POLITIQUE GOUVERNEMENTALE – Public Sénat, 20 minutes – Après 16 mois au ministère du Travail, François Rebsamen, qui doit remettre sa démission mercredi à l’issue du conseil des ministres, laissera à son successeur le dossier le plus miné du quinquennat: un chômage record. Un article Sarah Brethes de Public Sénat, avec l’AFP, et le point de vue de Victor Point de 20 minutes sur les éventuels successeurs :

De son passage au gouvernement, resteront une réforme du dialogue social, mais aussi une série de couacs et polémiques, pointe Sarah Brethes :

Un échec sur le front du chômage…
A son arrivée rue de Grenelle, en avril 2014, le nouveau ministre du Travail hérite d’un dossier empoisonné: la « courbe du chômage », que son prédécesseur, Michel Sapin, a échoué à inverser.
François Rebsamen n’y parviendra pas davantage. Depuis sa prise de fonction, Pôle emploi a vu affluer plus de 200.000 chômeurs supplémentaires et recensait fin juin 3,55 millions de demandeurs d’emploi sans activité en métropole.
« Nous sommes sur une tendance baissière », assurait-il pourtant, optimiste, à ses débuts. Avant de reconnaître quelques mois plus tard un « échec » du gouvernement.
Ces derniers mois, ce fidèle de François Hollande tablait sur une baisse à « la fin de l’année », espérant que le rebond de croissance se refléterait enfin sur le marché du travail.
Les prochains chiffres de Pôle emploi seront publiés le 26 août, peut-être les derniers commentés par M. Rebsamen qui a retrouvé son fauteuil de maire de Dijon, avant qu’il ne passe le relais. Parmi les successeurs possibles, plusieurs noms sont cités comme Alain Vidalies, l’actuel secrétaire d’État aux Transports, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, ou Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry.

…malgré la consolidation de l’arsenal pour relancer l’emploi
A peine arrivé, François Rebsamen présente en juin 2014 un plan contre le chômage des seniors, en explosion de +11,6% sur un an. Doublement des aides du contrat de génération, renforcement du suivi par Pôle emploi, développement de l’alternance… Le ministre espère alors une « stabilisation » de la situation « d’ici 6 mois ». Elle ne viendra pas.
L’ex-chef de file des sénateurs PS dévoile ensuite, en février 2015, 20 mesures de lutte contre le chômage de longue durée. Pour remettre le pied à l’étrier des quelque 2,2 millions de chômeurs qui pointent à Pôle emploi depuis plus d’un an, le ministre annonce des formations gratuites, des garanties de loyer ou encore des places en crèche.
Ces deux plans viennent compléter les outils mis en œuvre au début du quinquennat (emplois d’avenir, contrat de génération…), qui ciblaient surtout les plus jeunes.
Mais aussi le pacte de responsabilité: François Rebsamen n’aura de cesse d’appeler le patronat, jugé trop frileux, à s’y engager en créant des emplois en échange des baisses de charges.

Une réforme du dialogue social
Il laisse une loi qui porte son nom, une réforme du dialogue social simplifiant les règles dans les entreprises, qui constitue selon lui « un levier de performance économique et sociale ».
D’aucuns lui prédisaient pourtant les pires difficultés, après le parcours chaotique de la loi Macron, adoptée sans vote grâce à l’article 49-3 de la Constitution.
Adopté fin juillet, le texte offre une représentation aux 4,6 millions de salariés des très petites entreprises (TPE, moins de 11 salariés), permet de regrouper des instances ou encore de sécuriser le régime des intermittents du spectacle.

Des polémiques en série
Le passage de François Rebsamen restera marqué par une kyrielle de couacs. Comme lorsqu’il fait dépublier une interview à un magazine bourguignon dans laquelle il affirmait « se battre depuis longtemps pour une vision libérale de l’économie ».
Ou quand il assure que le gouvernement allongera la durée de cotisation pour la retraite « s’il le faut », avant d’être aussitôt démenti.
Il provoquera aussi un tollé en appelant à renforcer le contrôle des chômeurs et à les sanctionner. Des propos qui aboutiront toutefois quelques mois plus tard à la mise en place à Pôle emploi d’un nouveau dispositif de contrôle de la recherche d’emploi.
Parmi les mots maladroits, le qualificatif de « petit syndicaliste » attribué au patron du Medef, Pierre Gattaz, accusé de « nuire à l’image de l’entreprise » avec ses « postures ». Le ministre du Travail présentera ses excuses… aux syndicats.
Il quittera le ministère sur un dernier impair, en assurant qu’il ne démissionnerait pas du gouvernement dans l’immédiat s’il redevenait maire de Dijon. Une hypothèse immédiatement écartée par l’entourage du président et Manuel Valls.

C’est bien connu : à l’approche d’une désignation ministérielle, des rumeurs un peu folles commencent à sortir, constate Victor Point dans 20 minutes. La succession de François Rebsamen n’échappe pas à la règle. Aux dernières nouvelles, celui qui tiendrait la corde ne serait autre que… Emmanuel Macron. Improbable ? Tout autant que sa nomination au poste de ministre de l’Economie il y a tout juste un an…
Il faut dire que la démission du ministre du Travail, remise aujourd’hui au chef de l’Etat, est une sacrée épine dans le pied de François Hollande. Alors que les chiffres du chômage – mantra de la politique gouvernementale – ne sont toujours pas bons, cela ressemble même à s’y méprendre à un abandon de poste. Au-delà de ça, Hollande aurait préféré attendre les régionales de décembre pour effectuer un vrai remaniement en vue de 2017. Ou tout du moins le départ de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, pressenti pour mener la campagne de fin d’année en Bretagne.
Alors choisir le successeur de Rebsamen ne va pas du tout de soi. Les favoris, 20 Minutes en a déjà parlé, sont Alain Vidalies, Jean-Marc Germain et Stéphane Le Foll. Ce dernier semble disqualifié par la crise porcine dans laquelle il est englué depuis plusieurs semaines. Le premier, actuel ministre des Transports, même s’il semble le mieux placé, paraît déjà usé par une fonction dans laquelle il ne s’est pas illustré. Le deuxième est un député frondeur qui n’a pas caché son hostilité à la loi Macron : difficile dans ce cas de cohabiter avec le ministre de l’Economie, l’une des stars du gouvernement.
Pour un ministère aussi exposé que celui du Travail, il faut donc trouver l’alliage entre la compétence, une certaine fidélité et un solide tour d’épaules. Une denrée rare qui risque d’ailleurs de ne pas être trouvée avant plusieurs jours. Tour d’horizon des derniers prétendants.

Bruno Le Roux, l’ambitieux
Le président du groupe PS à l’Assemblée nationale ne cache pas sa volonté de monter en grade. Fidèle hollandais, il ne présente pourtant pas un bilan très flatteur à son poste actuel, n’ayant pas réussi, à plusieurs reprises, à contenir la colère des frondeurs. Fera-t-il le poids face aux organisations syndicales et patronales ? Rien n’est moins sûr.

Laurent Grandguillaume, l’inconnu du grand public
Député de la Côte-d’Or, il a fait ses armes dans le monde du travail au moment de la loi Pinel. Il avait habilement réussi à apaiser le conflit entre artisans et auto-entrepreneurs. Mais à part ça, son CV paraît bien léger pour occuper un tel poste. Un homme de dialogue poids plume.
Dans le même genre, le nom de Christophe Sirugue circule. Député de Saône-et-Loire et rapporteur du projet de loi sur la réforme du dialogue social, c’est un proche de Moscovici. Mais il est tout aussi inconnu du grand public.

Emmanuel Macron, toujours outsider
Plus besoin de présenter le ministre de l’Economie. Il incarne, depuis sa prise de fonctions, la ligne sociale-démocrate défendue par Hollande, en faisant l’un de ses plus sérieux atouts. Il a prouvé sa compétence et sa pugnacité lors de la défense de la loi qui porte son nom. Quel intérêt aurait-il à prendre le ministère du Travail ? Cela le ferait probablement monter dans l’ordre protocolaire du gouvernement mais l’exposerait davantage. Un nouveau défi pour l’ex-banquier de Rothschild ?

Source : http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/chomage-reforme-dialogue-social-polemiques-bilan-rebsamen-ministere-travail-1012583