ÉCOLE  – Le Figaro –  La commission d’enquête sénatoriale créée au lendemain des attentats de janvier, présidée par Françoise Laborde (PRG) avec pour rapporteur Jacques Grosperrin (LR), a présenté le 8 juillet son rapport, «Faire revenir la République à l’école». Mais l’Éducation nationale est-elle encore réformable ? s’interroge Jean-Paul Mongin, délégué général de l’association Sos Education, dans le Figaro :

Le rapport de la Commission d’enquête sur le fonctionnement du service public de l’éducation et sur la perte des repères républicains dans les établissements scolaires formule les réformes nécessaires pour sauver l’École. Mais l’Éducation nationale est-elle encore réformable?
Sa réflexion va bien au-delà des quelques propositions volontaristes (port de l’uniforme, examen d’entrée en 6ème, interdiction des tablettes…) qui ont été immédiatement brocardées pour discréditer l’ensemble de ses travaux. On aurait tort de se priver de leur lecture.
Car après 5 mois de déplacements sur le terrain en France et à l’étranger, d’auditions de personnalités de tous horizons, la commission interroge l’ensemble des finalités du système éducatif, en réfléchissant notamment sur les conditions d’un juste équilibre entre la mission d’instruction de l’école et son ambition à éduquer.
Depuis trop longtemps en effet, la réflexion éducative a été confisquée par les tenants d’une pédagogie sans contenu: «résister, apaiser, unir, fabriquer du commun, opposer les valeurs de République à la division, c’est la mission de l’École!» (tweet de Najat Vallaud-Belkacem datant du 9 juillet).
Incantatoire et vide, ce discours officiel ringardise à dessein tout ce qui relève de l’instruction. (…)
Il n’est pas étonnant que la réaction des pédagogistes soit extrêmement virulente — Philippe Meirieu, pourtant auditionné et cité par la commission, invite à rentrer en «résistance» contre la «répression et régression». Il en va du fondement même de leur idéologie: la production d’un citoyen émancipé de toute détermination discriminante, y compris donc du savoir, et réalisant au final la démocratisation de l’école en subvertissant la distinction maître / élève par les vertus de la classe inversée et des outils numériques.
Le rapport Grosperrin révoque en effet sans complaisance cette vision qui oriente le système scolaire depuis la fin des années 60. Il renvoie de manière appuyée à une anthropologie de la responsabilité personnelle, articulant les valeurs de subsidiarité (proposition 11), de mérite et d’exemplarité (propositions 2 et 12). Il avance ainsi un modèle d’école reposant sur l’engagement mutuel libre des chefs d’établissements et des professeurs (proposition 10), contre l’absurdité d’un système impersonnel des mutations qui envoie les enseignants les plus inexpérimentés face aux élèves les plus difficiles (proposition 9). Il assume qu’il n’y a pas d’éducation possible sans sécurité (proposition 13), et n’hésite pas à parler de «sacralisation de l’école» (proposition 1).
Se pose toutefois immanquablement la question de l’applicabilité de telles réformes, qui entrent violemment en opposition avec les options pédagogistes soutenues à tous les niveaux du Ministère. (…)
Au fond, c’est peut-être la question de la gouvernance du système éducatif qui devrait constituer le premier objet d’un débat public.
Devons-nous conserver un pilotage qui met de fait l’Éducation nationale au service d’un projet idéologique, quel qu’il soit? Ou bien acceptons d’aller, à la faveur de la réforme territoriale, vers une régionalisation de l’éducation, le ministère modernisé conservant uniquement un rôle de régulation, de certification et d’accompagnement? Comment la société civile pourrait-elle se réapproprier l’École, en ayant par exemple la possibilité d’ouvrir des établissements publics sur l’initiative de parents et de professeurs mobilisés par un projet pédagogique commun? Et comment conserverons-nous alors à l’École son caractère d’institution?

Les propositions du rapport Grosperrin:
1. Sacralisation de l’école avec interdiction du port de signes ou de tenues ostensibles d’appartenance religieuse, politique ou philosophique pour les accompagnatrices et accompagnateurs de sorties scolaires
2. Mise en place d’un pacte proposé aux enseignants: code de déontologie / serment d’entrée en fonction / signature du règlement intérieur de l’établissement
3. Réaffirmation de l’exposition obligatoire et effective des emblèmes de la République dans tous les établissements d’enseignement (drapeau, devise «Liberté, Égalité, Fraternité», Déclaration des droits de l’homme et du citoyen à côté de la Charte de la laïcité)
4. Port d’une tenue d’établissement
5. Recentrage du programme de l’histoire de France et de sa chronologie autour du récit national
6. Rappel en début de semaine par le chef d’établissement ou l’enseignant des valeurs citoyennes autour de sujets d’actualité
7. Révision de la maquette des formations en ÉSPÉ (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation) et des concours en y valorisant la transmission des valeurs républicaines
8. Effort massif sur la formation continue, dans le cadre d’un plan pluriannuel
9. Interdiction d’affecter en zone difficile des enseignants débutants sauf demande de l’intéressé et obligation de remplacement
10. Renforcement de l’autonomie des chefs d’établissement, en leur donnant un droit de regard sur le recrutement des nouvelles équipes, dans le respect des règles de la Fonction publique
11. Institution d’un véritable statut de directeur d’école dans l’enseignement primaire
12. Élaboration d’un code de bonne conduite à l’école, assorti d’un barème clair de sanctions prévoyant des travaux d’intérêt général scolaire
13. Création dans chaque département d’un établissement spécialisé d’accueil pour les élèves les plus perturbateurs
14. Évaluation de la maîtrise du français tout au long de l’enseignement élémentaire, notamment en CM2 conditionnant l’accès en 6ème, l’apprentissage de la langue française devenant l’axe central des programmes du primaire
15. Suppression des ELCO (dispositif d’enseignement des langues et cultures d’origine) et intégration de l’enseignement de ces langues dans le programme d’apprentissage des langues étrangères
16. Interdiction des tablettes au primaire et mise à l’étude d’un dispositif de brouillage des téléphones portables dans les écoles et les collèges
17. Modulation des allocations familiales pour lutter contre l’absentéisme scolaire
18. Information systématique des parents par SMS de toute absence injustifiée de leurs enfants
19. Mise en place dans l’enseignement public d’un système de remontée directe des incidents jusqu’au ministère
20. Meilleur contrôle du Parlement sur les choix stratégiques en matière d’enseignement, notamment au travers d’un débat annuel sous l’autorité de la commission de la culture

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/07/22/31003-20150722ARTFIG00158-pourquoi-najat-vallaud-belkacem-doit-lire-le-rapport-grosperrin.php