8 décembre : grève à la Poste

8 décembre : grève à la Poste

Les syndicats CGT, SUD-PTT et UNSA de La Poste ont appelé les postiers à une grève nationale, jeudi 8 décembre, pour dénoncer « un déni » de la direction et « des négociations trop partielles » face au profond malaise des employés. La CFDT F3C ne s’est pas ralliée au mouvement « pour maintenir ouvertes des négociations réclamées depuis sept ans sur la modification des métiers dans la branche courrier », explique la secrétaire fédérale Aline Guérard. Les syndicats veulent obtenir l’ouverture de négociations pour tous les métiers du groupe et surtout sur l’ emploi, qui conditionne le succès de la transformation de l’entreprise.

Les trois organisations dénoncent la dégradation des conditions de travail dans l’entreprise, en particulier dans la branche courrier, en raison d’une réorganisation à marche forcée et d’une diversification des tâches des facteurs.

« Face à la médiatisation de ces affaires et à la multiplication des conflits, la direction a ouvert des négociations fin octobre et annoncé qu’elle suspendait tous les projets de réorganisation au moins jusqu’à la fin de ces discussions prévue pour le 19 décembre », affirme Pascal Le Lausque, de la CGT-FAPT.

Selon le syndicaliste, La Poste privilégie sa productivité et sa rentabilité au détriment du service public. « Sous prétexte d’une baisse des courriers, on voit que la charge des tournées s’est alourdie alors que leur nombre a baissé. La qualité de service s’est dégradée tandis qu’on a demandé toujours plus de tâches aux postiers », dit Pascal Le Lausque.

La CGT demande « des mesures immédiates » d’embauche en CDI, des CDD et des intérimaires, un accord-cadre concernant le groupe dans sa globalité et pas seulement au courrier, de meilleures conditions de travail pour les encadrants et une réelle suspension des réorganisations « à marche forcée ».

La Poste, rappelle le Monde, est engagée dans un vaste programme de transformation pour « devenir le premier opérateur de services à la personne ». Cette « révolution » impose une réorganisation tous les deux ans : un rythme « effréné » dénoncé par les experts du CHSCT du CHSCT, une mutation à « marche forcée », selon SUD. Les changements dans la nature des métiers et l’organisation du travail sur fond de suppressions d’emplois massives et régulières ont multiplié les situations à risques psychosociaux.

Le nombre de jours de maladie augmente constamment à la Poste, poursuit La Croix. Au niveau national, le taux de maladie par agent est de 20% du temps de travail, ce qui est déjà énorme. A Marseille, ce taux dépasse les 25% et atteint 55% au grand centre de tri des Bouches-du-Rhône. Il y a beaucoup de tentatives de suicide, de suicides, de divorces, de congés maladie longue durée. Cette situation devient ingérable et touche tous les niveaux et tous les services. Elle dure depuis plusieurs années et, malgré les projets de réorganisation, aucune issue ne semble possible. Chaque année, 10% des effectifs sont supprimés. Du coup, le volume de courrier distribué par facteur ne diminue pas et les zones de couverture s’étendent, malgré des moyens de locomotion inadaptés. Il devient compliqué d’accepter tout ça pour un salaire de 1200 euros mensuel (en début de carrière) et un travil six jours sur  sept.

Le personnel est réduit au maximum

La Poste a de plus en plus recours à l’intérim pour pallier le manque de facteurs, mais ils ne sont pas formés convenablement. Une fois sur le terrain, ils se rendent compte de la difficulté de la tâche et constatent qu’il leur faut bien plus d’heures que prévu pour faire leur tournée -et ces heures supplémentaires ne sont pas payées. Découragés, ils abandonnent parfois sans même venir chercher leur chèque pour la semaine travaillée.

L’entreprise a perdu plus de 7 000 postes équivalents temps plein en 2015 et quelque 48 000 depuis 2008. Le réseau, qui comprenait 17 000 bureaux de poste en gestion propre, n’en compte plus qu’environ 9 000. Quelque 8 000 autres ont été transformés en partenariats, sous forme d’agences postales communales ou intercommunales pour les deux tiers et de relais tenus par des commerçants pour un tiers.

« Les cas de stress et de burn-out concernent tous les métiers »

C’est un collectif de postiers qui a alerté les syndicats à la mi-septembre d’une série de suicides de facteurs, dont trois ont été reconnus comme « accidents du travail » par la direction. Le malaise des postiers touche en priorité la branche services-courrier-colis, « mais on ne peut pas minimiser le malaise de ceux qui sont aux services financiers », remarque Valérie Mannevy, du collectif Poste CGT, la première organisation syndicale du groupe. « Les cas de stress et de burn-out concernent tous les métiers », souligne Nicolas Galepides, secrétaire général de la fédération SUD-PTT. L’absentéisme, dont le taux est de 6,65 %, existe dans l’ensemble du groupe. « Ces deux dernières années, ce sont plus de 7 000 emplois par an qui ont été supprimés. Aujourd’hui, La Poste a besoin d’un volant de remplaçants de 25 % et non de 10 % à 15 %, comme actuellement », estime Valérie Mannevy.

La direction : une négociation a commencé le 26 octobre

En réponse à l’alerte relayée par les syndicats, l’entreprise a réagi rapidement, mais  sans remettre en cause la transformation en cours. la direction de La Poste a annoncé qu’elle allait proposer un projet d’accord aux syndicats tout en s’engageant, « en gage de sa détermination », à recruter 500 facteurs en CDI d’ici à la fin 2016.

Le projet comprend un certain nombre de mesures comme des « comblements immédiats de postes dans les établissements qui en ont besoin », une « méthode d’évaluation de la charge de travail » qui associe davantage les facteurs, un investissement de 6 millions d’euros pour 1 000 opérations de rénovation des locaux professionnels ou encore une « évaluation des risques professionnels qui donne une place accrue à l’évaluation des risques psychosociaux ».

La Poste affirme ne pas faire de déni concernant des cas de malaise au travail mais réfute un amalgame avec la politique générale de l’entreprise. L’entreprise insiste sur les garanties qu’elle offre aux salariés concernés par une réorganisation : pas de mobilité forcée, pas de mutation géographique au-delà de 30 kilomètres ou encore un délai de deux ans entre deux réorganisations dans un même établissement… En outre, La Poste dit mener ces réorganisations de manière régulière, au rythme de la baisse du courrier.

La direction rappelle qu’elle ouvert, le 26 octobre, une « négociation nationale sur les métiers et les conditions de travail des facteurs et de leurs encadrants », dans le but affiché de mettre en place des « mesures concrètes et rapides pour les encadrants », comme la création de nouvelles fonctions – facteur polyvalent, facteur de services expert– pour améliorer le remplacement des postes vacants.

Sources : le Monde, L’Express, la Croix

Fillon propose un programme très libéral et conservateur

Fillon propose un programme très libéral et conservateur

Fillon propose un programme très libéral et conservateur

1er décembre 2016 – François Fillon sera donc le candidat de la droite aux prochaines élections présidentielles, avec un programme très libéral et conservateur

Le dimanche 27 novembre, François Fillon a remporté haut la main la primaire de la droite. Selon les résultats définitifs, il s’est imposé avec 66,5% des voix, contre 33,5% pour Alain Juppé. Cette victoire prolonge son succès-surprise enregistré lors du premier tour de la primaire, où il avait remporté 44,1 % des suffrages, devant Alain Juppé qui n’en avait obtenu « que » 28,6 %. Sortent donc de la scène politique, les deux ex-favoris selon les médias, de cette primaire,  l’ancien président  Nicolas Sarkozy, et l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé, au bénéfice de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon. Ce qui confirme la primauté des deux grands partis traditionnels dans la vie politique française.

François Fillon a donc séduit : dans 9000 bureaux de votes, plus de 4,3 millions d’électeurs (surtout composé, néanmoins, selon les sondages sorties d’urnes, de retraités et de membres des classes aisées) l’ont donc choisi malgré ou grâce à un programme marqué à droite, très libéral en économie, austère sur le plan social et conservateur dans le domaine sociétal. Les propositions faites François Fillon ont été  particulièrement dénoncées à gauche mais également par le Front national : pour Marine le Pen qui cherche à gagner les voix populaires, « c’est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé », explique-t-elle , « jamais aucun candidat n’est allé aussi loin dans la soumission aux exigences ultralibérales de l’Union européenne ».

Il est vrai que François Fillon a, tout au long de cette campagne interne à la droite, défendu un programme de réformes radicales. « Il existe en France une peur d’embaucher qui est liée à la rigidité et à la complexité du droit du travail », écrit ainsi François Fillon. Du coup, il veut sévèrement réduire la « bible » juridique des relations sociales, le Code du travail, lourd actuellement de 3400 pages qu’il veut réduire à 150 pages, renvoyant l’essentiel des dispositifs protecteurs à la négociation des branches mais surtout aux accords d’entreprise où le rapport de force est plus généralement favorables aux chefs d’entreprise. François Fillon veut par ailleurs fortement réduire l’influence des syndicats dans le monde du travail.

Autre mesure phare, la suppression des 35heures et le retour aux 39 heures qui ne seraient payées que 37 heures aux fonctionnaires. Ces derniers verront leurs effectifs réduits de 500 000 postes supprimés. Sur le papier, l’exercice n’est jouable si l’on ne renouvelle aucun des postes de contractuel qui arrivent à leur terme entre 2017 et 2022 en plus de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Un scénario pas facile quand on sait que deux grands employeurs de la fonction publique connaissent dés aujourd’hui un insuffisance de postes qu’il s’agisse de l’Education nationale (la France est l’un rares pays européens à avoir une démographie positive : il y a de plus en plus de jeunes !) et le secteur de la santé où ces dernières années, des mouvements sociaux importants ont dénoncé le manque de personnels.

Coup de pouce aux couches aisées

Sur le plan fiscal, l’augmentation de deux points de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui passe de 20 à 22%, vise clairement à compenser un allégement des charges sociales acquittées par les entreprises. Soit le principe même de ce que l’on a appelé la « TVA sociale ». Problème, cette TVA n’est pas un impôt en fonction du revenu et les contribuables paient le même montant à chaque consommation de biens ou de services. De même, François Fillon annonce la suppression de l’Impôt sur les grandes fortunes (ISF), qui rapporte tout de même 5 milliards à l’Etat. « Il suffit d’aller à Bruxelles ou à Genève pour voir ce que coûte cet impôt à notre économie », a-t-il plaidé lors d’un débat à la télévision en évoquant la fraude fiscale. Autre coup de pouce aux familles aisées : le rétablissement des allocations familiales au même niveau pour tous les ménages.

Menaces sur la Sécurité sociale

Dernière annonce faite en toute fin de cette campagne des primaires, François Fillon a annoncé une profonde réforme de la Sécurité sociale La mesure proposée par le futur candidat fait particulièrement polémique : elle consiste à recentrer les remboursements de l’Assurance maladie sur les « affections graves ou de longue durée », selon les termes de son programme. Les assurances complémentaires (assurances privées et mutuelles) seraient alors dédiées aux autres soins.  C’est une manière de désengager le champ de la couverture sociale par l’Assurance maladie (gérés paritairement par les syndicats et le patronat) au profit des assurances privées. Pour beaucoup d’opposants, la France s’engagerait à suivre le détestable, à leurs yeux, exemple américain en matière de protection sociale, celui-là même que Barack Obama a tenter sans succès de corriger en promettant « l’Obamacare ».

François Fillon plaide pour un « choc thérapeutique » : il est vrai qu’on a rarement vu un programme-choc d’une telle rigueur sociale et d’un parti-pris prioritaire en faveur des entrepreneurs et des couches les plus aisées de la société française. A tel point que beaucoup d’élus de droite s’inquiètent devant le caractère ultralibéral des mesures proposées. Les juppéistes n’y croient pas, les centristes demandent une négociation des propositions en cas de campagne commune, Henri Guaino, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, ne se reconnaît pas dans une droite «qui n’a aucune générosité, aucune humanité». « Je pense que le programme de François Fillon est une caricature du libéralisme qui apparaît comme une purge patronale. C’est du Robin des bois à l’envers : prendre de l’argent aux pauvres pour le donner aux riches… », affirme de son côté Alain Madelin, ancien ministre de l’économie de Jacques Chirac, et qui fut pourtant un fervent défenseur du libéralisme.

S’agissait-il pour François Fillon de gagner les primaires avec un programme marqué destiné à séduire son électorat le plus militant ? les proches conseillers du candidat ont dans les jours qui ont suivi ont minimiser certaines de ses propositions les plus radicales. « Une grande partie des électeurs de droite ont choisi François Fillon car ils ont choisi la constance, la cohérence », estime à l’inverse Bruno Retailleau, sénateur LR de la Vendée et très proche de François Fillon, sur BFMTV. « Il ne reculera pas, il n’affadira pas son projet », à l’approche de la présidentielle, a-t-il par ailleurs assuré.

Choc thérapeutique ou choc sans thérapie ?  La campagne pour la présidentielles et les élections législatives qui ne fait que commencer, va être très polémique.

Sources : Les Échos, L’Express, Libération

 

Manifestations contre la loi Travail : quelles suites ?

Manifestations contre la loi Travail : quelles suites ?

CONFLIT  – Europe 1, Alternatives économiques, Soir 3, France TV Info –  La CGT appelle donc, ce vendredi matin, à continuer le blocage des raffineries et les opposants au texte veulent continuer de maintenir la pression sur le gouvernement en choisissant des dates précises : le jeudi 26 mai, quelques jours après le lancement du tournoi de tennis de Roland-Garros et le mardi 14 juin, 3 jours après le lancement de l’Euro 2016 : » il s’agira d’ »une journée nationale de grève, manifestations et actions dans toute la France ». Les sept syndicats souhaitent ensuite « renforcer l’action par une journée de grève interprofessionnelle avec manifestation nationale à Paris le 14 juin, au début des débats au Sénat », comme ils l’indiquent dans un communiqué. Les syndicats s’expriment également sur le fait qu’ils souhaitent : « poursuivre avec les salariés et les jeunes, les débats sur la loi travail, obtenir le retrait de ce texte pour gagner de nouveaux droits permettant le développement d’emplois stables et de qualité ». Un suivi par Europe 1 et  France TV Info,

Des perturbations pour l’Euro de football ? s’interroge Anne-Laure Jumet d’Europe 1 : pour la huitième journée d’action contre la loi travail, jeudi prochain, de nouveaux secteurs vont entrer dans la danse : celui de la construction ou encore de l’industrie de la défense. Et puis jeudi, ce sera aussi une nouvelle journée de grève à la SNCF… Le deuxième temps fort prévu par les organisations syndicales, c’est une grande mobilisation le 14 juin du secteur public et privé.

Pourquoi cette date ? Parce que c’est le jour où la loi travail passe au Sénat. Mais on sera aussi en plein Euro de football. Une manifestation nationale est prévue à Paris et les syndicats veulent jouer l’épreuve de force. Entre ces deux dates, il y aura localement des actions, des distributions de tracts, des arrêts de travail.

La fermeté de François Hollande. Et puis, un référendum citoyen sur la loi Travail – une proposition des organisations de jeunesse  – va être organisé tout au long du mois de juin  dans les universités, les lycées, les entreprises, ou encore les administrations afin de montrer l’opposition au projet de loi.

Les syndicats demandent aussi à être reçus par François Hollande. Ils ont écrit une lettre au président de la République, qui se montrait cette semaine inflexible sur Europe 1. « Je ne céderai pas », a-t-il assuré. Les syndicats eux comptent bien encore obtenir le retrait du texte.

« Loi Travail : une guerre de positions ? ». Ces dernières semaines, les journées de manifestations se multiplient partout en France contre la loi Travail. Mais « on n’est pas encore à la situation qui prévalait en 1995 au moment du mouvement social contre le plan Juppé. On est loin aussi des manifestations qu’on a connu en 2006 au moment du CPE », relativise en plateau Laurent Jeanneau, d’alternives économiques. Le journaliste explique que le mouvement syndical connait des difficultés à mobiliser. Concernant les petits mouvements qui voient le jour, comme « Nuit debout », Laurent Jeanneau estime qu’il y a « un petit air de mai 68. Les gens se retrouvent dans la rue, se réapproprient l’espace public… ». D’après le journaliste, le gouvernement fera passer la loi, même si « ce n’est pas parce que la loi est votée qu’elle sera effective », souligne-t-il en plateau.

Jusqu’où ira l’escalade de violence ? Tout au long de la mobilisation contre le projet de loi El Khomri , de nombreuses échauffourées ont éclaté en marge des manifestations. Un nouveau seuil a été franchi, mercredi 18 mai, lorsqu’un petit groupe de casseurs a incendié une voiture de police.

Pour le sociologue Christian Mouhanna*, chercheur au CNRS, ces violences sont révélatrices d’une véritable incompréhension entre manifestants, forces de l’ordre et pouvoir politique.

Francetv info : après deux mois de heurts à l’occasion de la mobilisation contre la loi Travail, comment expliquez-vous de telles démonstrations de violence ?

Christian Mouhanna : D’abord, si l’on regarde les derniers grands mouvements sociaux, comme l’opposition contre le contrat première embauche en 2006, par exemple, on observe qu’il y a toujours eu des confrontations violentes entre manifestants et forces de l’ordre. Il y a trois niveaux d’explication.

Il y a d’abord les relations entre la police et toute une partie spécifique de la population, qui ne se sent pas du tout en relation de confiance avec les forces de l’ordre, bien au contraire. Cette population, issue de quartiers plus populaires ou bien en opposition politique forte, se sent harcelée par la police : elle entretient donc un rapport de méfiance constant.

Le deuxième niveau est politique. Quand on met en place un dispositif policier d’ampleur pour encadrer les manifestations, on refuse, qu’on le veuille ou non, la discussion avec les citoyens. Et cela engendre de la tension du côté des manifestants, qui ne comprennent pas un tel dispositif et ont l’impression de ne pas se faire entendre.

Et le troisième niveau, que l’on a découvert cette année, c’est le décalage entre la représentation de la police antiterroriste, qui protège les citoyens, et celle qui gère les manifestations, qui peut être vécue comme une atteinte à la liberté d’expression. Ce n’est pas la même activité, et il y a donc une distorsion dans la représentation de la police, qui alimente le ressentiment des manifestants.

Y a-t-il eu, durant la mobilisation, un basculement ? Par exemple lors de la journée particulièrement violente du 28 avril, durant laquelle un étudiant a perdu un oeil ? 

Plus un mouvement social dure, plus il y a des risques d’affrontements : la fatigue est plus forte et le ressentiment se développe, d’un côté comme de l’autre. Cela entraîne des dérapages, forcément. Et derrière, il y a aussi, vraisemblablement, une volonté politique de laisser pourrir le mouvement d’opposition à la loi Travail.

Les policiers, eux, se sentent aussi instrumentalisés. Il y a un malaise sur le terrain. Ils ont le sentiment qu’on les utilise pour tout et n’importe quoi, sans vraiment d’objectifs clairs.

Les casseurs ont-ils toujours été présents dans les mouvements sociaux ?

Le phénomène des casseurs n’est pas nouveau. Historiquement, il y avait déjà eu toute une polémique dans les années 1970, qui a abouti sur la loi Sécurité et liberté de 1981, défendue par le garde des Sceaux de l’époque, Alain Peyrefitte. L’idée était de lutter contre les « autonomes », l’ancien terme utilisé pour parler des casseurs. On était déjà dans une opposition violente avec les forces de l’ordre.

Il y a toujours eu des groupuscules qui recherchent la confrontation avec la police. Ce qui est plus étonnant, c’est l’absence d’adaptation des forces de l’ordre pour gérer ces débordements, alors que c’est récurrent.

De nombreuses vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, faisant état de blessures de manifestants. Y a-t-il plus de violences policières qu’avant ?

La spécificité de ces dernières années, c’est surtout l’apparition de la vidéo, désormais omniprésente dans les manifestations et dans la rue. Avec les réseaux sociaux, tout est su. Auparavant, on ne pouvait se fonder que sur la parole des personnes. Et ces images du lycéen frappé par des policiers alors qu’il est interpellé, par exemple, marquent les esprits. Elles créent de la peur et de la haine.

Mais je pense, paradoxalement, que si les violences policières sont plus visibles, du fait de la multiplication des images, elles sont en réalité moins nombreuses qu’auparavant.

(…)

* Christian Mouhanna est l’auteur de La police contre les citoyens ? (éd. Champ social, 2011).

Sources : http://www.europe1.fr/economie/manifestations-contre-la-loi-travail-et-maintenant-quelles-suites-2750986http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/droit-du-travail/loi-travail-une-guerre-de-positions_1461089.html ; http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/droit-du-travail/loi-travail-plus-un-mouvement-social-dure-plus-il-y-a-des-risques-daffrontements_1458135.html

Euro 2016 sous la menace des mouvements sociaux

Euro 2016 sous la menace des mouvements sociaux

Cheminots, taxis, routiers…De nombreuses professions menacent directement l’organisation de l’événement sportif qui doit se dérouler du 10 juin au 10 juillet dans dix villes de France.En plus des menaces terroristes, les organisateurs de l’Euro 2016 de football doivent se préparer à faire face à une pluie de mouvements sociaux. Des cheminots aux routiers en passant par les taxis et les pilotes, plusieurs professions menacent de perturber le bon déroulement de cet événement sportif censé se tenir du 10 juin au 10 juillet dans dix villes de France. Une synthèse d’Hayat Gazzane, du Figaro

  • Les cheminots

La CGT-cheminots et SUD-rail, les deux syndicats majoritaires à la SNCF, ont appelé à une grève reconductible dont le préavis court jusqu’au 11 juillet, lendemain de la finale de l’Euro. des débrayages sont prévus tous les mercredis et jeudis pour la CGT- Cheminots , tous les jours pour Sud-rail. L’Unsa et la CFDT, respectivement deuxième et quatrième forces syndicales à la SNCF, ont aussi déposé des préavis de grève reconductibles à compter du 31 mai, 20 heures.

Objectif: se servir de l’Euro pour peser dans les négociations en cours sur les règles du travail.  Les discussions au niveau de la branche doivent aboutir avant juillet, comme la renégociation de l’accord temps de travail.

La SNCF, sponsor officiel de la compétition, tente par tous les moyens d’éviter un blocage. La direction a par exemple voulu rassurer les syndicats en affirmant qu’elle n’entendait pas réduire le nombre de jours de repos des cheminots. Mais ce projet n’a pas convaincu. Ce matin sur France Info, le secrétaire d’État en charge des transports, Alain Vidalies, a appelé les cheminots à leur responsabilité. «L’Euro c’est un enjeu pour la France. Aucun Français, quelques soient ses convictions, ne comprendrait que pour des problèmes de ce type on remette en cause l’image de la France et ce rendez-vous important», a-t-il indiqué.

  • Les manifestations contre le loi Travail

À ces actions s’ajoute l’appel à deux nouivelles journées de manifestation  contre la loi travail par l’intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, FIDL et UNL). La première aura lieu le 26 mai et la seconde le 14 juin, quatre jours après le début de l’Euro. Le climat reste très tendu suite aux violences qui ont émaillé les précédents rassemblements.

  • Les routiers

Ils bloquent depuis lundi soir certaines zones industrielles, raffineries et dépots de carburants. Mais les routiers ne veulent pas en rester là. Comme leurs collègues du ferroviaire, ils menacent de compliquer la circulation pendant l’Euro. Fin avril, la fédération des transports a appelé ses syndicats (transports collectifs, de fonds, déchets, etc.) à «des journées d’action du 10 juin au 10 juillet dans toutes les villes concernées par l’Euro 2016 de football». Autrement dit, Paris, Saint-Denis, Nice, Toulouse, Bordeaux, Saint-Etienne, Marseille, Lille, Lens et Lyon.

Objectif : dénoncer une disposition de la loi travail qui, selon eux, permet d’abaisser par accord d’entreprise le taux de majoration des heures supplémentaires jusqu’à 10% au lieu des 25% généralement pratiqués. Une crainte balayée par le 1er minitre Manuel Valls : «Sauf accord de branche signé par une majorité des organisations syndicales, les heures de conduite supplémentaires des routiers resteront payées 25% de plus. Donc il n’y a aucune raison de s’inquiéter, donc il n’y a aucune raison de manifester, donc il n’y aucune raison de bloquer des raffineries, des ports, des aéroports», a-t-il lancé, tout en affirmant qu’il se tenait prêt à ordonner aux forces de l’ordre de lever les blocages…

  • Les pilotes d’Air France

SNPL, premier syndicat de pilotes d’Air France, a fait savoir que se profilait une grève à compter du 1er juin. le syndicat a lancé un référendum auprès de ses adhérents  s pour ou contre une grève de plus de six jours. Les résultats sont attendus le 30 mai. Le Syndicat des pilotes d’Air France (Spaf) a lui aussi dit qu’une grève était à l’étude, à partir de la même date.

Objectif: dénoncer la décision de la compagnie de mettre en œuvre le 1er juin des mesures réduisant leurs rémunérations. «Ce passage en force, c’est ni plus ni moins un incendie que vient d’allumer (le PDG d’Air France) Frédéric Gagey (…) juste avant l’été, un moment clé de l’activité de la compagnie», a observé le porte-parole du SNPL. De son côté, Alexandre de Juniac, le président sortant d’Air France-KLM , a fait savoir que la grève «serait vraiment un acte que je qualifierais presque de sabotage des immenses sacrifices et efforts qui ont été faits par tout le monde et qui produisent leurs effets». Réponse du SNPL: «Alexandre de Juniac se comporte en pompier pyromane. Il agite le chiffon rouge»…

  • Les taxis

Apaisée, la colère de chauffeurs de taxis? Non, loin de là. Elle pourrait même éclater en plein Euro, selon l’association Taxis de France. Son président, Ibrahima Sylla, l’a clairement fait savoir début avril l’a clairement fait savoir début avril : «Il y a l’Euro qui arrive, on n’hésitera pas à le prendre en otage et à bloquer tous les matches de foot», a-t-il prévenu.

Objectif: lutter contre la concurrence qu’ils jugent déloyale des VTC. La proposition du gouvernement de racheter les licences des taxis volontaires  n’a pas rassuré. Catégorique, Taxis de France réclame de supprimer le statut des VTC et de les intégrer parmi les taxis. «On est 60.000 chauffeurs de taxi, le gouvernement nous a causé un préjudice en introduisant les VTC avec la loi de 2009, donc c’est à eux de prendre leurs responsabilités», affirme Ibrahima Sylla.

  • Les buralistes

Il n’y a, a priori, aucun rapport entre le paquet de cigarette neutre et l’Euro de football. Et pourtant. Les buralistes en colère compte bien eux aussi se servir de cet événement pour se faire entendre du gouvernement. Leur méthode: bloquer les entrées des dix stades qui accueilleront les matchs.

(…)

Source : http://premium.lefigaro.fr/social/2016/05/21/09010-20160521ARTFIG00008-les-menaces-de-mouvements-sociaux-pleuvent-sur-l-euro-2016.php

La Loi travail au Parlement : vers un 49-3 ?

La Loi travail au Parlement : vers un 49-3 ?

REFORME  – Capital, Le Parisien –  Contesté depuis des semaines par les syndicats et une partie de l’opinion publique, qui ont multiplié les manifestations, le très controversé projet de loi réformant le marché du travail arrive ce mardi à l’Assemblée. Le pari est encore loin d’être gagné : dans une interview publiée lundi par Le Parisien, son rapporteur, le député socialiste Christophe Sirugue, estime qu’il manque « près de 40 voix » pour voter ce texte, auquel la majorité des élus écologistes sont aussi hostiles.

Pour Capital, bien que déjà retouché par l’exécutif et jugé vidé de sa substance par la droite et le Medef, le texte présenté par la ministre du Travail, Myriam El Khomri, est l’objet de près de 5.000 propositions d’amendements. Plus de 2.400 ont été déposés par le Front de gauche, décidé à prolonger dans l’hémicycle la lutte menée dans la rue par les syndicats contestataires.

Dans une tribune publiée par Libération, neuf députés PS proches de la maire de Lille Martine Aubry rejettent ainsi certains de ses aspects les plus critiqués, dont la définition de critères pouvant justifier des licenciements économiques. Ils demandent notamment un plafond de 10% d’emplois en contrat de travail à durée déterminée (CDD) dans les entreprises.

Le rapporteur du projet de loi Christophe Sirugue, qui a lui-même déposé 400 des 1.400 amendements socialistes, plaide au minimum pour l’élargissement au-delà du territoire français du périmètre d’évaluation des critères de licenciement économique. Il refuse en revanche de porter un amendement imposant une surtaxation des contrats de travail courts, mesure évoquée par l’exécutif et dont la perspective fait bouillir le patronat. « Il faut laisser ça à la main des partenaires sociaux », dit-il.

Il faut dire que les discussions seront suivies de près par le Medef, qui menace de se retirer des négociations sur l’Assurance chômage si le projet de loi sur le Travail n’est pas plus favorable aux entreprises. Son conseil exécutif doit en décider le 9 mai.

Le débat sera interrompu mercredi soir pour le « pont » de l’Ascension, puis reprendra toute la semaine suivante. Un vote solennel est prévu le 17 mai. Mais il n’est pas certain que le calendrier puisse être tenu étant donné le nombre d’amendements, sauf s’il est décidé de limiter le temps alloué à chaque groupe.

L’exécutif va-t-il brandir le 49-3 pour venir à bout de la guérilla parlementaire sur la loi El Khomri ? s’interrogent Nathalie Schuck et Pauline Théveniaud dans le Parisien :  Il hésite à braquer son camp avant la présidentielle, selon elles.

Le gouvernement, Myriam El Khomri en tête, a beau répéter qu’il fera tout pour convaincre les députés de gauche de voter ce texte qui les ulcère, la menace plane, comme l’avous dans les collonnes du parisien, l’&ancien cas droit de la minstre du travail. « Elle n’est pas écartée », reconnaît-on au sommet de l’Etat, où le sujet divise faucons et colombes. Ainsi le socialiste Julien Dray plaide-t-il pour la manière forte en cas de « paralysie ». « On est à un an de la présidentielle, on a une série d’informations plutôt positives sur l’économie. Si la gauche se fracasse à nouveau sur le 49-3, c’est embêtant ! » rétorque, inquiet, un partisan de la négociation avec les frondeurs.
Entre l’Elysée et Matignon, les intérêts sont divergents. François Hollande, dont la candidature ne fait plus guère de doute, n’a pas intérêt à braquer son camp au moment où il tente de le ressouder. Ne déclarait-il pas mardi qu’« il n’y a jamais rien qui remplacera le vote, la démocratie et le suffrage universel » ?
Plus grave, dégainer cette arme fatale serait vécu comme un bras d’honneur par les syndicats, au risque de relancer une mobilisation sociale qui semble s’essouffler. Dès lors, le président pourrait être tenté de lâcher du lest, comme le laissait entendre El Khomri mardi dans le Parisien. « Le volet sur les licenciements économiques, tout le monde s’en fout ! Le vrai truc, c’est l’inversion de la hiérarchie des normes », souffle un haut responsable PS.

«Valls ne veut pas être taxé de réformiste mou»
Reste à savoir si Manuel Valls, qui a déjà dû en rabattre en rabotant une première fois cette loi, acceptera de reculer encore. « Valls a un côté transgressif, il ne veut pas être taxé de réformiste mou ! », relève un hollandais. Surtout au moment où Emmanuel Macron lui dispute la palme de la provocation.

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Pour lire l’ensemble des articles : http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/loi-travail-apres-la-rue-la-bataille-s-engage-au-parlement-1124460 http://www.leparisien.fr/politique/loi-travail-la-tentation-du-coup-de-force-04-05-2016-5766583.php

Loi Travail : 3 Français sur 4 sont contre

Loi Travail : 3 Français sur 4 sont contre

REFORME  – Les Echos, L’Humanité –  Alors que le  projet de réforme El-Khomri du Code du travail est examiné depuis le 3 mai, un sondage* publié ce mercredi par BFM TV montre que ce texte semble faire quasiment l’unanimité contre lui. En effet, près de trois Français sur quatre sont opposés au projet de loi travail.

74% des personnes interrogées se disent « opposées » à la réforme, rapporte Les Échos  qui détaille que 37% des sondés sont « plutôt opposés » et 37% « tout à fait opposés ».A l’inverse, 25% des sondés se disent « favorables » au projet de loi. Et seulement 3% des personnes interrogées indiquent être « tout à fait favorables » au texte. Le 1% restant n’a pas d’opinion sur la question.

L’hostilité au projet de loi Travail, porté par Myriam El Khomri, rapporte L’Humanité, est partagée par les sympathisants de toutes les familles politiques, à droite comme à gauche et même au sein même du Parti socialiste. D’après cette enquête Elabe pour BFM TV, 55% des sympathisants PS y sont opposés. De manière générale, 74 % des Français y sont opposés. Dans le détail, 37% se déclarent « plutôt » opposées à ce texte, 37% « tout à fait » opposées, 22% « plutôt » favorables, et 3% « tout à fait » favorables.
Sans surprise, ce sont les partisans du Front de gauche qui sont les plus critiques envers le texte.

Dans leur grande majorité, les Français pensent que cette loi profitera avant tout aux patrons. Seul un sur dix pense que ce texte sera surtout bénéfique pour les salariés… Le texte est en toute logique rejeté par une large majorité de chômeurs (84%) et d’élèves et étudiants (79%). Les chefs d’entreprises sont la catégorie professionnelle la plus favorable au texte.
Ce projet de loi, actuellement en débat à l’Assemblé Nationale, rassemble de plus en plus contre lui. De précédentes enquêtes montraient qu’une opposition de 67 % des français fin février, 70 % fin mars et 74 % aujourd’hui. De plus, les Français sont de plus en plus pour le rejet total du texte, alors que beaucoup privilégiaient auparavant une modification en profondeur.

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021902415351-loi-travail-pres-de-trois-francais-sur-quatre-restent-opposes-au-texte- ; http://www.humanite.fr/loi-travail-les-francais-y-sont-de-plus-en-plus-opposes-606415