POLITIQUE  – La Tribune, L’Opinion –  Pour l’opposition, le poids dans le budget de la nation, du secteur public, de la fonction publique et les dépenses de protection sociale, est trop important. Nicolas Sarkozy comme Bruno Le Maire et François Fillon promettent 100 milliards d’euros sur les dépenses publiques. Si François Fillon semble vouloir assumer une révolution libérale, Nicolas Sarkozy défend, malgré tout, le maintien du système actuel de protection sociale. « En fait, le programme des Républicains n’assume pas de rupture avec le système public tel qu’il fonctionne aujourd’hui. En affichant un montant d’économies considérable -même si le compte n’y est pas, en dépit des efforts d’affichage-, tout en affirmant pouvoir maintenir notre système actuel de protection sociale, dit-on toute la vérité aux électeurs ? », s’interroge Ivan Best, dans cet article parue dans la Tribune. Les principaux candidats à la primaire de la droite annoncent un programme d’économies de 100 milliards d’euros pour le prochain quinquennat. Est-ce réaliste ? se questionne également, Raphael Legendre, dans l’Opinion :

C’est le chiffre magique des programmes de politique économique à droite, rappelle Ivan best : il faut tailler dans la dépense publique en France pour la ramener de 57% du PIB aujourd’hui, à 50%, soit juste au dessus de la moyenne européenne. Et, pour y parvenir, réaliser au moins 100 milliards d’euros d’économies ? Mais où ? Cette promesse pourra-t-elle vraiment se traduire dans les faits, en cas de victoire de la droite?

En fait, il y a 100 milliards et 100 milliards… Ceux de Nicolas Sarkozy ne ressemblent pas nécessairement à ceux de François Fillon ou Alain Juppé, ou Bruno Le Maire. Bien sûr, on ne connaît pas le détail des économies envisagées. Seul Nicolas Sarkozy, au nom des Républicains, a rendu public le 30 mars un document censé détailler les économies à venir. Censé, car en dépit de l’affichage d’une addition se voulant précise et tombant juste, un certain flou continue de régner sur la réalité des économies possibles. Mais, de ce document et de sa présentation par les experts des Républicains se dégage une idée force : les économies viendraient majoritairement d’une meilleure gestion. Bien sûr, certaines seraient contestées -comme l’instauration d’une dégressivité des allocations chômage, dans le cadre d’une Unedic reprise en main par l’Etat-. Mais le projet repose globalement sur un maintien des politiques publiques actuelles, « à périmètre constant ». L’idée est longuement développée selon laquelle il suffirait de mieux organiser les administrations -ce qui permettrait de supprimer 300.000 postes de fonctionnaires, y compris dans les collectivités locales- pour atteindre un montant d’économies considérables (une cinquantaine de milliards d’économies, y compris le passage de 35 à 37 heures dans la fonction publique).

Révolution libérale ?

Avec la révolution libérale qu’il préconise, François Fillon, entend aller plus loin dans les économies -110 milliards- mais aussi dans la réforme : réduction du nombre de collectivités territoriales, passage aux 39 heures dans la fonction publique, et surtout réforme des retraites, avec passage de l’âge légal à 65 ans et mise en place d’un système de capitalisation.

Ce sujet de la retraite est essentiel. Si la protection sociale – au sens large : santé, politique familiale, retraites, allocations chômage, politique du logement, RSA – représente un budget équivalent à un tiers du PIB, ce qui constitue un record mondial, comme le soulignent les experts des Républicains, c’est d’abord en raison du poids des pensions. Le choix a été fait en France de retraites plus largement publiques qu’ailleurs. Le système de retraite représente en France une dépense proche de 14% du PIB, alors que la moyenne européenne est de 11%.

Plus de retraites publiques en France

Non pas que les retraités français soient beaucoup mieux traités qu’ailleurs -ils le sont peut-être, mais à la marge. La différence tient surtout au mix public/privé. En Grande-Bretagne, la retraite publique représente 580 euros par mois, et jamais au-delà. Pour le reste, il faut faire appel au secteur privé. Les salariés anglais cotisent à des fonds de pension, afin d’obtenir un revenu supérieur à des 580 euros, une fois partis en retraite. Ces fonds de pension ne sont évidemment pas comptabilisés en dépense publique, ni en prélèvements obligatoires, même si les salariés ont dû renoncer à une partie de leur rémunération nette pour y cotiser, et si cette cotisation est pour partie obligatoire. S’agissant d’organismes d’épargne retraite privés, il ne peut s’agir d’une dépense publique.

Les salariés allemands sont sur cette tendance, depuis les années 2000 et des coupes claires dans les pensions publiques : ils doivent souscrire à des plans Riester (fonds de pension) s’ils veulent encore espérer disposer d’une retraite correcte, le système public érodant année après année les prestations versées. Grâce à cette érosion, la dépense publique allemande a pu baisser ces dix dernières années, en dépit d’un afflux de nouveaux retraités. Elle a été ramenée à 9% du PIB, soit cinq points qu’en France ! En annonçant la création d’une véritable retraite par capitalisation, François Fillon entend-il s’inspirer du « modèle » allemand ? Il ne le dit pas aussi clairement, mais ce peut être son intention.

Nicolas Sarkozy veut maintenir le système de retraites

(…)

Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Bruno Lemaire, François Fillon   ; tous sont d’accord, constate Rapahaël Legendre dans l’Opinion,  avec 1244 milliards d’euros de dépenses publiques en 2015, le secteur public français doit entamer de toute urgence une cure d’amaigrissement. L’Hexagone est le seul des grands pays européens à ne pas l’avoir fait depuis 2010. L’écart avec nos voisins européens s’est donc creusé. Comme vient de le relever Eurostat, la France est vice-championne européenne de la dépense publique avec 57,2 % du PIB, quand ce taux ne dépasse pas 44 % en Allemagne, en Espagne ou en Grande-Bretagne. La moyenne européenne comme dans la zone euro est sous la barre des 50 % (respectivement 48,2 % et 49,4 %). Revenir dans la moyenne impliquerait des coupes à hauteur de 150 milliards d’euros.

Les candidats à la primaire ne vont pas jusque-là. Chacun des membres du quatuor de tête propose à peu près le même quantum d’une centaine de milliards d’euros d’économies sur le quinquennat (seul François Fillon va au-delà et propose 110 milliards d’économies). C’est deux fois plus que ce qu’a promis François Hollande, mais lui ne le fera que sur trois ans (2015, 2016, 2017). A la réserve près que personne – ni la Cour des comptes, ni la Commission européenne, ni les parlementaires – n’est pour l’heure en mesure de les identifier.

C’est pour éviter cet écueil que la question du chiffrage doit être posée. Derrière les effets d’annonce, quels leviers d’action les candidats à la primaire mettront-ils en place pour arriver à leur fin ?

La retraite à 63, 64 ou 65 ans

Le poste d’économie le plus important concerne l’âge légal de départ à la retraite. Si rien n’est fait, la facture du régime général s’alourdira d’une dizaine de milliards d’euros d’ici 2022. Alain Juppé, Bruno Le Maire et François Fillon proposent de porter l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 65 ans. Selon le conseil d’orientation des retraites (COR), cela permettrait d’économiser une quarantaine de milliards d’euros. En y ajoutant les 10 milliards de dépenses supplémentaires si rien n’était fait (la fameuse logique des économies « en tendance »), l’économie totale atteindrait 50 milliards d’économies. La moitié du programme. Mais aucun des candidats n’a encore dévoilé la méthode pour y arriver. La mesure ne pourra pas être appliquée d’un coup. Plus l’étalement sera long, moins les économies seront importantes.

Nicolas Sarkozy se démarque de ses concurrents en proposant de passer de 62 à 63 ans en 2020, puis de 63 à 64 ans en 2025. L’économie serait alors beaucoup plus modeste : environ 6,5 milliards d’euros en 2022, soit une grosse quinzaine de milliards d’économies en tendance sur tout le quinquennat. « Je préfère de beaucoup la méthode qui consistera à banaliser la réforme par une augmentation continue et régulière plutôt qu’à employer celle du coup de massue “brutal” », écrit l’ancien chef de l’Etat dans son livre La France pour la vie.

Moins de fonctionnaires

Les candidats proposent ensuite de réduire le nombre de fonctionnaires, dont la masse salariale représente près du quart de la dépense publique (278 milliards en 2014). Des économies pérennes mais beaucoup plus modestes. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux instauré sous le quinquennat Sarkozy (uniquement dans la fonction publique d’Etat ; les fonctions publiques hospitalière et territoriale ont été épargnées) a permis de supprimer 150000 postes et d’économiser 840 millions d’euros. En défalquant les 500 millions de mesures catégorielles reversés aux fonctionnaires pour faire passer la pilule, l’économie nette n’a finalement pas dépassé 350 millions.

En élargissant le non-remplacement des départs à la retraite aux trois fonctions publiques, les candidats à la primaire espèrent supprimer entre 300 000 (Sarkozy) et 600 000 postes (Fillon). Les économies seraient donc comprises entre 1,5 milliard et 3 milliards d’euros. Seul Nicolas Sarkozy affirme qu’elles atteindraient plus de 6 milliards d’euros.

Temps de travail accru dans la fonction publique

L’ensemble des candidats propose également de relever le temps de travail dans la fonction publique. Selon la Cour des comptes, un alignement du temps de travail de la fonction publique (1 594 heures) sur la durée légale (1 607 heures) permettrait de réaliser 700 millions d’économies supplémentaires et de supprimer 27 000 emplois par an dans la fonction publique d’Etat. Les candidats proposent d’aller plus loin en portant le temps de travail à 37 voire 39 heures. Les économies dépasseraient alors le milliard d’euros. Dans l’ensemble, les économies sur la fonction publique avoisineraient donc les 5 milliards.

(…)

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-economies-selon-sarkozy-le-rabot-plutot-que-la-reforme-560990.html ; http://www.lopinion.fr/edition/economie/depense-publique-que-valent-promesses-droite-99562