «prochainement» pour traiter les situations conflictuelles non résolues localement.

Une mesure qui fait écho au conflit mis au jour l’année dernière après le suicide d’un cardiologue à l’hôpital parisien Georges Pompidou.

Marisol Touraine a également annoncé la diffusion prochaine d’un guide des risques psychosociaux, la création d’un observatoire de la qualité de vie au travail et la nomination d’un médiateur national pour traiter les situations conflictuelles  non résolues localement

Les mesures préconisées par Marisol Touraine n’ont pas totalement convaincu les syndicats. La secrétaire générale de la fédération Santé de la CGT, Mireille Stivala, citée par l’Express, « émet un sérieux doute sur la faisabilité » du plan d’action de Marisol Touraine, en raison des échéances électorales. Les autres syndicats restent prudents. « L’enveloppe est beaucoup trop petite pour répondre aux attentes de terrain, estime Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). Pour l’instant, il y a trop d’affichage, pas assez de concret. »

« Anorexia corporate »

. « Les suicides et tentatives de suicide devront être signalés afin d’analyser leur cause », a indiqué Marisol Touraine.

Il y a urgence. « 40% des infirmiers et infirmières mais aussi des médecins urgentistes craquent, explique Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et interrogé par Vincent Olivier de l’Express : « Ces personnels de santé sont soumis à plusieurs enjeux qui les fragilisent. Ils exercent d’abord leur métier dans un contexte de très fortes exigences émotionnelles, devant faire preuve de disponibilité, de compassion. Mais ils sont aussi soumis à une raréfaction des équipes, ce qui accroît sans cesse l’intensité du travail. C’est une forme « d’anorexia corporate », l’organisation mise en place dévore petit à petit les effectifs soignants. »

Un constat que partage David Gruson, délégué général de la Fédération Hospitalière de France (FHF). « En parcourant le terrain, on perçoit une grande lassitude des personnels soignants de l’hôpital public, détaille-t-il. Malgré leur fort engagement et leur compréhension du contexte de rigueur économique, les personnels reçoivent beaucoup d’injonctions contradictoires et sont souvent obligés de se plier à des logiques de productivité et d’efficience dénuées de sens. »

Ces expressions de lassitude et d’absence de sens sont autant de signaux indiquant le malaise des personnels.  » L’absentéisme  est aussi un indicateur de troubles, complète David Gruson. Même si, avec 8%, le secteur public hospitalier affiche un taux plus bas que dans les autres fonctions publiques et similaire à celui du secteur privé. » Médecins, infirmières et aide-soignantes se montrent donc fidèles au poste, malgré les difficultés et les nombreux changements qui frappent l’hôpital.

« Les gens n’en peuvent plus des réformes qui tombent d’en haut et dont ils peinent à comprendre le but, poursuit Jean-Claude Delgènes. Toutes ces incertitudes sur le sort de l’hôpital sont génératrices de stress. Un stress auquel s’ajoute le manque de reconnaissance et l’absence de valorisation salariale pour des gens qu’on manage en fonction de leur capacité à se sacrifier. Quand on songe qu’environ un tiers des infirmiers et infirmières en hôpital public démissionnent, on comprend que le malaise est immense. »

Sources : Le Parisien, l’Humanité, Le Figaro, L’Express

 

Burn out : un numéro vert -0805 23 23 36-  pour les soignants

Burn out : un numéro vert -0805 23 23 36- pour les soignants

Selon une étude menée en 2015, près de la moitié des médecins interrogés estimaient avoir déjà étaient en situation d’épuisement professionnel, aussi appelé burn-out. Une association met en place un numéro vert pour répondre à la détresse des professionnels de santé.

Une détresse qu’ils ne chercheraient pas à cacher, selon la récente étude de l’association Soins aux Professionnels de Santé  (SPS). Trois-quarts des praticiens confient qu’ils chercheraient de l’aide s’ils se retrouvaient dans cette situation. Mais la quasi-totalité reconnaît ne pas savoir vers qui se tourner.

Selon cette enquête Stéthos d’octobre 2016, pour les personnels interrogés près de la moitié ne sauraient pas à qui s’adresser en effet et  leur niveau de connaissance en matière d’associations de soutien et de numéros d’écoute dédiés est extrêmement limité. De fait selon cette même étude, 95 % des 4 019 professionnels de santé interrogés ne connaissent pas d’association qui puisse prendre en charge la souffrance psychologique. Aussi, révèle l’enquête, ces derniers sont demandeurs de consultations et de structures dédiées d’écoute et de soutien, ainsi que des lieux d’accueil spécifiques. « Les résultats de la nouvelle et deuxième étude Stéthos démontrent bien l’intérêt de mettre à la disposition des professionnels rendus vulnérables et qui cherchent de l’aide un dispositif d’écoute et de soutien ainsi que des lieux d’accueil qui leur soient spécifiquement réservés », indique Henri Farina, président de Stéthos.

Une plateforme d’appel nationale

Alors pour améliorer la protection des soignants vulnérables, l’association SPS a lancé ce lundi 28 novembre, une plateforme nationale d’appel « interprofessionnelle, indépendante, tenue au secret médical, offrant écoute psychologique, aide et orientation », accessible 24h/24 au 0805 23 23 36.

Les appelants pourront bénéficier d’une première écoute pouvant déboucher vers une orientation adaptée ou un rappel immédiat par l’un des cadres de la plateforme. « Elle vise également à engager une prise en charge psychologique immédiate des soignants soumis à un choc émotionnel, par des psychologues spécialisés et expérimentés », explique l’association.

Pour les professionnels nécessitant une hospitalisation, les écoutants pourront les orienter vers l’une des structures régionales existantes, services dédiés ou unités de prise en charge. Chaque région devrait offrir une unité de 20 à 30 lits. Ces unités auront un cahier des charges commun pour assurer une qualité des soins homogène sur tout le territoire, un fonctionnement en réseau et un maillage efficace. « Les pathologies prises en charge ciblent tout particulièrement le burn-out, la dépression, les addictions, les troubles liés à des conflits interpersonnels au sein d’établissements de soins (harcèlement…) », indique l’association.

Sources : Pourquoi Docteur, Journal des femmes.com

Le FN veut séduire le secteur de la santé

Le FN veut séduire le secteur de la santé

POLITIQUE  – RTL –  Le Front national à la conquête du monde de la santé. En présence de Marine Le Pen, le parti d’extrême droite lance, mardi 17 mai à Paris, son « collectif des usagers de la santé ». Cette nouvelle structure entre dans la stratégie de développement du programme présidentiel du FN pour 2017. Dans sa quête d’exercice du pouvoir, le parti cherche à se positionner et se faire entendre sur des sujets qui concernent les Français mais ne relèvent pas des thèmes régaliens, son domaine de prédilection. Un article de Julien Absalon, sur le site de RTL :

Lors de son séminaire de début février dans l’Essonne, il tenait ainsi à souligner sa volonté mettre « en lumière » certains aspects de son programme politique « encore trop méconnus », relatait les Échos. Cela concernait notamment « le soutien aux TPE-PME, la justice fiscale et les questions de santé publique ». C’est pourquoi le parti a récemment multiplié la création de ce genre de collectifs. Outre celui sur la santé, neuf existent déjà : « Marianne » pour les étudiants, « Audace » pour les jeunes actifs, « Racine » pour les enseignants, « Belaud Argos » pour les animaux, « Croissance Bleu Marine » pour les PME mais aussi « Nouvelle Écologie », « Culture Liberté et Création » et enfin « Mer et Francophonie ».

Le FN séduit dans les hôpitaux

En l’occurrence, la santé est un enjeu majeur pour le Front national. Il aurait même sans doute tort de tourner le dos à ce domaine, compte tenu de l’influence grandissante dont il fait preuve auprès des professionnels du secteur. D’ailleurs, 1.500 d’entre eux sont adhérents du parti, indique L’Opinion. Mais en matière de chiffres, la vérité des urnes semble bien plus frappante. Entre l’élection présidentielle de François Hollande et le premier tour des régionales de décembre 2015, le vote frontiste est monté en flèche dans la fonction publique hospitalière, passant de 19% à 26%. Cette percée, constatée par l’enquête électorale du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), montre aussi dans le détail que 18% des cadres A et 39% des fonctionnaires de catégorie C sont séduits au sein des hôpitaux.
Avec cette offensive sur la santé, le Front national vise non seulement les professionnels mais aussi les usagers. « La France est une grosse consommatrice du système de santé avec le vieillissement de la population », souligne le vice-président Florian Philippot  dans le Monde. Autrement dit, le parti compte bien miser en 2017 sur les seniors qui, pour l’instant, semblent lui faire défaut. Lors des régionales, le vote FN des 65 ans et plus n’avait atteint que 19%, loin de la fourchette des 28% et 35% observée dans les autres catégories d’âge. Alors dès janvier dernier, Florian Philippot préconisait son remède : « Mettre en avant des sujets qui les intéressent davantage : la santé, l’accès aux soins, la lutte contre leur paupérisation ».

Des propositions déjà dévoilées

Une ordonnance reçue cinq sur cinq par Marien Le Pen. Quelques jours avant le lancement du collectif des usagers de la santé, la candidate à la présidentielle a publié sur son blog Carnets d’espérances une lettre à l’adresse des infirmiers. Plusieurs propositions y sont évoquées, comme la suppression de la tarification à l’activité (T2A) dans les hôpitaux qui, selon elle, « instaure une logique comptable plutôt qu’humaine dans la gestion hospitalière ». Il est également question d’une hausse des rémunérations des infirmiers afin qu’elles soient « à la hauteur de leurs compétences » mais aussi d’une reconnaissance légale et financière « de la pénibilité des professions de santé« . En plus de vouloir un ministère « entièrement dédié » à la santé, la présidente du FN envisage, comme pour son programme de 2012, une refonte du numerus clausus qui « reste trop bas » et conduit à « une véritable pénurie médicale ».
Pour convaincre « ces fonctionnaires qui subissent le plus la hausse des agressions, des incivilités, des problèmes de communautarisme », selon l’analyse de Luc Rouban, chercheur au CNRS, dans les colonnes d’Ouest France, le Front national n’omet pas d’insuffler sa ligne politique traditionnelle sur cette thématique de la santé. Dans son post de blog, Marine Le Pen ne manque pas de dénoncer les « revendications communautaristes et religieuses en nombre croissant » dans les hôpitaux. Un phénomène qu’elle considère comme étant une conséquence des « vagues d’immigration successives ».

Source : http://www.rtl.fr/actu/politique/front-national-le-parti-veut-seduire-le-secteur-de-la-sante-et-les-seniors-avec-son-nouveau-collectif-7783264061

Internes anglais en grève totale

Internes anglais en grève totale

CONFLIT  – Le Quotidien du Médecin –  Les internes des hôpitaux anglais ont entamé ce mardi la première grève totale de leur histoire dans l’espoir de faire échouer une réforme de leurs conditions de travail défendue par le gouvernement conservateur de David Cameron. Le bras de fer entre les internes et le gouvernement entre dans son quatrième mois. Les précédentes grèves avaient déjà entraîné l’annulation de plusieurs milliers consultations et interventions.Un articlerdu Quotidien du médecin :

Cette réforme impose aux « junior doctors » un nouveau contrat qui prévoit certes une augmentation du salaire de base de 13,5 % mais aussi une réduction des heures majorées le week-end. Certains horaires qui étaient auparavant considérés comme étant en dehors des horaires normaux, par exemple le samedi, ne le seront plus et donneront donc lieu à des rétributions plus faibles. Le gouvernement dit vouloir ainsi améliorer le service rendu dans les hôpitaux sept jours sur sept et cite huit rapports évoquant un taux de mortalité plus élevé le week-end.

Les internes anglais dénoncent de leur côté un risque de démotivation et de dégradation de leurs conditions de travail susceptible de nuire aux soins apportés aux patients. Ils demandent le retrait de cette réforme. « Si le gouvernement annule la mise en place (de la réforme), nous annulerons la grève », a assuré le Dr Mark Porter, président de la British Medical Association (BMA), qui représente les internes en médecine.

110 000 consultations et 12 500 opérations annulées

Ce débrayage, qui a débuté ce mardi 26 avril, doit se poursuivre mercredi dans le service public de santé anglais (NHS), qui emploie près de 53 000 internes. La grève – la cinquième en quatre mois – paralysera tout le système de santé. Plus de 110 000 consultations et 12 500 opérations ont été annulées.

Face au risque de pagaille, le NHS a publié une liste de recommandations appelant la population à ne pas solliciter outre mesure les hôpitaux, sauf « véritable urgence ».

Appel à Cameron

Signe de la crise, une dizaine de présidents de facultés de médecine ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre David Cameron l’appelant à intervenir directement pour débloquer le dossier.

(…)

Source : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2016/04/26/conditions-de-travail-les-internes-anglais-entament-une-greve-totale_807766#sthash.ZuWSRv5O.dpuf

Hôpital : un volcan en ébulition

Hôpital : un volcan en ébulition

HÔPITAL  – Pourquoi Docteur –  Le site Pourquoi docteur a lancé une grande enquête sur l’Hôpital aujourd’hui. La tarification à l’activité, unique mode de financement des hôpitaux, a changé les rapports entre l’administration et les personnels médicaux. Soumis à une pression toujours plus forte, beaucoup sont à bout. Avec le sentiment que le pouvoir est désormais dans la main de gestionnaires.  Qu’ils soient patients, internes, médecins ou infirmiers, les reproches fusent. Leurs propos sont rapportés dans un 1er volet (regards croisés sur l’hôpital  – voir références). Le second porte plus particulièrement sur la gestion de l’hôpital. Une série d’articles de Bruno Martrette :

Brest, célèbre pour sa rade, mais aussi, depuis peu, pour ses urgences. En février dernier, un vieil homme est mort sur un brancard alors qu’il attendait des soins depuis des heures. Quelques jours plus tard, la direction reçoit la lettre d’une patiente racontant le calvaire de sa tante dans ce service. Des faits divers qui se multiplient partout en France, et qui témoignent de l’exaspération grandissante des patients vis-à-vis de leur hôpital. Et la colère est contagieuse, les personnels soignants sont eux aussi au bord de la crise de nerfs.

Certains chirurgiens de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) n’hésitent ainsi plus à quitter le navire. Elle a enregistré 15 démissions en 2013, 19 en 2014, et 23 sur les neuf premiers mois de 2015 ! Au total, ce sont plus de 4 % de ces troupes d’élite qui ont émigré vers le privé, en France, ou à l’étranger. Un constat peu reluisant pour le vaisseau amiral de notre si cher hôpital public. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoidocteur a arpenté les couloirs des hôpitaux pour comprendre.

L’âge d’or de l’hôpital, un vieux rêve

Au départ, il y avait une promesse. L’hôpital public se construit en offrant un égal accès aux soins pour tous les Français. L’âge d’or de l’institution connaît son apogée avec la loi Debré de 1958 censée mettre en place l’hôpital d’ « excellence ». Les CHU, créés à cette date, permettraient aux médecins de soigner, mais aussi de faire de la recherche et de l’enseignement. Presque 60 ans plus tard, la promesse semble bien lointaine.

« On est loin du compte », estime le Pr Michaël Peyromaure, à la tête du service d’urologie de l’Hôpital Cochin (Paris). Après 15 années de carrière à l’AP-HP, et une consécration comme chef de service arrivée il y a un mois, ce spécialiste semble désabusé : « J’en ai assez de l’inertie hospitalière. Alors que j’exerce dans un CHU, je rencontre aujourd’hui d’énormes difficultés à mettre en place des projets de soins et de recherches attractifs ».

Et le médecin de dénoncer la lenteur administrative et le pouvoir trop dissolu au sein de la structure. « On ne sait plus qui décide de quoi, ou parfois personne ne décide », ajoute-t-il. Comme lui, d’autres grands médecins de l’AP-HP ont été tentés par le privé. Les cliniques sont aux aguets. Plusieurs praticiens nous ont confié avoir reçu des offres de rémunération 4 à 5 fois supérieure à celle qu’ils touchent dans le public, avec, en plus, la possibilité de faire de la recherche.

Ce sentiment d’exaspération est largement partagé. Avec cette impression que le médical cède de plus en plus de place à l’administratif. Médecins et personnels soignants y sont confrontés tous les jours. Si on y ajoute la pénibilité du métier, le burn-out toucherait 35 à 50 % des anesthésistes en fonction des services. Les autres salariés n’ont pas l’air d’aller mieux. Ce jeudi, Le Figaro révélait que la moyenne des arrêts maladie cumulés avoisine les 24 jours par employé à l’hôpital. « Un phénomène dû aux conditions de travail », selon les syndicats. Olivier Youinou, infirmier anesthésiste à l’Hôpital Henri-Mondor (Créteil), évoque ces cadences infernales : « Il y a 20 ans, quand j’ai commencé au bloc opératoire, nous étions un médecin anesthésiste et un infirmier anesthésiste dans chaque salle d’opération. Aujourd’hui, on a un médecin pour deux trois, voire quatre salles ». Instaurées en 2002 à l’hôpital, les 35 heures ont fini de désorganiser les services, entraînant dans leur sillage une perte de moyens et surtout de personnels.

Des déficits abyssaux depuis 30 ans

Comme le moral des praticiens, la situation financière des établissements est morose. Après l’âge d’or, les comptes sont vite passés au rouge, dès les années 80. Et la situation est allée de mal en pis. Frédéric Bizard, économiste de la santé, relate : « Entre le début des années 2000 et aujourd’hui, le niveau d’endettement de l’hôpital public est passé de 10 à 30 milliards. Cela malgré une hausse sensible du budget de plus d’1,2 milliard d’euros chaque année ». Une enveloppe que personne ne voit, ou plutôt, pas au bon endroit. La répartition des dépenses à l’hôpital reste un sujet épineux.

Pour le Pr Peyromaure, l’argent ne va tout simplement pas où il faut. Il cite l’exemple des congés bonifiés donnés à beaucoup d’agents du service hospitalier qui coûtent une somme colossale à l’AP-HP. « Par peur des conflits sociaux, la direction a maintenu cette vieille tradition ». De son côté, Frédéric Bizard énumère pêle-mêle, des coûts de production du soin hospitalier « historiquement élevés » dans le public. Et des durées de séjour des malades 20 % plus longues en France que chez nos voisins européens. Résultat, en 2014, chaque Français coûte, en moyenne, 1 346 € en soins d’hospitalisation : c’est près de la moitié de ses dépenses de santé (45,7 %).

Mais à ces problèmes financiers internes à l’hôpital se greffe une autre actualité beaucoup plus politique. Jusqu’à un passé récent, le maire était aussi président du conseil d’administration de l’hôpital, bien souvent premier employeur de la ville. Pas question donc de mettre à la porte des milliers d’agents hospitaliers. Une surcapacité hospitalière que dénonce Frédéric Bizard. « Nous avons 30 % de lits excédentaires comparés aux autres pays de l’OCDE (2) », souligne-t-il.

Et les tentatives de fermer les petites structures (en périphérie des grandes villes) parce que leur activité ne permet pas d’offrir les conditions de sécurité aux patients avortent. Grèves, manifestations, comme à Valognes (Manche) : les usagers n’hésitent plus à faire pression sur les autorités. Dans un rapport remis fin juillet 2015 à la ministre de la Santé, le Dr Jean-Yves Grall, directeur d’une ARS (3), estimait pourtant qu’il faudrait « éviter la présence inutile de médecins [urgentistes] lors de périodes de faible activité ou sur des structures à faible activité globale ». En métropole, 67 services d’urgences seraient menacés.

De calife à exécutant 

Alors, pour boucher les trous, l’hôpital public a tenté de rendre plus rentable son activité. Lancée en 2004, la tarification à l’activité (T2A) s’attache plus à mesurer le volume d’actes et d’interventions pratiqués dans un service que la pertinence du travail effectué, estiment plusieurs personnels soignants. Le sociologue Frédéric Pierru raconte : « Avant, les chefs de service avaient très peu de contraintes. Ils faisaient souvent ce qu’ils voulaient, un peu comme des patrons dans leurs fiefs ». Un changement radical par rapport à l’époque actuelle où ceux-ci doivent présenter des business plans à leur directeur d’hôpital. « De calife dans leur unité, ils se sont transformés en simples exécutants d’une politique gestionnaire ». Un peu comme dans une entreprise où les salariés doivent avoir une activité rentable.

(…)

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.pourquoidocteur.fr/Enquette/10097-Hopital-un-volcan-en-ebullition ; http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/15257-Regards-croises-sur-l-hopital

 

L’absentéisme plus élevé dans les centres hospitaliers

L’absentéisme plus élevé dans les centres hospitaliers

ABSENTEISME  – infirmiers.com, RTL –  Le taux d’absentéisme s’est élevé à 3,4% pour le personnel médical dans les établissements publics de santé (EPS) en 2014, montre l’analyse de bilans sociaux effectuée par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), Ce bilan a été transmis aux membres du Conseil supérieur de la fonction publique hospitalière (CSFPH) qui doivent se sont réuni le 14 avril 2016.Au début de son rapport, l’ATIH précise que 488 établissements publics de santé (EPS) ont répondu à l’enquête sur le bilan social de 2014, soit 55,5% de la totalité des établissements interrogés et 84,1% des établissements concernés par l’enquête de façon obligatoire. Elle note que les données 2014 présentent une exhaustivité de presque 10 points supérieure à celle des données 2013. Parallèlement, les hôpitaux qui connaissent le plus fort absentéisme ont été rendu publics. Des articles du site Infirmiers.com et de RTL :

Au sein des 302 établissements étudiés, précise Infirmiers ?com, le taux d’absentéisme pour motif médical et non médical est de 3,4% pour le personnel médical, dont 0,1% pour l’absentéisme inférieur à six jours, et 3,3% pour l’absentéisme supérieur ou égal à six jours.

En ce qui concerne le personnel non médical, le taux d’absentéisme est de 8%, dont 0,4% pour l’absentéisme inférieur à six jours, et 7,6% pour l’absentéisme supérieur ou égal à six jours.

Au niveau du personnel médical, le taux d’absentéisme est plus élevé dans les centres hospitaliers (CH) que les autres catégories d’établissements, soit 4,1%. Pour le personnel non médical, l’absentéisme est le plus élevé, à 8,3%, dans les CH de petite taille (produits inférieurs à 20 millions d’euros).

Le taux d’absentéisme augmente de +0,1 point pour le personnel médical entre 2013 et 2014. Cette évolution varie cependant entre -0,3 point pour les CH de petite taille et +0,2 point pour les CH de taille financière moyenne (produits entre 20 millions et 70 millions).

Concernant le personnel non médical, l’ensemble des catégories d’établissements présentent une augmentation de leur taux d’absentéisme (augmentation globale de +0,2 point).

Les agents médicaux absents pendant 9 jours

L’analyse des bilans sociaux de 2014 pour 324 établissements révèle également que le nombre moyen de jours d’absence par agent (pour des motifs médicaux et non médicaux) est neuf jours pour le personnel médical et de 27 jours pour le personnel non médical.

S’agissant du personnel médical, ce nombre moyen de jours d’absence par agent est le plus élevé dans les CH, soit 12 jours. Pour le personnel non médical, les CH de petite taille et de grande taille (produits supérieurs à 70 millions d’euros) présentent les ratios les plus élevés, soit 28 jours d’absence par agent en moyenne.

Par ailleurs, le taux de rotation du personnel est de 23,3% pour le personnel médical et de 9,2% pour le personnel non médical, d’après les données de 352 établissements.

Des métiers sous tension

Dans le domaine médical, les trois corps de métiers les plus cités comme étant « sensibles » sont les autres spécialités médicales (42% des établissements), l’anesthésie-réanimation (41,1%) et la radiologie imagerie (34,3%).

Un métier est dit « sensible » lorsqu’il se caractérise par des éléments quantitatifs (un nombre important d’agents dont la pénurie pourrait mettre en difficulté le bon fonctionnement des établissements) et/ou qualitatifs (des compétences en évolution/mutation, par exemple).

Pour le personnel non médical, les métiers les plus sensibles sont ceux de masseur-kinésithérapeute (62,8%), d’infirmier en soins généraux (28,3%) et d’aide-soignant (20,6%).

Une vingtaine d’établissements sont pointés du doigt pour leurs agents qui sont absents plus de 30 jours par an en moyenne, poursuit la rédaction de RTL : Les hôpitaux sont malades de l’absentéisme. En 2014, les agents de 22 établissements français ont cumulé plus de 30 jours d’absentéisme, selon les données de l’outil publique Hospi Diag. Le total est alarmant lorsqu’il est comparé à la moyenne dans le secteur privé qui s’élève à 16,7 jours. Pour établir ce constat, les absences liées aux RTT et aux arrêts maladies ont été prises en compte. Le Figaro rapporte ainsi que les régions les plus touchées par l’absentéisme des agents hospitaliers sont la Corse, la Guyane, la Haute-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
C’est justement en PACA que se trouve le plus mauvais élève : le centre hospitalier Louis-Raffali de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) avec une moyenne de 39,7 jours d’arrêts par agent. Dans le bas du classement, cet établissement est accompagné par : le groupe hospitalier de Carnelle Portes de l’Oise (37 jours) ainsi que les centres hospitaliers de Fontainebleau (34,6 jours), de Brignoles (34 jours), de Castellucio (33,5 jours) et de Hénin-Beaumont (33,5 jours).

L’absence de jour de carence en cause ?

Le CHU de Marseille, le centre hospitalier universitaire le plus touché par l’absentéisme, se trouve également dans un état critique. Chaque jour, 1.100 agents hospitaliers manquent à l’appel sur un effectif de 12.000. « Ça a toujours été comme ça. Au début, peut-être qu’il n’y a pas eu assez de gens contrôlés », estime une aide-soignante travaillant depuis 15 ans à l’hôpital de la Conception. Audrey Jolibois, du syndicat FO des hôpitaux de Marseille, met en avant un manque chronique d’effectif. Il peut ainsi arriver qu’une aide-soignante soit remplacée au pied levé par une infirmière devant assurer les deux postes. « Ça peut durer pendant deux ou trois jours, on se rend compte que l’aide-soignante ne manque pas tellement et on continue comme ça pendant des mois. Et ça ne gêne personne », explique-t-elle.

Sources : http://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/infirmiere-dans-la-fonction-publique/fph-27-jours-absence-personnel-non-medical-2014.html ; http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/hopitaux-les-6-etablissements-les-plus-touches-par-l-absenteisme-en-2014-7782915146