Le Prix du roman d’entreprise et du travail : Catherine Poulain

Le Prix du roman d’entreprise et du travail : Catherine Poulain

Le Prix du roman d’entreprise et du travail, huitième du genre, initié par Technologia et l’ANDRH (Association nationale des directions de relations humaines) a été décerné le 16 mars au  récit de Catherine Poulain, Le grand marin, paru aux éditions de l’Olivier. Le compte-rendu du site de Gestion Sociale :

C’est l’histoire d’une femme qui part en Alaska pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, sur un bateau, en tant que marin, au milieu de collègues hommes. Et c’est dur : il lui faut dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures. Et c’est dur. Pour tenir, l’héroïne se fait aider, parfois, par des substances dopantes.

D’une écriture âpre et alerte, le livre aborde plusieurs thématiques auxquelles les DRH, patrons de PME, syndicalistes et inspecteurs du travail sont habitués : pénibilité du travail, mixité, addiction en milieu professionnel, et même la condition de travailleur sans-papiers. Ce premier roman sera traduit dans plusieurs langues et un projet de film est en chantier.

L’auteure a beaucoup voyagé et pas mal bourlingué. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux États-Unis, travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et marin pêcheur en Alaska. Elle l’emporte face à 11 autres livres sélectionnés par un jury auquel ont participé FO, la CGT, la CPME, la CFE-CGC, la CFTC, l’Unsa. Le Cercle des DRH européens et la mutuelle UMC ainsi que l’hebdomadaire Marianne sont aussi partenaires. Créé en 2009 par La place de la médiation, orchestré chaque année avec Technologia et l’ANDRH, le prix a été remis pour la deuxième fois par la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

L’article : La pénibilité, la mixité et les addictions au travail, là où on ne les imagine pas  – www.gestionsociale.fr

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Face au malaise grandissant des infirmières et des médecins hospitaliers, Marisol Touraine dévoilé le 5 décembre sa « stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail ».

Marisol Touraine a présenté hier un plan d’action destiné à « faire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé, une priorité politique ». Quelque 30 millions d’euros sur trois ans seront consacrés au déploiement dans chaque groupement hospitalier de territoire (GHT) de services de santé au travail, intégrant des psychologues, des conseillers en prévention des risques professionnels et des assistantes sociales.

Formation des professionnels «à la détection des risques psychosociaux et à la gestion des équipes» durant leurs études, mise en place d’un observatoire de la qualité de vie au travail, systématisation des entretiens individuels font également partie des mesures avancées.

5 suicides, cet été

Ce plan était très attendu. Promis en septembre après les suicides d’au moins cinq infirmiers pendant l’été, il devait aussi répondre à la colère des milliers d’infirmiers et d’aides-soignants qui ont défilé dans les rues le mois dernier.

«Notre système de santé» et avec lui «les 2 millions d’hommes et de femmes qui le font vivre au quotidien» sont «confrontés à des transformations, à des défis très importants» comme le vieillissement de la population, a expliqué la ministre devant la presse.

Cela «peut amener des difficultés, des tensions», or «il nous appartient de prendre soin de ceux qui nous soignent» a-t-elle insisté.

Elle a ainsi souligné la nécessité d’un suivi médical pour tous les soignants, en particulier pour les médecins, et annoncé la diffusion d’un guide de prévention des risques psychosociaux à destination des internes.

Autre point important, le lancement d’«une négociation (…) sur les contraintes particulières» rencontrées par les soignants à l’hôpital comme le «travail de nuit», qui devrait aboutir à des «revalorisations indemnitaires», a annoncé Mme Touraine.

Enfin, un médiateur national, chargé de coordonner des médiateurs régionaux, sera également nommé «prochainement» pour traiter les situations conflictuelles non résolues localement.

Une mesure qui fait écho au conflit mis au jour l’année dernière après le suicide d’un cardiologue à l’hôpital parisien Georges Pompidou.

Marisol Touraine a également annoncé la diffusion prochaine d’un guide des risques psychosociaux, la création d’un observatoire de la qualité de vie au travail et la nomination d’un médiateur national pour traiter les situations conflictuelles  non résolues localement

Les mesures préconisées par Marisol Touraine n’ont pas totalement convaincu les syndicats. La secrétaire générale de la fédération Santé de la CGT, Mireille Stivala, citée par l’Express, « émet un sérieux doute sur la faisabilité » du plan d’action de Marisol Touraine, en raison des échéances électorales. Les autres syndicats restent prudents. « L’enveloppe est beaucoup trop petite pour répondre aux attentes de terrain, estime Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). Pour l’instant, il y a trop d’affichage, pas assez de concret. »

« Anorexia corporate »

. « Les suicides et tentatives de suicide devront être signalés afin d’analyser leur cause », a indiqué Marisol Touraine.

Il y a urgence. « 40% des infirmiers et infirmières mais aussi des médecins urgentistes craquent, explique Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et interrogé par Vincent Olivier de l’Express : « Ces personnels de santé sont soumis à plusieurs enjeux qui les fragilisent. Ils exercent d’abord leur métier dans un contexte de très fortes exigences émotionnelles, devant faire preuve de disponibilité, de compassion. Mais ils sont aussi soumis à une raréfaction des équipes, ce qui accroît sans cesse l’intensité du travail. C’est une forme « d’anorexia corporate », l’organisation mise en place dévore petit à petit les effectifs soignants. »

Un constat que partage David Gruson, délégué général de la Fédération Hospitalière de France (FHF). « En parcourant le terrain, on perçoit une grande lassitude des personnels soignants de l’hôpital public, détaille-t-il. Malgré leur fort engagement et leur compréhension du contexte de rigueur économique, les personnels reçoivent beaucoup d’injonctions contradictoires et sont souvent obligés de se plier à des logiques de productivité et d’efficience dénuées de sens. »

Ces expressions de lassitude et d’absence de sens sont autant de signaux indiquant le malaise des personnels.  » L’absentéisme  est aussi un indicateur de troubles, complète David Gruson. Même si, avec 8%, le secteur public hospitalier affiche un taux plus bas que dans les autres fonctions publiques et similaire à celui du secteur privé. » Médecins, infirmières et aide-soignantes se montrent donc fidèles au poste, malgré les difficultés et les nombreux changements qui frappent l’hôpital.

« Les gens n’en peuvent plus des réformes qui tombent d’en haut et dont ils peinent à comprendre le but, poursuit Jean-Claude Delgènes. Toutes ces incertitudes sur le sort de l’hôpital sont génératrices de stress. Un stress auquel s’ajoute le manque de reconnaissance et l’absence de valorisation salariale pour des gens qu’on manage en fonction de leur capacité à se sacrifier. Quand on songe qu’environ un tiers des infirmiers et infirmières en hôpital public démissionnent, on comprend que le malaise est immense. »

Sources : Le Parisien, l’Humanité, Le Figaro, L’Express

 

Bore-out : voyage au bout de l’ennui

Bore-out : voyage au bout de l’ennui

RPS  – Le Monde –  C’est ce qu’on appelle le bore-out, inspiré du mot « boring » (ennuyeux en anglais). « Etre en bore-out, c’est à bout, par manque de travail, de motivation ou de défis professionnels », écrit le docteur François Baumann dans Le Bore-out. Quand l’ennui au travail rend malade (Josette Lyon, 2016). Un article de Léonor Lumineau :

Peter Werder et Philippe Rothlin, deux consultants suisses, ont pour la première fois nommé ce phénomène dans Diagnose Boreout (en allemand, Redline Wirtschaft, 2007). Selon eux, 15 % des salariés seraient touchés. Christian Bourion, professeur à ICN Business School Nancy=Metz- et auteur de Le Bore-out syndrom. Quand l’ennui au travail rend fou (Albin Michel), évalue plutôt à 30 % le nombre d’employés atteints. Chiffrer le bore-out est particulièrement difficile car il est tabou.

La honte

« Aujourd’hui, les gens veulent que l’emploi soit source d’épanouissement. Nous éduquons nos enfants comme cela, nous leur faisons faire de longues études. Mais lorsque ces derniers arrivent sur le marché de l’emploi, c’est la grosse désillusion. Résultat : il y a encore plus de souffrance due à l’ennui », ajoute le chercheur.

Si les causes sont différentes du burn-out, un ennui prolongé au travail provoque une souffrance comparable. « Il provoque un sentiment d’inutilité. Une attaque de l’estim e de soi qui peut se transformer assez vite en questionnement de son rôle dans la société », explique Philippe Zawieja, chercheur associé à Mines ParisTech et spécialiste des risques psychosociaux. A la clé, de l’angoisse, a minima de la démotivation et, paradoxalement, une difficulté à s’impliquer dans le peu de tâches à réaliser. Les personnes perdent confiance en elles, culpabilisent, s’isolent. A terme, la dépression guette.

L’inactivité imposée est également source de grande fatigue. « J’étais nerveusement épuisée, je n’arrivais même pas à lire un article en entier, je n’en pouvais plus », confirme Estelle, 28 ans, consultante dans un cabinet de conseil. En CDI depuis trois ans, la jeune femme « ne peut excuser aucune mission, car ce ne serait pas rentable selon mes managers. Du coup, je m’ennuie terriblement ».

Et la honte accompagne souvent fortement l’impression d’inutilité. A tel point que les victimes de bore-out tentent souvent de dissimuler leur inactivité, de jouer la comédie. « L’autre perversité, c’est que finalement on ne peut pas se plaindre d’être payé à ne rien faire, surtout en période de fort chômage », ajoute Lionel, la quarantaine, qui dit avoir été « placardisé » par sa direction du jour au lendemain.

Quatre profils expoés

Pour Jean-Claude Delgènes, directeur général du cabinet Technologia, spécialisé dans les risques au travail, quatre profils de salariés sont très exposés : « Le cadre du privé ou le haut fonctionnaire qui se retrouve sans affectation ; les personnes qui sont surqualifiées par rapport à leur poste ; ceux qui ont été mis au placard ; et ceux qui font un travail intrinsèquement non nourrissant, comme les vigiles par exemple. » Et comme pour le burn-out, le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui touche des salariés pour qui le travail est central.

Pour certains experts, les jeunes diplomés seraient particulièrement sensibles au bore-out. « Ils rament pour pouvoir s’insérer et ils se raccrochent souvent aux branches avec un boulot par défaut. L’ennui au travail est encore plus dur à vivre quand on est jeune et diplômé », affirme Jean-Claude Delgènes.

Jean Dugas, directeur des ressources humaines de transition, analyse la situation différemment : « Je vois des bac + 2 qui se battent et arrivent à décrocher des postes au-dessus de leur niveau et je vois des bac + 5 qui tombent de haut car ils croyaient que tout leur était dû, alors qu’il y a aussi le quotidien à se coltiner dans tout travail. »

Comment réagir lorsqu’on s’ennuie au travail ? Pour Piérelle Boursaly, du cabinet Psya, spécialisé en prévention et gestion des risques psychosociaux, « il faut d’abord voir si c’est un problème de sous-charge de travail ou une inadéquation entre missions et compétences. Et évidemment en parler à son manager. Il faut aussi s’interroger sur ce qu’on veut faire et le formuler ». Pour cela, un bilan de compétences peut aider, ou la formation continue.

Partir

(…)

Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/04/bore-out-voyage-au-bout-de-l-ennui_4913776_1698637.html

Les lanceurs d’alerte doivent-ils être dédommagés par l’Etat?

Les lanceurs d’alerte doivent-ils être dédommagés par l’Etat?

CARRIÈRE  – JDD, LCP –  Après le scandale financier des Panama papers début avril, c’est une autre affaire d’évasion fiscale qui revient au-devant de la scène médiatique. Le procès des Luxembourg leaks s’est ouvert mardi à Luxembourg et doit durer jusqu’au 4 mai. Antoine Deltour et Raphael Halet, deux lanceurs d’alerte, comparaissent aux côtés d’Edouard Perrin, un journaliste français. Tous trois sont accusés d’avoir fait fuiter des documents d’accords fiscaux mettant en cause les mauvaises pratiques de multinationales basées au Luxembourg. La Chaine parlementaire (LCP) organise un débat. Parmi les invités, jean-Claude Delgènes de Technologia :

Offshore leaks en 2013, Luxembourg leaks en 2014, Swiss leaks en 2015, Panama papers en 2016… Grâce au rôle des lanceurs d’alerte, les révélations de ce genre font tâche d’huile. Avec  la crise économique mondiale qui frappe nos sociétés depuis 2008, ils incarnent donc les nouveaux héros du 21e siècle. Pourtant, ces anonymes en payent souvent le prix fort : licenciement, chômage, procès, intimidations. Antoine Deltour ne regrette pas son geste et estime avoir agi en tant que « citoyen ».  Leur statut reste à définir alors que la loi actuelle décourage de telles actions. En décembre dernier, le député PS, Yann Galut a déposé une proposition de loi pour protéger les lanceurs d’alerte. Elle vise notamment à mettre les salariés et les fonctionnaires à l’abri de représailles. Le texte prévoit aussi de mettre en place une agence nationale de l’alerte. La proposition devrait être intégrée dans la loi Sapin II sur la transparence et la lutte contre la corruption, qui sera débattue à partir du 7 juin en séance à l’Assemblée nationale.

Lors des révélations sur les Panama papers, François Hollande avait estimé que les lanceurs devaient être protégés. Quand le ministre des finances, Michel Sapin, a exprimé toute sa « solidarité » à Antoine Delcourt et lui a proposé l’aide de la France. A l’échelle de la France, il s’agit d’une belle avancée mais il reste à convaincre l’Europe. Le Parlement européen a adopté le jeudi 16 avril, à une écrasante majorité, la directive protégeant le secret des affaires. Face au poids des lobbys et des multinationales, les politiques sont-ils prêts à protéger leurs citoyens

Les invités d’Arnaud Ardoin en débattent mercred27 avri de 19h30 à 20h30 dans l’émission Ça vous regarde sur LCP :

Valérie Rabault, députée PS de Tarn-et-Garonne.
Jean-Claude Delgènes, fondateur de Technologia, spécialisé en prévention des risques professionnels.
Paul Moreira, documentariste et fondateur de l’agence Premiers lignes.
Charles de Courson, député UDI de la Marne et magistrat à la Cour des comptes.

Pour lire le reste de l’article : http://www.lejdd.fr/Societe/Les-lanceurs-d-alerte-doivent-ils-etre-dedommages-par-l-Etat-782855

Le droit d’être déconnecté

Le droit d’être déconnecté

Nouvelles Technologies  – Impact Campus –  Aujourd’hui, les téléphones intelligents et les courriels permettent un contact constant entre salariés et employeurs, tandis que le travail à distance est devenu chose commune. Malgré les retombées que ces avancées peuvent avoir sur le plan de la productivité et de la flexibilité, certains critiquent ardemment cette connexion illimitée. Dans cette même optique, la ministre française du Travail, Myriam El Khomri, propose d’intégrer un « droit à la déconnexion » dans sa refonte du Code du travail. Aptrès une alerte de technologia. Un article d’Alexandre Thibault dans Impact Campus :

L’article 25 du projet de loi, déposé fin mars, obligerait les entreprises à encadrer l’usage des outils numériques dans leurs négociations collectives, dans le but « de garantir l’effectivité du droit au repos [et aux congés] ». Le droit à la déconnexion voudrait alors permettre aux travailleurs de refuser de répondre aux appels et courriels professionnels en dehors de leurs heures habituelles de travail. Il s’agit ici d’un rare point sur lequel le mouvement syndical semble être d’accord pour ce qui est d’une réforme pour le moins controversée.

L’introduction de cette nouvelle disposition fait suite aux recommandations d’un rapport déposé en septembre 2015 par Bruno Mettling, directeur des ressources humaines de la firme Orange. Selon lui, « la révolution numérique implique un changement de paradigme dans le monde du travail ». D’ailleurs, ses propositions se reflètent dans le titre II du projet de loi, qui cherche à dynamiser le marché du travail pour réduire le chômage structurel en France.

Certaines compagnies ont déjà emboîté le pas pour accorder ce « droit à la déconnexion » à leurs employés. C’est le cas, notamment, du géant automobile Volkswagen, qui offre de ne pas contacter ses employés sur leurs téléphones de travail entre 18h15 et 7h le lendemain, d’après le rapport Mettling.

Là où la loi innove, c’est qu’elle contraindrait toutes les entreprises du pays à faire ainsi, sans nécessairement spécifier la nature ou l’étendue de la déconnexion requise. Pour les firmes de plus de 300 employés, il serait exigé qu’on adopte une charte d’entreprise à cet effet.

Changer notre conception du travail

Serait-ce envisageable de copier l’initiative des cousins français ici au Québec? Anne-Marie Laflamme, professeure en droit du travail à l’Université Laval ne le croit pas. « L’objectif [de la loi française] est louable, mais je ne suis pas sûre que le moyen choisi soit le bon, explique t-elle. Il existe d’autres moyens de régler les difficultés sous-jacentes [à la déconnexion], qui sont plutôt liées à la charge de travail et à la rémunération. »

Il faudrait plutôt rémunérer le travail effectué hors du temps et des lieux habituels et alléger la charge de travail. Elle cite l’exemple de BMW, qui, à l’inverse de Volkswagen, a décidé de rémunérer les heures supplémentaires de ceux qui se voient obliger de répondre aux courriels en dehors des heures régulières.

Selon elle, il faudrait plutôt changer les conceptions « désuètes » de lieu et temps de travail pour s’adapter à la réalité actuelle.

« Une belle usine carrée, les gens qui poinçonnent à l’entrée et à la sortie, ce n’est pas compliqué. Mais on a dépassé ça, on n’est plus là. Le lieu de travail n’existe plus dans bien des secteurs. On considère qu’un travailleur peut être payé trois heures s’il se rend sur son lieu de travail, mais s’il doit attendre un appel chez lui, il n’est pas nécessairement rémunéré. C’est pareil pour le temps de travail. Notre étalon de mesure de la valeur du travail, c’est le temps. On est payés à taux horaire. Il faut s’ouvrir à une nouvelle manière d’évaluer le travail, soit une rémunération fondée sur les résultats, en laissant plus de flexibilité aux employés pour atteindre ces résultats. »

La professeure souligne également l’effet traître que peuvent avoir les outils numériques sur la vie privée et la conciliation travail-famille. « C’est beau de pouvoir finir à cinq heures, mais si c’est pour arriver à la maison pour retourner travailler sur l’ordinateur, l’objectif n’est pas atteint. » Alors qu’ils sont censés offrir une plus grande flexibilité aux salariés, les appareils électroniques peuvent au contraire devenir une contrainte additionnelle.

Faute d’une intervention législative claire à cet effet, les tribunaux québécois pourraient constituer un rempart pour les travailleurs submergés par leurs courriels. En 2005, la Cour d’appel avait déclaré que l’obligation de travailler à domicile imposée à ses employés par un Centre jeunesse constituait une atteinte au droit à la vie privée, accueillant les prétentions du syndicat.

Il reste à voir comment il serait possible d’étendre cette protection pour favoriser une déconnexion, qui reste plus difficile à mesurer et contrôler. De plus, il sera question d’évaluer la possibilité qu’un travailleur renonce à son droit à la vie privée, préférant la flexibilité que lui offrent les outils numériques.

Surcharge psychologique

Ce qui a sonné l’alarme du gouvernement français, c’est l’augmentation des cas d’épuisement professionnel au fil des ans, rapportée par la firme Technologia. En 2012, un sondage d’Ipsos Reid avait reconnu un fléau similaire au Québec, alors que le pourcentage des cas d’absentéisme liés à la maladie mentale avoisinait les 60 %. Le phénomène, mieux connu sous le nom de burn-out, aurait non seulement un impact sur la vie personnelle du travailleur, mais il ferait aussi chuter la productivité des entreprises, et menacerait le bon fonctionnement des régimes de santé et sécurité au travail.

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://impactcampus.ca/sciences-et-technologies/le-droit-detre-deconnecte/

7eme prix du roman d’entreprise et du travail

7eme prix du roman d’entreprise et du travail

TECHNOLOGIA  – FO Hebdo, GQ magazine –  En décernant le 7e Prix du roman d’entreprise et du travail à Slimane Kader pour son ouvrage Avec vue sous la mer, le jury a fait le choix de la singularité.Ce prix est à l’initiaitive du cabinet Technologia, du réseau Place de la Médiation et la Mutuelle UMC. des artivcles de Force Ouvrière Hebdo et du site GQ Magazine :

Tout d’abord, l’histoire : un jeune travailleur précaire de Seine-Saint-Denis se retrouve embauché comme homme à tout faire sur un paquebot de croisière qui promène ses 6 000 touristes états-uniens dans les Caraïbes. Il y découvre un monde souterrain, ou plutôt sous-marin, constitué de mécaniciens, de cuisiniers, serveurs, nettoyeurs, vendeurs et autres artistes et animateurs. Slimane Kader est le septième lauréat du Prix du roman d’entreprise et du travail, qu’il a reçu le 9 mars 2016 des mains de la ministre du Travail Myriam El khomri pour son livre Avec vue sous la mer.

Dessous, les damnés de la mer

Enchaînant les tâches les plus ingrates, il va, grâce à sa débrouillardise et au hasard, se faire une place au sein de cet immeuble flottant dans lequel la plupart des 2 000 salariés sont cantonnés dans les étages inférieurs, situés sous la ligne de flottaison. Une tour de Babel dans laquelle la division du travail est poussée à l’extrême et s’opère aussi selon des critères ethniques : les Asiatiques aux tâches de précision, les Européens à l’organisation et les Indiens avec les Blacks en cuisine.

Apprenant sur le tas une langue anglaise qui sert de sésame, Wam – le héros – pense et écrit dans un français populaire constitué d’argot moderne et de verlan : « Sa meuf – genre vendeuse de chez Pimkie – a vingt ans de moins que lui et des seins en plastique, bien rigides derrière le soutif jaune fluo […]. Ils sont accompagnés par un chiard, 13 ans et une tronche comme une invitation à coller des beignes ! Petite bouche de rongeur avec un appareil dentaire. Voix de buse qui vient de se faire cartonner par un téléphérique. »

Certes, le style d’écriture pourra parfois dérouter mais il permettra au lecteur de découvrir ce que sont un blèm, un kif, un chouf, un relou et même un boule ou encore une teub…

L’originalité du roman de Slimane Kader c’est de nous plonger dans un univers insoupçonné, celui d’un prolétariat mondialisé, qui n’a pas souvent sa place dans la littérature contemporaine. Quiconque lira ce livre en apprendra plus sur l’envers du décor et sur le quotidien de ceux qui y œuvrent qu’en passant une semaine de croisière all inclusive.

Lors de la remise du prix, c’est la jeune et dynamique maison d’édition Allary qui a reçu la récompense pour Slimane Kader car celui-ci était en mer, quelque part dans les Caraïbes. Aux dernières nouvelles, Avec vue sous la mer sera adapté à la télévision.

L’auteur a été interviewé par Jacques Braunstein sur le site GQ magazine, le 27 mars 2014 :

Quand vous vous êtes engagé sur un paquebot de croisière, vous saviez ce qui vous attendait ? Vous imaginiez la dureté des conditions de travail ?
Un mec que je connaissais m’avait parlé de ce plan. Il m’avait mis au parfum, je savais que je n’allais pas bosser avec les télétubbies… A l’époque j’étais à la ramasse et comme je n’ai peur de rien, je me suis dit que j’allais tenter le coup, je n’avais rien à perdre de toute façon !

Vous décrivez les rapports sociaux entre les différentes communautés sans jamais les juger. Cela ne vous choque pas que chaque communauté (Blancs, Chinois, Mauriciens…) soit cantonnée à une tâche ?
Est-ce que ça te choque que 95% des joueurs de NBA soient blacks ? Et la plonge dans les restos à Panam, c’est un monopole de Norvégiens ? Je vois les choses comme elles sont. Après on peut réfléchir pour comprendre, voir le truc sous l’œil de la sociologie… Sur les bateaux, les gens cherchent de la thune parce que dans leur pays c’est la misère ! Pour eux travailler sur un bateau ça le fait ! Alors l’info circule…  Quand un mec bosse sur un bateau et qu’un plan boulot se profile il prévient ses potes du bled qui rappliquent ! Les recruteurs ne disent pas : « toi t’es Paki’ alors tu vas travailler dans les cuisines avec les autres Paki’. » C’est le Paki’ qui ne peut postuler à rien d’autre. S’il a fait une école de marine et que c’est un cador, il aura son poste d’officier sur le pont…

L’idée que les employés de ces bateaux de croisière dans les Caraïbes ne voient jamais la lumière semble démente. Vous n’exagérez pas un peu ? Il n’y a pas une terrasse pour l’équipage ? Des moments cool comme dans La croisière s’amuse ?
Il y a un entrepont à l’arrière du bateau… Avec des dizaines de crevards allongés au soleil. Un quart d’heure. Vingt minutes. C’est pas bézef, mais quand tu vis comme un ermite, c’est le paradis. Parce que La croisière s’amuse, c’est surtout pour les officiers… Ils ont le droit d’aller au contact de la clientèle dans les clubs, les restos… Nous on s’éclate comme on peut, mais il ne faut pas être trop crevé et avoir le temps… C’est rare.

(…)

 Focus : Un prix littéraire pas comme les autres
Chaque année depuis sept ans, le Prix du roman d’entreprise et du travail récompense un roman dans lequel le travail occupe une place centrale. Il est décerné par un jury de dix-neuf personnes dont l’engagement professionnel ou personnel a trait au travail. Les douze ouvrages initialement sélectionnés ne doivent pas avoir remporté d’autre prix littéraire auparavant.
Il est organisé par le cabinet Technologia et le réseau Place de la Médiation et doté par la mutuelle UMC.

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.force-ouvriere.fr/7e-edition-du-prix-du-roman-d-entreprise-et-du-travail ;   http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/livres/articles/slimane-kader-avec-vue-sous-la-mer/13513