Un an après Charlie, la « réserve citoyenne » peine à démarrer

Un an après Charlie, la « réserve citoyenne » peine à démarrer

Crise – La Croix, Metronews – En janvier 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le ministère de l’Education nationale avait annoncé la mise en place d’une réserve citoyenne, un vivier de professionnels de tous horizons volontaires pour intervenir dans les classes afin d’aider les professeurs à transmettre les valeurs de laïcité ou de vivre-ensemble. Un an après, beaucoup ont proposé leurs services, mais le dispositif peine à se mettre en place. Des articles de Denis peiron de La Croix et de Gilles Daniel de Metronews :

Pourquoi l’école fait-elle si peu appel à sa réserve citoyenne ? s’interroge Denis Peiron : la réserve compte déjà 4500 volontaires. Or à ce jour, les interventions réalisées se comptent « probablement en centaines » à peine, regrette l’entourage de la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem. Explications de Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN, syndicat des personnels de direction.« La création d’une réserve citoyenne était une bonne idée. Un tel dispositif permet de mobiliser des personnes (militants associatifs, journalistes, avocats, chefs d’entreprise, etc.) dotées d’une vraie expérience et désireuses de témoigner, avec une valeur très appréciée des élèves : l’engagement. Les témoignages de ce type peuvent parfois même susciter des vocations. En tout cas, la découverte de nouveaux visages suscite toujours la curiosité chez nos jeunes.
Pour autant, cette réserve se met en place avec lenteur, c’est vrai. Il faut dire que nos personnels sont sollicités de toutes parts, avec des réunions autour de la réforme du collège, de nombreux concours proposés aux élèves, la modification de la procédure d’orientation post-bac, etc.
Mais d’autres raisons entrent aussi en ligne de compte, qui tiennent à la fois aux lourdeurs de l’institution – certaines académies n’avaient pas encore communiqué la liste de leurs réservistes à la rentrée de septembre – et à des réticences d’ordre plus culturel : on ne peut pas dire en même temps qu’enseigner est un métier qui requiert des compétences propres et faire appel à des intervenants extérieurs dès lors que surviennent des situations nouvelles. D’autant plus qu’en l’espèce, la laïcité et, plus largement, les valeurs de la République se trouvent au cœur de nos missions.
La venue de personnes-ressources pourrait accroître les tensions
En fait, dans les établissements déjà très mobilisés autour de ces questions, les personnels ne ressentent pas le besoin de se faire épauler par des intervenants extérieurs. Et dans les établissements où, par exemple, des incidents avaient perturbé la minute de silence à la mémoire des victimes des attentats de Charlie hebdo, certains enseignants craignent sans doute que la venue de personnes-ressources – dont ils ne maîtrisent évidemment pas le discours – puisse accroître les tensions et déboucher sur des situations difficiles qu’eux-mêmes auront à gérer.
En tout état cause, il faut être sûr que les réservistes soient capables de replacer le concept de laïcité dans une perspective historique et qu’ils aient à cœur de repousser ce qui divise et de rappeler ce qui unit : les principes républicains, la tolérance, le respect de l’altérité. »

L’armée de bénévoles est bien là. Mais elle tarde à être mobilisée, confirme Gilles Daniel  : que deviennent les milliers de volontaires – 5.400 selon les chiffres du ministère de l’Education -, ces avocats, journalistes, architectes, retraités et professionnels de tous horizons qui avaient répondu à l’appel « post-Charlie » de Najat Vallaud-Belkacem pour venir aider les enseignants à transmettre les valeurs républicaines à leurs élèves ? Très peu sont finalement réellement intervenus pour parler dans les classes de notions comme la laïcité ou la liberté d’expression, et transmettre leur expérience professionnelle ou associative.
Début décembre, une réunion organisée à la Sorbonne en présence d’une centaine de réservistes et de Najat-Vallaud-Belkacem avait ainsi été mouvementée, beaucoup s’étant plaints de ne jamais avoir été rappelés après été recrutés via le portail dédié mis en place. « Quand va-t-on entrer en action ? Nous avons envie d’agir, d’être utile. Pourquoi est-ce si long ? », avait ainsi notamment tempêté une femme, journaliste à la retraite, selon le compte-rendu qu’en avait alors fait Libération. La rencontre s’était achevée « dans le brouhaha général », ajoutait le quotidien.
« Une idée formidable », mais « c’est lent »…
« C’est vrai que la mise en place est laborieuse », confirme auprès de metronews le coach et formateur de dirigeants Pierre Cohen Tanugi. Lorsqu’il avait entendu parler de la création de la réserve citoyenne, cet ancien patron d’une agence de marketing et de communication s’était « précipité » pour s’inscrire. « C’est une idée formidable qui répondait à un besoin que j’avais ressenti dès les attentats de janvier, explique-t-il. Tout de suite, je m’étais dit qu’il était intolérable de voir des réactions comme celles qui ont été observées à l’époque dans les écoles, du type bras d’honneur et refus de respecter la minute de silence, et qu’il fallait aller parler avec les jeunes pour les ramener aux valeurs de base, aux piliers de la République ».
Mais des mois plus tard, il n’a toujours pas été sollicité, pas plus que les autres « recrutés » parmi ses connaissances. « Je reste déterminé », sourit toutefois Pierre Cohen Tanugi, alors qu’il s’apprête à participer, en fin de journée ce jeudi 7 janvier, à l’assemblée constitutive d’un « collectif de la réserve citoyenne », qui aura pour but de représenter les réservistes, de leur permettre d’échanger entre eux et de constituer un interlocuteur pour l’Éducation Nationale. « C’est lent, mais en même temps je le comprends, conclut-il : il s’agit d’une démarche d’ampleur, dont tout le monde a conscience qu’elle n’est pas l’affaire de deux ou trois ans mais qu’elle se fait dans la durée. »
« Utile sur le long terme »
Au ministère de l’Éducation, on admet que la construction du dispositif, avec la mise en place de « référents » dans chaque académie ou la vérification du profil de chaque candidat, a « évidemment » pris du temps, mais on assure qu’il « monte en puissance ». Ce que nous confirme le « référent » de l’académie d’Amiens, Olivier Lhermitte, qui nous explique recevoir « de plus en plus d’appels de chefs d’établissement » et que, si jusqu’ici un seul de ses 92 réservistes a réalisé une intervention, « plusieurs » sont prévues cette semaine et « une dizaine » à la fin du mois.
« Nous comprenons qu’il y ait des impatiences, mais la réserve citoyenne va être utile sur le long terme », plaide-t-on également rue de Grenelle, où une conseillère de la ministre met en avant le fait que « les réservistes n’interviennent qu’à la demande des enseignants », et que c’est donc auprès de ces derniers qu’il faut davantage communiquer. Ce que Najat Vallaud-Belkacem s’apprête à faire en leur envoyant « dans les heures à venir » un nouveau mail sur le dispositif. Un nouveau site recensant les propositions d’intervention, qui sera directement accessible aux professeurs alors que l’actuel n’est consultable que par les chefs d’établissement et directeurs d’école, doit également prochainement voir le jour.
Reste à convaincre totalement les enseignants. Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris, reste dubitatif. « L’idée n’est pas que des gens inscrits soient déçus, ce n’est pas notre but », explique le responsable syndical en soulignant que « l’école n’est pas fermée » et qu’elle accueille depuis longtemps des intervenants pour témoigner devant les élèves. « Mais sous le coup de l’émotion, le ministère a un peu fait croire aux citoyens qu’ils étaient tous bienvenus dans les écoles pour intervenir, alors qu’il faut savoir de qui nous avons vraiment besoin sur le terrain : toute personne n’est pas intéressante pour venir dans une classe. » Une fois réellement mise en branle, la réserve citoyenne devra encore passer l’épreuve du feu.

Sources : http://www.la-croix.com/Actualite/France/Pourquoi-l-ecole-fait-elle-si-peu-appel-a-sa-reserve-citoyenne-2016-01-07-1401206 ; http://www.metronews.fr/info/un-an-apres-charlie-la-reserve-citoyenne-de-najat-vallaud-belkacem-peine-a-se-mettre-en-marche/mpag!rR0rT3RE0O3oM/

20 établissements musulmans inspectés

20 établissements musulmans inspectés

CRISE  – Le Figaro, Yalibadi – L’Éducation nationale va procéder au contrôle de 20 établissements musulmans hors-contrat, essentiellement des écoles primaires, soupçonnés de favoriser la radicalisation. Conformément au principe de liberté des familles, ces établissements hors contrat français n’ont pas à respecter les programmes scolaires. Un article de Caroline Beyer, du Figaro et des craintes exprimées par Ibrahima Bayo sur le site Yabiladi.com  :

Dans un contexte d’état d’urgence, après les attentats de novembre, et d’entre deux tours des élections régionales, le ministère de l’Éducation lance un contrôle sur une vingtaine d’établissements scolaires hors contrat. Dans le viseur: les établissements musulmans, précise Caroline Beyer :

Soupçonnés de contribuer à la radicalisation ou insuffisamment contrôlés par l’Éducation nationale, les établissements concernés sont surtout des écoles primaires.
Selon l’information donnée ce 11 décembre par RTL et confirmée par la Rue de Grenelle, une vingtaine d’établissements sont concernés, dont huit seront contrôlés ce vendredi même par des inspecteurs de l’Éducation nationale. Sur cette liste figurent des établissements sur lesquels pèsent des soupçons de radicalisation, ainsi que des établissements où les contrôles prévus par la législation n’ont pas eu lieu. Six académies sont particulièrement visées, parmi lesquelles Paris, Marseille et Lyon.
«Les effectifs en inspecteurs sont insuffisants pour assurer un contrôle .»
Paul Devin, secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (FSU)
En France, toutes confessions confondues, quelques 300 établissements gravitent dans la galaxie hors contrat. Comment sont-ils contrôlés ?
«Le hors contrat existe dans une perspective de liberté de choix des familles, rappelle préalablement Paul Devin, secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (FSU). Ces établissements ne sont pas tenus de respecter les programmes scolaires. Les contrôles ne portent que sur ce qui pourrait être contraire à la morale et à la loi, poursuit-il. Les raisons religieuses ne peuvent pas être invoquées en tant que telles. Si l’enseignement incite à la haine, cela suffit pour obtenir une fermeture. Mais dans les faits, les choses sont plus complexes à évaluer.»
Surtout des écoles primaires
Le code de l’éducation indique que l’inspection «ne peut porter sur l’enseignement que pour vérifier s’il n’est pas contraire à la morale, à la Constitution, aux lois…». Pour le reste, elle concerne «la moralité, l’hygiène, la salubrité et l’exécution des obligations imposées à ces établissements».
Les contrôles sont-ils fréquents? La réponse est clairement non. «Les effectifs en inspecteurs sont insuffisants pour assurer un contrôle a priori, explique Paul Devin. Mais lorsqu’il y a un problème, que des famille signalent par exemple des dysfonctionnements, l’administration devient alors très réactive.»
«Il faut respecter les programmes de l’Éducation nationale, mais on peut garder un enseignement de l’éthique musulmane.»
Makhlouf Mamèche, président de la Fédération nationale de l’enseignement musulman
C’est ce qui se passe aujourd’hui pour la vingtaine d’établissements visés. Président de la jeune Fédération nationale de l’enseignement musulman créée en 2014 – elle réunit cinq établissements sous contrat (dont le lycée Averroès à Lille) et 51 hors contrat- Makhlouf Mamèche explique avoir eu, il y a quinze jours, une réunion avec les services de l’éducation nationale pour évoquer le hors contrat musulman et la question de la radicalisation.
«Je ne connais pas tous les établissements hors contrats. Beaucoup se créent – pas moins de 16 cette année – de manière parfois anarchique, il faut le dire», reconnaît-t-il. Makhlouf Mamèche explique que sur cette liste figurent surtout des écoles primaires. «On parle d’école, mais il s’agit souvent de 15-20 élèves. Ce sont des familles qui se mettent d’accord entre elles. Elles ne sont pas satisfaites du programme de l’Éducation nationale. Elles estiment que les valeurs de l’islam ne sont pas respectées», poursuit-il évoquant notamment les questions de sexualité. «Parmi ces écoles, deux ou trois refusent clairement de passer sous contrat, estimant qu’elles perdront en liberté.»
Peut-on parler de radicalisation? «C’est peut-être lié», répond le président de la fédération. «Quoiqu’il en soit, on ne peut pas jouer avec l’avenir des enfants», poursuit-il, évoquant par ailleurs des «locaux limite».
«Excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam»
Directeur adjoint du lycée Averroès et vice-président de l’Union des organisation islamiques de France (UOIF), Makhlouf Mamèche ajoute que les établissements visés ont «tout à gagner à passer sous contrat». Et il tient à les rassurer: «Il faut respecter les programmes de l’Éducation nationale, mais on peut garder un enseignement de la langue arabe, de l’éthique musulmane, et organiser des fêtes religieuses au sein de l’établissement.»
L’objectif de la fédération des établissements musulmane est précisément de répondre à «la puissante aspiration des familles musulmanes à instruire et éduquer leurs enfants dans des établissements mêlant excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam».
Huit établissements veulent passer sous contrat
«Le meilleur moyen de contrôle pour l’état, c’est le passage sous contrat. Je demande donc à l’État d’accélérer le processus de passage sous contrat, comme ça, on n’en parle plus», conclut Makhlouf Mamèche.
Sur les 51 établissements que compte la fédération, huit souhaitent, cette année, passer sous contrat. Parmi eux, le collège Éducation et Savoir à Vitry-sur-Seine qui en fait la demande depuis plusieurs années. «Le dossier est irréprochable sur la pédagogie», explique Makhlouf Mamèche qui décrit des «problème de locaux». Sans compter que le passage sous contrat, dans le cadre duquel l’état prend en charge les salaires des enseignants, implique un investissement financier de la part de l’État.

Un contrôle effectué dans le contexte de l’état d’urgence, note Ibrahima Bayo :
Au total, l’Éducation nationale va procéder au contrôle de 20 établissements musulmans hors-contrat, essentiellement des écoles primaires, soupçonnés de favoriser la radicalisation. Un contrôle qui cache en fait une extension de l’état d’urgence à tout ce qui concerne de près ou de loin à la communauté musulmane de France.
Directeur adjoint du lycée Averroès et vice-président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), Makhlouf Mamèche, juge que le meilleur moyen pour l’Etat de contrôler ces écoles serait d’accélérer leur passage sous contrat. Mais des établissements sont réticents à ce changement estimant qu’ils y perdraient plus de libertés. Pourtant le passage sous contrat peut parfois être bénéfique puisqu’à titre de contribution, l’Etat prend en charge les salaires des enseignants.
Ces contrôles interviennent dans un contexte post-attentats de Paris marqué par l’état d’urgence. Un état d’urgence qui a conduit à des perquisitions parfois violentes qui ont visé des commerces halal ou des mosquées. Occasion de ratisser large contre les libertés des musulmans de France, cet état d’urgence semble maintenant s’élargir d’une certaine manière aux établissements scolaires musulmans (20 écoles musulmanes sur 300 hors-contrat) de surcroît des écoles primaires.

Sources : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/12/11/01016-20151211ARTFIG00172-l-education-nationale-inspecte-une-vingtaine-d-etablissements-musulmans-hors-contrat.php ; http://www.yabiladi.com/articles/details/40909/france-ecoles-musulmanes-hors-contrat.html

Réaffirmer la laïcité dans la fonction publique

Réaffirmer la laïcité dans la fonction publique

CRISE – gouvernement.fr – Réaffirmer la laïcité dans les écoles, la fonction publique et le monde professionnel : une seule attitude est possible : la reprise en main, l’affirmation, l’application, l’explication de ce qu’est la laïcité. Un communiqué du site gouvernement.fr :

9 décembre : la première journée nationale de la laïcité
La République a ainsi fêté le 110e anniversaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Cette loi « a permis à des générations et des générations de Français, au-delà de leurs appartenances et de leurs croyances, de vivre ensemble, une singularité bien française », a rappelé Manuel Valls. « La laïcité est le fondement de la citoyenneté [et] les principes laïques sont là pour protéger cette citoyenneté ». « On est d’abord citoyen français [unis dans un destin commun], avec des confessions religieuses ou non », a de son côté déclaré Stéphane Le Foll.
La laïcité est un principe d’unité et de liberté, de rassemblement dans la différence, elle n’est ni une arme de stigmatisation, ni la négation du fait religieux. Elle est aujourd’hui menacée.
« Depuis 25 ans, la laïcité a été brouillée dans son message », note en effet Manuel Valls. « La laïcité, c’est toutes les religions à leur juste place, à bonne distance de l’État. » Les « mains partisanes de l’extrême droite n’ont qu’un seul but : affaiblir la laïcité pour affaiblir la République » en stigmatisant. Elle « la détourne, l’instrumentalise pour s’attaquer violemment aux musulmans de France, pour exclure, rejeter, semer la haine et la division, en faisant d’eux des Français de second rang ». L’extrême droite est rétrograde et veut « retourner avant 1905, vers ces guerres de religions qui sont autant de cicatrices profondes dans l’histoire de notre Nation. »
Il y a une urgence : renouer avec le sens de la laïcité
« La laïcité, c’est notre socle commun […] ferme, non négociable qui permet d’accueillir toutes les différences, d’apaiser, de rassembler. Les attentats de janvier, et plus encore ceux du 13 novembre, ont montré avec une violence absolue à quel point notre modèle républicain, fondé sur la liberté, l’égalité, la fraternité, et évidemment la laïcité, était précisément ciblé. Plus grave encore, « cet obscurantisme trouve à recruter dans notre jeunesse, parmi ceux qui sont allés à l’école de la République, et qui, malgré cela, ont perdu tout libre arbitre et cèdent aux sirènes du djihadisme, de la radicalisation jusqu’à devenir des terroristes. »
Une seule attitude est possible :
« la reprise en main, l’affirmation, l’application, l’explication de ce qu’est la laïcité »
• D’abord à l’école :
« Depuis cette rentrée, […] c’est tout le dispositif d’enseignement de nos valeurs qui a été refondé : formation des enseignants, enseignement moral et civique, enseignement laïque des faits religieux, mobilisation d’une réserve citoyenne, installation de référents académiques sur la laïcité. Tout ce dispositif a été complété par la prise en compte d’un fléau qui ronge une partie de notre jeunesse : l’adhésion aux thèses complotistes. Face à cela, il faut développer un contre-discours, argumenté, charpenté, qui implique les jeunes eux- mêmes. »
• Dans l’ensemble de la fonction publique :
Dès cette année, des formations aux principes de laïcité et de neutralité, compris comme des éléments essentiels des droits et obligations des fonctionnaires, ont été mises en place. « Le projet de loi relatif à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires consacre ces principes comme des valeurs fondamentales de la fonction publique. »
« Un réseau territorial accompagne les administrations avec la désignation de référents laïcité dans différents services déconcentrés de l’État territorial », et son développement se poursuivra en 2016.
Enfin, dans le cadre de la mise en œuvre des mesures du comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté, le Commissariat général à l’égalité des territoires a élaboré un programme de formation spécifique destiné aux professionnels de l’éducation spécialisée, de l’animation socio-culturelle et plus généralement de l’accompagnement de la jeunesse des quartiers populaires.
• Dans le monde de l’entreprise :
D’ores et déjà « des chartes de la laïcité et de la diversité arrivent dans nos entreprises ».
« Notre défi aujourd’hui est simple ; si tous les républicains réussissent à faire ensemble vivre la laïcité, en étant fidèle à son histoire, c’est-à-dire à son esprit de rassemblement, de protection des libertés fondamentales, alors la République en sortira grandie, plus forte et plus sereine ».

Source : http://www.gouvernement.fr/argumentaire/reaffirmer-la-laicite-dans-les-ecoles-la-fonction-publique-et-le-monde-professionnel-3472

La «réserve citoyenne» se rebiffe

La «réserve citoyenne» se rebiffe

CRISE – Libération – Jeudi 4 décembre, à la Sorbonne, des citoyens bénévoles pour aller dans les écoles parisiennes se désolaient de n’avoir toujours pas été appelés, depuis les attentats de janvier. Un article de Marie Piquemal, de Libération :

Drôle de soirée. Dans un bel amphi de la Sorbonne à Paris, jeudi soir, le recteur de l’académie de Paris, François Weil, avait convié les «réservistes», ces citoyens qui se sont proposés après les attentats de janvier pour intervenir dans les écoles et aider à transmettre les valeurs de la République…
Ils étaient une bonne centaine dans l’amphithéâtre. Au début, sages comme des images. Cette «journée d’accueil» devait se dérouler le 16 novembre dernier, et avait été reportée à cause des attentats. Le recteur s’en est excusé, insistant sur «(s)a profonde gratitude. Aucune bonne volonté n’est de trop, surtout par les temps qui courent…»
A ses côtés, la ministre de l’Education : «Quel plaisir de voir vos visages !» Najat Vallaud-Belkacem raconte une nouvelle fois les milliers de courriers reçus après les attentats de janvier. «A l’époque, les regards s’étaient tournés vers l’école, souvenez-vous». De nombreux citoyens s’étaient alors proposés bénévolement. «Une dynamique spontanée», qu’elle décide d’institutionnaliser en «réserve citoyenne» : un vivier de bénévoles pour parler «engagement, solidarité, laïcité…» Sur le modèle, dit-elle, de ce qui se fait déjà de manière ponctuelle et depuis longtemps dans les cours d’histoire, quand des résistants ou d’anciens déportés viennent livrer leur témoignage.

5 400 citoyens bénévoles
La ministre en profite pour annoncer ses derniers chiffres : 5 400 réservistes sur l’ensemble du territoire, dont 10% dans l’académie de Paris. Avec une grande diversité de profils, se félicite-t-elle : des hommes, des femmes, des chefs d’entreprise, des retraités (de l’Education nationale entre autres), des avocats, des journalistes… Quelques stars, comme Edgar Morin, doyen des réservistes à 94 ans. Présent ce jeudi, il s’épanche sur «l’époque de régression dans laquelle on vit» et l’urgence à «régénérer l’humanisme». L’avocat Serge Klarsfeld tente, lui, une comparaison entre «les Justes» pendant la Seconde Guerre mondiale et les réservistes d’aujourd’hui.
Dans l’amphi, le public ne moufte toujours pas, certains piquant du nez depuis un bout de temps déjà. Vers 19 h 15, une fois la ministre partie, trois membres du rectorat de Paris causent alors «conditions pratiques» : «L’école est un lieu de vie, vous devez absolument respecter le réglement intérieur», «toute intervention devra être préparée en amont», «vous n’interviendrez pas seul mais sous la responsabilité d’un personnel enseignant»… Jusqu’à expliquer à l’auditoire la différence fondamentale entre directeur d’école et chef d’établissement du secondaire.

«Quand va-t-on entrer en action ?»
Une femme, cheveux grisonnants, bondit de sa chaise : «Nous nous sommes inscrits en janvier ou février. On est en décembre… Quand va-t-on entrer en action ? Nous avons envie d’agir, d’être utile. Pourquoi est-ce si long ?» Elle explique être journaliste à la retraite : «Combien de personnes au rectorat sont chargées d’organiser cette réserve ?» Elle n’aura pas de réponse. Les questions fusent, certains hurlant faute de récupérer un micro. Un avocat : «Le corps enseignant est bien sympathique, mais je doute qu’il veuille de nous dans leur classe. Je veux garder espoir mais permettez-moi quelques doutes.»
Une écrivaine, furieuse, embraye : «Vous présentez les choses de façon très institutionnelle, la société a besoin aussi d’un côté non institutionnel, que nous représentons. En nous enfermant dans vos mots, vous créez de la frustration, qui coupe notre enthousiasme. Vous devez nous écouter !» L’un des inspecteurs d’académie tente un «écoutez, il y a un temps pour la justice, un temps médiatique. Et il y a le temps scolaire. Ce qu’on fait là, c’est pour du long terme…» Un jeune homme au premier rang arrive à attraper le micro, et en appelle à la bienveillance. Ça donne : «S’il y a des tensions ce soir, ce n’est pas lié aux attentes, mais au climat après les attentats.» Les rangs se vident dans le brouhaha général. Le recteur et ses acolytes restent bouche bée.

Source : http://www.liberation.fr/france/2015/12/04/education-nationale-la-reserve-citoyenne-se-rebiffe_1418191

857 élèves recensés en voie de radicalisation

857 élèves recensés en voie de radicalisation

CRISE – 20 Minutes – Les équipes éducatives sont plus attentives au faisceau d’indices qui laisse penser qu’un jeune est sous emprise mentale… l’Éducation nationale a recensé 857 cas de suspicion de radicalisation chez des élèves de 27 académies (sur 30) pour l’année scolaire 2014-2015. Une information de Delphine Bancaud, pour 20 Minutes :

Plus question de passer sous silence une vérité qui dérange. Selon nos informations, l’Education nationale a recensé 857 cas de suspicion de radicalisation chez des élèves de 27 académies (sur 30) pour l’année scolaire 2014-2015. Ces cas concernent surtout des collégiens ou des lycéens de grosses académies, comme Créteil, Versailles, Marseille ou Grenoble. Un chiffre qui peut sembler alarmant, mais qui est à relativiser au regard des 5,5 millions de collégiens et de lycéens français.
« Grille de décryptage des comportements inquiétants »
Il reflète surtout la plus grande vigilance de la rue de Grenelle par rapport à ce phénomène. Quelques jours après les attentats de janvier 2015, le ministère a ainsi diffusé un livret intitulé Prévenir la radicalisation des jeunes à l’usage des équipes éducatives. Une sorte de guide pratique leur permettant de repérer les signes d’une radicalisation en cour d’un élève. « On leur demande d’être attentifs à tous les signes d’une rupture brutale et significative chez l’élève, qu’il s’agisse d’une rupture relationnelle ou dans les apprentissages », explique-t-on au ministère.
Et l’outil semble être efficace à en croire Céline Rigaud, chargée de la laïcité au SE-UNSA : « Les équipes disposent désormais d’une grille de décryptage des comportements inquiétants qui, lorsqu’ils se cumulent, peuvent clairement montrer qu’un élève est en train de basculer. Cela permet de distinguer ce qui tient de la provocation, propre à l’âge adolescent et de l’endoctrinement », explique-t-elle.
Des équipes éducatives plus vigilantes
« Nous sommes par exemple, attentifs aux élèves ayant un nouveau comportement alimentaire et vestimentaire combiné par exemple, avec un changement de comportement vis-à-vis des femmes, une contestation systématique de certains enseignements (notamment en histoire, science de la vie et de la terre), des positions doctrinaires qui empêchent toute ouverture d’esprit, des discours de rejet de la société occidentale, un soudain intérêt pour la religion… », énumère Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale).
Les équipes éducatives prêtent aussi davantage l’oreille aux témoignages des camarades qui révèlent un discours de haine d’un élève sur les réseaux sociaux ou le fait qu’il fréquente des sites djihadistes. L’inquiétude des familles qui alertent parfois le chef d’établissement, est aussi mieux prise en compte depuis un an. Et si certains enseignants se montraient au départ réfractaires à l’idée de signaler des attitudes inquiétantes, le pas semble désormais être franchi : « ils ont compris qu’il ne s’agissait pas de délation, mais de prévention et de protection des mineurs », affirme Michel Richard.
La réinsertion au bout du chemin
Chaque académie dispose aussi désormais d’un référent « radicalisation », à qui les chefs d’établissement font remonter les informations. Lorsque les signaux inquiétants concernant un jeune se confirment, ce dernier prévient une cellule préfectorale de suivi pour la prévention de la radicalisation et l’accompagnement des familles, mise en place depuis près d’un an.
« Ces structures travaillent sur les solutions pour amener ces jeunes à sortir de l’embrigadement, en mettant en place un accompagnement personnalisé », précise le ministère. Pas question d’exclure les élèves en voie de radicalisation de leur établissement. La démarche est au contraire de les réinsérer, en faisant intervenir à la fois le chef d’établissement, une assistante sociale, un éducateur, une association d’aide à la parentalité… Une prise en charge globale qui fonctionne, car la plupart des élèves prêts à déraper, retrouvent finalement la voie de la raison.

Source : http://www.20minutes.fr/societe/1743399-20151203-education-nationale-recense-857-eleves-voie-radicalisation-annee-2014-2015