Campagne Présidentielle : absents, le travail et la souffrance au travail

Campagne Présidentielle : absents, le travail et la souffrance au travail

TRAVAIL – Le bilan du 1er tour montre que parmi les absences ou les faiblesses du débat du premier tour, figurent l’ensemble des questions relatifs au travail, son organisation, son management, la pénibilité, la souffrance qu’il peut créer.

Pour Danielle Kaisergruber sur le site Métis   deux débats ont été peu ou mal traités lors de cette campagne présidentielle : l’Europe et le travail. « L’Europe comme bouc émissaire sera encore au centre des débats. Etre ou ne pas être la France au sein de l’Union européenne est une ligne de clivage très forte : elle traduit l’échec d’une certaine Europe. Celle qui a donné « la priorité au droit de la concurrence », la primauté du marché, empêchant stupidement la construction de grands groupes européens ou de politiques fortes d’innovation technologique, traitant le travail comme une circulation de marchandises et d’intérimaires  (…) sur fond d’Europe des marchés, l’Etat français a laissé tomber pour cause de décentralisation mal conduite, son rôle d’aménageur du territoire, des territoires au pluriel, laissant se créer des périphéries, des villes moyennes et des zones rurales où se cumulent de grandes difficultés. Les Régions dont le poids financier est trop faible, à raison du trop grand nombre de niveaux, n’ont pas suffisamment pris le relais ».

Le travail : très peu de propositions des différents candidats sur « sa circulation en Europe, sa qualité et sa reconnaissance, la possibilité d’avoir pour chacun des parcours, des chances de sortir des moments de chômage, de sortir de la désaffiliation engendrée par l’inactivité. Quelles règles du jeu pour l’assurance-chômage, pour la formation tout au long de la vie, pour davantage de mobilité (les outils créés, tels le Compte personnel d’activité, existent, il faut les faire vivre…). Quels encouragements pour de nouvelles initiatives d’insertion, quelle liberté de faire, quel « permis de construire ? » .

Il est inquiétant de constater que parmi les sujets de débats lors des élections présidentielles 2017, le travail apparaît seulement sous un angle économique. Les conditions de travail, la souffrance au travail sont quasiment occultées par les candidats. Et pourtant il suffit d’ouvrir les journaux, de parcourir les médias sociaux, de donner la parole aux acteurs du domaine médico-social, pour se rendre compte que la majeure préoccupation des gens est en lien avec leurs conditions de travail.

La souffrance au travail presque totalement oubliée

« Il est inquiétant de constater que parmi les sujets de débats lors des élections présidentielles 2017, le travail apparaît seulement sous un angle économique. Les conditions de travail, la souffrance au travail sont quasiment occultées par les candidats »., constate Dan Véléa, psychiatre dans une tribune dans Hufftington Post. Le praticien après avoir constaté comme l’ensemble de ses collègues une explosion de « réactions anxio-dépressives majeures, note avec amertume «que « le stress et la mauvaise gestion du stress font partie de notre quotidien, alors qu’il faut le reconnaître comme un réel problème de santé publique.

Les principales causes ou symptômes de ce mal-être au travail :

  • Les tâches répétitives, sans explications, sans prise en compte de l’aspect relationnel, ont comme conséquence un désinvestissement et un désengagement massif des salariés
  • L’absence d’évolution, de nouveaux apprentissages, avec le sentiment de stagnation et l’absence de visibilité d’avenir
  • Une absence de relation de feed-back (positif ou négatif), réduisant le salarié à un simple exécutant des tâches
  • L’absence de sens et même l’envie de donner du sens à son travail

Pour Dan Valéa, il faut partir « d’un constat réel – l’explosion des frais de santé liés aux arrêts de maladie, du désinvestissement des salariés, de la perte d’efficacité, les turn-over et donc la perte des compétences, mais aussi de la mauvaise réputation que l’entreprise peut acquérir dans la société, le bien-être au travail doit constituer l’objectif premier des entreprises ».

Seuls deux candidats avaient porté la question de la souffrance au travail

Hervé Hamon et Jean-Luc Mélenchon, exclus tous deux du second tour avaient dans leurs propositions significativement pris en compte le dossier de la souffrance au travail, la question restant « négligeable dans les programmes de Macron, Fillon ou Le Pen » selon le site regards.fr qui a établit un rappel précis de propositions des onze candidats. Pour Hamon et Mélenchon, les propositions sont novatrices et

 Hamon : les entreprises face à leurs responsabilités

Avec la reconnaissance du burn-out, le syndrome d’épuisement professionnel et autres pathologies, comme maladie professionnelle, Benoît Hamon s’est fortement positionné sur la question. Il avait déposé un projet de loi en ce sens, en janvier 2016, et aujourd’hui il affirme que « grâce à cette mesure, les entreprises seront reconnues responsables de la souffrance au travail de leurs salariés (…), contraintes soit d’en assumer le coût, soit de modifier en profondeur leurs méthodes de management ».

Par ailleurs, le candidat socialiste veut remplacer la loi Travail par une nouvelle loi qui prévoit notamment de « renforcer le compte pénibilité » et de « conforter le droit à la déconnexion ». Au chapitre de ses mesures pour les services publics, il affirme vouloir « poursuivre le chantier de l’amélioration des conditions de travail, par le renforcement de la médecine du travail et la prévention de la pénibilité ».

Mélenchon : une « grande cause nationale »

Dans le programme de L’Avenir en commun, la préoccupation pour la souffrance au travail se manifeste au travers de principes généraux (lutte contre la précarité, réduction du temps de travail, sécurité sociale intégrale…), mais aussi de propositions. La souffrance au travail sera ainsi consacrée « grande cause nationale », afin de « mobiliser les moyens financiers et de communication contre ce fléau et subventionner les réseaux professionnels et de santé agissant sur ce thème, ainsi que les artistes mettant en lumière la souffrance au travail ».

Il s’agit notamment de renforcer la médecine du travail et d’en faire « un réseau sans faille » en l’intégrant au service public de santé, en augmentant effectifs et salaires et en garantissant ses moyens. Un « plan de santé au travail » est également envisagé. Le programme prévoit par ailleurs de restaurer les visites médicales obligatoires à l’embauche et en cours de contrat de travail, et d’ouvrir l’accès de la médecine du travail aux chômeurs. Même souci de réarmer l’Inspection du travail par un doublement des postes d’inspecteurs ou la création d’un parquet spécialisé en droit du travail, « afin d’améliorer les suites pénales en matière de droit du travail ».

Comme Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon veut que le burn-out soit reconnu comme maladie professionnelle. Il préconise de « lutter contre l’idéologie managériale et ses effets psychologiques et sanitaires et imposer l’enseignement des sciences sociales et des risques psychosociaux dans les cursus de gestion, commerce et ressources humaines ». Enfin, le nombre d’accidents du travail deviendrait un critère de sélection dans l’accès aux marchés publics.

Hôpital : un volcan en ébulition

Hôpital : un volcan en ébulition

HÔPITAL  – Pourquoi Docteur –  Le site Pourquoi docteur a lancé une grande enquête sur l’Hôpital aujourd’hui. La tarification à l’activité, unique mode de financement des hôpitaux, a changé les rapports entre l’administration et les personnels médicaux. Soumis à une pression toujours plus forte, beaucoup sont à bout. Avec le sentiment que le pouvoir est désormais dans la main de gestionnaires.  Qu’ils soient patients, internes, médecins ou infirmiers, les reproches fusent. Leurs propos sont rapportés dans un 1er volet (regards croisés sur l’hôpital  – voir références). Le second porte plus particulièrement sur la gestion de l’hôpital. Une série d’articles de Bruno Martrette :

Brest, célèbre pour sa rade, mais aussi, depuis peu, pour ses urgences. En février dernier, un vieil homme est mort sur un brancard alors qu’il attendait des soins depuis des heures. Quelques jours plus tard, la direction reçoit la lettre d’une patiente racontant le calvaire de sa tante dans ce service. Des faits divers qui se multiplient partout en France, et qui témoignent de l’exaspération grandissante des patients vis-à-vis de leur hôpital. Et la colère est contagieuse, les personnels soignants sont eux aussi au bord de la crise de nerfs.

Certains chirurgiens de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) n’hésitent ainsi plus à quitter le navire. Elle a enregistré 15 démissions en 2013, 19 en 2014, et 23 sur les neuf premiers mois de 2015 ! Au total, ce sont plus de 4 % de ces troupes d’élite qui ont émigré vers le privé, en France, ou à l’étranger. Un constat peu reluisant pour le vaisseau amiral de notre si cher hôpital public. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoidocteur a arpenté les couloirs des hôpitaux pour comprendre.

L’âge d’or de l’hôpital, un vieux rêve

Au départ, il y avait une promesse. L’hôpital public se construit en offrant un égal accès aux soins pour tous les Français. L’âge d’or de l’institution connaît son apogée avec la loi Debré de 1958 censée mettre en place l’hôpital d’ « excellence ». Les CHU, créés à cette date, permettraient aux médecins de soigner, mais aussi de faire de la recherche et de l’enseignement. Presque 60 ans plus tard, la promesse semble bien lointaine.

« On est loin du compte », estime le Pr Michaël Peyromaure, à la tête du service d’urologie de l’Hôpital Cochin (Paris). Après 15 années de carrière à l’AP-HP, et une consécration comme chef de service arrivée il y a un mois, ce spécialiste semble désabusé : « J’en ai assez de l’inertie hospitalière. Alors que j’exerce dans un CHU, je rencontre aujourd’hui d’énormes difficultés à mettre en place des projets de soins et de recherches attractifs ».

Et le médecin de dénoncer la lenteur administrative et le pouvoir trop dissolu au sein de la structure. « On ne sait plus qui décide de quoi, ou parfois personne ne décide », ajoute-t-il. Comme lui, d’autres grands médecins de l’AP-HP ont été tentés par le privé. Les cliniques sont aux aguets. Plusieurs praticiens nous ont confié avoir reçu des offres de rémunération 4 à 5 fois supérieure à celle qu’ils touchent dans le public, avec, en plus, la possibilité de faire de la recherche.

Ce sentiment d’exaspération est largement partagé. Avec cette impression que le médical cède de plus en plus de place à l’administratif. Médecins et personnels soignants y sont confrontés tous les jours. Si on y ajoute la pénibilité du métier, le burn-out toucherait 35 à 50 % des anesthésistes en fonction des services. Les autres salariés n’ont pas l’air d’aller mieux. Ce jeudi, Le Figaro révélait que la moyenne des arrêts maladie cumulés avoisine les 24 jours par employé à l’hôpital. « Un phénomène dû aux conditions de travail », selon les syndicats. Olivier Youinou, infirmier anesthésiste à l’Hôpital Henri-Mondor (Créteil), évoque ces cadences infernales : « Il y a 20 ans, quand j’ai commencé au bloc opératoire, nous étions un médecin anesthésiste et un infirmier anesthésiste dans chaque salle d’opération. Aujourd’hui, on a un médecin pour deux trois, voire quatre salles ». Instaurées en 2002 à l’hôpital, les 35 heures ont fini de désorganiser les services, entraînant dans leur sillage une perte de moyens et surtout de personnels.

Des déficits abyssaux depuis 30 ans

Comme le moral des praticiens, la situation financière des établissements est morose. Après l’âge d’or, les comptes sont vite passés au rouge, dès les années 80. Et la situation est allée de mal en pis. Frédéric Bizard, économiste de la santé, relate : « Entre le début des années 2000 et aujourd’hui, le niveau d’endettement de l’hôpital public est passé de 10 à 30 milliards. Cela malgré une hausse sensible du budget de plus d’1,2 milliard d’euros chaque année ». Une enveloppe que personne ne voit, ou plutôt, pas au bon endroit. La répartition des dépenses à l’hôpital reste un sujet épineux.

Pour le Pr Peyromaure, l’argent ne va tout simplement pas où il faut. Il cite l’exemple des congés bonifiés donnés à beaucoup d’agents du service hospitalier qui coûtent une somme colossale à l’AP-HP. « Par peur des conflits sociaux, la direction a maintenu cette vieille tradition ». De son côté, Frédéric Bizard énumère pêle-mêle, des coûts de production du soin hospitalier « historiquement élevés » dans le public. Et des durées de séjour des malades 20 % plus longues en France que chez nos voisins européens. Résultat, en 2014, chaque Français coûte, en moyenne, 1 346 € en soins d’hospitalisation : c’est près de la moitié de ses dépenses de santé (45,7 %).

Mais à ces problèmes financiers internes à l’hôpital se greffe une autre actualité beaucoup plus politique. Jusqu’à un passé récent, le maire était aussi président du conseil d’administration de l’hôpital, bien souvent premier employeur de la ville. Pas question donc de mettre à la porte des milliers d’agents hospitaliers. Une surcapacité hospitalière que dénonce Frédéric Bizard. « Nous avons 30 % de lits excédentaires comparés aux autres pays de l’OCDE (2) », souligne-t-il.

Et les tentatives de fermer les petites structures (en périphérie des grandes villes) parce que leur activité ne permet pas d’offrir les conditions de sécurité aux patients avortent. Grèves, manifestations, comme à Valognes (Manche) : les usagers n’hésitent plus à faire pression sur les autorités. Dans un rapport remis fin juillet 2015 à la ministre de la Santé, le Dr Jean-Yves Grall, directeur d’une ARS (3), estimait pourtant qu’il faudrait « éviter la présence inutile de médecins [urgentistes] lors de périodes de faible activité ou sur des structures à faible activité globale ». En métropole, 67 services d’urgences seraient menacés.

De calife à exécutant 

Alors, pour boucher les trous, l’hôpital public a tenté de rendre plus rentable son activité. Lancée en 2004, la tarification à l’activité (T2A) s’attache plus à mesurer le volume d’actes et d’interventions pratiqués dans un service que la pertinence du travail effectué, estiment plusieurs personnels soignants. Le sociologue Frédéric Pierru raconte : « Avant, les chefs de service avaient très peu de contraintes. Ils faisaient souvent ce qu’ils voulaient, un peu comme des patrons dans leurs fiefs ». Un changement radical par rapport à l’époque actuelle où ceux-ci doivent présenter des business plans à leur directeur d’hôpital. « De calife dans leur unité, ils se sont transformés en simples exécutants d’une politique gestionnaire ». Un peu comme dans une entreprise où les salariés doivent avoir une activité rentable.

(…)

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.pourquoidocteur.fr/Enquette/10097-Hopital-un-volcan-en-ebullition ; http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/15257-Regards-croises-sur-l-hopital

 

Commission Conditions de travail

Commission Conditions de travail

CONDITIONS DE TRAVAIL – Miroir Social – Un décret paru au Journal Officiel du 30 janvier vise à créer une commission des conditions de travail dans les corps de direction de la fonction publique hospitalière auprès de comités consultatifs nationaux. Un article de Françoise Gauchet, de Force Ouvrière :

Le texte rappelle que le décret n° 2011-580 du 26 mai 2011 prévoit que les comités consultatifs nationaux sont consultés sur les questions et projets de textes relatifs à la gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois et des compétences, la formation professionnelle, la mobilité, l’insertion et l’égalité professionnelles ainsi que les conditions de travail.
Le nouveau décret modifie celui de 2011 afin de créer une instance spécifique et compétente pour les sujets relatifs aux conditions de travail du personnel des corps de direction de la fonction publique hospitalière.
Cette commission des conditions de travail comprend, sous la présidence du directeur général de l’offre de soins ou de son représentant :
• le directeur général de la cohésion sociale ou son représentant ;
• le directeur général du centre national de gestion ou son représentant ;
• neuf représentants du personnel désignés par les organisations syndicales.
il est précisé que les représentants titulaires du personnel ont un nombre égal de suppléants et que le président est assisté autant que nécessaire par le ou les représentants de l’administration exerçant des fonctions de responsabilité et concernés par les questions ou projets de textes soumis à l’examen de la commission.
La commission ainsi créée a pour but de « constituer un espace d’analyse et de proposition afin de prévenir et prendre en charge les risques liés à l’exercice professionnel du personnel des corps de direction ».

Source : http://www.miroirsocial.com/actualite/12914/mise-en-place-d-une-commission-des-conditions-de-travail-dans-la-fonction-publique-hospitaliere

Les causes des inégalités hommes / femmes

Les causes des inégalités hommes / femmes

HOMME/FEMME – Vie Publique – Dans une étude publiée le 20 janvier 2016, le Centre d’études de l’emploi (CEE) analyse et quantifie les sources d’inégalités de rémunération entre les hommes et les femmes dans la fonction publique. Le compte rendu du site Vie publique :

Les données statistiques exploitées concernent 3,77 millions de titulaires des trois fonctions publiques, fonction publique d’État (FPE), fonction publique territoriale (FPT) et fonction publique hospitalière (FPH).
Alors que le statut général des fonctionnaires impose le principe d’égalité entre femmes et hommes et l’indexation des salaires sur une grille indiciaire, l’écart dans la rémunération totale hommes femmes dans la fonction publique reste important. En 2010, il s’élevait à près de 19% : 22,7% dans la FPE, 17,5% dans la FPT et 6,6% dans la (FPH) hors personnel médical, globalement mieux rémunéré et plus masculin.
La structure de la pyramide des âges et le recours au temps partiel par les femmes sont déterminants dans l’inégalité salariale avec un poids différent selon la fonction publique. Les différences en termes d’âge et de temps de travail pèsent pour plus d’un tiers dans l’écart de rémunération dans la FPT, contre 55% dans la FPH. L’étude met également en évidence la ségrégation professionnelle comme première source de l’écart de rémunération au sein de la FPE et de la FPT. Dans la fonction publique d’État, l’accès aux catégories et corps les mieux rémunérés est inégal entre femmes et hommes (effet plafond de verre). Dans la fonction publique territoriale, les femmes sont moins nombreuses dans les filières les plus rémunératrices (incendie-secours et sécurité-police municipale). En revanche, l’attribution inégale de primes et indemnités explique une part significative (12,5%) de l’écart dans la seule fonction publique hospitalière.
Pour les auteurs de l’étude, ces résultats appellent la mise en œuvre ou le renforcement de mesures permettant aux femmes de mieux concilier vie familiale et professionnelle et d’accéder aux postes à responsabilité.

Source : http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/fonction-publique-causes-inegalites-salariales-femmes-hommes-20160129.html

Burn-out : comment les DRH s’emparent de la question

Burn-out : comment les DRH s’emparent de la question

BURN OUT – Capital – Après avoir longtemps ignoré ou minimisé l’épuisement professionnel, les entreprises ont enfin pris la mesure du phénomène et s’efforcent de le prévenir et de le traiter. Un article de Sandrine Weisz :

La situation est préoccupante : selon une enquête de 2013 du cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels Technologia, 13% des actifs seraient susceptibles de faire un burn-out et en présenteraient même les premiers symptômes, tels que la peur de ne pas être à la hauteur, l’irritabilité, les troubles du sommeil. Un sondage Cegos de 2015 révélait qu’un quart des salariés avait déjà connu un burn-out .
Cette pathologie n’est toujours pas reconnue comme maladie professionnelle. Pourtant, les employeurs se sont emparés du sujet, par égard pour leurs salariés… et dans leur propre intérêt. «C’est devenu une véritable hantise dans les entreprises, souligne Philippe Rodet, médecin urgentiste et dirigeant-fondateur du cabinet Bien-être et entreprise. Avoir un cas de burn-out parmi ses collaborateurs se révèle très mauvais pour leur image, mais également traumatisant pour le reste de l’équipe. En outre, cette pathologie provoque de longues absences de salariés, qu’on ne peut rem placer immédiatement puisque la DRH ne sait pas quand ils reviendront.»
D’où la montée en puissance, depuis quelques années, des actions de prévention.
Améliorer la qualité de la vie
Chez Sodebo, en Vendée, on s’est toujours préoccupé de la qualité de vie au travail. Patricia Brochard, coprésidente et fille des fondateurs, se souvient de «ces journées de travail à la charcuterie de ses parents qui se terminaient à 22 heures, mais dans la bonne humeur et autour d’un casse-croûte».
Aujourd’hui, l’entreprise, leader français des salades, pizzas, sandwichs et pâtes prêtes à consommer, emploie 2.000 personnes. «Le management a changé mais notre engagement pour la qualité des conditions de travail est resté le même», explique la présidente.
Pour cela, l’entreprise s’est entourée d’experts en matière de santé et de prévention. Elle a embauché un médecin et quatre infirmières. Ses managers sont formés à la détection des risques psychosociaux. Dans les ateliers, des kinésithérapeutes enseignent aux salariés les postures adaptées à leur poste de travail. Sodebo a également fait appel aux services d’un ostéopathe et étudié l’ergonomie du matériel, l’agencement et la qualité des locaux.
La convivialité fait l’objet d’un soin particulier. Des animations sont régulièrement organisées dans les salles de pause et tous les succès sont fêtés collectivement.
S’affranchir des tabous culturels
Préserver la santé des salariés suppose parfois d’aller à l’encontre de la culture de l’entreprise. A peine nommé directeur du Ballet de l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied a opéré une vraie révolution en s’attaquant aux problèmes de santé des danseurs.
Un sujet tabou dans cet univers où les souffrances physiques et psychologiques ont toujours été considérées comme le prix à payer pour la perfection artistique. Il a créé un pôle santé, avec un médecin et deux masseurs spécialisés. Il a allongé les temps de récupération des danseurs et a même décidé de remplacer les sols trop durs des salles de répétitions.
Chez les militaires aussi, la culture du sacrifice est une tradition. Dans la Grande Muette, on ne se plaint jamais. Pourtant, pendant deux ans, l’armée de terre a proposé des cours de sophrologie à ses engagés les plus exposés au stress. Des séances régulières d’une heure leur ont permis de s’initier aux techniques de la relaxation et à la pratique de la microsieste. «Malgré de fortes réticences au départ, ce dispositif a eu beaucoup de succès», se félicite le général Denis Parmentier, à l’initiative de ce projet.
Dans la logistique ou le BTP, autres milieux durs, on réfléchit aussi à ces enjeux. Chez le transporteur DHL, des séances de gym sont organisées dans les entrepôts, ainsi que des événements (jeux concours ou barbecues) à l’intention des familles des salariés.
Même souci de vigilance pour ce dirigeant d’une PME spécialisée dans la rénovation de bâtiments, qui affirme : «Nous incitons nos chefs de chantier et nos conducteurs de travaux à être davantage à l’écoute des ouvriers afin de déceler les premiers signes d’épuisement. Ce n’est pas toujours évident car beaucoup n’osent pas s’exprimer quand ils ressentent un mal-être.»
Apprendre de ses erreurs
Par définition, le retour sur investissement d’une initiative de prévention reste peu visible.
«Les retombées sont difficiles à mesurer, mais le climat social au sein du groupe donne une bonne indication, confirme Patricia Brochard. Il faut rester pragmatique, ne pas hésiter à mettre en place des actions pour les tester.»
Quitte à se tromper : «Il y a quelques années, nous avions organisé des séances de massage, mais les salariés les ont boudées. Cela ne répondait pas à un besoin dans le cadre de travail. Nous retenterons peut-être l’expérience à l’avenir.»
L’avantage de cette méthode d’essais-erreurs est aussi d’éviter certaines fausses bonnes idées. Par souci de protéger la vie privée de ses salariés, une grande banque avait ainsi bloqué l’accès aux e-mails professionnels après 20 heures. Résultat ? Une augmentation du stress chez certains collaborateurs qui attendaient des réponses urgentes de prestataires extérieurs.
D’où l’importance de demander régulièrement leur avis à ses salariés dès qu’on met une mesure en place !
Allô Docteur, Bobo !
«Je dois prendre une décision et je n’y arrive pas», «Je travaille trop et mon conjoint ne le comprend pas», «Je ne supporte plus mes collègues», «Je ne trouve plus d’intérêt dans ce que je fais», «Je suis victime d’une injustice professionnelle»… A toute heure du jour et de la nuit, l’équipe de psychologues cliniciens de Psya, cabinet spécialisé dans la qualité de vie au travail, répond à des dizaines d’appels de ce genre.
C’est ici qu’aboutissent les appels du million de salariés abonnés, par le biais de leur entreprise, à ce service d’écoute psychologique accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et proposé par ces urgentistes du mal-être au boulot. «Nous essayons d’apporter une réponse adaptée à chaque salarié, de conseiller, d’orienter chacun vers le bon interlocuteur dans son entreprise ou, éventuellement, vers un psychologue de notre réseau. Parfois, la première demande exprimée cache d’autres difficultés», explique pudiquement Felisa Blanco, coordinatrice des accompagnements.Outre une meilleure prévention des risques psychosociaux, ce dispositif permet aussi aux managers de s’interroger sur leurs propres pratiques. «Régulièrement, nos psychologues rencontrent les managers et font avec eux des bilans globaux», conclut Felisa Blanco. Et ça marche : 98% des entreprises reconduisent leur abonnement.

Source : http://www.capital.fr/carriere-management/dossiers/burn-out-comment-les-drh-s-emparent-de-la-question-1099262