NOUVELLES TECHNOLOGIES – Savoirs &Connaissances – La visiocommunication s’est progressivement développée ces dernières années dans de nombreux domaines d’activité, nous explique Stephan Colin du site Savoirs et Connaissances. Plébiscitée par de nombreuses entreprises, elle s’avère être un outil aux ressources parfois insoupçonnées. Hugues de Bonnaventure, General Manager chez Lifesize France et Jean-François Raffestion, Communications Consultant, Expert to the E.U, viennent de signer une tribune commune pour favoriser l’entrée de la visiocommunication dans l’Education nationale.

« L’ère du numérique est aujourd’hui dans tous les esprits mais une technologie n’a pas encore, semble-t-il, pénétré sensiblement les pratiques de l’éducation nationale : la visiocommunication.
Alors que nous nous efforçons de travailler aujourd’hui à l’éducation de demain – nouvelles compétences requises des élèves pour en faire des adultes du 21ème siècle, nouveaux modes éducatifs tels la pédagogie inversée, les MOOCs ou les classes PECT (Pédagogie en Environnement Collaboratif et Technologique) -, que la communauté européenne redéfinit la salle de classe – le concept Future Classroom Lab de Bruxelles commence à se décliner dans un certain nombre de pays -, la France quant à elle semble très en retard en ce qui concerne l’intégration de ce type d’outil.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé. En 2007, Xavier Darcos alors Ministre de l’Education Nationale avait lancé le projet « 1000 visio pour l’école ». Des autorités de tutelle ont alors investi pour certains établissements demandeurs, tel que le Conseil Départemental de l’Yonne pour le collège de Puisaye ; ou encore des académies comme celle de Montpellier ont pris très tôt le train de la visioconférence, l’utilisant dans de nombreuses circonstances. Dans ce contexte, un nombre assez conséquent d’expérimentations ont été lancées dans d’autres régions, comme les formations langues ou interventions d’experts en Manche Numérique, la formation à distance dans le Finistère, pour éviter aux enfants des îles du Ponant de prendre le bateau chaque jour pour venir à l’école sur le continent.
A ce jour, il est difficile de ressentir une réelle transformation de l’essai. Trop peu d’établissements sont équipés. Bien souvent la plupart des établissements sont occupés à rattraper leur retard en termes d’équipements informatiques (PC, réseau, imprimantes 3D…) ou audiovisuels (vidéoprojecteurs, tableaux blancs interactifs…). Ou malheureusement ne peuvent envisager la visioconférence, faute de budget, que sous l’angle de logiciels gratuits, tels Skype, Facetime ou Hangout, qui ne permettent pas une prise d’image et de son de l’ensemble de la classe et privent de
la possibilité de se connecter au monde de l’entreprise, pour les sessions d’expert.
Quelles peuvent en être les raisons ?
– Le coût d’investissement, qui a pu paraître comme assez prohibitif ces dernières années ;
– Le temps disponible pour les enseignants, qui ont fort à faire avec la refonte des programmes, les nouveaux sujets tels la laïcité ou le coding ;
– L’absence d’une vraie stratégie de visioconférence au sein du projet pédagogique de l’établissement, qui amènerait une prise de conscience collective;
– La difficulté liée au fait que, pendant un cours, on rajoute à la tenue de la classe et à la concentration sur le sujet enseigné, la manipulation de l’outil visio;
– La méconnaissance profonde par le corps enseignant de l’étendue des usages possibles, qu’ils soient de type pédagogiques, administratifs ou sociaux ;
– Un manque d’innovation sur ce type de technologie de la part des autorités de tutelle, Ministère, Académies, Rectorats…
3 voies semblent regrouper les diverses actions qui pourraient rattraper voire résorber notre retard
1- L’accessibilité concerne surtout l’offre constructeurs avec une proposition de coût d’acquisition et d’utilisation accessibles par les établissements de type écoles, collèges et lycées. Il convient que l’accès internet soit adéquat, tant au niveau débit que pour ce qui est des contraintes technologiques. L’offre de type Cloud arrive à point nommé pour offrir aux établissements les services tels enregistrement ou conférence à trois, en supprimant la nécessité de gros investissements en infrastructure.
2- La vulgarisation consiste à faire connaître au plus grand nombre, mais en priorité aux dirigeants des établissements, la très grande diversité d’usages de la visioconférence dans le milieu éducatif, ainsi que l’apport de l’image, afin qu’ils l’englobent dans leur projet pédagogique, pour pouvoir ainsi recueillir les fonds nécessaires auprès des autorités territoriales. C’est là une mission de la presse, ainsi que des autorités de tutelle, académies, rectorats, réseau Canopé…
3- Les services recouvrent deux domaines assez distincts :
a) l’offre de service à développer par les industriels et consultants, visant à accroître le nombre de fournisseurs de contenus pour les visites virtuelles : musées (tel le Louvre), sites d’exception (telle la tour Eiffel) , zoos, parcs d’attraction…, ainsi que les outils de mise en relation : comment trouver un établissement à l’étranger avec qui faire des sessions de pratique linguistique, ou comment entrer en relation avec un bureau d’architecture pour une session d’expert avec mon lycée technologique ?
b) L’organisation interne de l’établissement qui s’est équipé, visant à multiplier les chances de succès du projet : assurer une aide technique aux enseignants pendant l’utilisation, par un professeur de technologie, ou un élève ‘geek’, ou encore en faisant appel à la réserve citoyenne, à un parent d’élève, à un retraité. En effet, démultiplier les usages pour éviter qu’un seul enseignant intéressé ne puisse l’utiliser dans son intégralité, et qu’il quitte l’établissement sans en avoir transmis tous les usages possibles.
Sans aucun doute, le numérique peut aider l’École dans l’accomplissement de ses missions fondamentales : instruire, éduquer, émanciper et former les enfants d’aujourd’hui pour qu’ils deviennent les citoyens épanouis et responsables de demain. Il permet d’améliorer l’efficacité des apprentissages en développant des pratiques pédagogiques plus adaptées aux rythmes et aux besoins de l’enfant, plus interactives et attractives, en encourageant la collaboration entre les élèves et le travail en autonomie ou encore en offrant des possibilités nouvelles pour les élèves en situation de handicap. »

Source : https://savoir.actualitte.com/article/numerique/1643/de-la-visiocommunication-dans-l-education-nationale