Forces de sécurité : « On est crevés, mais on continue »

Forces de sécurité : « On est crevés, mais on continue »

CRISE  – Le Dauphiné Libéré –  En première ligne face à la menace terroriste, les forces de sécurité intérieure sont aujourd’hui mobilisées au maximum de leurs possibilités. Outre les services de renseignement, la police judiciaire et l’anti-terrorisme, les services de sécurité mobile comme les CRS figurent parmi les unités les plus sollicitées. Un article d’ Éric Pyko, dans le Dauphiné Libéré:

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve égrène les chiffres : 2235 perquisitions, 165 découvertes de stupéfiants, 334 armes de guerre saisies, 263 interpellations qui ont conduit à 232 gardes à vue et 346 procédures judiciaires… « En 15 jours nous avons donc saisi un tiers du volume des armes de guerre habituellement récupéré en une année », se réjouit le ministre, qui salue le travail des forces de l’ordre. Derrière ces chiffres, beaucoup de monde, beaucoup de travail. Mais aussi de fatigue physique, de stress, de risques psycho-sociaux… Depuis les attentats de janvier, les attaques du 13-Novembre et la tenue de la Cop21, les conséquences de la suractivité demandée aux forces de l’ordre posent question.

Policiers sous pression
Policiers, gendarmes, militaires… Pour Stanislas Gaudon, du syndicat policier Alliance, le constat s’avère identique dans tous les cas : « Les forces de sécurité intérieure sont fatiguées. On accuse le coup mais on continue, car on sait l’engament important. » Avec la Cop21, « certains services organisent des journées de travail de 12 heures, qui peuvent aller jusqu’à 24 heures pour les services de renseignement », note à ce titre Michel-Antoine Thiers, délégué du Syndicat national des officiers de police. « Certains collègues ont travaillé 10, 11 jours d’affilée sans avoir de jour de repos », renchérit Stanislas Gaudon, qui ajoute : « le tout s’est rajouté à l’activité normale » (circulation, sécurité, enquêtes…).
Stress, burn-out, dépression guettent les unités. La semaine suivant les attentats du 13-Novembre, le service de soutien psychologique de la Police nationale a ainsi accueilli plus de 650 personnes à Paris, majoritairement en débriefing collectif. Un chiffre à comparer avec les deux ou trois visites hebdomadaires en temps « normal ». La police calaisienne, particulièrement impactée par la gestion des flux migratoires, illustre au quotidien ces difficultés. « Sur le terrain, le taux d’absentéisme augmente. Il y a des collègues en difficulté. On commence à voir des arrêts médicaux de travail. Les causes sont multiples mais oui, des dépressions, il y en a… », relate Stanislas Gaudon.

Les fêtes, une soupape ?
À court terme, un assouplissement du dispositif en vigueur, avec la possibilité de prendre des jours de repos après la COP21 jusqu’à la veille du jour de l’An, fait partie des mesures attendues dans les différents services. « Le risque psychosocial viendra si on ne les laisse pas se reposer en fin d’année. Les policiers souffrent et les familles aussi. Elles ne les voient plus et elles s’inquiètent », souligne Céline Berthon, secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale. Et ce, d’autant plus que le ministère de l’Intérieur a suspendu toute prise de congés ou de repos hebdomadaires en raison du contexte de tension.

Des renforts salués mais…
Annoncée par le président de la République François Hollande devant le Congrès, le 16 novembre, « la création de 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes » est globalement saluée par les syndicats. À la nuance près que les effets ne seront pas visibles avant 2 ou 3 ans pour une simple raison selon Michel-Antoine Thiers : « Il faut organiser les concours, recruter, former, etc. Même intégrées, les unités ne sont pas immédiatement opérationnelles. » En somme, pas de quoi soulager les effectifs, qui anticipent déjà une probable prolongation de l’état d’urgence en 2016 avec la tenue du championnat d’Europe de football cet été.

Source : http://www.ledauphine.com/defense/2015/12/02/on-est-creves-mais-on-continue

Loiret : l’EN rêve d’un fichage des parents ?

Loiret : l’EN rêve d’un fichage des parents ?

PARENTS  – Libération – La direction des services départementaux de l’Éducation nationale demande aux responsables d’établissement de signaler les tenues vestimentaires de parents «ostensiblement religieuses». Un article de Mourad Guichard, de Libération :

Dans une note datée du 18 novembre 2015 «relative au signalement des faits de violence et événements graves en milieu scolaire», la direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) du Loiret exige des directeurs d’école et chefs d’établissement qu’ils fassent remonter un certain nombre de faits «pouvant porter atteinte aux valeurs de la République».
Parmi ceux-ci, sur le document qu’a pu se procurer Libération, figure «l’atteinte au principe de laïcité». Dans cette sous-section, il est explicitement demandé de dénoncer tout «parent portant atteinte» à ce principe au travers, notamment, de «tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse». Un raccourci que refuse d’entendre le syndicat Sud Éducation Loiret. «Des collègues ont été choqués par le lien qui peut être fait entre ce questionnaire et le climat général de frénésie et d’amalgames autour d’une population prétendument à risques», dénonce le cadre syndical Théo Roumier. «On ne voit pas très bien pourquoi et comment une pratique religieuse, comme le fait de porter un foulard, pourrait être considérée comme un phénomène de radicalisation en en quoi cela contrevient à la loi. Nous refusons de stigmatiser des personnes en raison de leur pratique religieuse, nous refusons de véhiculer ces amalgames et d’entrer dans une démarche de délation généralisée !»

Religion, Mouvements sociaux…
Loin de s’arrêter aux seuls élèves et à leurs parents, le formulaire invite instamment les chefs d’établissement à signaler le comportement douteux d’enseignants et de personnels placés sous leur autorité. Dans la rubrique «atteinte à la sécurité/au climat de l’établissement», il est stipulé que tout acte, tels les «grèves, blocages, manifestations, rassemblements, perturbations» en lien ou non avec «une revendication nationale» et porteur «d’un impact médiatique ou d’une forte connotation politique» doit être signalé.
«Un palier est franchi en appelant ainsi des personnels à surveiller d’autres personnels de l’Éducation nationale, s’étrangle Théo Roumier. Là encore, l’amalgame est lourd de sens assimilant le mouvement social et la défense des droits à des violences et événements graves.»
Contacté par Libération, Denis Toupry, le directeur de la DSDEN du Loiret, garantit qu’il y a eu méprise. «Des items sont, certes, ambigus et ont pu prêter à interprétation, mais en aucun cas les données ainsi récoltées ne sont nominatives, assure-t-il. Il s’agit simplement de collecter des données statistiques afin de mesurer l’évolution de certains phénomènes dans le temps.» Concernant la section litigieuse relative aux tenues vestimentaires des parents, le directeur affirme qu’elle sera corrigée : «Les tenues concernent naturellement les élèves et non les parents. C’est une erreur que nous allons rectifier.» Idem pour le passage visant les personnels grévistes. «Pas question de dénoncer des grévistes, mais juste une question d’organisation interne et de prise en charge des élèves.»
Le syndicat Sud Éducation demande au rectorat d’Orléans-Tours la suspension immédiate de cette fiche de signalement.

Source : http://www.liberation.fr/france/2015/12/01/dans-le-loiret-l-education-nationale-reve-d-un-fichage-policier_1417561

Crise : l’engagement des jeunes dans la fonction publique

Crise : l’engagement des jeunes dans la fonction publique

CRISE – Newspress – Une dizaine de jours après les tragiques événements qui ont frappé le pays, Marylise Lebranchu et Najat Vallaud Belkacem, ont participé le 26 à un colloque dédié à l’engagement pour la défense des valeurs de la République dans la fonction publique et à l’ouverture sociale de la fonction publique, en direction de tous les jeunes. Le communiqué du Ministère de la Fonction publique :

Ce colloque, organisé à l’initiative du ministère chargé de la fonction publique à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, a réuni pour la première fois les directeurs des 75 écoles de service public.
Les étudiants présents, dont beaucoup étaient en formation au sein d’IPAG (Institut de Préparation à l’Administration Générale, qui fêtent leur 30 ans d’existence cette année), ont pu écouter les témoignages de ces directeurs venus présenter leurs écoles. Au cours de deux tables rondes et de séquences de questions-réponses, ils ont pu échanger avec les participants et s’informer sur les différentes voies d’accès qu’offre la fonction publique pour s’engager au service de la République et des Français.
Marylise Lebranchu, qui ouvrait ce colloque, a insisté à ce titre sur les décisions prises par le Gouvernement pour favoriser la diversité des recrutements dans la fonction publique : doublement des classes préparatoires intégrées (CPI) pour atteindre 1000 élèves à la rentrée 2016 et forte impulsion donnée à l’apprentissage avec un objectif de 10 000 apprentis dans la fonction publique d’Etat à la rentrée 2016. Pour la ministre, « ces efforts sont primordiaux pour que notre fonction publique soit vraiment à l’image de notre pays et de notre République, qu’elle contribue à construire au quotidien. ». Marylise Lebranchu, a par ailleurs annoncé que cette rencontre entre les directeurs des écoles de service public se tiendrait désormais tous les ans.
Najat Vallaud-Belkacem, qui a conclu le colloque, a tenu pour sa part à souligner la mobilisation de l’Ecole et des fonctionnaires de l’éducation nationale pour promouvoir et faire vivre concrètement au quotidien les valeurs de la République. Elle a rappelé son engagement pour développer l’apprentissage dans les services et établissements du ministère mais aussi pour démocratiser davantage l’accès à l’enseignement supérieur pour élargir le vivier des jeunes pouvant intégrer la fonction publique. Pour la ministre, « Il ne suffit pas de revendiquer la liberté, l’égalité et la fraternité. Nous devons aussi nous montrer à la hauteur de ce que cela implique concrètement, au quotidien, que ce soit dans le recrutement de la fonction publique, ou dans le fonctionnement de l’Ecole ».
Les deux ministres ont signé une convention cadre pour poser les bases d’un partenariat renforcé entre leurs deux ministères, et plus particulièrement entre les établissements scolaires et d’enseignement supérieur et les écoles de service public. Cette coopération aura un double objectif : permettre la parfaite information des élèves et étudiants sur les métiers de la fonction publique et mobiliser les élèves fonctionnaires pour qu’ils s’engagent à promouvoir les valeurs républicaines auprès des élèves, notamment dans le cadre de la Réserve citoyenne de l’éducation nationale. Celle-ci sera par ailleurs déclinée dès demain, par la signature d’une convention entre le Réseau des écoles de service public et la conférence nationale des directeurs d’IPAG/CPAG.

Source : http://www.newspress.fr/Communique_FR_293002_2926.aspx

Attentats : faut-il réinvestir dans l’éducation ?

Attentats : faut-il réinvestir dans l’éducation ?

BUDGET  – La Tribune – L’école manque-t-elle de ressources pour assurer sa mission d’éducation citoyenne? Pour réduire le risque terroriste, faut-il passer outre les exigences budgétaires de Bruxelles et relancer les dépenses en matière d’éducation ? Quelques réponses de Mathias Thépot, dans La Tribune :

Le choc suscité par les attentats du vendredi 13 novembre a poussé le gouvernement à prendre des mesures sécuritaires de premier ordre pour rassurer la population et limiter les risques de futurs attentats. L’exécutif assume même qu’il outrepassera, pour ce faire, ses engagements budgétaires pris dans la pacte de stabilité européen. Dont acte. Mais l’urgence ne saurait se concentrer uniquement sur la sécurité. Le combat doit se mener sur d’autres terrains, et notamment celui de l’éducation des populations, dont le retour sur investissement est, certes, invisible à court terme.
Autrement dit, il est urgent de penser à long terme. Et le fait que certains des terroristes du 13 novembre aient grandi en France, conjugué à la capacité de l’Etat islamique à recruter des jeunes sur le territoire français, nous rappelle que l’école éprouve parfois les pires difficultés à inculquer un cadre citoyen aux jeunes.
Apprentissage de la citoyenneté
Certes, l’école ne peut pas être désignée comme responsable de tout, et surtout pas des pires atrocités, mais sa capacité à remplir sa mission fondamentale peut-être questionnée. « L’apprentissage de la citoyenneté à l’école, capable de dresser un rempart contre les barbaries doit tout d’abord être ausculté », jugeait déjà après les attentats de janvier Nathalie Mons, la présidente du conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco).
Et il apparaît que cet apprentissage de la citoyenneté a été mis à rude épreuve. Au fil des dernières décennies, la mission éducative de l’école s’est en effet progressivement effacée au profit de sa mission de formation, du fait de « la montée en puissance du rôle économique de l’école : aujourd’hui on enseigne avant tout pour que les élèves trouvent un emploi plus tard », explique Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d’éducation. Avec la montée du chômage à partir de la fin des années 70, « priorité a été donnée à la formation dans le secondaire », ajoute-t-elle. Le rôle fondamental de l’éducation qui consiste, comme l’expliquait l’un des fondateurs de la sociologie moderne Emile Durkheim, « en une socialisation méthodique de la jeune génération » s’en est trouvé durement affecté.
Former les enseignants à la pédagogie
En conséquence, les enseignants sont désormais formés à enseigner des disciplines restreintes afin de « valoriser le savoir des élèves, avec en ligne de mire l’emploi », insiste Marie Duru-Bellat. L’interdisciplinarité et le vivre ensemble sont sortis des compétences des enseignants. Pour preuve, « on a créé en parallèle des métiers de conseillers d’éducation, afin de décharger les professeurs de cette mission éducative », note Marie Duru-Bellat. C’est donc l’éducation nationale dans son ensemble qui a opéré sa mue vers l’accès à l’emploi des jeunes – une attention louable – mais qui a délaissée l’éducation citoyenne.
Ainsi, beaucoup de spécialistes estiment que les enseignants doivent aujourd’hui se réapproprier leur mission pédagogique car ils sont les premiers interlocuteurs des élèves. « La priorité doit être donnée à la formation des enseignants et au volet pédagogique de leur métier » confirme Éric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE. Ainsi, les enseignants pourront mieux percevoir les besoins spécifiques des élèves. Une nécessité, car la mise en place d’une politique de « mixité sociale et scolaire demeure de façade si les enseignants ne sont pas, par exemple, formés à gérer dans leur classe l’hétérogénéité scolaire de leurs élèves », explique les auteurs d’une note pour le Cnesco intitulée Ecole, immigration et mixités sociale et ethnique.
Mieux payer les enseignants dans les quartiers sensibles
Eric Charbonnier milite notamment pour « développer la formation continue des enseignants en exercice ». Récemment, plusieurs réformes ont été prises en ce sens, notamment grâce à la création à la rentrée 2013 des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), ainsi qu’avec la récente réforme des collèges. De quoi remédier à l’affaiblissement des cursus de formation des enseignants sous la mandature Sarkozy, qui avait notamment supprimé l’Institut universitaire de la formation des maîtres (IUFM) en 2010.
Mais au-delà de la formation, un des sujets les plus épineux concerne la rémunération des professeurs dans les quartiers les plus sensibles. Dans le système actuel, beaucoup de jeunes enseignants à bas salaires sont affectés dans ces zones. Par manque d’expérience, certains sont peu rodés à la composante pédagogique de leur métier, pourtant fondamentale dans les quartiers les plus difficiles.
Pour inverser la tendance, il semble indispensable d’attirer des professeurs qui ont plus d’expérience par une hausse des rémunérations. « Il faut susciter des vocations pour que les enseignants viennent dans les quartiers populaires. Et pour cela, il faut notamment les payer davantage », estime Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes, dans l’Essonne, où l’un des kamikazes français du Bataclan a grandi. « On ne manque pas d’enseignants en France. En revanche, il faut débloquer des moyens supplémentaires pour ceux qui exercent », ajoute-t-il.
Une question de moyens ?
«On a échoué tous ensemble », regrette aussi Stéphane Beaudet, qui milite pour le retour de l’instruction civique dans les écoles. « Il y a désormais un travail d’acculturation à mener sur la jeunesse ». Et cela « il faut que le gouvernement l’affirme, y compris en matière de financements », ajoute-t-il. On ne saurait donc occulter la question des moyens financiers alloués à l’éducation : en 2014, la dépense intérieure d’éducation représentait 6,8 % du PIB français (comme en 2013), soit 146 milliards d’euros, dont près de 100 milliards dédiés à l’enseignement scolaire. Cette part a baissé depuis 15 ans puisqu’elle était de 7,3 % en 2000 et de 7 % en 2010.
Mais malgré les problématiques liées à la rémunération des enseignants, des spécialistes, tels Marie Duru-Bellat et Eric Charbonnier, affirment que les maux de l’école citoyenne ne proviennent pas d’un manque de moyens, mais bien d’une utilisation inadéquate des ressources. « Les ressources et les initiatives ne manquent pas sur le terrain, mais sont souvent affaiblies par de faibles coordinations entre le ministère de l’Éducation nationale et ses nombreux partenaires », confirment d’ailleurs les auteurs de la note du Cnesco.
Peut-être faudrait-il en fait avoir une vision plus élargie que celle, restreinte, des seules dépenses d’éducation. Car l’école n’est pas le seul intervenant dans le parcours éducatif des plus jeunes. Les collectivités locales ont aujourd’hui un rôle de premier plan pour faire le lien avec les parents et soutenir le tissu associatif.
Peut-on imposer des restrictions budgétaires en temps de guerre?
Sur ce point en revanche, il y a beaucoup à redire. L’Etat impose une cure d’austérité aux collectivités locales avec la baisse de ces dotations de 12,5 milliards d’euros entre 2014 et 2017. Sans oublier l’assèchement des financements directs aux associations, qui pour beaucoup contribuent à la pérennité du tissu social en France.
Faut-il alors dépenser aveuglement ? Certes non. Mais comme l’a dit François Hollande, la France est en guerre, et si elle veut assumer ce statut, elle ne fera pas l’économie d’une politique de dépenses publiques non contraintes. Et ce dans tous les secteurs publics, éducation et collectivités locales compris. Car comment assurer qu’une minorité de la jeunesse marginalisée ne sombrera pas dans la haine si les secteurs éducatifs sont désinvestis ?
http://www.latribune.fr/economie/france/attentats-faut-il-reinvestir-dans-l-education-525045.html

Attentat : l’affront de la prime au personnel de l’AP-HP

Attentat : l’affront de la prime au personnel de l’AP-HP

CRISE – Infirmiers.com, Miroir social – Le 19 novembre dernier, Marisol Touraine a annoncé l’attribution de trois millions d’euros à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Une somme destinée à gratifier les personnels qui ont participé à la prise en charge des victimes des attentats de Paris. Toutefois, si l’intention de la ministre lui a semblé louable, ce n’est pas de cette manière que son geste est accueilli par les infirmiers et aides-soignants. Les réactions d’une journaliste, Gwen Hight et d’un syndicaliste Thierry Amouroux (CFE-CGC) :

A l’annonce de la mobilisation de 3M€ pour gratifier les personnels de l’AP-HP, infirmiers et aides-soignants s’insurgent ! écrit Gwen Hight : au vu des événements tragiques qui sont survenus à Paris le 13 novembre 2015, le plan blanc a été déclenché afin de mettre en œuvre toutes les moyens nécessaires à la prise en charge des victimes. Toutefois, les professionnels n’avaient nullement attendu cette mesure pour faire preuve de réactivité. Dans un élan de solidarité, tous se sont mobilisés immédiatement pour soigner, secourir ou aider comme ils pouvaient. Très largement salué par les politiques, le « professionnalisme extraordinaire » des soignants sera gratifié, a annoncé Marisol Touraine la semaine dernière. En effet, une enveloppe de trois millions d’euros a été accordée à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) afin de primer « les personnels ayant participé à la prise en charge des victimes ». La mobilisation des médecins, personnels soignants et administratifs, a été exceptionnelle. La prise en charge des victimes a été parfaite. Tous les personnels de santé peuvent être fiers d’eux et font la fierté de la France, a-t-elle déclaré. Pourtant, ces derniers, offensés par le geste, considèrent avoir fait tout simplement leur travail… leur devoir.
On trime pour un salaire de misère afin de prendre soin de nos patients et il faut qu’il y ait un carnage pour que notre métier soit reconnu… C’est petit Madame !

« Il aura fallu des attentats pour être un peu plus considérés… »
Sur les réseaux sociaux, les réactions à cette annonce ont été immédiates et unanimes. Tous considèrent en effet la mesure de Marisol Touraine comme un geste déplacé, hypocrite et insultant. Elle va donner une prime de dix balles ? À vomir ! Dans notre métier, c’est tous les jours que l’on donne de nous, que l’on ravale nos affects, que personne ne s’occupe de nos traumatismes lorsque nos patients décèdent, s’insurge une infirmière. Car en effet, ce que les soignants ont fait la nuit du 13 novembre, ils le font tous les jours. De fait, ils se désolent qu’il ait fallu des attentats meurtriers pour que leur métier soit regardé d’un nouvel œil et valorisé. Il faut un drame, des morts pour avoir une prime ben merde alors ! Mais où on va là ? Le reste de l’année, c’est aucune reconnaissance. Ne l’oublions pas ! C’ est [presqu’une insulte] envers tous les soignants cette fausse reconnaissance, je crois qu’il n’y a pas pire comme foutage de gueule !
Si vous en avez les moyens, augmentez le nombre de postes de soignants Madame la Ministre. On ne choisit pas ce métier pour une reconnaissance, mais tout simplement parce qu’on aime son prochain !!!

Quid de votre loi de santé Madame Touraine ?
Au-delà de ce qu’inspirent ces trois millions d’euros de prime, infirmiers et aides-soignants déplorent une réponse inadaptée d’une ministre qui, depuis toujours, ignore les requêtes et revendications de l’ensemble de la communauté soignante. Lamentable… On ne demande pas l’aumône. Juste une reconnaissance de notre diplôme, une augmentation de personnel afin de mener à bien nos missions auprès du service public dans de bonnes conditions… Et pourquoi pas une réévaluation de notre salaire…!!!! Améliorer nos conditions de travail serait plus gratifiant qu’une piécette pour nous remercier de sauver des vies, le truc qu’on fait tous les jours … parce que c’est notre métier…. Outre cette gratification, les professionnels de santé attendent donc beaucoup plus de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Un ou deux collègue(s) IDE et/ou AS en plus dans chaque service en France, ça serait pas du luxe au lieu d’une prime à la c.. Cela peut nous permettre de ralentir le vieillissement prématuré du personnel soignant dû à un manque de main d’œuvre… Par ailleurs, pour une aide-soignante, cette prime n’est ni plus ni moins qu’une petite carotte destinée à [les gruger] avant le vote de la loi santé prévu dans les prochains jours. Un point de vue pouvant être considéré plus que pertinent…
[Notre ministre] trouve de l’argent pour [récompenser] un travail qu’on fait avec honneur. Mais le reste de l’année cela ne la dérange pas de supprimer des postes, au détriment des patients, [alors que nous souffrons] à la limite du burn-out.

Et la réforme de Martin Hirsch dans tout ça ?
L’indignation générale des soignants s’exprime bien au-delà puisque la réforme sur le temps de travail est elle aussi pointée du doigt. Les infirmiers auraient préféré davantage d’écoute à ce sujet aux trois millions d’euros jugés dérisoires. Quelle démagogie, alors que les postes ne sont pas remplacés, que les RTT sont sur la sellette, que l’augmentation des salaires est bloquée (depuis quand déjà ?) et qu’au bout du compte les patients finiront par trinquer avec une médecine à deux vitesses déjà en place. Elle est à vomir cette enveloppe ! Comme quoi, il y a de l’argent ! Dégoûtée !. Une consternation partagée par le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) qui considère que Marisol Touraine fait l’aumône [aux personnels de l’AP-HP] pendant que [Martin] Hirsch [leur] fait les poches. Et d’ajouter : Les 3 millions aux soignants de Marisol Touraine, une insulte à l’intelligence, alors que le projet Hirsch sur l’organisation du travail c’est 30 millions d’économies sur le dos du personnel en 2016 (…). Sans parler du plan d’économies de 143 millions à l’AP-HP imposé par le ministère !
Enfin, une autre question se pose : celle de la reconnaissance des autres professionnels hors AP-HP, des policiers, pompiers et militaires présents cette nuit là et qui, sans nul doute, ont été autant touchés par ces événements tragiques. Pensez à leur envoyer des chocolats pour Noël Madame la Ministre, suggère une infirmière. Et là encore, rien n’est moins sûr…
Vulgarité ! Sortez de votre bureau et mettez une blouse Madame Touraine !

Même tonalité sous la plume de Thierry Amourous du SNPI CFE-CGC : rejet des soignants !
Les 3 millions accordés aux soignants par Marisol Touraine pour leur investissement dans l’accueil des victimes des attentats n’est qu’un « coup de pub » qui passe mal dans nos établissements, tel un geste déplacé, hypocrite et insultant.
Personne n’a demandé à être gratifié pour avoir accompli son devoir d’humanité. Ces bureaucrates salissent tout, même le don de soi dans un tel moment de solidarité.
C’est aussi une insulte à l’intelligence, alors que le projet Hirsch sur l’organisation du travail représente 30 millions d’économies sur le dos du personnel en 2016. Bref, Marisol Touraine nous fait l’aumône tandis que Martin Hirsch nous fait les poches !
De plus, lors de la CME du 10 novembre, l’AP-HP a annoncé un excédent de 40 millions en 2015 sur le budget global de l’AP-HP. Telles les entreprises privées qui licencient alors qu’elles font des bénéfices, le gestionnaire Martin Hirsch campe sur ses positions.
Pire, en 2016, l’AP-HP va devoir faire 142 millions d’économies, donc réduire d’autant l’offre de soins ou le nombre d’employés pour faire face aux besoins.

Sources : http://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/infirmiere-dans-la-fonction-publique/prime-personnels-ap-hp-affront-pour-soignants.html ; http://www.miroirsocial.com/actualite/12626/prime-plan-blanc-de-l-ap-hp-rejet-des-soignants