Comment évaluer la charge de travail ?

Comment évaluer la charge de travail ?

ÉVALUATION  – Le Monde –  Depuis quelques années, la notion de charge de travail s’est largement invitée dans les négociations professionnelles. Plusieurs accords nationaux interprofessionnels (ANI) portant sur le stress, les risques psychosociaux ou la qualité de vie au travail l’ont évoquée. L’obligation de, mesurer la charge de travail est ainsi devenue l’un des piliers de la prévention des risques psychosociaux, en plus d’être une obligation pour tout employeur. Un article de Gaëlle Picut, dans Le Monde

Mais comment mesurer et évaluer la charge de travail ? Un livre blanc réalisé par le groupe Silamir, spécialisé dans l’accompagnement de la transformation métier et digitale des entreprises et le cabinet Lusis Avocats, et publié le 12 mai, tente de contribuer  à la réflexion.

La surcharge de travail, le non-respect de la durée du travail ou encore la non-évaluation régulière de la charge de travail sont régulièrement invoqués par les tribunaux ou les caisses primaires d’assurance maladie. Soit pour établir un lien de causalité entre un accident et les conditions de travail, soit pour reconnaître un manquement de l’employeur et établir l’existence d’une faute inexcusable. L’arrêt Fnac rendu par la Cour d’appel de Paris le 13 décembre 2012 a marqué un tournant dans la jurisprudence : il a révélé l’obligation de fournir  des « éléments quantitatifs sur les transfets de charge de travail » induits par tout projet de réorganisation, sous peine d’être recalé.

Pourtant, selon les auteurs du livre blanc «L’évaluation et l’objectivisation de la charge de travail »  près des deux tiers des entreprises étudiées n’ont pas mis en place d’actions sur la charge de travail et la même proportion d’entreprises ne dispose pas, pour l’heure, de moyens, de processus ou d’outils spécifiques de remontée des données. Pour les 35 % d’entreprises qui ont mis des actions sur la charge de travail, la mesure du nombre d’heures travaillées est plébiscitée.

Pourtant les entreprises ont souvent conscience de l’insuffisance de cet indicateur pour appréhender cette notion dans toute sa complexité, notamment pour les cadres, les professions intellectuelles et les personnes travaillant en mode projet…

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Trois variables

L’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), qui travaille sur le sujet depuis des années, distingue la charge de travail prescrite, la charge de travail réelle et la charge de travail ressentie par le salarié.

Forte de cette expérience, elle recommande une approche autour de ces trois variables : identifier la charge de travail prescrite (les tâches à réaliser qui comprennent une dimension quantitative et qualitative et qui relèvent du « devoir »), caractériser la charge réelle de travail (c’est-à-dire tout ce que mettent en œuvre les individus et les collectifs pour atteindre leurs objectifs, et qui relève du « faire ») et enfin, définir la charge de travail subjective ou vécue (c’est-à-dire l’évaluation que font les salariés de leur propre charge, la manière dont ils la vivent et la supportent).

En effet, une même charge de travail n’est pas vécue de la même façon d’une personne à l’autre, en fonction de sa condition physique ou psychique, de son intérêt pour les missions, de sa vie personnelle, de sa résistance au stress, etc.

Qu’est-ce qu’une surcharge ?

L’Anact définit la surcharge de travail comme « un seuil à partir duquel les risques sur la santé physique et mentale deviennent tangibles ». Le livre blanc reprend cette idée de seuil de tolérance à partir duquel le salarié peut être mis en danger.

Mais pour l’Anact, il ne s’agit pas tant de mesurer la charge de travail de façon arithmétique que d’initier un débat qui permette aux acteurs de l’entreprise de confronter leurs points de vue. « En permettant l’expression et la comparaison de ces trois variables, on peut mesurer, d’une part, l’écart et les décalages qui existent entre elles et, d’autre part,décider concrètement sur quels éléments peu tporter la régulation de la charge de travail. Il peut s’agir de problèmes de gestion d’effectifs, de fixation du bon taux de qualité, du nombre de clients reçus ou encore de pièces produites » détaille Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Anact et auteur de « La charge de travail : De l’évaluation à la négociation » (2004, qui va être réactualisé dans les prochaines semaines).

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La méthodologie du Livre blanc

De son côté, le livre blanc préconise une méthodologie reposant sur trois piliers principaux : un référentiel d’évaluation de la charge de travail par poste, la définition d’une fourchette d’acceptabilité (ou seuil de tolérance, à l’instar des seuils d’exposition au risque chimique) grâce à une matrice d’analyse et la responsabilisation du management. Selon les auteurs, cela permettrait de « dépasser le débat entre personnalisation et besoin d’objectivité ».

Par ailleurs, il propose de remplacer la mesure de la charge par la mesure de l’expérience salarié, « une notion plus globale », inspirée par le groupe Orange qui a créé une direction de l’expérience salarié en 2015. A cette fin, il propose différents outils : un questionnaire NPS (« Net Promoter Score ») qui quantifie la satisfaction du salarié sur le modèle de ce qui est pratiqué pour mesurer la satisfaction client, des évaluations individuelles trimestrielles ou annuelles et des systèmes d’alertes transversaux.

A cette mesure globale de l’expérience salarié, doit être combinée la mesure des « irritants » relativement objectivables (par exemple des logiciels défaillants ou sous-dimensionnés, un envirronement de travail peu adapté, une mésentente entre collègues) et sur lesquels il est possible d’agir.

D’autres notions importantes doivent également être intégrées à la réflexion : celles de la rétribution et de la reconnaissance des efforts fournis pour réaliser la charge de travail réelle ou encore celle de la qualité des métiers.

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Source : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/20/comment-connaitre-la-charge-de-travail-autrement-qu-en-nombre-d-heures_4923504_1698637.html#oDBkYgypPPFrKzSU.99

Les lanceurs d’alerte doivent-ils être dédommagés par l’Etat?

Les lanceurs d’alerte doivent-ils être dédommagés par l’Etat?

CARRIÈRE  – JDD, LCP –  Après le scandale financier des Panama papers début avril, c’est une autre affaire d’évasion fiscale qui revient au-devant de la scène médiatique. Le procès des Luxembourg leaks s’est ouvert mardi à Luxembourg et doit durer jusqu’au 4 mai. Antoine Deltour et Raphael Halet, deux lanceurs d’alerte, comparaissent aux côtés d’Edouard Perrin, un journaliste français. Tous trois sont accusés d’avoir fait fuiter des documents d’accords fiscaux mettant en cause les mauvaises pratiques de multinationales basées au Luxembourg. La Chaine parlementaire (LCP) organise un débat. Parmi les invités, jean-Claude Delgènes de Technologia :

Offshore leaks en 2013, Luxembourg leaks en 2014, Swiss leaks en 2015, Panama papers en 2016… Grâce au rôle des lanceurs d’alerte, les révélations de ce genre font tâche d’huile. Avec  la crise économique mondiale qui frappe nos sociétés depuis 2008, ils incarnent donc les nouveaux héros du 21e siècle. Pourtant, ces anonymes en payent souvent le prix fort : licenciement, chômage, procès, intimidations. Antoine Deltour ne regrette pas son geste et estime avoir agi en tant que « citoyen ».  Leur statut reste à définir alors que la loi actuelle décourage de telles actions. En décembre dernier, le député PS, Yann Galut a déposé une proposition de loi pour protéger les lanceurs d’alerte. Elle vise notamment à mettre les salariés et les fonctionnaires à l’abri de représailles. Le texte prévoit aussi de mettre en place une agence nationale de l’alerte. La proposition devrait être intégrée dans la loi Sapin II sur la transparence et la lutte contre la corruption, qui sera débattue à partir du 7 juin en séance à l’Assemblée nationale.

Lors des révélations sur les Panama papers, François Hollande avait estimé que les lanceurs devaient être protégés. Quand le ministre des finances, Michel Sapin, a exprimé toute sa « solidarité » à Antoine Delcourt et lui a proposé l’aide de la France. A l’échelle de la France, il s’agit d’une belle avancée mais il reste à convaincre l’Europe. Le Parlement européen a adopté le jeudi 16 avril, à une écrasante majorité, la directive protégeant le secret des affaires. Face au poids des lobbys et des multinationales, les politiques sont-ils prêts à protéger leurs citoyens

Les invités d’Arnaud Ardoin en débattent mercred27 avri de 19h30 à 20h30 dans l’émission Ça vous regarde sur LCP :

Valérie Rabault, députée PS de Tarn-et-Garonne.
Jean-Claude Delgènes, fondateur de Technologia, spécialisé en prévention des risques professionnels.
Paul Moreira, documentariste et fondateur de l’agence Premiers lignes.
Charles de Courson, député UDI de la Marne et magistrat à la Cour des comptes.

Pour lire le reste de l’article : http://www.lejdd.fr/Societe/Les-lanceurs-d-alerte-doivent-ils-etre-dedommages-par-l-Etat-782855

Loi Khomri : l’inspiation du Medef et de la Commission européenne

Loi Khomri : l’inspiation du Medef et de la Commission européenne

REFORME  – Mediapart –  Jacques Nikonoff, professeur à l’Institut d’études européennes a cherché les sources d’inspiration de la loi Khomri sur le travail. La thématique de la « refondation sociale » défendue par le Medef semble, selon l’universitaire,  avoir inspiré les rédacteurs du projet. Mais l’autre pôle générateur pourrait être l’Union européenne elle-même : L’Union européenne impose en effet, pour Jacques Nikonoff,  « des politiques d’austérité (notamment des « réformes structurelles du marché du travail ») qui consistent à affaiblir les droits et les protections des salariés face aux risques sociaux ». La Commission européenne a fait de nombreuses recommandations que l’on retrouve dans le projet Khomri. L’ensemble de cette étude très complète est parue dans son blog, sur Mediapart :

Le projet de loi El Khomri correspond à la mise en œuvre d’une partie du projet du grand patronat français (le Medef). C’est à l’occasion de son Assemblée générale du 18 janvier 2000 que le Medef a décidé de lancer l’idée de la « refondation sociale ». Il ne veut plus de lois constitutives de droits pour les salariés, il veut généraliser la notion de « contrat » entre l’employeur et le salarié.

Par ailleurs, dans le cadre du « Semestre européen », la Commission européenne publie des rapports par pays. Rappelons que le Semestre européen est un cycle de coordination des politiques économiques et budgétaires au sein de l’Union européenne (UE), à l’occasion desquels les États membres alignent leurs politiques économiques et budgétaires sur les règles et les objectifs arrêtés au niveau de l’UE. Il s’inscrit dans le cadre de la « gouvernance » économique de l’Union européenne. Ce cycle se concentre sur les six premiers mois de chaque année, d’où son nom. La Commission européenne a fait cette proposition en mai 2010, les ministres de l’Économie et des Finances l’ont adopté et introduit en septembre 2011. Le processus consiste à coordonner les politiques économiques et budgétaires de la zone euro, en lien avec le Pacte de stabilité et de croissance et la stratégie Europe 2020. Dans ce but, un calendrier d’intégration des budgets des États membres de l’UE au niveau européen a été mis en place en 2011 (le semestre européen). Concrètement, il s’agit de faire « dialoguer » la Commission, chargée du respect du pacte de stabilité et de croissance, et les États membres tout au long de leur processus d’élaboration budgétaire. Des prévisions économiques sont produites trois fois par an par la Commission qui, en janvier, présente un « Examen annuel de croissance » (EAC) pour chaque État membre. Cet EAC met au jour les « réformes » et les « efforts » à effectuer par ces pays. Il débouche sur l’établissement de priorités par le Conseil européen, transmises ensuite, en mars, aux États. En avril, ces derniers doivent élaborer à partir de ces priorités, un « programme de stabilité » qui est ensuite transmis à la Commission (comprendre un programme d’austérité. Celle-ci transmet alors en juin des recommandations pour chaque pays au Conseil européen qui les adopte en juillet. Dès lors, les États doivent intégrer ces recommandations dans leurs projets budgétaires pour l’année suivante. Le semestre européen correspond à une nouvelle étape dans le démantèlement de la souveraineté des États membres.

I- LE COMMUNIQUE DE PRESSE DU 26 FEVRIER 2016 DE LA COMMISSION EUROPEENNE PRESENTANT LE « RAPPORT SUR LA FRANCE »

La Commission européenne a publié le 26 février 2016 son analyse annuelle « des défis économiques et sociaux, auxquels font face les États membres de l’UE », à savoir les « rapports par pays ». Ces rapports sont un instrument destiné à suivre les « réformes » engagées (comprendre la mise en œuvre de politiques néolibérales). Ils servent de base au « dialogue » avec les États membres concernant leurs choix nationaux en vue de l’adoption de leurs programmes nationaux en avril et conduiront à la formulation, à la fin du printemps, des recommandations de la Commission par pays.

Étrangement, le rapport sur la France n’est disponible qu’en anglais. La charge symbolique est très forte, comment inciter au « dialogue » si une partie de la population, du fait de la barrière de la langue, ne peut accéder à des données, analyses ou recommandations concernant son propre pays ?

A.- Décentralisation de la négociation collective à l’échelle de l’entreprise conformément au projet du Medef

La Commission européenne constate avec gourmandise qu’un « glissement » s’est produit vers la décentralisation de la négociation collective. Le cadre introduit en 2004 par la loi n° 2004-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social (dite loi Fillon) a étendu la portée de la négociation collective aux entreprises moyennes. Les accords d’entreprise ou de branche ont été autorisés à déroger aux accords de branches ou interprofessionnels, même si les conditions sont moins favorables aux travailleurs. Néanmoins, regrette la Commission européenne, le principe de faveur, qui établit qu’une révision à la baisse des conditions d’emploi ne peut pas se produire, reste valable « pour le salaire minimum, les classifications, les mesures supplémentaires de protection sociale, les fonds interprofessionnels de la formation professionnelle ». On comprend que la Commission européenne va agir pour continuer la délocalisation vers l’entreprise de la négociation collective sur ces sujets.

Depuis que les dérogations aux accords de branche ou interprofessionnels ont été autorisées, la Commission européenne constate avec regret que les résultats ont été particulièrement faibles. Depuis 2013, seulement 10 accords d’entreprise ont été conclus (accords de maintien de l’emploi), couvrant moins de 2 000 travailleurs. Pour tenter de redresser la situation, la loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite loi Macron) a étendu la durée de ces accords à 5 ans et a introduit la notion de cause « réelle et sérieuse  » pour licencier les salariés refusant les termes de l’accord, réduisant de ce fait l’incertitude pour les entreprises dans les litiges avec leurs salariés.

À la suite du rapport Combrexelles de septembre 2015, la Commission européenne donne un coup de chapeau au gouvernement qui aurait ainsi manifesté « son intention de réformer progressivement le code du travail pour renforcer l’autonomie de négociation au niveau de l’entreprise » et annoncé qu’une loi serait présentée (le projet de loi El Khomri).

Le projet de loi El Khomri correspond à la mise en œuvre d’une partie du projet du grand patronat (le Medef)

La Commission européenne ne s’arrête pas aux encouragements à détruire le Code du travail, elle insiste également sur la nécessité de poursuivre la destruction du modèle social européen issu de l’après-guerre, reprenant ainsi toutes les exigences du grand patronat.

L’organisation sociale idéale, pour le Medef, est celle dans laquelle les entreprises pourraient définir les contenus des contrats de travail sans aucune contrainte, comme au XIXe siècle avec le contrat de louage où les ouvriers se présentaient en place de Grève… Démunis de tous droits individuels et collectifs, les salariés n’auraient plus aucun recours légal. Car placer le contrat au-dessus de la loi revient à remettre en cause le principe de la hiérarchie des normes juridiques. Selon ce principe la Constitution se place au sommet de notre architecture juridique. Tous les autres textes en découlent en formant une hiérarchie : les traités internationaux, les lois, les règlements… Un arrêté municipal, par exemple, reste subordonné aux principes généraux du droit et ne peut contrevenir aux stipulations d’un texte d’un niveau supérieur. Si la loi fixe le SMIC à 1 500 euros mensuels, aucun accord de branche ou d’entreprise ne peut aujourd’hui fixer un seuil inférieur. Le Medef veut pourtant obtenir la possibilité, avec l’appui de la Commission européenne, de signer des accords de branche ou d’entreprise qui fixeraient le SMIC à 1 000 euros par exemple pour les salariés de cette branche ou de cette entreprise… C’est ce qu’il exprime clairement quand il critique le système actuel qui « hiérarchise les règles sociales suivant le principe de la clause dite la plus favorable » (le principe de faveur). Le Medef a trouvé dans le Parti socialiste et le gouvernement Hollande-Valls un agent beaucoup plus efficace que le dernier gouvernement Sarkozy-Fillon qui n’avait pas osé aller si loin.

La « refondation sociale » engagée par le MEDEF est une tentative de coup d’État

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Pour lire l’ensemble de l’étude : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/310316/la-double-inspiration-du-projet-de-loi-el-khomri-sur-le-demantelement-du-code-du-tra

 

Urgence : se réapproprier le travail

Urgence : se réapproprier le travail

RELATIONS AU TRAVAIL  – Non-Fiction –  L’œuvre de Franck Fischbach, professeur à l’université de Strasbourg et héritier de l’École de Francfort, vient de trouver sa cohérence en répondant à une critique que nous pouvons légitimement asséner à la philosophie quand elle nous parle du quotidien. En effet, ce spécialiste de philosophie allemande a réalisé de nombreux ouvrages aux titres révélateurs : La production des hommes (2005) ; Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation (2009) ; La privation de monde. Temps, espace et capital (2011). Un article Frédéric Spinhirny  sur le site Non-Fiction :

Le constat est ainsi bien analysé théoriquement : il y a une faillite de la communauté politique et une dégradation, voire une perte du sens social. Mais il n’est pas si facile pour un philosophe de sortir de l’impasse dans laquelle tombe l’intellectuel décliniste et éloigné du monde. C’est pourtant la prouesse effectuée par Fischbach et que nous observons dès les premières pages de son essai. L’auteur s’attaque à dégager positivement les dispositifs permettant à nouveau de croire au social, à refaire le social, sans jamais galvauder ce terme pourtant tombé largement dans les rets de la communication politique.
Le mépris du social par une certaine tradition philosophique
Le premier travail auquel s’attèle l’auteur est de décrypter ce discours qu’entretient la tradition philosophique récente pour qui le problème vient toujours du social ou de la société, quand le salut viendrait du commun ou de la communauté, jugée plus naturelle, plus politique, donc plus noble : « on dira que l’adhésion à la communauté est libre et volontaire, tandis que le social est toujours de l’ordre du contraignant et du nécessaire ». L’ouvrage éclaire ainsi la pensée d’auteurs contemporains pour lesquels politique et social sont distincts.
Pour Miguel Abensour, par exemple, la politique n’est en aucun cas la dérivée du social, ni même de l’économie, du militaire ou du religieux. C’est plutôt « le politique qui institue le social » ou, pour le dire autrement, le politique est le schéma directeur, l’unificateur d’un social toujours divisé, inconsistant. Puis Fischbach montre que la position de Jacques Rancière semble s’opposer à celle d’Absensour en ce qu’il considère que l’essentiel serait plutôt de dégager ce qui est politique dans tout mouvement social, contre le maintien d’un partage entre ces deux domaines. Mais, continue l’auteur, Rancière rejoint Abensour en recréant une distinction entre le politique en tant que « principe égalisateur » et le politique au sens de la police qui institue les places et détermine les fonctions dans la société. Bref, il y aurait encore une pureté de la politique face aux méandres du social.
Le mépris du social, reconstitue l’auteur, a débuté avec ce qu’en dit Hannah Arendt dans La Condition de l’homme moderne. Pour la philosophe le jugement est sans appel : l’avènement du social signifie « l’effacement total de la différence même entre domaine public et privé, l’un et l’autre résorbé dans la sphère du social […] c’est le public devenu fonction du privé et le privé devenu la seule et unique préoccupation commune ». Nous y voilà. La victoire des sciences sociales, la mise en scène de l’individu travaillant et consommant, viennent signer la faillite de la politique, et il s’agit contre ce mouvement, de retrouver la sphère politique originelle, celle qui célèbre le commun. C’est, nous précise Fischbach, ce que tente Slavoj Zizek, pour qui le social est finalement un « problème » qui doit être traité, car il est toujours subordonné aux contraintes de l’économie ou aux pulsions privées des consommateurs, souillant par là une certaine noblesse du politique, même dans sa version la plus communiste comme pour Alain Badiou.
Manifeste pour une pragmatique du social
Pour dépasser cette séparation entre politique et social, pour échapper au conflit entre institution du social par la politique ou contamination de celle-ci par celui-là, Fischbach propose de revenir aux textes de Marx afin de se rapprocher de ce qui, dans la pratique, favorise le bien-être à la fois individuel et collectif. Et cette pratique, contre toute attente, c’est encore le travail. Ce n’est toutefois pas une apologie de la société libérale que propose l’auteur lorsqu’il revient à la source du Capital en posant avec Marx que : « le mode de production moderne est un mode de production qui pousse la coordination et la coopération sociale bien plus loin que ne l’a fait aucun mode de production avant lui ». Il existe ainsi une dimension sociale du capitalisme qu’il s’agit de reconnaître, revaloriser et de récupérer. Car si le mode de production capitaliste avait mené au bonheur commun, nous n’aurions pas véritablement besoin d’un plan d’urgence contre le chômage en 2016, ni de toutes ces bonnes intentions sur la prévention des risques psychosociaux et autres harcèlements au travail. (…)

Pour lire la suite de l’article : http://www.nonfiction.fr/article-8184-se_reapproprier_le_travail_durgence.htm

Les firmes high tech aux meilleures conditions de travail

Les firmes high tech aux meilleures conditions de travail

NOUVELLES TECHNOLOGIES  – Les Affaires –  Comparatif: quelles firmes technologiques offrent les meilleures conditions de travail ? Tous les employés du monde rêvent de travailler chez Google, Apple, Tesla… Mais rares sont les informations qui circulent sur les conditions réelles de travail dans ces grandes firmes technologiques. Grâce à une étude menée par Payscale, on est en mesure de lever un peu le voile sur cette dimension et de dresser un petit comparatif. Un article du site Les affaires :

Les grandes firmes technologiques ont la réputation de choyer leurs employés, constate Julien Abadie : mais qui de Facebook (Nasdaq, FB) , Apple (Nasdaq, APPL), Google (Nasdaq, GOOGL) ou Tesla (Nasdaq, TSLA) offrent les meilleures conditions de travail ? Premier constat à la lecture de ces données : Facebook a l’air d’être un endroit vraiment idéal pour travailler. Avec un salaire médian de 116800 $US pour un employé débutant, l’entreprise de Mark Zuckerberg est celle qui rémunère le mieux les débuts de carrière. Elle est aussi la plus jeune (29 ans) et celle qui affiche le plus fort taux de satisfaction (96%). On notera enfin qu’elle est l’entreprise qui procure le moins de stress à ses employés.

Au petit jeu des comparaisons, les employés de Google sont quant à eux mieux payés, moins stressés et plus satisfaits de leur job que ceux d’Apple. En revanche, ceux qui travaillent pour la marque à la pomme semblent trouver beaucoup plus de sens dans ce qu’ils font que ceux de Google.

Du point de vue de la progression salariale, c’est clairement Samsung qui affiche la plus grande différence entre la paie en début et en milieu de carrière (65900 $US contre 143000$US).

On ne s’étonnera pas, enfin, de retrouver la moyenne d’âge la plus élevée dans ces « vieilles dames » technologiques que sont IBM (36), Oracle (37) et HP (38).

Dur dur de travailler pour Elon Musk

Mais c’est clairement chez Tesla et Space X que les conditions de travail semblent les plus « difficiles ». Les sociétés dirigées par Elon Musk sont parmi celles qui paient le plus mal en début (autour de 80000 $US) comme en milieu de carrière (118500 $US). Avec 14% à 20% de femmes, elles sont aussi parmi les moins féminisées. Et ne parlons pas du stress: Tesla et Space X sont les championnes à ce niveau. Réputé pour être d’une exigence maniaque, Elon Musk soumet ses employés à une pression constante et à des délais de livraison quasi intenables.

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.lesaffaires.com/techno/internet/comparatif-quelles-firmes-technologiques-offrent-les-meilleures-conditions-de-travail/585852

La prévention des risques professionnels, facteur de croissance

La prévention des risques professionnels, facteur de croissance

CONDITIONS DE TRAVAIL – Euronews – On ne fait pas toujours attention aux consignes de santé et de sécurité, que ce soit sur la route, ou dans notre environnement domestique, et pourtant, elles ont un impact sur la croissance économique.
Dans ce numéro, Monica Pinna La santé et la sécurité soulèvent la question de l’adaptation de l’environnement professionnel aux compétences, aux aptitudes, à la prise en compte des besoins physiques, mais le bien-être dans le milieu professionnel en fait aussi partie. Comment cela s’articule avec l‘économie et la croissance ? Eléments de réponse. Une enquête de Monica Pinna qui s’est rendue en Espagne pour comprendre les enjeux économiques qui en découlent, grâce aux explications de l’Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité au Travail (EU-OSHA), et regarder du côté de l’industrie, qui rencontre les plus grosses difficultés en la matière. Direction la Belgique, ensuite, pour voir comment les entreprises et les salariés œuvrent en faveur de l’amélioration du bien-être sur le lieu de travail :

Cas pratique
Philip, qui est boucher, en emploie 25 autres, grâce à la valeur ajoutée de son activité : préparer des spécialités de viande. La productivité de l’entreprise est forte. Il paie des taxes, et plus il vend de la marchandise, plus il contribue à la croissance de son pays. Mais Philip n’a pas appliqué les mesures de santé et de sécurité, parce qu’il les trouve trop chères. Les accidents et les maladies commencent à se multiplier, avec en moyenne de 2 à 3 employés en arrêt maladie. La productivité de son entreprise chute, et il doit payer les salaires, mais aussi les indemnités et les charges sociales. Il doit aussi réparer les outils endommagés et embaucher des remplaçants, ce qui coûte du temps et de l’argent. Face à une offre moins étayée, les clients se font plus rares et les salariés ont le moral en berne, ce qui génère une baisse encore plus nette de productivité. Les travailleurs arrêtés en raison d’une maladie ou après un accident de travail voient leurs revenus baisser eux aussi, ainsi que leur niveau de vie. Une charge reportée sur leur entourage, la famille et les amis, qui s’occupent d’eux. Comme ils ont besoin d’une aide financière et sociale, et de soins médicaux, ils coûtent aussi plus cher à la collectivité. Ceux qui finissent par quitter le monde du travail nécessitent encore plus de soutien. Ce qui conduit l‘économie, et la société en général, à faire face à davantage de pertes, puisque la baisse de productivité de l’entreprise de Philip se reporte sur la croissance, en chute à son tour.

Le constat en Europe
En Europe, nous perdons chaque année près de 83 millions de journées de production en raison d’accidents de travail. Les trois-quarts d’entre nous s’arrêtent une seule journée, mais le quart restant s’absente plus d’un mois. Au total, cela fait 367 millions de journées de perdues en arrêts maladie, une énorme perte de productivité.

Le cadre législatif européen
Le nouveau cadre stratégique pour la santé et la sécurité au travail, pour la période 2014-2020, élaboré par le Fonds Social Européen, appelle à faire face aux défis d’aujourd’hui : une main d’oeuvre vieillissante, une meilleure application de la législation en vigueur et la prévention des risques au travail.
Les moyens d’agir
Monica Pinna s’est rendue à Bilbao, en Espagne, où se trouve l’Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité au Travail, afin de découvrir ce qui peut être fait désormais, et de quelle manière.
Les accidents du travail en Europe pèsent lourdement sur l‘économie
(cf. http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=151&langId=en) Une charge difficile à évaluer, mais on estime leur coût à 55 milliards pour l’année 2000, un phénomène encore notable aujourd’hui. Leur prévention serait donc utile pour l‘économie, en particulier dans des secteurs comme le BTP, où les accidents sont monnaie courante. Ce secteur recensait plus de 26 % des accidents mortels en 2012, et en Espagne, les chiffres restent inquiétants. “Malheureusement, en 2013, 2014 et 2015, la situation s’est détériorée”, explique Enrique Corral, directeur général de la Fundación Laboral de la Construcción . “On part d’un chiffre qui avait baissé jusqu‘à 5 000 accidents pour 100 000 travailleurs, entre 2008 et 2012, et qui atteint aujourd’hui, d’après les dernières données, 6 500”.
En Europe, près de deux millions et demi de personnes ont été victimes d’un accident du travail non-mortel, en 2012, mais plus de 3 500 ont connu une issue fatale. Cela revient à 2,55 travailleurs décédés pour 100 000, mais ce chiffre varie fortement d’un pays à l’autre. La Pologne affiche un ratio de 5 pour 100 000, tandis que l’Allemagne, le Danemark ou encore les Pays-Bas en comptent à peine un en moyenne. De nombreuses études ont prouvé que les accidents du travail et les maladies professionnelles avaient un impact sur les performances économiques des entreprises, mais aussi sur la croissance d’un pays, comme l’explique la directrice de l’Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité à Bilbao.
“De nombreux pays de l’Union ont leur propre méthodologie pour évaluer les coûts”, affirme Christa Sedlatschek, directrice de l’Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité. “L’Allemagne, par exemple, estime qu’un faible niveau de sécurité et de santé au travail engendre une perte de 90 milliards d’euros, soit près de 3,2 % de PIB”.
La perte de PIB due aux accidents et aux maladies professionnelles avoisinerait les 4 %. En Europe, ce chiffre oscillerait entre 2,6 et 3,8 % chaque année. Les études de cas ont démontré que la santé et la sécurité ne devaient plus être considérées comme un coût, mais comme un investissement. Chaque euro dépensé permet d’en générer au moins le double.
A Bilbao, un site de construction est supervisé par l’entreprise publique Visesa, et pour la responsable de la santé et de la sécurité, l’investissement dans la prévention des risques est source de bénéfices. “Nous dépensons 288 900 euros en l’espace de deux ans à cet effet”, indique Maite Prieto, responsable santé et sécurité chez Visesa. “Les mesures de sécurité qui doivent être appliquées permettent de réduire le risque d’accidents de travail, d‘éviter des sanctions et de limiter un risque de blocage de production, qui, par exemple, coûterait ici 3 500 euros par jour”.
Si la législation européenne est déjà contraignante, son application diffère d’un pays à l’autre, mais aussi en fonction des secteurs et de la taille de l’entreprise. Les difficultés rencontrées en Espagne reflètent une réalité aussi valable dans d’autres pays. “Les PME, qui représentent la majorité de l’activité économique espagnole, n’ont pas de service de prévention des risques”, poursuit Maite Prieto, “ni de personnel dédié à la question, ni les compétences spécifiques, et cela mène souvent à une ignorance des normes qui devraient être appliquées”.
Outre les accidents de travail, l’exposition à des substances nocives fait grimper la mortalité due au cancer en Europe. Un phénomène qui causerait la mort de 152 000 personnes et engendrerait des incapacités pour plus d’un million et demi de salariés. Il aurait aussi pour conséquence des départs prématurés à la retraite, une perte de personnel qualifié, et un coût médical élevé. Les cancers professionnels coûtent près d’un point de PIB chaque année au Royaume-Uni.
La prévention des risques psycho-sociaux (…)

Pour lire l’enquête complète : http://fr.euronews.com/2016/03/07/la-prevention-des-risques-professionnels-facteur-de-croissance/