HÔPITAL – Le Parisien – Prendre la mesure de la « souffrance des médecins »: au-delà du récent suicide d’un cardiologue de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, les praticiens hospitaliers pointent « un problème national » de prise en charge, reconnu aussi par la ministre, Marisol Touraine. Un article du Parisien Libéré, avec l’AFP :

Fin décembre, le professeur Jean-Louis Mégnien, père de cinq enfants, s’est jeté du 7e étage de l’établissement où il revenait travailler après neuf mois d’arrêt maladie, déclenchant une vive émotion dans la communauté hospitalière.
« A partir de ce drame, je souhaite qu’on mette en place en France une politique résolue pour répondre à la souffrance qui peut aussi concerner les médecins », a annoncé lundi la ministre de la Santé, regrettant l’absence de « processus à même de prendre en compte » cette souffrance.
Dévoilées dimanche, les premières conclusions de la commission mise en place au lendemain du drame par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dont dépend Georges-Pompidou, font état de « dysfonctionnements ».
Il est notamment reproché à l’hôpital de ne pas avoir organisé de « dispositif structuré centré sur la prévention de la souffrance psychique et la réaction à l?alerte suicidaire des personnels médicaux ».
« On est arrivé trop en aval dans cette histoire », déplore le professeur Loïc Capron, l’ex-président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP, qui a tenté de résoudre la situation de son confrère.
Mais pour les syndicats de praticiens hospitaliers, ces failles dépassent largement le cadre de l’institution francilienne.
Réagissant aux accusations de « harcèlement moral » lancées par les proches de Jean-Louis Mégnien, l’intersyndicale Avenir Hospitalier s’est alarmée début janvier de « l’ambiance délétère régnant dans certains hôpitaux », s’émouvant d' »un problème national ».
« Depuis des années, Avenir Hospitalier ne cesse d’alerter les autorités pour défendre des collègues harcelés (…) sans que rien ne change vraiment (…) Tous connaissent l?éviction, la confiscation du bureau, les rumeurs de couloir, les stigmatisations », s’est indignée l’organisation.
« Il y a beaucoup de médecins en souffrance, sur tout le territoire », confirme à l’AFP le docteur Christophe Segouin, du syndicat SNAM-HP, membre de l’intersyndicale « Convergences HP ».
En cause, notamment, la loi Hôpital Patients Santé Territoires (HPST) de 2009, qui a renforcé le pouvoir des directeurs d’hôpitaux aux dépens de la communauté médicale, conduisant parfois à une « collusion » avec des chefs de pôle ou de service aux pouvoirs « excessifs ».
Des « casques bleus »
Suspensions arbitraires, changement de poste… « Certaines décisions sont vécues violemment », explique le Dr Segouin. Dans le même temps, la tarification à l’activité, instaurée elle aussi en 2009, a conduit à une course à l’acte au détriment « du temps soignant, source de notre vocation », souligne-t-il.
En outre, le monde hospitalo-universitaire, « difficile », peut créer des frustrations, les praticiens passant souvent toute leur carrière dans un même établissement sans possibilité d’évoluer, selon le professeur Jean-Yves Fagon, qui a dirigé la politique médicale de l’AP-HP.
Dans ce contexte, l’absence de représentants syndicaux des praticiens hospitaliers aux comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) des hôpitaux est une « aberration », selon le Dr Max-André Doppia, le président d’Avenir Hospitalier, qui réclame leur intégration à ces instances, « au même titre que tous les autres salariés ».
D’autant plus que les médecins échappent à la médecine du travail, en raison de leur statut ou par peur de se confier à un confrère dans un milieu où tout le monde se connaît.
Les intersyndicales réclament également que les commissions régionales paritaires (CRP, instances de dialogue réunissant directeurs d’hôpitaux, pouvoirs publics et praticiens hospitaliers à l’échelle régionale) puissent exercer un rôle de médiation, de prévention et de gestion des conflits.
Elles souhaitent notamment pouvoir saisir ces CRP et leur permettre d’envoyer rapidement des intervenants, des sortes de « casques bleus » formés pour réaliser des diagnostics et formuler des recommandations lors de situations conflictuelles, explique le Dr Segouin.
Ces mesures s’imposent d’autant que la situation « risque d’empirer » avec les groupements hospitaliers de territoires voulus par la loi santé, qui laissent craindre des réorganisations « à marche forcée », préviennent les syndicats.

Source : http://www.leparisien.fr/laparisienne/sante/mal-armes-les-medecins-hospitaliers-n-echappent-pas-a-la-souffrance-au-travail-18-01-2016-5462381.php