NOUVELLES TECHNOLOGIES  – educ.gouv.fr, Médiapart, ZD NET  Annoncé en mai dernier, le plan numérique pour l’éducation qui vise à préparer l’école et la jeunesse aux enjeux d’un monde en transformation, s’inscrit dans le cadre de la stratégie globale mise en place par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Après le communiqué du ministère du 24 novembre, « Val3ntin4 » conteste vivement dans ce cadre l’accord signé entre l’Éducation national et Microsoft, sur Médiapart, et un article sur Google sur ZDNet :

Depuis la rentrée 2015, environ 600 collèges et écoles pilotes de ce plan expérimentent progressivement de nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage grâce au numérique.
Dans ce contexte d’engouement des établissements scolaires et des familles pour le numérique éducatif, Najat Vallaud-Belkacem et Louis Schweitzer, Commissaire général à l’investissement, ont lancé, ce mardi 24 novembre, l’appel à projets « collèges numériques et innovation pédagogique », qui concrétise davantage le déploiement du plan numérique pour l’éducation.
Doté d’un budget de 99 millions d’euros, cet appel à projets, porté par les collectivités territoriales et les rectorats, vise à faire entrer 40% des classes de 5e dans un dispositif d’équipement individuel mobile.
Les projets, sont, dans un premier temps définis dans les collèges par les équipes qui définissent leurs besoins. Ensuite, les conseils départementaux, en lien avec les rectorats, retiennent et choisissent leurs collèges.
Les dossiers de candidature, pour chaque collège, doivent être déposés avant le 30 janvier 2016.
En outre, une banque de ressources numériques, complémentaire des manuels scolaires, est mise à disposition des enseignants pour 3 ans, pour les élèves du CM1 jusqu’à la 3e, en lien avec la mise en œuvre de la réforme du collège et des nouveaux programmes.
Par ailleurs, pour accompagner au mieux le développement des usages numériques pédagogiques à l’École, les enseignants bénéficient d’un plan de formation de trois jours consacré au numérique.
C’est l’ensemble du ministère de l’Éducation nationale et de ses opérateurs qui aujourd’hui se mobilisent, en lien avec la filière des éditeurs et du numérique, pour construire des ressources numériques innovantes, en phase avec les pratiques pédagogiques et compatibles avec tous les équipements mobiles.
Cette synergie de tous les partenaires est essentielle pour une mise en œuvre efficace du Plan numérique pour l’éducation.

L’histoire d’une multinationale aux intérêts privés, s’infiltrant au cœur de l’État et de notre avenir ! s’insurge « Val3ntin4 » :
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Alain Crozier, président de Microsoft France, ont signé un partenariat renforçant l’accompagnement proposé par Microsoft dans le cadre du Plan Numérique à l’École.
Commençons d’abord par l’essentiel, le texte original de l’accord signé entre la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le président de Microsoft France :
Cet partenariat doit donc s’étendre sur 18 mois afin que Microsoft :
•  Accompagne et forme les acteurs du Plan Numérique à l’École
•  Mette à disposition des solutions techniques dans le cadre du Plan Numérique à l’École
•  S’engage à accompagner la formation des enseignants pour les préparer à l’animation de cours spécifiques sur l’apprentissage du code
•  Apporte une aide aux acteurs français de l’e-Éducation. Ce plan d’aide se traduira par un support financier, technique, opérationnel et commercial aux différents acteurs français de l’e-Éducation.
Petit historique :
L’accord entre L’Éducation Nationale et Microsoft France s’inscrit dans le Plan Numérique lancé par le ministère de l’Éducation Nationale parce que « la révolution numérique transforme en profondeur tous les secteurs de la société » et qu’il est du rôle de l’École de s’interroger sur ces changements et de les accompagner.
Jusque là pas grand chose à redire et ça s’annonçait même plutôt bien puisque la Ministre avait décidé d’organiser une grande « concertation nationale sur le numérique pour l’éducation ». Cette concertation a eu lieu entre le 20 janvier et le 9 mars 2015 (d’après le ministère 60 000 personnes ont participé à cette concertation que ce soit en ligne ou via des rencontres académiques) et la réflexion s’articulait autour de cinq grands axes :
•  Apprentissage et réussite
•  Pratiques pédagogiques et éducatives
•  Compétences de demain
•  Réduction des inégalités
•  Ouverture de l’école
On peut retrouver l’ensemble des questionnaires, des réponses, des synthèses de débats, des avis de différentes associations investies dans le milieu éducatif sur le site dédié : http://ecolenumerique.education.gouv.fr/ .
Parmi les points qui ont été relevés au cours de cette restitution, je me réjouis d’en trouver certains à propos du logiciel libre ou plus largement d’une philosophie du libre et du partage. J’en rapporte certains ci-dessous :
• Plus de 95% souhaitent que « les élèves et les professeurs accèdent librement aux ressources culturelles et scientifiques des établissements publics et les utilisent » (page 16)
• Différentes propositions pointent que pour devoir être utilisées sur tous les équipements (fixes et mobiles) les ressources produites doivent être interopérables. Plusieurs propositions soulignent une attente de « standards ouverts » (page 16)
• Création d’une licence numérique « enseignement » s’appuyant sur le modèle des logiciels libres, permettant aux enseignants d’utiliser tous types de ressources dans la mesure où ils n’en font pas une activité lucrative (page 17).
Le « Projet de loi pour une République numérique » (co-écrit par 21 330 citoyens). C’est une initiative gouvernementale, à ma connaissance assez inédite, lancée en Septembre 2015.
Il est notamment rapporté que : « Trois nouveaux articles parmi les dix les plus soutenus […] demandent un développement de l’usage du logiciel libre dans la sphère publique (administration centrales, collectivités, écoles et universités). […] Les mesures proposées vont jusqu’à imposer aux acteurs publics l’utilisation de logiciels libres. […] Un débat nourri a eu lieu, mettant en évidence les avantages du logiciel libre (coût modéré, liberté de réutilisation et de modification) […]. Le Gouvernement porte une attention particulière aux développements en source ouverte et entend promouvoir le développement et l’utilisation de logiciels libres. L’État est ainsi engagé dans le soutien de structures destinées à la promotion et au développement des logiciels libres […]. Dans le domaine éducatif, l’article L123-4-1 du Code de l’Éducation précise aussi que « les logiciels libres sont utilisés en priorité » dans l’enseignement supérieur (Loi ESR du 22 juillet 2013) tandis que la loi du 8 juillet 2013 de refondation de l’école précise que la détermination du choix des ressources utilisées tient en compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert. Dans la sphère publique en général, la circulaire du Premier ministre du 19 septembre 2012 a représenté une avancée majeure […] en ce qu’elle définit une doctrine générale d’utilisation au maximum du logiciel libre dans l’administration. »
La promotion du logiciel libre (notamment par sa neutralité) est au cœur de tout ce qui touche au numérique !
Pourquoi cet accord avec Microsoft n’est pas compatible avec la promotion du logiciel libre :
La question doit être posée, car en effet pour ceux qui ne connaîtraient pas les techniques virales des compagnies de logiciels propriétaires, la supercherie peut paraître moins évidente.
Tout d’abord je ne pense contre-dire personne en affirmant que les intérêts d’une entreprise telle que Microsoft sont bien entendu des intérêts privés et il y a fort à parier qu’ils aient quelque chose à voir avec : « dividendes des actionnaires », « part de marché », « fidélisation de la clientèle » etc…
Pour atteindre ces objectifs une méthode assez bien connue est de créer du matériel (une des spécialités de leur concurrent Apple), des technologies, des logiciels dits « fermés ». Quand on dit fermé on entend par là que les outils fournis sont opaques, de la même façon que peuvent l’être les moyens d’interopérer avec eux, sous le contrôle exclusif de la marque. De fait, une relation asymétrique et parfois arbitraire s’établit entre la marque et les contributeurs devant obtenir une certification ou ne pas menacer de concurrencer les produits de la marque par exemple. La marque, disposant ainsi d’un avantage concurrentiel majeur, instaure une situation de monopole et développe un écosystème technologique parfaitement intégré qui force ou incite l’utilisateur à l’acquisition d’outils de cette marque. Toute tentative de modifier les outils fournis et leur interopérabilité avec des outils tiers est ainsi soumise au bon vouloir de l’entreprise.
Microsoft a réussi a investir, et ce depuis longtemps, une énorme part du marché puisque aujourd’hui ou que vous alliez (en ligne, à la FNAC, chez DARTY…) vous ne pourrez tout simplement pas acheter un ordinateur sans système d’exploitation pré-installé dessus, ce système étant en fait le dernier Windows en date ! Vous n’avez donc pas d’autre choix que d’acheter le système d’exploitation Windows, même si c’est pour avant même le premier allumage le supprimer et installer une jolie distribution Linux gratuite de votre choix ! (Faites votre choix : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_distributions_Linux )
C’est notamment pour cette raison qu’encore aujourd’hui la plupart des systèmes d’exploitation installés sur les ordinateurs du monde éducatif sont des versions de Windows ! Mais le libre commençait petit à petit à faire son apparition (via les logiciels, les services d’ENT…). Il y avait également toutes ces belles promesses que j’ai énuméré ci-dessus !
Que peut alors faire Microsoft ? Véroler le système de l’intérieur semble être une bonne carte à jouer… car une fois qu’il aura fourni tous les outils interconnectés (mais pas interopérables avec d’autres outils « non-Microsoft ») dans les écoles, collèges, lycées, qu’il aura formé les personnels enseignants à ses outils, que les élèves auront été imbibés par l’utilisation d’outils Microsoft ; quel espace d’expression restera-t-il pour le logiciel libre ? Quel force de frappe pourra-t-il espérer avoir ? Quel soutien obtiendra-t-il de la part de la communauté enseignante déjà convertie à d’autres outils ?
En signant cet accord avec Microsoft c’est en fait dans un cercle vicieux que nous nous engageons. Car même si Microsoft prend le soin de préciser que « l’accord ne présente aucun caractère d’exclusivité » c’est qu’il sait pertinemment que l’exclusivité va s’imposer d’elle même.
Et pourtant :
Et pourtant on ne pourra pas reprocher à la communauté du libre d’être novatrice, force de proposition, dévouée à la cause d’une éducation du numérique pour tous.
La communauté du libre est prête et déjà mobilisée à travers une multitude de projets dont je vous rapporte un aperçu ci dessous :
• La tablette éducative Tabuledu : https://www.ryxeo.com/les-tablettes-tabuledu/
• Plate-forme d’échange (libre) de contenus pédagogiques : http://www.edulibre.org/
• Outils et logiciels de mathématiques libres : http://www.sesamath.net/
• Manuels de mathématiques libres : http://manuel.sesamath.net/
• Toutes les suites bureautiques sont évidemment disponibles, et ce depuis longtemps : http://www.openoffice.org/fr/
• ENT : http://www.triade-educ.com/accueil/index.php
• Suivi d’acquisition de compétences : https://sacoche.sesamath.net/
Ces différents outils sont très certainement améliorables, mutualisables pour réussir à atteindre une harmonisation nationale.
Les acteurs du libre n’attendent qu’à mettre le pied à l’étrier ce après quoi rien ni personne ne pourra ensuite les empêcher d’améliorer, de mutualiser, de collaborer et revoir ces outils avec les principaux acteurs, puisque l’essence même du libre est vertueuse : l’ouverture du code et son partage permettent, par la collaboration, l’innovation et l’amélioration continue.
Comme le dit Framasoft (réseau dédié à la promotion du libre) : le choix du libre c’est « plus de cohérence avec les valeurs de l’école. Le choix du libre est non seulement une question technique ; il est également une question d’éthique sociale et politique » (lire l’article intégral ici : http://framablog.org/2015/12/02/accord-microsoft-education-nationale-le-libre-offre-deja-des-alternatives/ )
Cohérence
Alors, quel monde voulons nous bâtir ? Celui de la société marchande à outrance ? Du non-partage des idées et des innovations ? De la privatisation du savoir ? Par quelles valeurs est porté cet accord avec Microsoft France ?
Les enseignants, ont certes une liberté pédagogique mais doivent d’abord respecter un devoir de réserve et de neutralité lorsqu’ils enseignent. Bien qu’habituellement ce devoir fasse plutôt référence aux opinions politiques et religieuses, il me semble (si l’on veut bien faire l’effort de décloisonner un peu sa pensée) qu’imposer de manière aussi claire et directive un environnement logiciel privé, vient entraver ce devoir.
L’école est et doit rester un lieu du développement de soi, de la culture de l’esprit, de l’apprentissage de la collaboration.
Cet accord avec Microsoft France ne doit durer que 18 mois. J’espère que la Ministre saura écouter les alertes et propositions qui lui sont faites, et prendra l’intelligente décision de ne pas le renouveler.

Par ailleurs, aux États-Unis, signale ZD-Net, l’Electronic Frontier Foundation a déposé plainte contre Google auprès du régulateur, accusant l’opérateur de renier ses engagements en matière d’exploitation des données personnelles des étudiants. Google riposte et peut compter sur deux soutiens de poids.
Dans un billet de blog, Google a réagi aux accusations de l’EFF, qu’il réfute. Les données personnelles des étudiants associées aux services de la suite Cloud ne sont exploitées que pour la fourniture des services eux-mêmes : « il n’y a pas de publicité dans ces services Cœur, et la donnée de l’étudiant dans ces services n’est pas utilisée à des fins publicitaires » affirme Google.
Quant à la fonction Chrome Sync, elle ne donne pas lieu à la création de profils individuels. La firme de Mountain View précise que les données sont agrégées et anonymisées. « Les données Chrome Sync des utilisateurs GAFE (Google Apps for Education Core Services) ne sont pas utilisées pour diffuser de la publicité ciblée à des étudiants » écrit Google. (…)
L’EFF persiste et précise que sa principale critique ne porte pas sur Chrome Sync, mais le fait que Google collecte des données sur les étudiants connectés avec leur compte GAFE lors de l’utilisation d’autres services Google non compris dans Google For Education (YouTube, Maps, News, etc.).
« Google piste cette activité et alimente un profil publicitaire attaché au compte éducatif de l’étudiant » réaffirme la fondation. En ce qui concerne Chrome Sync, oui c’est « un service incroyablement utile » reconnaît l’EFF. Néanmoins, cette fonction ne devrait pas être activée sans un consentement parental explicite, juge-t-elle.

Le projet de loi Pour une République numérique : http://www.republique-numerique.fr/project/projet-de-loi-numerique/step/reponses
La convention signée entre la Ministre Najat Vallaud-Belkacem et Alain Crozier, président de Microsoft France : http://www.education.gouv.fr/cid96030/numerique-a-l-ecole-partenariat-entre-le-ministere-de-l-education-nationale-et-microsoft.html.

Sources : http://www.education.gouv.fr/cid95809/plan-numerique-pour-l-education-le-deploiement-pour-2016-se-poursuit-avec-un-nouvel-appel-a-projets-destine-aux-colleges.html ;
https://blogs.mediapart.fr/val3ntin4/blog/011215/plan-numerique-de-leducation-nationale-pourquoi-il-faut-sinquieter-de-laccord-passe-avec-microsoft ; http://www.zdnet.fr/actualites/google-for-education-aspirateur-a-donnees-personnelles-faux-39829260.htm