Les nouveaux crédos du management public

Les nouveaux crédos du management public

MANAGEMENT – La Gazette des Communes – « La Gazette » a sondé pour la Casden des encadrants de la fonction publique sur leurs motivations, leurs pratiques professionnelles et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Cette enquête exclusive montre le visage d’un management en pleine mutation, à l’image de la société. Une synthèse de Maud Parnaudeau :

Ça bouge dans le management public. Interrogés par « La Gazette » pour la banque Casden , les managers territoriaux, hospitaliers et de l’Etat dressent le portrait d’une fonction en pleine évolution. Une évolution que l’on devine à marche plus ou moins forcée sous le poids des contraintes budgétaires. Les économies sont d’ailleurs l’enjeu n° 1 auquel ils pensent être confrontés dans les années à venir (plus de 200 citations), très loin devant la motivation (84 citations) et la qualité de service (83 citations). « Il y a une vraie prise de conscience du contexte financier. On réfléchit désormais en termes d’efficience et de résultat », constate Jean-François Lemmet, consultant et ancien directeur général adjoint « ressources humaines » au conseil départemental des Hauts-de-Seine.
La passion ne suffit plus
Les managers sont 64 % à considérer que les restrictions budgétaires ont déjà influencé leurs pratiques. « On doit davantage gérer le changement, la contrainte et, au final, la souffrance au travail », témoigne Pierre-Henri Thomazo, directeur des ressources humaines du Centre Pompidou (1 000 agents, Paris) et ancien DRH de collectivité. « Nous sommes dans un pilotage adéquation missions-moyens, avec la nécessité désormais de définir des priorités », complète Gaëlle Jaspard, DRH du conseil départemental de la Loire-Atlantique (4 500 agents).
Dans la fonction publique hospitalière, où les managers ont dû digérer la mise en place de la tarification à l’activité, l’impact budgétaire est ressenti par 82 % des cadres interrogés. L’hôpital où l’on compte également le plus de managers favorables à l’attribution de primes à la performance (59 %, contre 44 % toutes fonctions publiques confondues). « Les agents hospitaliers font un métier de passion. Mais la passion ne suffit plus face à un investissement personnel toujours plus important. Ils veulent un retour. Ils sont aussi sûrement en recherche d’équité à l’heure où la ressource financière est rare », avance Jean-François Lemmet.
« Les primes à la performance, pourquoi pas. Mais n’est-ce pas une cuillère pour enfoncer un clou ? interroge de son côté Pierre-Henri Thomazo. L’intéressement ne sera jamais assez significatif dans le public pour avoir un impact sur la motivation. Et trop de managers ne savent pas s’en servir. » « Individualiser les rémunérations va à l’encontre de la dynamique collective », renchérit Gaëlle Jaspard. Qu’ils y soient favorables ou non, le complément indemnitaire annuel – facultatif – du RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel) viendra d’ici à la fin 2016 légitimer ce type de dispositif.
Générations X et Y
Interrogés plus largement sur les méthodes de management à l’œuvre dans le secteur privé, 78 % des encadrants publics estiment qu’elles peuvent « totalement » s’appliquer au secteur public, 8 % étant contre. Lesquelles de ces méthodes souhaiteraient-ils voir se développer dans leur administration ? En priorité la nouvelle gestion de la qualité de vie au travail (47 %), le management décloisonné (44 %) et les primes à la performance (44 %). 71 % considèrent en outre que le management transversal est approprié au secteur public. « S’il est souhaitable dans certains services, ce ne peut être un mouvement de fond, tempère Pierre-Henri Thomazo. Les collectivités sont trop protéiformes pour des modèles de management uniques. »
La tendance est pourtant là, poussée par les jeunes au contact desquels les pratiques se façonnent. 64 % des managers publics interrogés estiment que les générations X et Y ont transformé leurs manières de faire. Elles les obligent à partager davantage les informations (68 %) et à accorder plus de temps aux échanges (63 %). Même si, selon Gaëlle Jaspard, « ce n’est pas tant une question de génération que d’évolution de la société, des demandes des usagers, des nouveaux outils, des contraintes budgétaires qui obligent à trouver d’autres manières de faire ».
Management des générations Y et Z
Une certaine abnégation
Et eux, qu’attendent-ils ? Qu’est-ce qui fait courir les managers publics ? D’abord l’évolution de leurs collaborateurs (69 %) et les nouveaux challenges (60 %), loin devant la reconnaissance de leurs efforts (39 %) et les responsabilités (20 %). Des managers qui apparaissent donc globalement plus investis auprès de leurs équipes que préoccupés par leur propre sort. Même si l’on note une demande de reconnaissance plus importante que la moyenne parmi les managers hospitaliers (47 %).
« Ils ont compris que faire évoluer les agents est un levier de motivation et d’adaptation », estime Gaëlle Jaspard. Sont-ils pour autant de bons managers ? « On est encore assez loin du compte dans le public, même si l’on s’y emploie ! Et ce ne sont pas quelques heures de formation qui changeront la donne. Il faudrait tester les capacités managériales lors du concours, ou alors faire un cadre de techniciens et un autre de managers », préconise Pierre-Henri Thomazo.

Focus : « Un modèle renouvelé qui vient réinterroger la place de chacun »
Jérôme Grolleau, sociologue et consultant, auteur de « La reconnaissance non monétaire au travail. Un nouveau territoire managérial », mars 2014 : « L’enquête manifeste les signes d’une dynamique culturelle chez les managers publics. Celle-ci n’est pas récente mais le processus semble s’accélérer. L’idée d’emprunt de techniques au privé est intéressante. Au nom des valeurs du service public, elle faisait l’objet non pas d’un interdit, mais d’une forte réticence. Elle marque donc une attitude d’ouverture : voyons ce qui se passe ailleurs, ne restons pas dans notre univers de référence. Emprunter, ce n’est pas prendre le modèle dans sa globalité, mais adapter certaines pratiques à son univers. Ainsi, on devient créatif. Ce n’est pas perdre son identité, mais la mettre en mouvement.
On voit aussi que la prise d’initiative des agents, le décloisonnement, l’horizontalité, le partage d’informations sont fortement investis. Ils constituent les linéaments d’un modèle managérial renouvelé qui vient réinterroger la place de chacun et les pouvoirs respectifs. L’agent ne peut plus être considéré comme un exécutant mais comme le producteur de son activité. Il faut redonner pour cela une place stratégique au terrain.

Source : http://www.lagazettedescommunes.com/423364/enquete-la-gazette-casden-les-nouveaux-credos-du-management-public/

Plan numérique pour l’éducation et entreprises privées

Plan numérique pour l’éducation et entreprises privées

NOUVELLES TECHNOLOGIES  – educ.gouv.fr, Médiapart, ZD NET  Annoncé en mai dernier, le plan numérique pour l’éducation qui vise à préparer l’école et la jeunesse aux enjeux d’un monde en transformation, s’inscrit dans le cadre de la stratégie globale mise en place par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Après le communiqué du ministère du 24 novembre, « Val3ntin4 » conteste vivement dans ce cadre l’accord signé entre l’Éducation national et Microsoft, sur Médiapart, et un article sur Google sur ZDNet :

Depuis la rentrée 2015, environ 600 collèges et écoles pilotes de ce plan expérimentent progressivement de nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage grâce au numérique.
Dans ce contexte d’engouement des établissements scolaires et des familles pour le numérique éducatif, Najat Vallaud-Belkacem et Louis Schweitzer, Commissaire général à l’investissement, ont lancé, ce mardi 24 novembre, l’appel à projets « collèges numériques et innovation pédagogique », qui concrétise davantage le déploiement du plan numérique pour l’éducation.
Doté d’un budget de 99 millions d’euros, cet appel à projets, porté par les collectivités territoriales et les rectorats, vise à faire entrer 40% des classes de 5e dans un dispositif d’équipement individuel mobile.
Les projets, sont, dans un premier temps définis dans les collèges par les équipes qui définissent leurs besoins. Ensuite, les conseils départementaux, en lien avec les rectorats, retiennent et choisissent leurs collèges.
Les dossiers de candidature, pour chaque collège, doivent être déposés avant le 30 janvier 2016.
En outre, une banque de ressources numériques, complémentaire des manuels scolaires, est mise à disposition des enseignants pour 3 ans, pour les élèves du CM1 jusqu’à la 3e, en lien avec la mise en œuvre de la réforme du collège et des nouveaux programmes.
Par ailleurs, pour accompagner au mieux le développement des usages numériques pédagogiques à l’École, les enseignants bénéficient d’un plan de formation de trois jours consacré au numérique.
C’est l’ensemble du ministère de l’Éducation nationale et de ses opérateurs qui aujourd’hui se mobilisent, en lien avec la filière des éditeurs et du numérique, pour construire des ressources numériques innovantes, en phase avec les pratiques pédagogiques et compatibles avec tous les équipements mobiles.
Cette synergie de tous les partenaires est essentielle pour une mise en œuvre efficace du Plan numérique pour l’éducation.

L’histoire d’une multinationale aux intérêts privés, s’infiltrant au cœur de l’État et de notre avenir ! s’insurge « Val3ntin4 » :
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Alain Crozier, président de Microsoft France, ont signé un partenariat renforçant l’accompagnement proposé par Microsoft dans le cadre du Plan Numérique à l’École.
Commençons d’abord par l’essentiel, le texte original de l’accord signé entre la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le président de Microsoft France :
Cet partenariat doit donc s’étendre sur 18 mois afin que Microsoft :
•  Accompagne et forme les acteurs du Plan Numérique à l’École
•  Mette à disposition des solutions techniques dans le cadre du Plan Numérique à l’École
•  S’engage à accompagner la formation des enseignants pour les préparer à l’animation de cours spécifiques sur l’apprentissage du code
•  Apporte une aide aux acteurs français de l’e-Éducation. Ce plan d’aide se traduira par un support financier, technique, opérationnel et commercial aux différents acteurs français de l’e-Éducation.
Petit historique :
L’accord entre L’Éducation Nationale et Microsoft France s’inscrit dans le Plan Numérique lancé par le ministère de l’Éducation Nationale parce que « la révolution numérique transforme en profondeur tous les secteurs de la société » et qu’il est du rôle de l’École de s’interroger sur ces changements et de les accompagner.
Jusque là pas grand chose à redire et ça s’annonçait même plutôt bien puisque la Ministre avait décidé d’organiser une grande « concertation nationale sur le numérique pour l’éducation ». Cette concertation a eu lieu entre le 20 janvier et le 9 mars 2015 (d’après le ministère 60 000 personnes ont participé à cette concertation que ce soit en ligne ou via des rencontres académiques) et la réflexion s’articulait autour de cinq grands axes :
•  Apprentissage et réussite
•  Pratiques pédagogiques et éducatives
•  Compétences de demain
•  Réduction des inégalités
•  Ouverture de l’école
On peut retrouver l’ensemble des questionnaires, des réponses, des synthèses de débats, des avis de différentes associations investies dans le milieu éducatif sur le site dédié : http://ecolenumerique.education.gouv.fr/ .
Parmi les points qui ont été relevés au cours de cette restitution, je me réjouis d’en trouver certains à propos du logiciel libre ou plus largement d’une philosophie du libre et du partage. J’en rapporte certains ci-dessous :
• Plus de 95% souhaitent que « les élèves et les professeurs accèdent librement aux ressources culturelles et scientifiques des établissements publics et les utilisent » (page 16)
• Différentes propositions pointent que pour devoir être utilisées sur tous les équipements (fixes et mobiles) les ressources produites doivent être interopérables. Plusieurs propositions soulignent une attente de « standards ouverts » (page 16)
• Création d’une licence numérique « enseignement » s’appuyant sur le modèle des logiciels libres, permettant aux enseignants d’utiliser tous types de ressources dans la mesure où ils n’en font pas une activité lucrative (page 17).
Le « Projet de loi pour une République numérique » (co-écrit par 21 330 citoyens). C’est une initiative gouvernementale, à ma connaissance assez inédite, lancée en Septembre 2015.
Il est notamment rapporté que : « Trois nouveaux articles parmi les dix les plus soutenus […] demandent un développement de l’usage du logiciel libre dans la sphère publique (administration centrales, collectivités, écoles et universités). […] Les mesures proposées vont jusqu’à imposer aux acteurs publics l’utilisation de logiciels libres. […] Un débat nourri a eu lieu, mettant en évidence les avantages du logiciel libre (coût modéré, liberté de réutilisation et de modification) […]. Le Gouvernement porte une attention particulière aux développements en source ouverte et entend promouvoir le développement et l’utilisation de logiciels libres. L’État est ainsi engagé dans le soutien de structures destinées à la promotion et au développement des logiciels libres […]. Dans le domaine éducatif, l’article L123-4-1 du Code de l’Éducation précise aussi que « les logiciels libres sont utilisés en priorité » dans l’enseignement supérieur (Loi ESR du 22 juillet 2013) tandis que la loi du 8 juillet 2013 de refondation de l’école précise que la détermination du choix des ressources utilisées tient en compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert. Dans la sphère publique en général, la circulaire du Premier ministre du 19 septembre 2012 a représenté une avancée majeure […] en ce qu’elle définit une doctrine générale d’utilisation au maximum du logiciel libre dans l’administration. »
La promotion du logiciel libre (notamment par sa neutralité) est au cœur de tout ce qui touche au numérique !
Pourquoi cet accord avec Microsoft n’est pas compatible avec la promotion du logiciel libre :
La question doit être posée, car en effet pour ceux qui ne connaîtraient pas les techniques virales des compagnies de logiciels propriétaires, la supercherie peut paraître moins évidente.
Tout d’abord je ne pense contre-dire personne en affirmant que les intérêts d’une entreprise telle que Microsoft sont bien entendu des intérêts privés et il y a fort à parier qu’ils aient quelque chose à voir avec : « dividendes des actionnaires », « part de marché », « fidélisation de la clientèle » etc…
Pour atteindre ces objectifs une méthode assez bien connue est de créer du matériel (une des spécialités de leur concurrent Apple), des technologies, des logiciels dits « fermés ». Quand on dit fermé on entend par là que les outils fournis sont opaques, de la même façon que peuvent l’être les moyens d’interopérer avec eux, sous le contrôle exclusif de la marque. De fait, une relation asymétrique et parfois arbitraire s’établit entre la marque et les contributeurs devant obtenir une certification ou ne pas menacer de concurrencer les produits de la marque par exemple. La marque, disposant ainsi d’un avantage concurrentiel majeur, instaure une situation de monopole et développe un écosystème technologique parfaitement intégré qui force ou incite l’utilisateur à l’acquisition d’outils de cette marque. Toute tentative de modifier les outils fournis et leur interopérabilité avec des outils tiers est ainsi soumise au bon vouloir de l’entreprise.
Microsoft a réussi a investir, et ce depuis longtemps, une énorme part du marché puisque aujourd’hui ou que vous alliez (en ligne, à la FNAC, chez DARTY…) vous ne pourrez tout simplement pas acheter un ordinateur sans système d’exploitation pré-installé dessus, ce système étant en fait le dernier Windows en date ! Vous n’avez donc pas d’autre choix que d’acheter le système d’exploitation Windows, même si c’est pour avant même le premier allumage le supprimer et installer une jolie distribution Linux gratuite de votre choix ! (Faites votre choix : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_distributions_Linux )
C’est notamment pour cette raison qu’encore aujourd’hui la plupart des systèmes d’exploitation installés sur les ordinateurs du monde éducatif sont des versions de Windows ! Mais le libre commençait petit à petit à faire son apparition (via les logiciels, les services d’ENT…). Il y avait également toutes ces belles promesses que j’ai énuméré ci-dessus !
Que peut alors faire Microsoft ? Véroler le système de l’intérieur semble être une bonne carte à jouer… car une fois qu’il aura fourni tous les outils interconnectés (mais pas interopérables avec d’autres outils « non-Microsoft ») dans les écoles, collèges, lycées, qu’il aura formé les personnels enseignants à ses outils, que les élèves auront été imbibés par l’utilisation d’outils Microsoft ; quel espace d’expression restera-t-il pour le logiciel libre ? Quel force de frappe pourra-t-il espérer avoir ? Quel soutien obtiendra-t-il de la part de la communauté enseignante déjà convertie à d’autres outils ?
En signant cet accord avec Microsoft c’est en fait dans un cercle vicieux que nous nous engageons. Car même si Microsoft prend le soin de préciser que « l’accord ne présente aucun caractère d’exclusivité » c’est qu’il sait pertinemment que l’exclusivité va s’imposer d’elle même.
Et pourtant :
Et pourtant on ne pourra pas reprocher à la communauté du libre d’être novatrice, force de proposition, dévouée à la cause d’une éducation du numérique pour tous.
La communauté du libre est prête et déjà mobilisée à travers une multitude de projets dont je vous rapporte un aperçu ci dessous :
• La tablette éducative Tabuledu : https://www.ryxeo.com/les-tablettes-tabuledu/
• Plate-forme d’échange (libre) de contenus pédagogiques : http://www.edulibre.org/
• Outils et logiciels de mathématiques libres : http://www.sesamath.net/
• Manuels de mathématiques libres : http://manuel.sesamath.net/
• Toutes les suites bureautiques sont évidemment disponibles, et ce depuis longtemps : http://www.openoffice.org/fr/
• ENT : http://www.triade-educ.com/accueil/index.php
• Suivi d’acquisition de compétences : https://sacoche.sesamath.net/
Ces différents outils sont très certainement améliorables, mutualisables pour réussir à atteindre une harmonisation nationale.
Les acteurs du libre n’attendent qu’à mettre le pied à l’étrier ce après quoi rien ni personne ne pourra ensuite les empêcher d’améliorer, de mutualiser, de collaborer et revoir ces outils avec les principaux acteurs, puisque l’essence même du libre est vertueuse : l’ouverture du code et son partage permettent, par la collaboration, l’innovation et l’amélioration continue.
Comme le dit Framasoft (réseau dédié à la promotion du libre) : le choix du libre c’est « plus de cohérence avec les valeurs de l’école. Le choix du libre est non seulement une question technique ; il est également une question d’éthique sociale et politique » (lire l’article intégral ici : http://framablog.org/2015/12/02/accord-microsoft-education-nationale-le-libre-offre-deja-des-alternatives/ )
Cohérence
Alors, quel monde voulons nous bâtir ? Celui de la société marchande à outrance ? Du non-partage des idées et des innovations ? De la privatisation du savoir ? Par quelles valeurs est porté cet accord avec Microsoft France ?
Les enseignants, ont certes une liberté pédagogique mais doivent d’abord respecter un devoir de réserve et de neutralité lorsqu’ils enseignent. Bien qu’habituellement ce devoir fasse plutôt référence aux opinions politiques et religieuses, il me semble (si l’on veut bien faire l’effort de décloisonner un peu sa pensée) qu’imposer de manière aussi claire et directive un environnement logiciel privé, vient entraver ce devoir.
L’école est et doit rester un lieu du développement de soi, de la culture de l’esprit, de l’apprentissage de la collaboration.
Cet accord avec Microsoft France ne doit durer que 18 mois. J’espère que la Ministre saura écouter les alertes et propositions qui lui sont faites, et prendra l’intelligente décision de ne pas le renouveler.

Par ailleurs, aux États-Unis, signale ZD-Net, l’Electronic Frontier Foundation a déposé plainte contre Google auprès du régulateur, accusant l’opérateur de renier ses engagements en matière d’exploitation des données personnelles des étudiants. Google riposte et peut compter sur deux soutiens de poids.
Dans un billet de blog, Google a réagi aux accusations de l’EFF, qu’il réfute. Les données personnelles des étudiants associées aux services de la suite Cloud ne sont exploitées que pour la fourniture des services eux-mêmes : « il n’y a pas de publicité dans ces services Cœur, et la donnée de l’étudiant dans ces services n’est pas utilisée à des fins publicitaires » affirme Google.
Quant à la fonction Chrome Sync, elle ne donne pas lieu à la création de profils individuels. La firme de Mountain View précise que les données sont agrégées et anonymisées. « Les données Chrome Sync des utilisateurs GAFE (Google Apps for Education Core Services) ne sont pas utilisées pour diffuser de la publicité ciblée à des étudiants » écrit Google. (…)
L’EFF persiste et précise que sa principale critique ne porte pas sur Chrome Sync, mais le fait que Google collecte des données sur les étudiants connectés avec leur compte GAFE lors de l’utilisation d’autres services Google non compris dans Google For Education (YouTube, Maps, News, etc.).
« Google piste cette activité et alimente un profil publicitaire attaché au compte éducatif de l’étudiant » réaffirme la fondation. En ce qui concerne Chrome Sync, oui c’est « un service incroyablement utile » reconnaît l’EFF. Néanmoins, cette fonction ne devrait pas être activée sans un consentement parental explicite, juge-t-elle.

Le projet de loi Pour une République numérique : http://www.republique-numerique.fr/project/projet-de-loi-numerique/step/reponses
La convention signée entre la Ministre Najat Vallaud-Belkacem et Alain Crozier, président de Microsoft France : http://www.education.gouv.fr/cid96030/numerique-a-l-ecole-partenariat-entre-le-ministere-de-l-education-nationale-et-microsoft.html.

Sources : http://www.education.gouv.fr/cid95809/plan-numerique-pour-l-education-le-deploiement-pour-2016-se-poursuit-avec-un-nouvel-appel-a-projets-destine-aux-colleges.html ;
https://blogs.mediapart.fr/val3ntin4/blog/011215/plan-numerique-de-leducation-nationale-pourquoi-il-faut-sinquieter-de-laccord-passe-avec-microsoft ; http://www.zdnet.fr/actualites/google-for-education-aspirateur-a-donnees-personnelles-faux-39829260.htm

Tefal : l’inspectrice du travail condamnée !

Tefal : l’inspectrice du travail condamnée !

JURIDIQUE  – Le Monde, Toulouse 7 –  Laura Pfeiffer, inspectrice du travail, vient d’être condamnée par le tribunal d’Annecy pour vol et recel de documents. L’inspectrice du travail a été condamnée, sur ces deux chefs d’accusation, à 3500 euros d’amende avec sursis et inscription de cette condamnation au casier judiciaire.Des articles du Monde et une déclaration de la CGT dans Toulouse 7 :

Le tribunal correctionnel d’Annecy, rappellent Bertrand Bissuel et Cyril Bellivier du Monde, devait se prononcer sur le cas de cette inspectrice du travail, poursuivie pour violation du secret professionnel et recel de documents confidentiels appartenant à la société Tefal. Une affaire hors norme, qui a mis en ébullition les services du ministère du travail. De nombreux collègues de Laura Pfeiffer sont indignés de constater qu’elle doit rendre des comptes devant une juridiction pénale alors que c’est elle, estiment-ils, la victime, car son indépendance a été mise à mal et on lui reproche de l’avoir dénoncé. Elle bénéficie du soutien des syndicats implantés dans cette administration.
A l’origine du procès, il y a des courriels envoyés ou reçus en 2013 par la direction de Tefal. Un salarié de l’entreprise, Christophe M., les avait transmis, à l’insu de son employeur, à Laura Pfeiffer – ce qui vaut à cet homme d’être poursuivi dans le cadre de la même procédure judiciaire, après avoir été licencié, en avril 2014, pour « faute lourde ». Lui et la fonctionnaire ont comparu devant le tribunal d’Annecy, le 16 octobre.

Tefal cherchait la mutation de l’inspectrice
Ces correspondances électroniques, qui auraient dû rester secrètes, suggèrent plusieurs choses. Tout d’abord que les dirigeants de l’établissement Tefal de Rumilly (Haute-Savoie) semblent avoir cherché à obtenir la mutation de l’inspectrice du travail – ce dont ils se défendent, par la voix de leur avocat, Me Joseph Aguera. Le fabricant d’articles de cuisine, qui est l’un des plus gros employeurs privés du département, n’avait pas digéré que Laura Pfeiffer lui demande, début 2013, de renégocier un accord sur le temps de travail, qu’elle jugeait illégal. Et il vivait très mal les interventions répétées de celle-ci à son égard, y voyant une forme d’acharnement injustifié. Interpellé par Tefal, Philippe Dumont, le supérieur hiérarchique de Laura Pfeiffer, avait provoqué, en avril 2013, un tête-à-tête avec celle-ci, au cours duquel il lui avait demandé d’adopter une position plus équilibrée. La discussion avait tourné à l’orage et l’inspectrice du travail avait été mise en arrêt-maladie, à la suite de cet accrochage.

Enquête fouillée
Or, certains des mails communiqués à Laura Pfeiffer révélaient un autre fait troublant : Tefal avait accepté, en juin 2013, de prendre en stage un jeune à la demande de Philippe Dumont. Un recrutement qui pouvait apparaître comme un « renvoi d’ascenseur » de la société en contrepartie de la bienveillance du chef de Laura Pfeiffer. Celle-ci en avait déduit que son supérieur hiérarchique relayait les pressions de l’entreprise contre elle.
A la fin de l’automne 2013, elle avait saisi le Conseil national de l’inspection du travail (CNIT), dont le rôle est de veiller à ce que les missions des agents de contrôle soient exercées dans de bonnes conditions. Cette instance avait, en partie, donné raison à Laura Pfeiffer dans un avis rendu en juillet 2014, au terme d’une enquête extrêmement fouillée. Tefal et une organisation patronale locale « ont cherché à (…) obtenir (…) le changement d’affectation de l’inspectrice et, par là même, la cessation de l’action de contrôle à l’égard de l’entreprise », avait ainsi estimé le CNIT dans son avis, en ajoutant que « ces pressions n’ont pas été suivies d’effet ».
En revanche, le CNIT s’était montré beaucoup plus nuancé sur l’attitude de Philippe Dumont : « L’intervention du responsable d’unité territoriale (…) n’avait pas pour objet et n’a pas eu pour effet de modifier les suites données par [Laura Pfeiffer] à son action de contrôle sur [Tefal] ». Mais, enchaînait le CNIT, elle « a pu effectivement donner [à l’inspectrice du travail] le sentiment qu’il était porté atteinte à son indépendance et à sa libre décision ». Pour le CNIT, la discussion mouvementée d’avril 2013 entre Philippe Dumont et Laura Pfeiffer reflétait « clairement une mauvaise relation professionnelle (…) marquée par la défiance réciproque ».

Compromis ou compromission
Outre la saisine du CNIT, l’inspectrice du travail avait pris l’initiative, durant l’automne 2013, de remettre à plusieurs syndicats les documents que lui avait transmis Christophe M. Quelques jours après, la CNT avait dénoncé l’affaire dans un tract et le quotidien L’Humanité avait révélé le contenu des courriels, avec cette manchette en « une » : « Tefal veut briser une inspectrice du travail. » L’entreprise avait porté plainte, ce qui a conduit au procès en correctionnelle, le 16 octobre à Annecy.
Durant l’audience, la présidente, Anne Meissirel, a réclamé des explications à Laura Pfeiffer : « Pourquoi avez-vous envoyé aux syndicats les documents que [Christophe M.] vous a transmis ? Vous saviez pourtant qu’il s’agissait d’échanges confidentiels. » Réponse de la prévenue : « Je n’en savais rien. Je n’avais aucune idée de [leur] origine éventuellement frauduleuse (…). Je reçois énormément de mails anonymes. J’ignorais comment [Christophe M.] avait obtenu ces mails. »
Laura Pfeiffer a fait valoir qu’elle n’avait « aucun intérêt à ce que l’affaire sorte dans la presse » et qu’elle ne « pouvai [t] pas savoir » ce que les syndicats allaient faire de ces documents. Elle a indiqué les avoir communiqués « parce qu’ils accréditaient ma version des faits dans le conflit qui m’opposait à ma hiérarchie ». Lorsqu’ils furent portés à sa connaissance, elle est « tombée de haut », a-t-elle confié durant l’audience, « ça a été un choc pour moi ». « Mais tout s’expliquait : l’agressivité de mon supérieur hiérarchique, le conflit que j’avais avec lui » « Votre responsable hiérarchique vous reprochait trop de rigidité dans vos contrôles », lui a fait remarquer Anne Meissirel. L’inspectrice a rétorqué qu’« il lui demandait effectivement, et surtout, plus de compromission ».
« Le supérieur hiérarchique de Laura Pfeiffer voulait un compromis. Et on transforme cela en compromission », a soupiré Me Joseph Aguera, l’avocat de Tefal. Celui-ci a insisté sur le fait qu’« on est allé fouiller dans le secret des correspondances » de son client. Dans cette affaire, a-t-il argumenté, l’inspectrice du travail n’a pas eu le comportement approprié : « Elle aurait dû s’adresser au procureur de la République », au lieu de diffuser très largement les pièces que lui avaient données Christophe M. « Les fonctionnaires sont soumis au secret professionnel, a souligné Me Aguera. C’est écrit dans le code pénal. » Le conseil de Tefal s’est également étonné que l’établissement de Rumilly ait reçu, en cinq ans, « 106 courriers de la part de l’inspection du travail » alors que « les autres sites de l’entreprise, sur la même période, en ont reçu de zéro à cinq ». Une manière de sous-entendre que Laura Pfeiffer faisait une fixation sur cette société.

« Lanceur d’alerte » et « respect de la loi »
Le procureur de la République, Eric Maillaud, a considéré, lui, que la prévenue s’était affranchie des règles auxquelles elle est soumise : « Voler et utiliser des documents et les transmettre aux syndicats, vous dites que c’est l’unique moyen que vous aviez pour vous défendre ? Et [Christophe M.] serait un lanceur d’alerte ? Je veux rappeler que le respect de la loi implique des obligations pour chacun. Le respect des procédures est fondamental. »
En l’espèce, Laura Pfeiffer « a violé une obligation majeure de discrétion et, plus, du secret professionnel », a martelé Eric Maillaud. Il a aussi rappelé « la place » qui revient, selon lui, à l’inspection du travail : elle « n’est pas là pour défendre les salariés », sinon elle « agirait comme un avocat, un syndicat » ; sa mission consiste à « faire respecter la législation et [à] constater les manquements ». « Quand une infraction est constatée, il appartient au procureur de poursuivre ou non », a-t-il ajouté. Chacun son rôle, autrement dit. Estimant que Laura Pfeiffer avait enfreint la loi, Eric Maillaud a requis à son encontre 5 000 euros d’amende.
« Ces poursuites sont injustes et cette affaire est absurde », a contre-attaqué Me Henri Leclerc, l’avocat de l’inspectrice du travail. D’après lui, la question de fond est de savoir si sa cliente est « coupable d’avoir reçu des documents, de les avoir transmis aux syndicats de son ministère ». Non, a-t-il plaidé car elle a simplement consulté « ceux qui sont en charge de sa défense ». « Elle n’a rien publié d’elle-même, a-t-il complété. D’ailleurs, aucune poursuite n’a même été engagée contre ceux qui ont publié ces documents ! » Quant aux courriels eux-mêmes, ils « la concernent, elle » ainsi que « l’entreprise qu’elle contrôlait » et « l’intérêt collectif de la profession d’inspecteur du travail ». « Il n’y a rien de secret là-dedans », a jugé Me Leclerc, qui a demandé la relaxe de la prévenue.
Quelle que soit la décision du tribunal correctionnel, l’affaire est loin d’être close. Laura Pfeiffer a porté plainte pour harcèlement moral. Et Christophe M. a engagé une action judiciaire contre la mesure de licenciement dont il a fait l’objet.

La CGT a condamné le verdict rapporte Toulouse 7 qui reproduit le communiqué syndical :
Nous condamnons avec la plus grande fermeté ce verdict qui porte une atteinte extrêmement grave à l’indépendance de l’inspection du travail.
Une inspectrice du travail se voit aujourd’hui condamnée en France pour avoir exercé ses missions de base et avoir dénoncé les pressions visant à faire obstacle à son travail.
La Ministre du travail doit condamner publiquement l’entreprise TEFAL pour les pressions inacceptables qu’elle a mis en œuvre à l’encontre de l’inspectrice du travail, apporter son soutien aux missions de l’inspection du travail, à ses agents et tout particulièrement à Laura Pfeiffer qui doit être confirmée dans ses fonctions.
De plus, par cette décision, la justice de notre pays se situe en violation flagrante de la convention 81 de l’Organisation Internationale du Travail. Rappelons d’ailleurs, que le procureur avait annoncé la couleur en déclarant à la presse avant le jugement qu’il entendait « faire le ménage» dans l’inspection du travail.
Les organisations syndicales françaises doivent, dans l’unité la plus large, faire sanctionner cette violation de la Convention 81 dans les plus brefs délais par l’OIT, par une démarche de plainte devant le Conseil d’Administration du Bureau International du Travail.
L’inspection du travail est un rouage essentiel de la mise en œuvre du droit. Son indépendance est la condition sine qua non de l’exercice de sa mission. Les inspecteurs doivent être protégés des ingérences des entreprises, mais aussi de celles des pouvoirs exécutif et judiciaire dans l’exercice de leurs missions !

Sources : http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/12/03/affaire-tefal-acte-i-dans-le-proces-d-une-inspectrice-du-travail_4823543_1653578.html#d0kairrjj7TYKzR2.99 ;
http://www.toulouse7.com/2015/12/04/opinion-condamnation-scandaleuse-dune-inspectrice-du-travail-par-la-cgt/

Chefs d’établissement : stages en entreprise

Chefs d’établissement : stages en entreprise

MANAGEMENT  – Les Échos, Ouest-France –  Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, annonce que les futurs chefs d’établissement et inspecteurs devront faire un stage en entreprise. Une information des Échos, reprise par Ouest-France :

Un Mooc pour aider les entreprises à mieux accueillir les stagiaires, des élèves préparés en amont des stages : Najat Vallaud-Belkacem présente mercredi plusieurs mesures pour rapprocher l’école et l’entreprise. « L’école pour moi doit avoir une horizon plus vaste que la porte de la classe. Sa mission d’ailleurs l’y oblige, elle qui doit, c’est l’article 1er du code de l’éducation, permettre à chacun de développer sa personnalité, d’élever son niveau de formation, d’exercer sa citoyenneté… Mais aussi de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle. Comment imaginer une bonne insertion dans un environnement dont on ne connaîtrait rien? », fait valoir la ministre de l’Éducation nationale dans un entretien au site des Échos.
Concernant le stage de troisième, « son utilité est avérée, mais pour qu’il soit pleinement utile aux élèves, il faut en améliorer la préparation, c’est-à-dire avant même qu’ils se mettent à en chercher un, aborder avec eux des sujets comme les codes de l’entreprise, les techniques de recherche d’un stage, ce qu’on entend par stage +d’observation+ etc., bref lever les implicites. Dans certaines académies, les élèves sont systématiquement préparés à leur stage de troisième, dans d’autres non. Toutes le feront désormais », explique-t-elle.
Ne pas zapper l’étape du diplôme
De même, le monde économique pourra mieux se préparer à accueillir les stagiaires, avec la création d’un Mooc ou cours en ligne dédié. Pour aider les élèves qui peinent à trouver des stages, des pôles de stage ont été créés depuis septembre. La formation initiale des chefs d’établissement et des inspecteurs comprendra un stage obligatoire en entreprise, tandis que des membres de la réserve citoyenne pourront partager leur expérience professionnelle auprès des élèves.
Interrogée sur l’idée du ministre de l’Économie Emmanuel Macron de déréglementer l’accès à certaines professions qui seraient de fait accessibles sans diplôme, Mme Vallaud-Belkacem a rétorqué: « Il a depuis précisé son propos et c’est tant mieux. Le message aux jeunes doit être clair et porté collectivement : l’accès à une qualification professionnelle reconnue par un diplôme est une garantie d’insertion, ce n’est pas un frein ». « N’allons donc surtout pas inciter les jeunes à zapper l’étape du diplôme pour entrer dans un métier », a-t-elle ajouté.
Les différentes mesures présentées mercredi s’inspirent notamment de recommandations du Conseil national éducation-économie (CNEE) et d’un rapport de Christiane Demontès, chef de la mission évaluation des partenariats de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur avec le monde économique pour l’insertion professionnelle des jeunes.

Source : http://www.ouest-france.fr/education/education-des-mesures-pour-rapprocher-lecole-de-lentreprise-3884832

Un marché mondialisé de l’éducation?

Un marché mondialisé de l’éducation?

ENTREPRISES PRIVEES – Slate – Les entrepreneurs dans l’éducation sont de plus en plus gros, de plus en plus divers et… de plus en plus présents. Y compris en France. Dans l’enseignement supérieur, la percée des entreprises privées n’a rien d’une fiction Une enquête de Louise Tourret, pour Slate :

Un marché mondialisé de l’éducation émerge, on le voit moins bien depuis la France, où l’école reste massivement publique et où ces évolutions ne sont pas très médiatisées. Il semble donc judicieux d’aller là où on en parle. Au Teacher Prize à Dubaï, par exemple, ou au Wise, un sommet international de l’éducation organisé au Qatar, à Doha, où j’étais début novembre, ces transformations sautent aux yeux, inquiètent, interrogent et donnent à réfléchir.
Le Wise pourrait s’apparenter à un mini-Festival de Cannes de l’éducation. Derrière les têtes d’affiche –Michelle Obama cette année–, il y a une sorte de foire. Les acteurs sont variés: associations, représentants d’institutions publiques, think tanks de l’éducation, entrepreneurs sociaux, fondations, groupes privés… À commencer par les deux grands sponsors de l’événement: Exxon mobil et Santander. Ce dernier finance ou cofinance 4.500 projets universitaires en 2015 et affirme dépenser 116 millions d’euros par an. Du côté des fondations, on a pu voir au Wise un grand stand Lego. Si la fondation du même nom finance des projets éducatifs, l’entreprise compte aussi un département commercial éducation. Dans le même coin du hall d’exposition, juste à côté en fait, c’est le stand de la «ideas box», un époustouflant concept de médiathèque itinérante développé par Bibliothèque sans frontière.
Au Kenya, l’école pour 6 dollars par mois
Au Wise, j’ai aussi vu un corner LinkedIn. Le réseau social professionnel souhaite devenir un acteur de l’orientation, grâce aux informations collectées auprès des jeunes diplômés sur leurs expériences, aux classements des écoles, des universités. Bienvenue dans la big data de l’éducation.
J’ai aussi pu lire l’hallucinante brochure élaborée par le groupe Parthenon, une société de conseil qui s’occupe d’éducation et d’enseignement. Le système des écoles privées à but lucratif y est défendu comme une solution pour scolariser les enfants des pays pauvres. Il existe des «chaînes» d’école «for profit» comme Bridge qui comptent plus de 100.000 élèves dans un pays comme le Kenya pour un coût moyen de 6 dollars par mois.
«À partir du moment où elles atteignent une taille critique, les chaînes d’écoles peuvent être considérées comme une concurrence pour le système public», déclarait Karan Khemka, un expert américain de Parthénon spécialisé dans l’éducation, au Financial Times en 2014.
L’article était titré: «Les écoles à but lucratif éduquent les pauvres en Afrique.»
En France, la concurrence croissante du secteur privé
Oui, des «chaînes» d’école existent et elles franchissent les frontières. C’est le cas, par exemple, du réseau Gems, présent dans douze pays, qui a partie prenante avec le Teacher Prize. Il possède notamment l’école des Roches en France. Pour l’heure, ces groupes ne représentent pas une menace réelle pour le service public, même si le nombre d’écoles privées hors contrat augmente en France. Mais que se passerait-il si l’image du public se détériorait trop? Il n’y a qu’à regarder le classement des «meilleurs lycées français», qui croise résultats au bac et capacité à faire progresser les élèves: les écoles privées catholiques sont très nombreuses dans le haut du classement. Un ex-fonctionnaire du ministère de l’Éducation, Nicolas Sizaret, l’avait imaginé dans OPA sur la mammouth, un roman publié en 2012 . Son scénario était très drôle et surtout très effrayant.
Dans l’enseignement supérieur, la percée des entreprises privées n’a rien d’une fiction. Deux exemples: les groupes Ionis et Studialis. Le premier regroupe l’ISG, une grande école de commerce, Sup’Biotech, l’école des experts en ingénierie des biotechnologies, ou encore l’école d’ingénieur Epita. Quant au second (cours Florent, Paris Business School, Penninghen), il vient de se faire racheter par Galileo Global Education, propriété du fonds Providence Equity Partners.
L’université n’est pas le premier choix de la majorité des bacheliers, surtout des bons élèves. Comme l’écrivait déjà mon collègue Emmanuel Davidenkoff en 2013:
«Au cours des dix années écoulées, les grandes gagnantes sur le marché du bachelier général ont en effet été, à la notable exception des études de médecine, les filières publiques sélectives et les écoles privées.»
Florence Robine, directrice générale de l’Éducation nationale présente à Doha, est assez inquiète et même alarmiste:
«Nous allons assister à un déferlement des acteurs privés dans l’éducation, y compris primaire et secondaire. Les esprits n’y sont pas suffisamment préparés.»
La poule aux œufs d’or des cours en ligne
D’autant que d’autres secteurs se développent comme les edtech ou technologies numériques pour l’éducation. Un domaine contemporain en permanente évolution. Des applications, des manuels numériques, des cours en ligne comme les célèbres américains Coursera (dont les cours –certains de l’École polytechnique– sont gratuits) et Khan academy ou encore la plateforme publique FUN (France université numériques), il y en a des dizaines. Leur modèles économiques sont très variés, les cours peuvent être gratuits et la certification payante par exemple. C’est un véritable gisement d’activités et, pour certains, de profits.
Benjamin Vedrenne Cloquet, entrepreneur à la tête du groupe Edxus, ne ménage pas son enthousiasme: «Les edtech sont l’équivalent du bouton reset pour l’économie numérique. Grâce à elle, ce marché peut repartir à la hausse et croître dans d’énormes proportions.»
Dans le privé, des idées et des financements
Les investissements européens en matière d’edtech sont bien en deçà des sommes qui y sont globalement consacrées en Asie ou en Amérique du Nord, insiste Benjamin Vedrenne Cloquet. Faut-il soutenir cette activité ? Vous êtes choqués ? L’Éducation nationale apporte déjà une aide substantielle à un secteur privé, l’édition, en consommant massivement des manuels scolaires.
Au Wise, j’ai rencontré Jean-Marc Merriaux, directeur général de Canopé, «le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques», un organisme public dépendant du ministère de l’Éducation. Selon lui, Canopé va être amené à collaborer de plus en plus avec des partenaires privés, surtout dans l’entrepreneuriat social car ils apportent «des idées et des financements». C’est là aussi une nouveauté.
Et l’intérêt général, alors ?
Enfin, il y a un autre type d’intervenants privés: les entrepreneurs sociaux. C’est un peu plus nouveau, avec des associations ou des sociétés à but non lucratif ou à but lucratif limité. Voici comment ils se définissent eux-mêmes sur le site qui regroupe les acteurs français de ce modèle économique:
«L’entrepreneuriat social est une manière d’entreprendre qui place l’efficacité économique au service de l’intérêt général. Quel que soit le statut juridique des entreprises (association, coopérative, SAS), leurs dirigeants font du profit un moyen, non une fin en soi.»
Au Wise, j’ai pu rencontrer des entrepreneurs sociaux de l’éducation et même ceux qui les aide à développer leurs projets, comme la Belge Caroline Guyot, cadre chez Ashoka, un groupe mondial dont la vocation est de promouvoir l’entrepreneuriat social en soutenant financièrement et en accompagnant des initiatives sélectionnées sur des critères éthiques. Voilà comment Caroline Guyot présente les qualités nécessaires pour être un bon entrepreneur social: «Avoir des valeurs, savoir penser de manière différente (“out of the box”), être motivé par l’impact social de son projet, proposer des changements systémiques.»
L’idée étant que, pour changer la société et la rendre plus juste, il faut disséminer le changement à travers des initiatives variées et continues dans le temps.
Des initiatives à saluer
Et l’entrepreneuriat social dans l’éducation? Il se développe! Ashoka avait envoyé une petite délégation dans un événement parallèle au Wise, un incubateur de projets éducatifs. On a pu y voir trente-trois jeunes, les «learners» (ce qui sonne mieux qu’apprenants, en français), défendre leur projet d’entrepreneuriat social pour l’éducation. Des projets à vocation sociale et solidaire pour fournir des cours ou du matériel pédagogiques dans des pays pauvres ou en proie à la guerre ou dans des États où les écoles sont attaquées comme au Pakistan. Pour donner un exemple concret, l’association française a créé la Ideas box, une médiathèque en kit itinérante destinée à apporter la culture et le savoir dans les camps de réfugiés. Des lieux où les individus, enfants compris, passent en moyenne dix-sept ans. La Ideas box vient de remporter le Google impact challenge en France, un prix «pour un monde meilleur», avec à la clef une prime de 500.000 euros.
Exxon, Lego, LinkedIn, Coursera Google, quelques ONG et des jeunes entrepreneurs utopistes… Drôle de mélange, non? Tous ces acteurs sont mus par une idée stimulante et pertinente au fond. Les entrepreneurs voient l’éducation comme un investissement et non comme une dépense. Un changement de regard qui devrait inspirer la conception des politiques publiques.
L’éducation semble être un bon investissement et l’économie de la connaissance une source de profits croissants. Faut-il considérer que certains entreprises ou associations agissent pour le bien commun et qu’elles sont utiles quand elle pallient une absence de politique publique? Je demeure personnellement très critique mais il faut bien reconnaître que cela secoue la conception française de l’éducation et interroge le rapport de l’économie à la démocratisation du savoir. Quoi qu’on en pense a priori, il est essentiel d’essayer de comprendre ce qui se déroule vraiment aujourd’hui sous nos yeux et de réaliser que la connaissance fait partie de l’économie mondialisée. En éducation comme dans tous les domaines, le pire serait de demeurer ignorant. Et totalement passif.

Source : http://www.slate.fr/story/109733/entreprises-privees-sauver-ecole