« Phil’o Boulot » : Travail et Service public

« Phil’o Boulot » : Travail et Service public

TRAVAIL  – Miroir Social –  Le think tank « Galilée.sp » en partenariat avec Technologia a organisé le 24 mars dernier à Paris , sa quatrième édition d’une série de colloques labellisés  » Colloque phil’o boulot »….qui visent à échanger et débattre librement du travail, de ses évolutions …avec en toile de fond les éclairages de nombreux philosophes anciens ou modernes. Un article de Jacky Lesueur dans Miroir Social :

Ce colloque placé sous la thématique « Le travail et le service public » et animé par Pierre Morville, un des initiateurs de « l’Observatoire du stress et des mobilités forcées », a été  l’occasion de présentations et de discussions particulièrement intéressantes avec un large auditoire d’horizons divers.

Parmi celles ci:

– la primeur de la  présentation du livre de Galilée.sp « Où va la Fonction Publique? » ….une publication dense ,  étayée de témoignages  et d’histoires vécues de fonctionnaires, ainsi que de regards externes  nourrissant utilement les réflexions sur un sujet d’importance.

– une intervention de la philisophe Monique Castillo, sur le thème de « l’éthique publique et le travail » , s’appuyant sur les réflexions contenues dans un récent livre ( à lire et à faire lire aussi) sur « Faire renaissance …une éthique publique pour demain »

– l’approche de Françoise Dreyfus, professeur de droit sur « Le travail des agents: personnels et usagers du service public »

– et une présentation  sur la démarche de créativité présentée par Paul Hubert des Mesnards, consultant en innovation et créativité…. prolongée par un travail en créativité au sein des LII (laboratoires Incubateurs d’Idées)…

Bref un grand moment d’échanges….à prolonger

Les initiateurs : https://associationgalilee.wordpress.com/ ; http://fonctionpublique-technologia.fr/

Référencehttp://www.miroirsocial.com/membre/LESUEUR/post/le-travail-et-le-service-public

French weigh ‘right’ to disconnect from work emails at home

French weigh ‘right’ to disconnect from work emails at home

NOUVELLES TECNOLOGIES  – USA Today  Usa Today est un quotidien national américain fondé en 1982 par Allen Neuharth et publié par Gannett Corporation. Il s’agit du journal le plus diffusé aux États-Unis avec plus de 2,25 millions d’exemplaires écoulés par jour. Maya Vidon a réalisé un article sur l’abord français de la déconnexion nécessaire de l’internet professionnel, pour les salariés. La journaliste d’USA Today cite une étude de Technolgia en appui de son enquête :

(…)Recent technology has dealt a tremendous blow to the French laissez-faire way of life that emphasizes enjoying time off.

But a controversial new bill could give workers the « right to disconnect » during off hours and vacations. The measure is one of a series of changes introduced by President François Hollande’s government to change France’s over-regulated labor market.

Other measures, allowing overtime on top of France’s 35-hour workweek and granting employers more power to hire and fire, have spurred hundreds of thousands of protesters into the streets in recent weeks. Protesters say the government is caving to business interests in hopes of reducing France’s 10% unemployment rate.

The « right to disconnect » legislation, which would go into effect in 2018 if passed, would require companies to encourage employees to turn off phones and other devices after they leave work.

« As a business owner, my life today is to be connected to my company 24/7, » said Nicolas Potier, founder of ACSEO, a start-up that builds Web and mobile applications. « We are already vigilant to the quality of life of our employees. »

He said some of his workers have no problem staying online until a customer is satisfied. « We don’t have a time clock or any equivalent system. It really is a state of mind, » he added.

The law reflects the sense in France that white-collar workers in the digital age are vulnerable to burnout.

Technologia, a risk analysis firm, found that 3.2 million French workers were emotionally exhausted from work and at risk of developing burnout symptoms like exhaustion and chronic stress.

« It is a real problem, » said Yves Lasfargue, a sociologist who specializes in teleworking. « Twenty years ago, before emails had been invented and we could not reach colleagues, we would have to go and knock on their doors. Traditional courtesy teaches you to abstain from disturbing people. With these new tools, this form of courtesy has totally disappeared. This is why we need to legislate. »

France’s powerful labor unions don’t support most of the government’s labor overhauls, but they at least partially support the disconnect measure.

A union survey in November found that 75% of its managers worked at home in the evening. More than 50% of managers said they worked on weekends and holidays, according to UGICT-CGT, a union of engineers, managers and technicians.

The union became aware of the problem after it heard that German automaker Volkswagen shuts down its servers after work so employees can’t send emails. « It made us reflect upon our own work conditions, so we launched our own campaign, » said Sophie Binet, the union’s secretary-general. (…)

Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.usatoday.com/story/news/world/2016/03/25/france-technology-time-off-work-emails/82070906/?utm_source=feedblitz&utm_medium=FeedBlitzRss&utm_campaign=usatoday-newstopstories

Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

RISQUES PSYCHOSOCIAUX  – Miroir Social –  Marc Loriol est sociologue (IDHES), spécialiste du stress au travail et plus généralement des risques psychosociaux. Il est co-directeur scientique de DIM Gestes. C’est dans le cadre d’une classe préparatoire pour entrer à l’ENS de Cachan que Marc Loriol a découvert la sociologie. « Cette discipline me permettait de faire de la recherche empirique, du terrain, ce qui me semblait plus concret que l’économie, plus théorique et abstraite ».Très vite, ce sont les questions de santé qui ont accaparé son attention, notamment la fatigue. « C’est un sujet médical très important mais difficile à cerner… J’ai donc cherché à savoir, dans le cadre de mon mémoire de DEA, comment ce symptôme était traité en médecine générale ». En thèse, le chercheur a fini par lier ces questions au monde du travail. Il est interviewé par Audrey Minart, dans Miroir Social

Audrey Minart : l’approche des risques psychosociaux par le prisme de leur « construction sociale » est devenu votre fil rouge. Pourquoi insister sur cette notion ?
Marc Loriol : Avec la construction sociale, j’ai voulu montrer que l’on doit éviter un double écueil : le premier est de dire que les risques psychosociaux n’existent pas vraiment parce qu’ils n’étaient auparavant pas traités sous la forme du stress ou du harcèlement. Certains parlent même de « mode ». D’ailleurs, le concept de « construction sociale » est souvent mal compris : il ne signifie pas que les pathologies n’existent pas mais qu’elles s’expriment dans un contexte donné, celui-ci ayant une influence sur la manière dont les plaintes se formulent. Justement, l’autre écueil serait de penser que cela existe depuis toujours, comme la grippe ou le cancer qui sont bien définis, et que l’organisme humain va toujours réagir de la même manière lorsqu’il est soumis à tel ou tel type de contrainte…

J’essaie pour ma part de trouver un compromis entre ces deux approches caricaturales, c’est-à-dire de montrer que cela existe dans un contexte économique et social particulier, en fonction de situations sociales construites et vécues par les gens. Il y a, actuellement, une individualisation du rapport au travail et à ses risques : si l’on considère les métiers dans lesquels on se plaint le plus de stress et ceux dans lesquels on s’en plaint le moins, on peut constater que les seconds sont ceux dans lesquels le fonctionnement collectif est encore relativement fort, contrairement à ceux dans lesquels les rapports sont plus individualisés et individualistes.
Un exemple de l’importance du contexte économique et social ?
J’ai montré cela en comparant policiers et infirmières, ou encore ouvriers et infirmières. Longtemps, dans le monde ouvrier, on a peu employé le vocable de stress. Toutes les enquêtes européennes et américaines le montrent : au bas de l’échelle sociale, on parle plus facilement de fatigue que de stress et vice-versa. D’après ce que les ouvriers m’ont expliqué lors de mon enquête dans les années 1990, ce n’est pas parce que le travail n’est pas difficile, au contraire, mais parce qu’en parler renvoie à une plainte individuelle. Alors que l’ouvrier est davantage dans une approche collective, qui renvoie aux capacités du groupe à se défendre par l’action syndicale et politique, formellement, ou de façon informelle par « le coulage », le « freinage » et toutes sortes de stratégies de résistance… Cela renvoie également à la capacité de s’organiser entre soi, à s’entraider, y compris avec l’encadrement de proximité, à gérer la pénibilité avec une répartition des postes, les plus durs aux jeunes, ceux qui l’étaient un peu moins aux salariés vieillissants…

Malheureusement, cette forme de gestion ne fonctionne plus : l’industrie embauche de moins en moins de jeunes et les tâches les moins difficiles, entretien, contrôle, expédition, ont été externalisées. La résistance collective s’est aussi effritée et le syndicalisme a beaucoup perdu de son pouvoir… Donc, si l’on y parlait auparavant peu de stress, il y a un rattrapage depuis quelques années. Il y a sans doute aussi un effet circulaire avec des médias qui parlent beaucoup plus de ces questions-là… Mais c’était déjà un peu le cas dans les années 1990/2000. Selon moi, si les ouvriers s’y reconnaissent davantage, c’est parce qu’ils n’ont plus cette vision alternative où le problème de santé au travail était vu comme le résultat de l’exploitation du monde ouvrier par l’organisation du travail. Pour les brigades de police secours, on remarque que celles dans lesquelles on retrouve le plus de plaintes de stress sont celles qui sont les plus « anomiques », c’est-à-dire où l’on retrouve moins de collectif, de valeurs partagées… Il n’y a pas forcément plus de conflits mais on y parle moins de travail parce que les policiers ne sont pas d’accord sur ce qu’est un « bon travail » : jusqu’où aller, comment valoriser certaines tâches plus routinières pour les rendre plus acceptables ? Ce que l’on ne fait pas par exemple dans les commissariats dits « difficiles », ce qui peut paraître contre-intuitif parce qu’il s’y passe plus de choses. Le fait est qu’on y trouve plus de jeunes et un fort renouvellement. Donc toutes les tâches un peu routinières (comme le contrôle routier par exemple) y paraissent extérieures au travail policier. Elles sont alors vécues comme peu valorisantes et imposées par la hiérarchie.

Le contexte est donc crucial. Y compris le national. A-t-on tendance, en France, à appréhender certains phénomènes de manière différente que dans d’autres pays ?
Il est intéressant de constater que l’explosion de l’intérêt médiatique pour le stress a connu des calendriers différents d’un pays à l’autre : dès les années 1970 aux États-Unis, dans les années 1980 au Royaume-Uni et fin des années 1990 en France. On peut donc se poser la question de ce décalage. Par ailleurs, en France, la notion de l’épuisement professionnel a été moins développée qu’aux États-Unis par exemple : on y trouve moins de médecins spécialisés, et les associations de malades y sont moins actives. Même si le cabinet Technologia essaie depuis 2012 de populariser le terme, il reste moins utilisé que dans d’autres pays, comme l’Allemagne, la Suisse où l’on parle cependant moins de stress qu’en France. La dépression est en outre plus évoquée en France qu’en Allemagne. Nous manquons d’études comparatives pour comprendre l’origine et les conséquences de ces différences entre pays, le rôle des cultures nationales, des formes de relations professionnelles, des systèmes de santé etc.
Cela ne peut-il pas s’expliquer par le simple fait que les réalités ne sont pas les mêmes ?

(…)

Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.miroirsocial.com/actualite/13126/le-concept-de-construction-sociale-est-souvent-mal-compris-marc-loriol-co-directeur-scientifique-du-dim-gestes

Burn-out : comment et pourquoi améliorer la prévention

Burn-out : comment et pourquoi améliorer la prévention

BURN OUT  – L’Humanité – Margareth Barcouda, présidente de l’association Stop burn-out, Benoît Hamon,député des Yvelines, membre de la commission des Affaires étrangères, Marielle Walicki, avocate au barreau de Nice et Khadija Delanoue Ben M’Barek, médecin ont publié des tribunes sur la prévention du burn-out suir la thématique « Comment et pourquoi faut-il améliorer la prévention du burn-out ? »,dans les colonnes du journal l’Humanité :

Une loi pour responsabiliser les entreprises par Benoît Hamon, député des Yvelines, membre de la commission des Affaires étrangères

Le 17 février, j’ai déposé avec 83 députés une proposition de loi visant à favoriser la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel comme maladie professionnelle. Le « burn-out » n’est actuellement pas un diagnostic médical mais un terme générique qui recouvre des pathologies psychiques réelles et bien identifiées telles que le stress post-traumatique, la dépression ou l’anxiété généralisée.

Depuis que j’ai commencé à travailler sur le sujet, il ne se passe pas un jour sans que je ne reçoive de témoignages de jeunes, moins jeunes, cadres, chefs d’entreprise, CRS ou agents administratifs ayant subi au cours de leur carrière un burn-out. Sans que je ne reçoive par mail, par courrier ou dans la rue ces « bouteilles à la mer » – terme révélateur que je retrouve dans de nombreux témoignages – de Français en détresse ne sachant plus que faire pour sortir de la spirale infernale dans laquelle on les a précipités. Sans que je ne reçoive la lettre tragique d’une femme, d’un homme, d’un frère ou d’un parent ayant subi le pire : la souffrance, la dépression ou le suicide d’un proche, harassé, pour qui l’espoir de remonter la pente s’est anéanti.

Pourtant, dans l’écrasante majorité des cas, aucun lien n’est reconnu entre cette souffrance vécue et les conditions de travail au sein de l’entreprise. Parce que cette situation est insupportable pour ceux qui la vivent, il nous faut sortir de ce déni pour éviter que d’autres vies ne se brisent à leur tour. Il est temps de mieux prendre en compte la souffrance au travail.

Si, comme le rapporte le cabinet Technologia, 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de burn-out, c’est que certaines méthodes managériales mettent les salariés en danger. La culture du résultat et l’objectif d’une productivité toujours accrue du travail ont des conséquences sur la santé psychique et physique des travailleurs. Avec la libéralisation et la mondialisation de l’économie, l’organisation du travail a évolué. Le lean management ou le new public management, apparus à la fin des années 1970, conduisent à une mise sous tension permanente des salariés, qu’ils travaillent dans le public ou le privé, dans le but de remplir les objectifs fixés par leur hiérarchie. Seul compte le résultat atteint et plus seulement les moyens mis en œuvre pour les atteindre.

Confrontés à cette pression, beaucoup de salariés perdent pied, à mesure que le travail colonise leur vie tout entière. La démarcation entre la sphère privée et la sphère professionnelle s’efface et la souffrance au travail finit par toucher toute une famille. À l’heure où l’on peut être joignable partout et à tout moment, les moyens de communication modernes renforcent ce risque d’effondrement.

Face à ce phénomène, les entreprises doivent être responsabilisées. C’est l’objectif que je poursuis. Avec la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, la prise en charge des soins ne se fera plus par l’assurance maladie, financée par la collectivité, mais par la branche accident du travail-maladie professionnelle, financée à 97 % par les entreprises. Or, le montant des cotisations payées par les entreprises dépend directement du nombre de maladies comptabilisées en leur sein. Ainsi, une entreprise à forte sinistralité paiera davantage qu’une entreprise vertueuse. Ce système de « stresseurs-payeurs » incite donc financièrement les entreprises à intégrer l’impact de la souffrance au travail dans leur organisation du travail.

Réintégrons l’humain dans la manière de penser le travail et l’entreprise. Redonnons au mot travail les valeurs républicaines que nous défendons, pour faire mentir son étymologie : l’entreprise ne doit pas être un lieu de torture, mais d’épanouissement. Parce que nous sommes tous concernés, nous devons désormais agir pour prévenir.

Social, santé et management sont indissociables par Marielle Walicki, avocate au barreau de Nice

Ces deux dernières décennies ont vu naître une prise de conscience collective : le mal-être au travail, tel que le stress ou le burn-out, n’est pas seulement un accident lié à la personnalité des individus, mais dépend aussi de la qualité des relations au sein de l’entreprise tout autant que des structures professionnelles.

Le contexte économique morose de la France et du monde de l’entreprise participent à tendre les relations au travail, exposant ses acteurs à une pression croissante.

Mon expérience de chef d’entreprise et d’avocat intervenant habituellement en droit des affaires m’a fait réaliser, indépendamment de tous les cas dont les médias se sont fait le porte-parole, de la multiplication des burn-out, tant au sein de petites que des grandes entreprises.

Or, cette pathologie affecte potentiellement toutes les strates de la population active, soit plusieurs millions de personnes en France : cadres, dirigeants, médecins, artisans et autres travailleurs indépendants.

Ces derniers se trouvent même particulièrement exposés car, comme le rappelle l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, les indépendants ont, avec des horaires de travail atypiques, une dimension émotionnelle et une précarité dans la pérennisation de leurs chiffres d’affaires qui leur sont propres.

Parce que social, santé, organisation et management sont indissociables, l’amélioration de la santé psychologique au travail ne doit pas se limiter à la gestion du stress professionnel et au seul traitement de la souffrance. Le vrai enjeu est le bien-être des salariés, leur plein épanouissement et leur valorisation comme principale ressource de l’entreprise.

La profession occupée par chacun d’entre nous ne doit pas être appréhendée uniquement comme une source de rémunération : elle est partie prenante de l’épanouissement personnel, de l’intégration et du lien social.

Le rétablissement du lien social avec la reconnaissance du travail bien fait me semble être des axes de réflexion essentiels afin de reconsidérer les types de management existants ainsi que les relations de travail au sein d’une équipe ou avec le supérieur hiérarchique, notamment lorsque l’isolement réduit les occasions d’échange ou d’écoute : à savoir, rétablir l’unité solidaire dans l’entreprise du dirigeant au salarié en passant par les managers.

Cette démarche constitue un préalable pour que l’entreprise intègre ces enjeux dans sa culture de travail et leur donne une traduction concrète à travers un management de proximité.

En conclusion, je citerai la phrase de Lacordaire : « Le travail est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail », dans cette parole, nous retrouvons la juste expression du sens authentique du travail.

  • Pour un dépistage médical systématique par Khadija Delanoue Ben M’Barek, médecin (…)

Pour lire l’ensemble des tribunes : http://www.humanite.fr/comment-et-pourquoi-faut-il-ameliorer-la-prevention-du-burn-out-601133

Burn Out : groupe de travail et polémiques

Burn Out : groupe de travail et polémiques

BURN OUT – Philosophie Magazine, Sciences et Avenir, Le Point, Le Nouvel Observateur – La ministre de la Santé ,Marisol Touraine prévoit la mise en place d’un groupe de travail pour définir médicalement le burn out. Depuis 2012, le cabinet Technologia a lancé une campagne pour la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Les objectifs du groupe restent bien sûr à préciser. L’un des enjeux reste bien sûr la reconnaissance du Burn out comme maladie du travail. Si les syndromes de cette “maladie du trop” sont bien identifiés, sa reconnaissance sociale et juridique demeure insuffisante, notent Cedric Enjalbert et Camella Echchihab, sur le site de Philosophie Magazine :

La ministre de la Santé Marisol Touraine a donc annoncé dimanche 21 février la mise en place d’un groupe de travail pour « définir médicalement le burn-out et la manière de la traiter », suivant la recommandation de l’Académie nationale de médecine. Dans un rapport présenté le 16 février, l’institution appelle à mener des recherches pour préciser cette notion floue pour la science médicale, car « l’expansion du terme “burn-out” est une source de confusion en raison des limites imprécises de cette réalité ».
Bref, avant de reconnaître l’épuisement comme « maladie professionnelle », encore faut-il la reconnaître comme maladie, pointent les deux journalistes ; Le rapport précise que l’épuisement professionnel recouvre « une réalité mal définie, d’un état de détresse psychologique à un état pathologique de syndrome d’inadaptation à un facteur stressant chronique ». Le coauteur de cette étude, le psychiatre Patrick Légeron interrogé par le Magazine de la santé de France 5, le 22 février, souligne en outre une spécificité française : « ces concepts de burn-out ont été exclusivement gérés par le ministère du Travail. Le ministère de la Santé a été complètement absent à l’inverse d’autres pays. »
Le chantier lancé par la ministre de la Santé comble cette absence. Il répond aussi à une proposition de loi déposée le 17 février 2016, par le socialiste Benoît Hamon, qui n’est pas à son coup d’essai. L’an passé, le Parlemnt avait rejeté la proposition du député d’ajouter trois amendements pour la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle à la loi sur le dialogue social. Dans le texte présenté par le ministre du travail, finalement adopté en septembre 2015, figure néanmoins une avancée relative : « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladie d’origine professionnelle ».

Vers la reconnaissance d’une maladie professionnelle ?, s’interroge Sciences et Avenir : l’Académie relève également qu’au-delà des risques psychosociaux liés au travail, il existe des risques de burn-out inhérents à chaque personne (surinvestissement dans le travail, antécédents psychopathologiques) et que les antidépresseurs ne sont pas forcément la solution. Ils peuvent être prescrits pour des dépressions d’épuisement, mais pas forcément pour un état de stress prolongé, les deux maladies qui se rapprochent le plus du burn-out aujourd’hui. « Même si ce n’est pas pour demain, on peut imaginer qu’un jour, lorsqu’on aura davantage de connaissances sur le burn-out, on pourra peut-être le reconnaître comme une entité précise au sein de troubles psychiatriques » ou encore comme une « forme particulière de dépression », note le Pr Légeron. Cela permettra notamment de le faire reconnaître comme une maladie professionnelle, ce qui n’est pas le cas actuellement « puisqu’il n’a pas été identifié comme une maladie », ajoute-t-il.

Il ne faudrait que ce groupe de travail « ne soit qu’un tour de pase-passe « , tranche Xavier Berne , sur le site NextInpact : cette annonce a de grands airs de tour de passe-passe, histoire de calmer la grogne émanant des rangs socialistes… Une simple recherche Google permet d’ailleurs d’arriver très rapidement sur un guide dédié au burn-out, publié l’année dernière par le ministère du Travail avec l’aide de « l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), des enseignants-chercheurs et experts de terrain (médecin du travail, docteur en psychologie du travail) » ! Ce guide préventif s’attache tout particulièrement à définir le syndrome d’épuisement professionnel (pages 7 à 12). On verra si les choses peuvent aller assez vite » a conclu hier Marisol Touraine, laissant entendre que le gouvernement ne fermait pas totalement la porte aux demandes de Benoît Hamon. Le calendrier promet néanmoins d’être extrêmement serré : le projet de loi El Khomri doit être examiné en première lecture à l’Assemblée nationale « début avril » et « en mai » au Sénat. Si les conclusions du groupe de travail annoncé par la ministre de la Santé ne sont connues qu’après les débats, autant dire qu’il y a de très fortes chances pour qu’elles restent lettre morte sur le plan législatif…

Du côté des plus critiques sur la notion de Burn-out , Anne Jeanblanc, journaliste au Point :
le burn-out n’est cité dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux. Il est notamment absent des deux grandes nomenclatures internationales de référence, le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’American Psychiatric Association et le CIM (Classification internationale des maladies) de l’Organisation mondiale de la santé. Dans le dernier DSM, il ne figure même pas parmi les pathologies pouvant entrer dans une prochaine édition. Sur le plan clinique, sa symptomatologie et ses dimensions « s’inscrivent en partie dans les troubles dépressifs et dans les troubles de l’adaptation », précise le rapport.
Nécessité de simplification
Quant au concept de « souffrance au travail », il recouvre l’ensemble des impacts négatifs des environnements professionnels sur l’individu, peut-on lire. Mais ce vocable est essentiellement utilisé en France. Les publications scientifiques anglo-saxonnes traitent peu le « work-related suffering ». Globalement, dans son abord de la santé mentale, l’OMS distingue trois niveaux différents : le bien-être psychologique, la détresse psychologique et les troubles mentaux. Les rapporteurs écrivent donc : « Tout symptôme anxieux ne saurait être considéré comme révélateur d’un trouble anxieux, toute tristesse comme révélatrice d’une dépression caractérisée. Et toute fatigue ou épuisement ne peut être considéré comme pathologique. La détresse psychologique peut être imputable à des événements de vie négatifs : elle doit bien sûr être prise en compte. »
Il faudrait vraiment simplifier les choses. Et la conclusion de l’Académie semble frapper au coin du bon sens : le terme burn-out « ne peut être actuellement un diagnostic médical. Son usage extensif conduit à confondre détresse (ou fatigue) et pathologie émotionnelle : seule celle-ci justifie un traitement, notamment médicamenteux, ayant apporté la preuve de son efficacité dans le cadre nosographique défini. » Il est donc indispensable d’établir des critères précis d’identification des mécanismes en cause. « Une priorité doit être donnée aux maladies dites de société (complications somatiques et psychiques du stress) dans les programmes de formation des étudiants en médecine et de développement professionnel continu des professionnels de santé », est-il précisé. Enfin, l’Académie recommande de créer une structure capable de faciliter la coopération entre les ministères concernés, à l’instar de ce qui existe pour d’autres questions de santé et de sécurité publique telles que toxicomanies ou sécurité routière. Le besoin est réel.

De son côté, le sociologue Marc Loriol souhaite, sur le site du Nouvel Observateur, estime que la reconnaissance dans l’actuel débat juridique, n’est peut-être le 1er combat :
le burn-out n’est cité dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux. Il est notamment absent des deux grandes nomenclatures internationales de référence, le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’American Psychiatric Association et le CIM (Classification internationale des maladies) de l’Organisation mondiale de la santé. Dans le dernier DSM, il ne figure même pas parmi les pathologies pouvant entrer dans une prochaine édition. Sur le plan clinique, sa symptomatologie et ses dimensions « s’inscrivent en partie dans les troubles dépressifs et dans les troubles de l’adaptation », précise le rapport.
(…)
Un burn-out n’est pas une dépression
Le burn-out n’est donc pas une maladie individuelle, mais bien un processus psychosocial dynamique, largement encastré dans un contexte professionnel, économique et social. C’est aussi une façon particulière de voir et de traiter les problèmes rencontrés dans le travail. Selon une enquête du magazine « Paris-Berlin » (juin 2012), 11% des actifs français auraient souffert au moins une fois d’un burn-out, contre 20% des Allemands.
Dans le même temps, l’étiquette stigmatisante de « dépression » semble plus fréquemment mobilisée en France. D’après une étude de l’Organisation mondiale de la santé (menée en 2000-2005 auprès de 89.000 personnes dans 18 pays à l’aide de questions standardisées sur les symptômes de la dépression), 21% des Français auraient connu des troubles dépressifs, contre seulement 9,9% des Allemands.
Les comparaisons réalisées à partir d’ESEMeD (European Study of the Epidemiology of Mental Disorders, menée en 2001-2003 chez les sujets de 18 ans et plus, dans six pays européens) montrent de même une prévalence (sur un an) de l’épisode dépressif majeur deux fois plus élevée en France (6%) qu’en Allemagne (3%).
(…)
La reconnaissance n’est pas le premier combat à mener
Reconnaître et traiter les difficultés des salariés sous le registre du burn-out plutôt que sous celui de la dépression aurait donc un certain nombre d’avantages : une moindre médicalisation (notamment une moindre prise d’antidépresseurs avec les risques d’accoutumance et les effets secondaires qu’ils impliquent) ; une expérience moins invalidante pour les individus, car plus limitée à la vie au travail ; une possibilité de faire prendre en charge les coûts par les employeurs plutôt que le régime général de la sécurité sociale, ce qui aurait un effet incitatif à l’amélioration des conditions et de l’organisation du travail.
Mais cela ne doit pas conduire à se focaliser sur les effets individuels du burn-out au risque d’une part de culpabiliser la victime qui n’aurait pas réussi à trouver le « bon » équilibre entre engagement et préservation de soi et d’autre part de ne pas pouvoir comprendre pourquoi, d’une situation de travail à l’autre, un métier très prenant peut conduire soit à l’épanouissement professionnel, quand les ressources individuelles et collectives permettent de fixer le « juste milieu », soit à l’épuisement et au rejet du travail.
La nature organisationnelle et sociale du burn-out fait qu’il entre mal dans le cadre juridique qui préside à la rédaction des tableaux de maladie professionnelle. La reconnaissance n’est donc pas le premier combat à mener.

Sources : http://www.philomag.com/lactu/breves/burn-out-un-syndrome-en-mal-de-reconnaissance-14726 ; http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20160217.OBS4803/le-burn-out-un-concept-flou-que-l-academie-de-medecine-veut-preciser.html ; http://www.nextinpact.com/news/98676-burn-out-ministre-sante-temporise-groupe-travail-bientot-lance.htm ; http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/burn-out-un-terme-fourre-tout-source-de-confusion-16-02-2016-2018728_57.php ; http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1486645-un-burn-out-n-est-ni-un-epuisement-ni-une-depression-sa-prise-en-charge-est-specifique.html ;

Légiférer pour faire face à l’effondrement professionnel

Légiférer pour faire face à l’effondrement professionnel

BURN OUT  – L’Humanité –  Alors que les cas augmentent d’année en année et que 13 % de la population active est exposée à un risque élevé de souffrance au travail, 83 députés ont signé une proposition de loi visant à faciliter la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel en tant que maladie professionnelle. Adrien Soucheyre, dans l’Humanité, revient sur la genèse du burn-out et sur les derniers épisodes législatifs entourant la difficile reconnaissance de cette maladie professionnelle :

Le mot « burn-out » est apparu pour la première fois en 1960, dans le roman A Burnt-Out Case du Britannique Graham Greene. « Cela raconte l’histoire d’un architecte victime d’une immense fatigue chronique. Il finit par se réfugier dans une léproserie, au Congo. L’écrivain trace un parallèle entre l’épuisement professionnel qui consume l’architecte et la maladie qui brûle de l’intérieur les lépreux. Lui comme les autres sont exclus de la société. Nous avons pareillement aujourd’hui des gens épuisés par le travail. Plutôt que de les aider, plutôt que de les prendre en considération, nous les rejetons », détaille Jean-Claude Delgènes, président de Technologia. Le cabinet, spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels, estime à 3,2 millions le nombre de personnes exposées en France à un risque élevé de burn-out, soit plus de 13 % de la population active.
Un désinvestissement succède souvent à un surinvestissement
L’expression anglaise a été reprise par de nombreux spécialistes pour devenir synonyme de « syndrome d’épuisement ¬professionnel ». Lequel se distingue par une fatigue profonde, un désinvestissement professionnel succédant souvent à un surinvestissement et un sentiment d’échec et d’incompétence dans le travail – et dans la vie suite à la place prépondérante prise par le travail dans nos existences. Le phénomène est devenu un véritable problème de santé publique qui interroge d’un jour nouveau les conditions de travail et les souffrances engendrées. Sauf que les -victimes de burn-out en incapacité de travailler sont très souvent laissées seules, sans législation et sans prise en charge adaptée à leur situation. À tel point que Jean-Claude Delgènes se démène pour que le syndrome d’épuisement professionnel soit logiquement reconnu comme une maladie professionnelle.
Son combat a reçu une oreille attentive auprès du député PS Benoît Hamon, qui, après une première action en 2015 devant le Parlement, est revenu à la charge mercredi 17 février avec une nouvelle proposition de loi signée par 83 députés socialistes et écologistes. « Oui, le monde a changé. De nouvelles maladies associées au travail sont apparues. Nous devons adapter le Code du travail aux maux modernes d’un travail qui colonise nos vies », mesure l’élu des Yvelines. Considérant que « la souffrance au travail est le mal de notre temps », et que le burn-out frappe sans distinction « tous les métiers, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé, chefs d’entreprise et agriculteurs », Benoît Hamon invite à adopter une solution « pragmatique » face à « l’absence de consensus entre les partenaires sociaux, notamment à cause du patronat qui refuse d’inscrire le burn-out comme maladie professionnelle ».
Plutôt que de s’attarder sur les « tableaux » dans lesquels sont inscrites les maladies retenues en cas d’accord, l’ancien ministre propose de faciliter les ¬recours devant les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. À ce jour, le taux minimum d’incapacité permanente partielle nécessaire au dépôt d’une demande d’instruction auprès de ces comités est de 25 %, ce qui correspond physiquement, par exemple, à la perte d’un bras. Or les barèmes gèlent les épuisements psychiques à 15 % d’incapacité maximum, ce qui bloque l’écrasante majorité des recours pour burn-out. Seuls 395 dossiers associés ont ainsi été traités en 2014, débouchant dans un cas sur deux à la reconnaissance d’une pathologie psychologique liée au travail.
Benoît Hamon souhaite faire supprimer purement et simplement le seuil de 25 % d’incapacité minimum. « Les dossiers instruits seront beaucoup plus nombreux et les pathologies liées au burn-out réellement reconnues comme maladie professionnelle. Cela permettrait leur prise en charge non pas par l’assurance maladie comme actuellement, mais par la branche accident du travail – maladie professionnelle de la Sécurité sociale financée par les employeurs. Si demain les entreprises où il y a le plus de burn-out sont les plus mises à contribution, alors elles seront incitées à changer leur organisation de travail », pointe le député, très sévère contre les nouvelles techniques managériales.
« Il faut mettre en place une spirale vertueuse en responsabilisant les employeurs, abonde Jean-Claude Delgènes. Souvenons-nous que la hausse des cotisations patronales a autrefois fait chuter le nombre d’accidents mortels dans les BTP. Mais il faut aussi développer une réelle politique de réparation, et remonter le fil pour améliorer la prévention. »

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