Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

RISQUES PSYCHOSOCIAUX  – Miroir Social –  Marc Loriol est sociologue (IDHES), spécialiste du stress au travail et plus généralement des risques psychosociaux. Il est co-directeur scientique de DIM Gestes. C’est dans le cadre d’une classe préparatoire pour entrer à l’ENS de Cachan que Marc Loriol a découvert la sociologie. « Cette discipline me permettait de faire de la recherche empirique, du terrain, ce qui me semblait plus concret que l’économie, plus théorique et abstraite ».Très vite, ce sont les questions de santé qui ont accaparé son attention, notamment la fatigue. « C’est un sujet médical très important mais difficile à cerner… J’ai donc cherché à savoir, dans le cadre de mon mémoire de DEA, comment ce symptôme était traité en médecine générale ». En thèse, le chercheur a fini par lier ces questions au monde du travail. Il est interviewé par Audrey Minart, dans Miroir Social

Audrey Minart : l’approche des risques psychosociaux par le prisme de leur « construction sociale » est devenu votre fil rouge. Pourquoi insister sur cette notion ?
Marc Loriol : Avec la construction sociale, j’ai voulu montrer que l’on doit éviter un double écueil : le premier est de dire que les risques psychosociaux n’existent pas vraiment parce qu’ils n’étaient auparavant pas traités sous la forme du stress ou du harcèlement. Certains parlent même de « mode ». D’ailleurs, le concept de « construction sociale » est souvent mal compris : il ne signifie pas que les pathologies n’existent pas mais qu’elles s’expriment dans un contexte donné, celui-ci ayant une influence sur la manière dont les plaintes se formulent. Justement, l’autre écueil serait de penser que cela existe depuis toujours, comme la grippe ou le cancer qui sont bien définis, et que l’organisme humain va toujours réagir de la même manière lorsqu’il est soumis à tel ou tel type de contrainte…

J’essaie pour ma part de trouver un compromis entre ces deux approches caricaturales, c’est-à-dire de montrer que cela existe dans un contexte économique et social particulier, en fonction de situations sociales construites et vécues par les gens. Il y a, actuellement, une individualisation du rapport au travail et à ses risques : si l’on considère les métiers dans lesquels on se plaint le plus de stress et ceux dans lesquels on s’en plaint le moins, on peut constater que les seconds sont ceux dans lesquels le fonctionnement collectif est encore relativement fort, contrairement à ceux dans lesquels les rapports sont plus individualisés et individualistes.
Un exemple de l’importance du contexte économique et social ?
J’ai montré cela en comparant policiers et infirmières, ou encore ouvriers et infirmières. Longtemps, dans le monde ouvrier, on a peu employé le vocable de stress. Toutes les enquêtes européennes et américaines le montrent : au bas de l’échelle sociale, on parle plus facilement de fatigue que de stress et vice-versa. D’après ce que les ouvriers m’ont expliqué lors de mon enquête dans les années 1990, ce n’est pas parce que le travail n’est pas difficile, au contraire, mais parce qu’en parler renvoie à une plainte individuelle. Alors que l’ouvrier est davantage dans une approche collective, qui renvoie aux capacités du groupe à se défendre par l’action syndicale et politique, formellement, ou de façon informelle par « le coulage », le « freinage » et toutes sortes de stratégies de résistance… Cela renvoie également à la capacité de s’organiser entre soi, à s’entraider, y compris avec l’encadrement de proximité, à gérer la pénibilité avec une répartition des postes, les plus durs aux jeunes, ceux qui l’étaient un peu moins aux salariés vieillissants…

Malheureusement, cette forme de gestion ne fonctionne plus : l’industrie embauche de moins en moins de jeunes et les tâches les moins difficiles, entretien, contrôle, expédition, ont été externalisées. La résistance collective s’est aussi effritée et le syndicalisme a beaucoup perdu de son pouvoir… Donc, si l’on y parlait auparavant peu de stress, il y a un rattrapage depuis quelques années. Il y a sans doute aussi un effet circulaire avec des médias qui parlent beaucoup plus de ces questions-là… Mais c’était déjà un peu le cas dans les années 1990/2000. Selon moi, si les ouvriers s’y reconnaissent davantage, c’est parce qu’ils n’ont plus cette vision alternative où le problème de santé au travail était vu comme le résultat de l’exploitation du monde ouvrier par l’organisation du travail. Pour les brigades de police secours, on remarque que celles dans lesquelles on retrouve le plus de plaintes de stress sont celles qui sont les plus « anomiques », c’est-à-dire où l’on retrouve moins de collectif, de valeurs partagées… Il n’y a pas forcément plus de conflits mais on y parle moins de travail parce que les policiers ne sont pas d’accord sur ce qu’est un « bon travail » : jusqu’où aller, comment valoriser certaines tâches plus routinières pour les rendre plus acceptables ? Ce que l’on ne fait pas par exemple dans les commissariats dits « difficiles », ce qui peut paraître contre-intuitif parce qu’il s’y passe plus de choses. Le fait est qu’on y trouve plus de jeunes et un fort renouvellement. Donc toutes les tâches un peu routinières (comme le contrôle routier par exemple) y paraissent extérieures au travail policier. Elles sont alors vécues comme peu valorisantes et imposées par la hiérarchie.

Le contexte est donc crucial. Y compris le national. A-t-on tendance, en France, à appréhender certains phénomènes de manière différente que dans d’autres pays ?
Il est intéressant de constater que l’explosion de l’intérêt médiatique pour le stress a connu des calendriers différents d’un pays à l’autre : dès les années 1970 aux États-Unis, dans les années 1980 au Royaume-Uni et fin des années 1990 en France. On peut donc se poser la question de ce décalage. Par ailleurs, en France, la notion de l’épuisement professionnel a été moins développée qu’aux États-Unis par exemple : on y trouve moins de médecins spécialisés, et les associations de malades y sont moins actives. Même si le cabinet Technologia essaie depuis 2012 de populariser le terme, il reste moins utilisé que dans d’autres pays, comme l’Allemagne, la Suisse où l’on parle cependant moins de stress qu’en France. La dépression est en outre plus évoquée en France qu’en Allemagne. Nous manquons d’études comparatives pour comprendre l’origine et les conséquences de ces différences entre pays, le rôle des cultures nationales, des formes de relations professionnelles, des systèmes de santé etc.
Cela ne peut-il pas s’expliquer par le simple fait que les réalités ne sont pas les mêmes ?

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.miroirsocial.com/actualite/13126/le-concept-de-construction-sociale-est-souvent-mal-compris-marc-loriol-co-directeur-scientifique-du-dim-gestes

Le tout écran, source de burnout

Le tout écran, source de burnout

Les écrans envahissent l’espace de travail dans les entreprises. Mais travailler devant un écran est tout sauf une sinécure. Ce mode de travail développe les douleurs physiques, mais surtout mentales. Un problème encore peu connu. Un article du Journal du Net, cité par l’Orient-le Jour :

Imaginez un bureau dans lequel une dizaine de personnes travaillent en open-space face à un ou plusieurs écrans. Pour beaucoup, leur situation pourrait paraître enviable. Pas d’activité physique exténuante dans le froid ou la poussière des heures durant… Pourtant, pour Georges-Philippe Dabon, médecin spécialisé dans les maladies liées au travail, la vie de bureau peut s’avérer plus dangereuse qu’on ne le pense : « Souvent, le grand public a tendance à opposer les métiers physiques et le travail de bureau supposé être une planque. Mais c’est une erreur. Parmi mes patients souffrant de maladies liées à leur activité professionnelle, les salariés du secteur tertiaire sont très représentés. L’écran est souvent la cause de tous leurs maux. »
D’après le praticien, les personnes les plus touchées seraient les cadres. « Travailler devant un ou plusieurs écrans, c’est normal. C’est la surexposition qui est dangereuse. Rares sont les cadres qui se cantonnent aux 35 heures. Ils travaillent beaucoup, dans la pression, parfois de chez eux, et ont toujours un écran sous les yeux. Dans ce cas, cela peut s’avérer dangereux. Le danger survient lorsque l’on passe plus de dix heures chaque jour devant un écran et que l’on ne fait pas assez de pauses. »
Mais quelles sont précisément les conséquences du tout écran sur la santé ? « Le travail de longue durée devant un écran entraîne des douleurs cervicales, crâniales ou des troubles musculo-squelettiques, les redoutés TMS. » Toutefois, d’après son expérience, la principale victime serait les yeux du travailleur qui seraient trop sollicités : « La grande majorité des problèmes de santé liés à l’écran est d’origine oculaire. L’œil est maintenu par six muscles. S’il est trop sollicité, les muscles se fatiguent, notamment au niveau d’un muscle que l’on nomme le grand oblique. »
« Mais au-delà des douleurs, l’écran est bien souvent une cause de troubles mentaux. Il entraîne une addiction, empiète sur notre sommeil qui devient moins réparateur. Dans ce cas, la douleur physique et la lassitude mentale deviennent telles que le burnout peut se développer ».
Fabienne Danzé, fondatrice de Mon carré vert, cabinet de conseil spécialisé dans les risques psychosociaux liés au travail, est catégorique : « Mon expérience de consultante me permet d’affirmer qu’il existe un lien entre le mal-être au travail et la surexposition aux écrans. »«Nous n’en avons pas forcément conscience, mais le tout écran change notre rapport au travail… Et ce n’est pas forcément bon pour notre santé. Si vous observez le quotidien d’un open space, vous constaterez probablement que nous sommes souvent immobiles et sans suffisamment de vrais échanges avec nos collègues. Or, pour se sentir bien au travail, il est nécessaire de tisser de vrais liens. Et ce n’est pas un écran qui va nous aider », étaye la consultante.
D’après elle, le tout écran est un terreau fertile pour le développement du burnout. « En passant tout son temps derrière des écrans, nous avons tendance à effectuer des tâches sur lesquelles on n’a pas de prise, sans assez de lien avec des personnes physiques. L’écran peut faire tampon au contact et au concret. Avec un écran, le manager pense que tout est plus simple et plus rapide. Il demande donc de l’immédiateté, des multiples tâches qui en réalité sont extrêmement chronophages. C’est un véritable souci car les principaux facteurs déclencheurs d’un burnout sont la perte de sens et la pression de la hiérarchie.»
Que faire ?
Pour les salariés, la première chose à faire est de s’autodiscipliner pour éviter que l’écran ne prenne le contrôle. «C’est simple grâce à de petits comportements quotidiens», affirme Fabienne Danzé. «Concrètement, il faut s’accorder de vrais temps de pause sans écrans, assister à des réunions avec un cahier mais pas un écran. Surtout, il est indispensable de séparer vie personnelle et vie professionnelle. Votre messagerie professionnelle, vos appareils de bureau ne doivent pas vous suivre chez vous », poursuit-elle. Le Dr Dabon préconise quant à lui un exercice simple : « Toutes les deux heures, fermez vos yeux et pendant 20 secondes faites-les tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. »
Toutefois, ces petits gestes ne servent à rien sans une implication de l’entreprise. D’après les spécialistes, le management doit mettre en place certaines actions. «Avant toute chose, il doit prendre conscience que le tout écran n’est pas forcément lié à une hausse de la productivité. En tant que praticien, je suis également convaincu qu’encourager des pauses obligatoires, inciter à ne pas utiliser sa messagerie professionnelle sur ses écrans personnels, voire installer des salles de sieste sont des pistes qui méritent d’être explorées et qui permettent de lutter efficacement contre le burnout», témoigne le Dr Dabon. (…)

POur lire l’ensemble de l’article : http://www.lorientlejour.com/article/975723/le-tout-ecran-source-de-burnout.html
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Revenir au travail après un burnout

Revenir au travail après un burnout

BURN OUT – Bilan – Traumatisme pour ceux qui le vivent, le burnout peut provoquer une vraie cassure dans une vie et une carrière. Pour éviter la rechute, il convient de soigner son retour dans le monde professionnel en élaborant une stratégie. Un article de Matthieu Hoffstetter, dans la revue suisse Bilan :

Chaque année en Suisse, plusieurs milliers de personnes cessent temporairement de travailler pour cause de burnout. Le surmenage intellectuel, la fatigue physique et psychique liée au rythme de travail, l’excès de stress ou des pressions insupportables conduisent des professionnels souvent reconnus par leurs pairs à jeter l’éponge pour un temps. Avec l’accord d’un médecin, ces personnes obtiennent un arrêt maladie de quelques semaines pour recharger les batteries et effectuer un travail sur elles-mêmes afin de surmonter cette épreuve et de ne pas la prolonger.
Cependant, si le travail effectué pendant l’arrêt de travail pour se remettre de l’épreuve est crucial, une autre échéance attend le travailleur victime d’un burnout: le retour dans la vie professionnelle. «Le retour au travail fait partie intégrante du traitement: on a besoin de revenir dans le monde professionnel pour guérir», affirme Catherine Vasey, psychologue spécialiste du burnout établie à Lausanne et auteur du livre Burn-out: le détecter et le prévenir (éditions Jouvence). Dans son cabinet, elle reçoit depuis plus de quinze ans des personnes touchées par ce «mal des battants». Et insiste toujours sur le retour au travail.
A la différence d’autres pathologies comme la grippe ou des maladies ponctuelles, le patient n’est pas seulement touché physiquement ou épuisé par la maladie mais aussi handicapé durablement dans sa capacité à réfléchir. «Pendant mon arrêt, je n’arrivais même pas à organiser ma journée en conciliant des balades, la préparation des repas ou les petits services que ma femme me demandait de lui rendre: je passais de longues heures hébété, à être allongé sans parvenir à me concentrer sur quoi que ce soit», se remémore Patrick*, 45 ans, cadre dans une manufacture horlogère vaudoise.
Des indicateurs pour savoir quand reprendre
Quand une personne déjà touchée par un burnout rechute, la cause peut régulièrement être recherchée dans un retour au travail mal préparé. «Dès que la personne est suffisamment reposée et reconstruite, il faut élaborer une stratégie pour s’assurer qu’elle ait toutes les cartes en main afin de réussir son retour dans le monde professionnel», assure Catherine Vasey. Et la spécialiste va jusqu’à dire que, si la personne a démissionné, elle va devoir repousser la fin du traitement jusqu’à ce qu’elle retrouve un job. Quant à savoir quand débuter ce processus, elle note que certains indicateurs montrent quand l’heure est venue de préparer son retour: sensation de la personne d’avoir retrouvé plus de 50% de son énergie d’avant le burnout, intégration par cette personne des leviers sur lesquels agir pour rétablir son équilibre,…
Pour Alain*, 52 ans et victime d’un burnout voici cinq ans alors qu’il dirigeait un service au sein d’un cabinet de conseil à Genève, le retour a été précipité et mal préparé: «J’ai pourtant attendu près de trois mois entre le début de mon arrêt maladie et mon retour, mais j’ai repris à temps plein, en abandonnant du jour au lendemain les loisirs qui m’avaient apporté tant d’oxygène pendant ces trois mois, en fonçant tête baissée dans toutes les sollicitations qui étaient celles que j’avais avant mon arrêt maladie». Pour Catherine Vasey, c’est tout ce qu’il faut éviter.
Pas question pour autant pour la psychologue de trop entourer son patient et de faire ce travail à sa place: «Il faut le responsabiliser, le préparer à avoir un entretien avec son supérieur hiérarchique, mais aussi à évaluer à quel rythme reprendre, quelles sollicitations refuser, à exprimer ses besoins et ses limites, ou encore à trouver des alliés». Car l’environnement professionnel bienveillant, avec des collègues ou des supérieurs sympathiques ne suffit pas. Catherine Vasey évoque «une démarche globale, avec une stratégie à adopter aussi bien dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle».
Ainsi, dans la vie privée, il est essentiel que les personnes retrouvant le travail se ménagent des moments pour évacuer le stress. Sport, balades, lecture, yoga,… de nombreuses activités sont pratiquées par les personnes pendant leur arrêt de travail. Il est crucial de ne pas les négliger une fois l’arrêt de travail terminé. «Quand on est arrêté, il est facile de prendre du temps pour soi, mais ce temps reste au moins aussi important quand on reprend le travail», assure Catherine Vasey, pour qui «le retour au travail devrait toujours être progressif, avec un temps d’activité adapté au départ, autour de 50%, pour revenir à la normale au fil du temps».
Les relations avec les collègues et la hiérarchie
Faut-il pour autant changer de poste? Aux yeux de certains, le retour au travail s’apparente à un nouveau départ et ils sollicitent de la part de leur hiérarchie une nouvelle affectation. Pas forcément un bon choix aux yeux de Catherine Vasey, pour qui nouveau poste rime avec nouvelles missions contraintes et stress de la découverte: «Il vaut mieux dans un premier temps reprendre au même poste pour se sentir en terrain connu et se prouver qu’on peut réussir sereinement là où on a connu des difficultés quelques mois avant, ce qui n’empêche pas d’envisager un changement de poste à moyen terme».
Pour ce qui relève des relations avec les collègues, différentes stratégies sont envisageables. «On peut évidemment jouer cartes sur table et mettre le mot burnout sur son absence, mais on peut aussi parfois préférer ne pas dire qu’il s’agissait d’un burnout pour ne pas générer de regards compatissants ou négatifs, éviter les questions intrusives,… Tout ceci ne permet pas de se remettre en selle totalement», glisse la psychologue lausannoise. Une stratégie est également à prévoir entre le patient et son thérapeute pour préparer l’entretien avec sa hiérarchie, notamment en venant avec des propositions d’horaires adaptés.
Une préparation à laquelle Patrick* n’a pas eu droit: «Certains collègues étaient au courant, d’autres non. Certains ont alors tenté de me faciliter la tâche et d’autres ne comprenaient pas. Tout ceci a débouché sur des quiproquos et des tensions. Et j’étais en même temps reconnaissant envers ceux qui me témoignaient de la sollicitude mais aussi frustré qu’on ne me permette pas de faire la preuve que j’étais de retour».
Ni attaques, ni surprotection (…)

Pour lire l’article : http://www.bilan.ch/economie-plus-de-redaction/revenir-travail-apres-un-burnout-un-processus-a-soigner

Burn Out : groupe de travail et polémiques

Burn Out : groupe de travail et polémiques

BURN OUT – Philosophie Magazine, Sciences et Avenir, Le Point, Le Nouvel Observateur – La ministre de la Santé ,Marisol Touraine prévoit la mise en place d’un groupe de travail pour définir médicalement le burn out. Depuis 2012, le cabinet Technologia a lancé une campagne pour la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Les objectifs du groupe restent bien sûr à préciser. L’un des enjeux reste bien sûr la reconnaissance du Burn out comme maladie du travail. Si les syndromes de cette “maladie du trop” sont bien identifiés, sa reconnaissance sociale et juridique demeure insuffisante, notent Cedric Enjalbert et Camella Echchihab, sur le site de Philosophie Magazine :

La ministre de la Santé Marisol Touraine a donc annoncé dimanche 21 février la mise en place d’un groupe de travail pour « définir médicalement le burn-out et la manière de la traiter », suivant la recommandation de l’Académie nationale de médecine. Dans un rapport présenté le 16 février, l’institution appelle à mener des recherches pour préciser cette notion floue pour la science médicale, car « l’expansion du terme “burn-out” est une source de confusion en raison des limites imprécises de cette réalité ».
Bref, avant de reconnaître l’épuisement comme « maladie professionnelle », encore faut-il la reconnaître comme maladie, pointent les deux journalistes ; Le rapport précise que l’épuisement professionnel recouvre « une réalité mal définie, d’un état de détresse psychologique à un état pathologique de syndrome d’inadaptation à un facteur stressant chronique ». Le coauteur de cette étude, le psychiatre Patrick Légeron interrogé par le Magazine de la santé de France 5, le 22 février, souligne en outre une spécificité française : « ces concepts de burn-out ont été exclusivement gérés par le ministère du Travail. Le ministère de la Santé a été complètement absent à l’inverse d’autres pays. »
Le chantier lancé par la ministre de la Santé comble cette absence. Il répond aussi à une proposition de loi déposée le 17 février 2016, par le socialiste Benoît Hamon, qui n’est pas à son coup d’essai. L’an passé, le Parlemnt avait rejeté la proposition du député d’ajouter trois amendements pour la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle à la loi sur le dialogue social. Dans le texte présenté par le ministre du travail, finalement adopté en septembre 2015, figure néanmoins une avancée relative : « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladie d’origine professionnelle ».

Vers la reconnaissance d’une maladie professionnelle ?, s’interroge Sciences et Avenir : l’Académie relève également qu’au-delà des risques psychosociaux liés au travail, il existe des risques de burn-out inhérents à chaque personne (surinvestissement dans le travail, antécédents psychopathologiques) et que les antidépresseurs ne sont pas forcément la solution. Ils peuvent être prescrits pour des dépressions d’épuisement, mais pas forcément pour un état de stress prolongé, les deux maladies qui se rapprochent le plus du burn-out aujourd’hui. « Même si ce n’est pas pour demain, on peut imaginer qu’un jour, lorsqu’on aura davantage de connaissances sur le burn-out, on pourra peut-être le reconnaître comme une entité précise au sein de troubles psychiatriques » ou encore comme une « forme particulière de dépression », note le Pr Légeron. Cela permettra notamment de le faire reconnaître comme une maladie professionnelle, ce qui n’est pas le cas actuellement « puisqu’il n’a pas été identifié comme une maladie », ajoute-t-il.

Il ne faudrait que ce groupe de travail « ne soit qu’un tour de pase-passe « , tranche Xavier Berne , sur le site NextInpact : cette annonce a de grands airs de tour de passe-passe, histoire de calmer la grogne émanant des rangs socialistes… Une simple recherche Google permet d’ailleurs d’arriver très rapidement sur un guide dédié au burn-out, publié l’année dernière par le ministère du Travail avec l’aide de « l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), des enseignants-chercheurs et experts de terrain (médecin du travail, docteur en psychologie du travail) » ! Ce guide préventif s’attache tout particulièrement à définir le syndrome d’épuisement professionnel (pages 7 à 12). On verra si les choses peuvent aller assez vite » a conclu hier Marisol Touraine, laissant entendre que le gouvernement ne fermait pas totalement la porte aux demandes de Benoît Hamon. Le calendrier promet néanmoins d’être extrêmement serré : le projet de loi El Khomri doit être examiné en première lecture à l’Assemblée nationale « début avril » et « en mai » au Sénat. Si les conclusions du groupe de travail annoncé par la ministre de la Santé ne sont connues qu’après les débats, autant dire qu’il y a de très fortes chances pour qu’elles restent lettre morte sur le plan législatif…

Du côté des plus critiques sur la notion de Burn-out , Anne Jeanblanc, journaliste au Point :
le burn-out n’est cité dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux. Il est notamment absent des deux grandes nomenclatures internationales de référence, le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’American Psychiatric Association et le CIM (Classification internationale des maladies) de l’Organisation mondiale de la santé. Dans le dernier DSM, il ne figure même pas parmi les pathologies pouvant entrer dans une prochaine édition. Sur le plan clinique, sa symptomatologie et ses dimensions « s’inscrivent en partie dans les troubles dépressifs et dans les troubles de l’adaptation », précise le rapport.
Nécessité de simplification
Quant au concept de « souffrance au travail », il recouvre l’ensemble des impacts négatifs des environnements professionnels sur l’individu, peut-on lire. Mais ce vocable est essentiellement utilisé en France. Les publications scientifiques anglo-saxonnes traitent peu le « work-related suffering ». Globalement, dans son abord de la santé mentale, l’OMS distingue trois niveaux différents : le bien-être psychologique, la détresse psychologique et les troubles mentaux. Les rapporteurs écrivent donc : « Tout symptôme anxieux ne saurait être considéré comme révélateur d’un trouble anxieux, toute tristesse comme révélatrice d’une dépression caractérisée. Et toute fatigue ou épuisement ne peut être considéré comme pathologique. La détresse psychologique peut être imputable à des événements de vie négatifs : elle doit bien sûr être prise en compte. »
Il faudrait vraiment simplifier les choses. Et la conclusion de l’Académie semble frapper au coin du bon sens : le terme burn-out « ne peut être actuellement un diagnostic médical. Son usage extensif conduit à confondre détresse (ou fatigue) et pathologie émotionnelle : seule celle-ci justifie un traitement, notamment médicamenteux, ayant apporté la preuve de son efficacité dans le cadre nosographique défini. » Il est donc indispensable d’établir des critères précis d’identification des mécanismes en cause. « Une priorité doit être donnée aux maladies dites de société (complications somatiques et psychiques du stress) dans les programmes de formation des étudiants en médecine et de développement professionnel continu des professionnels de santé », est-il précisé. Enfin, l’Académie recommande de créer une structure capable de faciliter la coopération entre les ministères concernés, à l’instar de ce qui existe pour d’autres questions de santé et de sécurité publique telles que toxicomanies ou sécurité routière. Le besoin est réel.

De son côté, le sociologue Marc Loriol souhaite, sur le site du Nouvel Observateur, estime que la reconnaissance dans l’actuel débat juridique, n’est peut-être le 1er combat :
le burn-out n’est cité dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux. Il est notamment absent des deux grandes nomenclatures internationales de référence, le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’American Psychiatric Association et le CIM (Classification internationale des maladies) de l’Organisation mondiale de la santé. Dans le dernier DSM, il ne figure même pas parmi les pathologies pouvant entrer dans une prochaine édition. Sur le plan clinique, sa symptomatologie et ses dimensions « s’inscrivent en partie dans les troubles dépressifs et dans les troubles de l’adaptation », précise le rapport.
(…)
Un burn-out n’est pas une dépression
Le burn-out n’est donc pas une maladie individuelle, mais bien un processus psychosocial dynamique, largement encastré dans un contexte professionnel, économique et social. C’est aussi une façon particulière de voir et de traiter les problèmes rencontrés dans le travail. Selon une enquête du magazine « Paris-Berlin » (juin 2012), 11% des actifs français auraient souffert au moins une fois d’un burn-out, contre 20% des Allemands.
Dans le même temps, l’étiquette stigmatisante de « dépression » semble plus fréquemment mobilisée en France. D’après une étude de l’Organisation mondiale de la santé (menée en 2000-2005 auprès de 89.000 personnes dans 18 pays à l’aide de questions standardisées sur les symptômes de la dépression), 21% des Français auraient connu des troubles dépressifs, contre seulement 9,9% des Allemands.
Les comparaisons réalisées à partir d’ESEMeD (European Study of the Epidemiology of Mental Disorders, menée en 2001-2003 chez les sujets de 18 ans et plus, dans six pays européens) montrent de même une prévalence (sur un an) de l’épisode dépressif majeur deux fois plus élevée en France (6%) qu’en Allemagne (3%).
(…)
La reconnaissance n’est pas le premier combat à mener
Reconnaître et traiter les difficultés des salariés sous le registre du burn-out plutôt que sous celui de la dépression aurait donc un certain nombre d’avantages : une moindre médicalisation (notamment une moindre prise d’antidépresseurs avec les risques d’accoutumance et les effets secondaires qu’ils impliquent) ; une expérience moins invalidante pour les individus, car plus limitée à la vie au travail ; une possibilité de faire prendre en charge les coûts par les employeurs plutôt que le régime général de la sécurité sociale, ce qui aurait un effet incitatif à l’amélioration des conditions et de l’organisation du travail.
Mais cela ne doit pas conduire à se focaliser sur les effets individuels du burn-out au risque d’une part de culpabiliser la victime qui n’aurait pas réussi à trouver le « bon » équilibre entre engagement et préservation de soi et d’autre part de ne pas pouvoir comprendre pourquoi, d’une situation de travail à l’autre, un métier très prenant peut conduire soit à l’épanouissement professionnel, quand les ressources individuelles et collectives permettent de fixer le « juste milieu », soit à l’épuisement et au rejet du travail.
La nature organisationnelle et sociale du burn-out fait qu’il entre mal dans le cadre juridique qui préside à la rédaction des tableaux de maladie professionnelle. La reconnaissance n’est donc pas le premier combat à mener.

Sources : http://www.philomag.com/lactu/breves/burn-out-un-syndrome-en-mal-de-reconnaissance-14726 ; http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20160217.OBS4803/le-burn-out-un-concept-flou-que-l-academie-de-medecine-veut-preciser.html ; http://www.nextinpact.com/news/98676-burn-out-ministre-sante-temporise-groupe-travail-bientot-lance.htm ; http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/burn-out-un-terme-fourre-tout-source-de-confusion-16-02-2016-2018728_57.php ; http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1486645-un-burn-out-n-est-ni-un-epuisement-ni-une-depression-sa-prise-en-charge-est-specifique.html ;

Légiférer pour faire face à l’effondrement professionnel

Légiférer pour faire face à l’effondrement professionnel

BURN OUT  – L’Humanité –  Alors que les cas augmentent d’année en année et que 13 % de la population active est exposée à un risque élevé de souffrance au travail, 83 députés ont signé une proposition de loi visant à faciliter la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel en tant que maladie professionnelle. Adrien Soucheyre, dans l’Humanité, revient sur la genèse du burn-out et sur les derniers épisodes législatifs entourant la difficile reconnaissance de cette maladie professionnelle :

Le mot « burn-out » est apparu pour la première fois en 1960, dans le roman A Burnt-Out Case du Britannique Graham Greene. « Cela raconte l’histoire d’un architecte victime d’une immense fatigue chronique. Il finit par se réfugier dans une léproserie, au Congo. L’écrivain trace un parallèle entre l’épuisement professionnel qui consume l’architecte et la maladie qui brûle de l’intérieur les lépreux. Lui comme les autres sont exclus de la société. Nous avons pareillement aujourd’hui des gens épuisés par le travail. Plutôt que de les aider, plutôt que de les prendre en considération, nous les rejetons », détaille Jean-Claude Delgènes, président de Technologia. Le cabinet, spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels, estime à 3,2 millions le nombre de personnes exposées en France à un risque élevé de burn-out, soit plus de 13 % de la population active.
Un désinvestissement succède souvent à un surinvestissement
L’expression anglaise a été reprise par de nombreux spécialistes pour devenir synonyme de « syndrome d’épuisement ¬professionnel ». Lequel se distingue par une fatigue profonde, un désinvestissement professionnel succédant souvent à un surinvestissement et un sentiment d’échec et d’incompétence dans le travail – et dans la vie suite à la place prépondérante prise par le travail dans nos existences. Le phénomène est devenu un véritable problème de santé publique qui interroge d’un jour nouveau les conditions de travail et les souffrances engendrées. Sauf que les -victimes de burn-out en incapacité de travailler sont très souvent laissées seules, sans législation et sans prise en charge adaptée à leur situation. À tel point que Jean-Claude Delgènes se démène pour que le syndrome d’épuisement professionnel soit logiquement reconnu comme une maladie professionnelle.
Son combat a reçu une oreille attentive auprès du député PS Benoît Hamon, qui, après une première action en 2015 devant le Parlement, est revenu à la charge mercredi 17 février avec une nouvelle proposition de loi signée par 83 députés socialistes et écologistes. « Oui, le monde a changé. De nouvelles maladies associées au travail sont apparues. Nous devons adapter le Code du travail aux maux modernes d’un travail qui colonise nos vies », mesure l’élu des Yvelines. Considérant que « la souffrance au travail est le mal de notre temps », et que le burn-out frappe sans distinction « tous les métiers, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé, chefs d’entreprise et agriculteurs », Benoît Hamon invite à adopter une solution « pragmatique » face à « l’absence de consensus entre les partenaires sociaux, notamment à cause du patronat qui refuse d’inscrire le burn-out comme maladie professionnelle ».
Plutôt que de s’attarder sur les « tableaux » dans lesquels sont inscrites les maladies retenues en cas d’accord, l’ancien ministre propose de faciliter les ¬recours devant les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. À ce jour, le taux minimum d’incapacité permanente partielle nécessaire au dépôt d’une demande d’instruction auprès de ces comités est de 25 %, ce qui correspond physiquement, par exemple, à la perte d’un bras. Or les barèmes gèlent les épuisements psychiques à 15 % d’incapacité maximum, ce qui bloque l’écrasante majorité des recours pour burn-out. Seuls 395 dossiers associés ont ainsi été traités en 2014, débouchant dans un cas sur deux à la reconnaissance d’une pathologie psychologique liée au travail.
Benoît Hamon souhaite faire supprimer purement et simplement le seuil de 25 % d’incapacité minimum. « Les dossiers instruits seront beaucoup plus nombreux et les pathologies liées au burn-out réellement reconnues comme maladie professionnelle. Cela permettrait leur prise en charge non pas par l’assurance maladie comme actuellement, mais par la branche accident du travail – maladie professionnelle de la Sécurité sociale financée par les employeurs. Si demain les entreprises où il y a le plus de burn-out sont les plus mises à contribution, alors elles seront incitées à changer leur organisation de travail », pointe le député, très sévère contre les nouvelles techniques managériales.
« Il faut mettre en place une spirale vertueuse en responsabilisant les employeurs, abonde Jean-Claude Delgènes. Souvenons-nous que la hausse des cotisations patronales a autrefois fait chuter le nombre d’accidents mortels dans les BTP. Mais il faut aussi développer une réelle politique de réparation, et remonter le fil pour améliorer la prévention. »

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