Grève du 10 octobre : une mobilisation « modérée » dans le secteur hospitalier ?

Grève du 10 octobre : une mobilisation « modérée » dans le secteur hospitalier ?

Si la grève est restée souvent mesurée dans l’ensemble du système hospitalier, elle a montré  pour la première fois, une réunion de revendications inter catégorielles et inter hiérarchiques de protestations sur les conditions et la dégradation des conditions de travail dans l’hôpital.

Selon les premiers chiffres du ministère de l’Action et des Comptes publics diffusés*, 13,95 % des agents de la fonction publique d’État (dont 16,67 % dans l’Éducation nationale) se  sont mobilisés mardi 10 octobre, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales de la fonction publique. C’est un peu moins pour la fonction publique territoriale (9,5 %). La fonction publique hospitalière comptait elle dans ses rangs 10,4 % de grévistes. Ces chiffres incluent les hospitaliers grévistes mais « assignés dans les services », précise le ministère.

Sur son compte Twitter, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué pour sa part, à la mi-journée, un taux de mobilisation de 4,8 %, dont 2,7 % des agents réellement absents, les autres restants assignés.

« C’était la plus forte mobilisation depuis 10 ans en termes de manifestants », a indiqué de son côté Philippe Crépel, secrétaire fédéral de la CGT Santé Action sociale, cité par APMnews.

Derrière ces constats divers, le malaise hospitalier persiste. Avec une première : fait rare, les médecins hospitaliers étaient en grève aux côtés des autres professions de l’hôpital public. Tous ensembles, ils ont défilé pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et l’étranglement financier des hôpitaux.

Si les infirmiers se retrouvent régulièrement sur le pavé pour dénoncer leurs conditions de travail, le fait qu’ils soient aujourd’hui rejoints par les médecins est exceptionnel. C’est la traduction de l’ampleur du malaise hospitalier, note France TV Info qui cite  Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat National des Professionnels Infirmiers, « que l’on soit ouvrier, administratif, soignant ou médecin, on voit que l’hôpital est en crise. Depuis 10 ans, on a supprimé des postes, des lits… Tout ça dans une logique purement comptable sans prendre le temps d’écouter les soignants et les médecins ».

Avec jusqu’à 80% de grévistes dans certains services, les anesthésistes sont en tête de la mobilisation médicale, poursuit le média,  « une grève masquée par les réquisitions administratives qui les maintiennent au bloc opératoire. Mais, l’épuisement est réel face aux restrictions budgétaires imposées depuis des années ».

* Les chiffres ministériels :

Taux de participation à la journée nationale d’action  du 10 octobre 2017 dans la fonction publique Selon les estimations disponibles à 18h00 le jour des mobilisations, les taux de participation des agents publics, selon le Ministère étaient de :

–    13,95 % dans la fonction publique de l’État (moyenne pondérée des taux de participation

Constatés dans l’Éducation nationale (16,67 %), dans les ministères hors Education

nationale (13,65 %) et chez les exploitants publics (5,58 %))

–     9,5 % dans la fonction publique territoriale

–    10,4 % de mobilisation dans la fonction publique hospitalière (incluant les agents grévistes

assignés dans les services).

Taux de participation des agents de la fonction publique d’Etat aux précédentes mobilisations du

même ordre, à titre de comparaison :

–     Avril 2015 (appel de 5 organisations, contre 9 aujourd’hui) : 9,13%

–     Septembre 2010 (appel de 6 organisations) : 26,58%

(MINISTÈRE DE L’ACTION ET DES COMPTES PUBLICS – Communiqué de presse)

Complément : extraits d’une interview de Rémi Salomon parue dans Libération du 2 octobre 2017

Chef de service en néphrologie pédiatrique à l’hôpital Necker, à Paris, le professeur Rémi Salomon est élu au Comité médical d’établissement central, instance consultative de l’AP-HP. Il est vice-président de la commission vie hospitalière, chargé des conditions de travail. Ces propos ont été par Amandine Cailhol, journaliste de Libération et interview publiée le 2 octobre 2017 dans ce quotidien  – (extraits) :

(…)

Le documentaire Burning Out montre un hôpital au bord de l’explosion. Quel enseignement en tirer ?

Dans ce film, on voit un bloc opératoire où il y a de la souffrance et des problèmes spécifiques. Mais il ne faut pas se leurrer, ces difficultés, qui sont assez partagées, proviennent de plusieurs causes. Et notamment – mais pas que – de raisons budgétaires. Les établissements sont confrontés à des obligations de résultats et de rentabilité. Cela pose problème pour l’hôpital public qui a des missions de service public. La tarification à l’activité (T2A), issue de la réforme de 2007, est par exemple inadaptée pour la prise en charge des maladies chroniques, qui demande du temps.

Que peut un établissement face à cela ?

Depuis quelques années, les dépenses de santé à l’échelle nationale sont très contenues, et cela a une répercussion directe sur le soin. Ce sont des choix de société, des décisions politiques. Les médecins sont bien conscients de ces contraintes. Sans se transformer en gestionnaires, ils doivent participer à la réflexion sur les dépenses avec le personnel paramédical (cadres, infirmiers…) et avec les directions des hôpitaux pour trouver des solutions, notamment en termes d’organisation du travail.

Y a-t-il d’autres raisons qui expliquent que l’hôpital soit devenu un lieu de souffrance au travail ?

L’organisation du temps de travail en 35 heures nous a mis en difficulté pour organiser la permanence des soins. La réglementation du temps de travail des internes, même si c’est une bonne chose, a rendu la tâche plus difficile. Par ailleurs, cela peut être très gratifiant de prodiguer le soin, mais l’hôpital est aussi un milieu dur sur le plan psychique. On est très exposé à la souffrance, la maladie, la mort. Ça bouscule. Le chirurgien sait que le moindre écart peut avoir des conséquences graves. Forcément, ces tensions sont renforcées par le contexte. D’autant qu’à l’hôpital, on voit vite les conséquences des difficultés organisationnelles, managériales ou budgétaires sur les patients. On est alors face à une souffrance éthique lorsque le soignant se sent empêché de faire son travail, lorsqu’il perd son sens.

Que faire alors, à budget contraint ?

Il faut repenser le management. Le suicide d’un de nos collègues, professeur de cardiologie, fin 2015, nous en a fait prendre conscience. A l’hôpital, les chefs de service n’ont pas de formation, et ce n’est pas normal. A l’AP-HP, nous souhaitons que la capacité à manager soit une condition du maintien des chefs de service. C’est une logique révolutionnaire à l’hôpital, où le mandarinat a longtemps prévalu. Nous avons aussi rédigé une charte du management médical, pour mettre en place des entretiens annuels avec les membres des équipes, ou encore des conseils de services, c’est-à-dire des temps d’échange pour parler des problèmes. Ce management participatif vise aussi à récréer du lien entre soignants. »…

(Libération du 2 octobre 2017)

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Face au malaise grandissant des infirmières et des médecins hospitaliers, Marisol Touraine dévoilé le 5 décembre sa « stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail ».

Marisol Touraine a présenté hier un plan d’action destiné à « faire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé, une priorité politique ». Quelque 30 millions d’euros sur trois ans seront consacrés au déploiement dans chaque groupement hospitalier de territoire (GHT) de services de santé au travail, intégrant des psychologues, des conseillers en prévention des risques professionnels et des assistantes sociales.

Formation des professionnels «à la détection des risques psychosociaux et à la gestion des équipes» durant leurs études, mise en place d’un observatoire de la qualité de vie au travail, systématisation des entretiens individuels font également partie des mesures avancées.

5 suicides, cet été

Ce plan était très attendu. Promis en septembre après les suicides d’au moins cinq infirmiers pendant l’été, il devait aussi répondre à la colère des milliers d’infirmiers et d’aides-soignants qui ont défilé dans les rues le mois dernier.

«Notre système de santé» et avec lui «les 2 millions d’hommes et de femmes qui le font vivre au quotidien» sont «confrontés à des transformations, à des défis très importants» comme le vieillissement de la population, a expliqué la ministre devant la presse.

Cela «peut amener des difficultés, des tensions», or «il nous appartient de prendre soin de ceux qui nous soignent» a-t-elle insisté.

Elle a ainsi souligné la nécessité d’un suivi médical pour tous les soignants, en particulier pour les médecins, et annoncé la diffusion d’un guide de prévention des risques psychosociaux à destination des internes.

Autre point important, le lancement d’«une négociation (…) sur les contraintes particulières» rencontrées par les soignants à l’hôpital comme le «travail de nuit», qui devrait aboutir à des «revalorisations indemnitaires», a annoncé Mme Touraine.

Enfin, un médiateur national, chargé de coordonner des médiateurs régionaux, sera également nommé «prochainement» pour traiter les situations conflictuelles non résolues localement.

Une mesure qui fait écho au conflit mis au jour l’année dernière après le suicide d’un cardiologue à l’hôpital parisien Georges Pompidou.

Marisol Touraine a également annoncé la diffusion prochaine d’un guide des risques psychosociaux, la création d’un observatoire de la qualité de vie au travail et la nomination d’un médiateur national pour traiter les situations conflictuelles  non résolues localement

Les mesures préconisées par Marisol Touraine n’ont pas totalement convaincu les syndicats. La secrétaire générale de la fédération Santé de la CGT, Mireille Stivala, citée par l’Express, « émet un sérieux doute sur la faisabilité » du plan d’action de Marisol Touraine, en raison des échéances électorales. Les autres syndicats restent prudents. « L’enveloppe est beaucoup trop petite pour répondre aux attentes de terrain, estime Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). Pour l’instant, il y a trop d’affichage, pas assez de concret. »

« Anorexia corporate »

. « Les suicides et tentatives de suicide devront être signalés afin d’analyser leur cause », a indiqué Marisol Touraine.

Il y a urgence. « 40% des infirmiers et infirmières mais aussi des médecins urgentistes craquent, explique Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et interrogé par Vincent Olivier de l’Express : « Ces personnels de santé sont soumis à plusieurs enjeux qui les fragilisent. Ils exercent d’abord leur métier dans un contexte de très fortes exigences émotionnelles, devant faire preuve de disponibilité, de compassion. Mais ils sont aussi soumis à une raréfaction des équipes, ce qui accroît sans cesse l’intensité du travail. C’est une forme « d’anorexia corporate », l’organisation mise en place dévore petit à petit les effectifs soignants. »

Un constat que partage David Gruson, délégué général de la Fédération Hospitalière de France (FHF). « En parcourant le terrain, on perçoit une grande lassitude des personnels soignants de l’hôpital public, détaille-t-il. Malgré leur fort engagement et leur compréhension du contexte de rigueur économique, les personnels reçoivent beaucoup d’injonctions contradictoires et sont souvent obligés de se plier à des logiques de productivité et d’efficience dénuées de sens. »

Ces expressions de lassitude et d’absence de sens sont autant de signaux indiquant le malaise des personnels.  » L’absentéisme  est aussi un indicateur de troubles, complète David Gruson. Même si, avec 8%, le secteur public hospitalier affiche un taux plus bas que dans les autres fonctions publiques et similaire à celui du secteur privé. » Médecins, infirmières et aide-soignantes se montrent donc fidèles au poste, malgré les difficultés et les nombreux changements qui frappent l’hôpital.

« Les gens n’en peuvent plus des réformes qui tombent d’en haut et dont ils peinent à comprendre le but, poursuit Jean-Claude Delgènes. Toutes ces incertitudes sur le sort de l’hôpital sont génératrices de stress. Un stress auquel s’ajoute le manque de reconnaissance et l’absence de valorisation salariale pour des gens qu’on manage en fonction de leur capacité à se sacrifier. Quand on songe qu’environ un tiers des infirmiers et infirmières en hôpital public démissionnent, on comprend que le malaise est immense. »

Sources : Le Parisien, l’Humanité, Le Figaro, L’Express

 

Burn out : un numéro vert -0805 23 23 36-  pour les soignants

Burn out : un numéro vert -0805 23 23 36- pour les soignants

Selon une étude menée en 2015, près de la moitié des médecins interrogés estimaient avoir déjà étaient en situation d’épuisement professionnel, aussi appelé burn-out. Une association met en place un numéro vert pour répondre à la détresse des professionnels de santé.

Une détresse qu’ils ne chercheraient pas à cacher, selon la récente étude de l’association Soins aux Professionnels de Santé  (SPS). Trois-quarts des praticiens confient qu’ils chercheraient de l’aide s’ils se retrouvaient dans cette situation. Mais la quasi-totalité reconnaît ne pas savoir vers qui se tourner.

Selon cette enquête Stéthos d’octobre 2016, pour les personnels interrogés près de la moitié ne sauraient pas à qui s’adresser en effet et  leur niveau de connaissance en matière d’associations de soutien et de numéros d’écoute dédiés est extrêmement limité. De fait selon cette même étude, 95 % des 4 019 professionnels de santé interrogés ne connaissent pas d’association qui puisse prendre en charge la souffrance psychologique. Aussi, révèle l’enquête, ces derniers sont demandeurs de consultations et de structures dédiées d’écoute et de soutien, ainsi que des lieux d’accueil spécifiques. « Les résultats de la nouvelle et deuxième étude Stéthos démontrent bien l’intérêt de mettre à la disposition des professionnels rendus vulnérables et qui cherchent de l’aide un dispositif d’écoute et de soutien ainsi que des lieux d’accueil qui leur soient spécifiquement réservés », indique Henri Farina, président de Stéthos.

Une plateforme d’appel nationale

Alors pour améliorer la protection des soignants vulnérables, l’association SPS a lancé ce lundi 28 novembre, une plateforme nationale d’appel « interprofessionnelle, indépendante, tenue au secret médical, offrant écoute psychologique, aide et orientation », accessible 24h/24 au 0805 23 23 36.

Les appelants pourront bénéficier d’une première écoute pouvant déboucher vers une orientation adaptée ou un rappel immédiat par l’un des cadres de la plateforme. « Elle vise également à engager une prise en charge psychologique immédiate des soignants soumis à un choc émotionnel, par des psychologues spécialisés et expérimentés », explique l’association.

Pour les professionnels nécessitant une hospitalisation, les écoutants pourront les orienter vers l’une des structures régionales existantes, services dédiés ou unités de prise en charge. Chaque région devrait offrir une unité de 20 à 30 lits. Ces unités auront un cahier des charges commun pour assurer une qualité des soins homogène sur tout le territoire, un fonctionnement en réseau et un maillage efficace. « Les pathologies prises en charge ciblent tout particulièrement le burn-out, la dépression, les addictions, les troubles liés à des conflits interpersonnels au sein d’établissements de soins (harcèlement…) », indique l’association.

Sources : Pourquoi Docteur, Journal des femmes.com

Le FN veut séduire le secteur de la santé

Le FN veut séduire le secteur de la santé

POLITIQUE  – RTL –  Le Front national à la conquête du monde de la santé. En présence de Marine Le Pen, le parti d’extrême droite lance, mardi 17 mai à Paris, son « collectif des usagers de la santé ». Cette nouvelle structure entre dans la stratégie de développement du programme présidentiel du FN pour 2017. Dans sa quête d’exercice du pouvoir, le parti cherche à se positionner et se faire entendre sur des sujets qui concernent les Français mais ne relèvent pas des thèmes régaliens, son domaine de prédilection. Un article de Julien Absalon, sur le site de RTL :

Lors de son séminaire de début février dans l’Essonne, il tenait ainsi à souligner sa volonté mettre « en lumière » certains aspects de son programme politique « encore trop méconnus », relatait les Échos. Cela concernait notamment « le soutien aux TPE-PME, la justice fiscale et les questions de santé publique ». C’est pourquoi le parti a récemment multiplié la création de ce genre de collectifs. Outre celui sur la santé, neuf existent déjà : « Marianne » pour les étudiants, « Audace » pour les jeunes actifs, « Racine » pour les enseignants, « Belaud Argos » pour les animaux, « Croissance Bleu Marine » pour les PME mais aussi « Nouvelle Écologie », « Culture Liberté et Création » et enfin « Mer et Francophonie ».

Le FN séduit dans les hôpitaux

En l’occurrence, la santé est un enjeu majeur pour le Front national. Il aurait même sans doute tort de tourner le dos à ce domaine, compte tenu de l’influence grandissante dont il fait preuve auprès des professionnels du secteur. D’ailleurs, 1.500 d’entre eux sont adhérents du parti, indique L’Opinion. Mais en matière de chiffres, la vérité des urnes semble bien plus frappante. Entre l’élection présidentielle de François Hollande et le premier tour des régionales de décembre 2015, le vote frontiste est monté en flèche dans la fonction publique hospitalière, passant de 19% à 26%. Cette percée, constatée par l’enquête électorale du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), montre aussi dans le détail que 18% des cadres A et 39% des fonctionnaires de catégorie C sont séduits au sein des hôpitaux.
Avec cette offensive sur la santé, le Front national vise non seulement les professionnels mais aussi les usagers. « La France est une grosse consommatrice du système de santé avec le vieillissement de la population », souligne le vice-président Florian Philippot  dans le Monde. Autrement dit, le parti compte bien miser en 2017 sur les seniors qui, pour l’instant, semblent lui faire défaut. Lors des régionales, le vote FN des 65 ans et plus n’avait atteint que 19%, loin de la fourchette des 28% et 35% observée dans les autres catégories d’âge. Alors dès janvier dernier, Florian Philippot préconisait son remède : « Mettre en avant des sujets qui les intéressent davantage : la santé, l’accès aux soins, la lutte contre leur paupérisation ».

Des propositions déjà dévoilées

Une ordonnance reçue cinq sur cinq par Marien Le Pen. Quelques jours avant le lancement du collectif des usagers de la santé, la candidate à la présidentielle a publié sur son blog Carnets d’espérances une lettre à l’adresse des infirmiers. Plusieurs propositions y sont évoquées, comme la suppression de la tarification à l’activité (T2A) dans les hôpitaux qui, selon elle, « instaure une logique comptable plutôt qu’humaine dans la gestion hospitalière ». Il est également question d’une hausse des rémunérations des infirmiers afin qu’elles soient « à la hauteur de leurs compétences » mais aussi d’une reconnaissance légale et financière « de la pénibilité des professions de santé« . En plus de vouloir un ministère « entièrement dédié » à la santé, la présidente du FN envisage, comme pour son programme de 2012, une refonte du numerus clausus qui « reste trop bas » et conduit à « une véritable pénurie médicale ».
Pour convaincre « ces fonctionnaires qui subissent le plus la hausse des agressions, des incivilités, des problèmes de communautarisme », selon l’analyse de Luc Rouban, chercheur au CNRS, dans les colonnes d’Ouest France, le Front national n’omet pas d’insuffler sa ligne politique traditionnelle sur cette thématique de la santé. Dans son post de blog, Marine Le Pen ne manque pas de dénoncer les « revendications communautaristes et religieuses en nombre croissant » dans les hôpitaux. Un phénomène qu’elle considère comme étant une conséquence des « vagues d’immigration successives ».

Source : http://www.rtl.fr/actu/politique/front-national-le-parti-veut-seduire-le-secteur-de-la-sante-et-les-seniors-avec-son-nouveau-collectif-7783264061

Internes anglais en grève totale

Internes anglais en grève totale

CONFLIT  – Le Quotidien du Médecin –  Les internes des hôpitaux anglais ont entamé ce mardi la première grève totale de leur histoire dans l’espoir de faire échouer une réforme de leurs conditions de travail défendue par le gouvernement conservateur de David Cameron. Le bras de fer entre les internes et le gouvernement entre dans son quatrième mois. Les précédentes grèves avaient déjà entraîné l’annulation de plusieurs milliers consultations et interventions.Un articlerdu Quotidien du médecin :

Cette réforme impose aux « junior doctors » un nouveau contrat qui prévoit certes une augmentation du salaire de base de 13,5 % mais aussi une réduction des heures majorées le week-end. Certains horaires qui étaient auparavant considérés comme étant en dehors des horaires normaux, par exemple le samedi, ne le seront plus et donneront donc lieu à des rétributions plus faibles. Le gouvernement dit vouloir ainsi améliorer le service rendu dans les hôpitaux sept jours sur sept et cite huit rapports évoquant un taux de mortalité plus élevé le week-end.

Les internes anglais dénoncent de leur côté un risque de démotivation et de dégradation de leurs conditions de travail susceptible de nuire aux soins apportés aux patients. Ils demandent le retrait de cette réforme. « Si le gouvernement annule la mise en place (de la réforme), nous annulerons la grève », a assuré le Dr Mark Porter, président de la British Medical Association (BMA), qui représente les internes en médecine.

110 000 consultations et 12 500 opérations annulées

Ce débrayage, qui a débuté ce mardi 26 avril, doit se poursuivre mercredi dans le service public de santé anglais (NHS), qui emploie près de 53 000 internes. La grève – la cinquième en quatre mois – paralysera tout le système de santé. Plus de 110 000 consultations et 12 500 opérations ont été annulées.

Face au risque de pagaille, le NHS a publié une liste de recommandations appelant la population à ne pas solliciter outre mesure les hôpitaux, sauf « véritable urgence ».

Appel à Cameron

Signe de la crise, une dizaine de présidents de facultés de médecine ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre David Cameron l’appelant à intervenir directement pour débloquer le dossier.

(…)

Source : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2016/04/26/conditions-de-travail-les-internes-anglais-entament-une-greve-totale_807766#sthash.ZuWSRv5O.dpuf

Hôpital : un volcan en ébulition

Hôpital : un volcan en ébulition

HÔPITAL  – Pourquoi Docteur –  Le site Pourquoi docteur a lancé une grande enquête sur l’Hôpital aujourd’hui. La tarification à l’activité, unique mode de financement des hôpitaux, a changé les rapports entre l’administration et les personnels médicaux. Soumis à une pression toujours plus forte, beaucoup sont à bout. Avec le sentiment que le pouvoir est désormais dans la main de gestionnaires.  Qu’ils soient patients, internes, médecins ou infirmiers, les reproches fusent. Leurs propos sont rapportés dans un 1er volet (regards croisés sur l’hôpital  – voir références). Le second porte plus particulièrement sur la gestion de l’hôpital. Une série d’articles de Bruno Martrette :

Brest, célèbre pour sa rade, mais aussi, depuis peu, pour ses urgences. En février dernier, un vieil homme est mort sur un brancard alors qu’il attendait des soins depuis des heures. Quelques jours plus tard, la direction reçoit la lettre d’une patiente racontant le calvaire de sa tante dans ce service. Des faits divers qui se multiplient partout en France, et qui témoignent de l’exaspération grandissante des patients vis-à-vis de leur hôpital. Et la colère est contagieuse, les personnels soignants sont eux aussi au bord de la crise de nerfs.

Certains chirurgiens de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) n’hésitent ainsi plus à quitter le navire. Elle a enregistré 15 démissions en 2013, 19 en 2014, et 23 sur les neuf premiers mois de 2015 ! Au total, ce sont plus de 4 % de ces troupes d’élite qui ont émigré vers le privé, en France, ou à l’étranger. Un constat peu reluisant pour le vaisseau amiral de notre si cher hôpital public. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoidocteur a arpenté les couloirs des hôpitaux pour comprendre.

L’âge d’or de l’hôpital, un vieux rêve

Au départ, il y avait une promesse. L’hôpital public se construit en offrant un égal accès aux soins pour tous les Français. L’âge d’or de l’institution connaît son apogée avec la loi Debré de 1958 censée mettre en place l’hôpital d’ « excellence ». Les CHU, créés à cette date, permettraient aux médecins de soigner, mais aussi de faire de la recherche et de l’enseignement. Presque 60 ans plus tard, la promesse semble bien lointaine.

« On est loin du compte », estime le Pr Michaël Peyromaure, à la tête du service d’urologie de l’Hôpital Cochin (Paris). Après 15 années de carrière à l’AP-HP, et une consécration comme chef de service arrivée il y a un mois, ce spécialiste semble désabusé : « J’en ai assez de l’inertie hospitalière. Alors que j’exerce dans un CHU, je rencontre aujourd’hui d’énormes difficultés à mettre en place des projets de soins et de recherches attractifs ».

Et le médecin de dénoncer la lenteur administrative et le pouvoir trop dissolu au sein de la structure. « On ne sait plus qui décide de quoi, ou parfois personne ne décide », ajoute-t-il. Comme lui, d’autres grands médecins de l’AP-HP ont été tentés par le privé. Les cliniques sont aux aguets. Plusieurs praticiens nous ont confié avoir reçu des offres de rémunération 4 à 5 fois supérieure à celle qu’ils touchent dans le public, avec, en plus, la possibilité de faire de la recherche.

Ce sentiment d’exaspération est largement partagé. Avec cette impression que le médical cède de plus en plus de place à l’administratif. Médecins et personnels soignants y sont confrontés tous les jours. Si on y ajoute la pénibilité du métier, le burn-out toucherait 35 à 50 % des anesthésistes en fonction des services. Les autres salariés n’ont pas l’air d’aller mieux. Ce jeudi, Le Figaro révélait que la moyenne des arrêts maladie cumulés avoisine les 24 jours par employé à l’hôpital. « Un phénomène dû aux conditions de travail », selon les syndicats. Olivier Youinou, infirmier anesthésiste à l’Hôpital Henri-Mondor (Créteil), évoque ces cadences infernales : « Il y a 20 ans, quand j’ai commencé au bloc opératoire, nous étions un médecin anesthésiste et un infirmier anesthésiste dans chaque salle d’opération. Aujourd’hui, on a un médecin pour deux trois, voire quatre salles ». Instaurées en 2002 à l’hôpital, les 35 heures ont fini de désorganiser les services, entraînant dans leur sillage une perte de moyens et surtout de personnels.

Des déficits abyssaux depuis 30 ans

Comme le moral des praticiens, la situation financière des établissements est morose. Après l’âge d’or, les comptes sont vite passés au rouge, dès les années 80. Et la situation est allée de mal en pis. Frédéric Bizard, économiste de la santé, relate : « Entre le début des années 2000 et aujourd’hui, le niveau d’endettement de l’hôpital public est passé de 10 à 30 milliards. Cela malgré une hausse sensible du budget de plus d’1,2 milliard d’euros chaque année ». Une enveloppe que personne ne voit, ou plutôt, pas au bon endroit. La répartition des dépenses à l’hôpital reste un sujet épineux.

Pour le Pr Peyromaure, l’argent ne va tout simplement pas où il faut. Il cite l’exemple des congés bonifiés donnés à beaucoup d’agents du service hospitalier qui coûtent une somme colossale à l’AP-HP. « Par peur des conflits sociaux, la direction a maintenu cette vieille tradition ». De son côté, Frédéric Bizard énumère pêle-mêle, des coûts de production du soin hospitalier « historiquement élevés » dans le public. Et des durées de séjour des malades 20 % plus longues en France que chez nos voisins européens. Résultat, en 2014, chaque Français coûte, en moyenne, 1 346 € en soins d’hospitalisation : c’est près de la moitié de ses dépenses de santé (45,7 %).

Mais à ces problèmes financiers internes à l’hôpital se greffe une autre actualité beaucoup plus politique. Jusqu’à un passé récent, le maire était aussi président du conseil d’administration de l’hôpital, bien souvent premier employeur de la ville. Pas question donc de mettre à la porte des milliers d’agents hospitaliers. Une surcapacité hospitalière que dénonce Frédéric Bizard. « Nous avons 30 % de lits excédentaires comparés aux autres pays de l’OCDE (2) », souligne-t-il.

Et les tentatives de fermer les petites structures (en périphérie des grandes villes) parce que leur activité ne permet pas d’offrir les conditions de sécurité aux patients avortent. Grèves, manifestations, comme à Valognes (Manche) : les usagers n’hésitent plus à faire pression sur les autorités. Dans un rapport remis fin juillet 2015 à la ministre de la Santé, le Dr Jean-Yves Grall, directeur d’une ARS (3), estimait pourtant qu’il faudrait « éviter la présence inutile de médecins [urgentistes] lors de périodes de faible activité ou sur des structures à faible activité globale ». En métropole, 67 services d’urgences seraient menacés.

De calife à exécutant 

Alors, pour boucher les trous, l’hôpital public a tenté de rendre plus rentable son activité. Lancée en 2004, la tarification à l’activité (T2A) s’attache plus à mesurer le volume d’actes et d’interventions pratiqués dans un service que la pertinence du travail effectué, estiment plusieurs personnels soignants. Le sociologue Frédéric Pierru raconte : « Avant, les chefs de service avaient très peu de contraintes. Ils faisaient souvent ce qu’ils voulaient, un peu comme des patrons dans leurs fiefs ». Un changement radical par rapport à l’époque actuelle où ceux-ci doivent présenter des business plans à leur directeur d’hôpital. « De calife dans leur unité, ils se sont transformés en simples exécutants d’une politique gestionnaire ». Un peu comme dans une entreprise où les salariés doivent avoir une activité rentable.

(…)

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.pourquoidocteur.fr/Enquette/10097-Hopital-un-volcan-en-ebullition ; http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/15257-Regards-croises-sur-l-hopital