Le tout écran, source de burnout

Le tout écran, source de burnout

Les écrans envahissent l’espace de travail dans les entreprises. Mais travailler devant un écran est tout sauf une sinécure. Ce mode de travail développe les douleurs physiques, mais surtout mentales. Un problème encore peu connu. Un article du Journal du Net, cité par l’Orient-le Jour :

Imaginez un bureau dans lequel une dizaine de personnes travaillent en open-space face à un ou plusieurs écrans. Pour beaucoup, leur situation pourrait paraître enviable. Pas d’activité physique exténuante dans le froid ou la poussière des heures durant… Pourtant, pour Georges-Philippe Dabon, médecin spécialisé dans les maladies liées au travail, la vie de bureau peut s’avérer plus dangereuse qu’on ne le pense : « Souvent, le grand public a tendance à opposer les métiers physiques et le travail de bureau supposé être une planque. Mais c’est une erreur. Parmi mes patients souffrant de maladies liées à leur activité professionnelle, les salariés du secteur tertiaire sont très représentés. L’écran est souvent la cause de tous leurs maux. »
D’après le praticien, les personnes les plus touchées seraient les cadres. « Travailler devant un ou plusieurs écrans, c’est normal. C’est la surexposition qui est dangereuse. Rares sont les cadres qui se cantonnent aux 35 heures. Ils travaillent beaucoup, dans la pression, parfois de chez eux, et ont toujours un écran sous les yeux. Dans ce cas, cela peut s’avérer dangereux. Le danger survient lorsque l’on passe plus de dix heures chaque jour devant un écran et que l’on ne fait pas assez de pauses. »
Mais quelles sont précisément les conséquences du tout écran sur la santé ? « Le travail de longue durée devant un écran entraîne des douleurs cervicales, crâniales ou des troubles musculo-squelettiques, les redoutés TMS. » Toutefois, d’après son expérience, la principale victime serait les yeux du travailleur qui seraient trop sollicités : « La grande majorité des problèmes de santé liés à l’écran est d’origine oculaire. L’œil est maintenu par six muscles. S’il est trop sollicité, les muscles se fatiguent, notamment au niveau d’un muscle que l’on nomme le grand oblique. »
« Mais au-delà des douleurs, l’écran est bien souvent une cause de troubles mentaux. Il entraîne une addiction, empiète sur notre sommeil qui devient moins réparateur. Dans ce cas, la douleur physique et la lassitude mentale deviennent telles que le burnout peut se développer ».
Fabienne Danzé, fondatrice de Mon carré vert, cabinet de conseil spécialisé dans les risques psychosociaux liés au travail, est catégorique : « Mon expérience de consultante me permet d’affirmer qu’il existe un lien entre le mal-être au travail et la surexposition aux écrans. »«Nous n’en avons pas forcément conscience, mais le tout écran change notre rapport au travail… Et ce n’est pas forcément bon pour notre santé. Si vous observez le quotidien d’un open space, vous constaterez probablement que nous sommes souvent immobiles et sans suffisamment de vrais échanges avec nos collègues. Or, pour se sentir bien au travail, il est nécessaire de tisser de vrais liens. Et ce n’est pas un écran qui va nous aider », étaye la consultante.
D’après elle, le tout écran est un terreau fertile pour le développement du burnout. « En passant tout son temps derrière des écrans, nous avons tendance à effectuer des tâches sur lesquelles on n’a pas de prise, sans assez de lien avec des personnes physiques. L’écran peut faire tampon au contact et au concret. Avec un écran, le manager pense que tout est plus simple et plus rapide. Il demande donc de l’immédiateté, des multiples tâches qui en réalité sont extrêmement chronophages. C’est un véritable souci car les principaux facteurs déclencheurs d’un burnout sont la perte de sens et la pression de la hiérarchie.»
Que faire ?
Pour les salariés, la première chose à faire est de s’autodiscipliner pour éviter que l’écran ne prenne le contrôle. «C’est simple grâce à de petits comportements quotidiens», affirme Fabienne Danzé. «Concrètement, il faut s’accorder de vrais temps de pause sans écrans, assister à des réunions avec un cahier mais pas un écran. Surtout, il est indispensable de séparer vie personnelle et vie professionnelle. Votre messagerie professionnelle, vos appareils de bureau ne doivent pas vous suivre chez vous », poursuit-elle. Le Dr Dabon préconise quant à lui un exercice simple : « Toutes les deux heures, fermez vos yeux et pendant 20 secondes faites-les tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. »
Toutefois, ces petits gestes ne servent à rien sans une implication de l’entreprise. D’après les spécialistes, le management doit mettre en place certaines actions. «Avant toute chose, il doit prendre conscience que le tout écran n’est pas forcément lié à une hausse de la productivité. En tant que praticien, je suis également convaincu qu’encourager des pauses obligatoires, inciter à ne pas utiliser sa messagerie professionnelle sur ses écrans personnels, voire installer des salles de sieste sont des pistes qui méritent d’être explorées et qui permettent de lutter efficacement contre le burnout», témoigne le Dr Dabon. (…)

POur lire l’ensemble de l’article : http://www.lorientlejour.com/article/975723/le-tout-ecran-source-de-burnout.html
Businessreal economy

INSERM : 300 laboratoires, 13 000 personnes

INSERM : 300 laboratoires, 13 000 personnes

ENTREPRISES PUBLIQUES – Les Échos – Premier institut biomédical en Europe, il doit s’ouvrir plus à l’international. L’Inserm doit réussir à faire travailler ensemble de nombreuses disciplines, et améliorer le cadre de travail. Un article de Catherine Ducruet dans les Échos :

L’Inserm est le premier institut ¬biomédical en Europe. Son ¬budget frôle le milliard d’euros et 13.000 personnes y travaillent dans quelque 300 laboratoires, où ils côtoient des hospitalo-universitaires et des chercheurs issus du CNRS et d’autres structures acadé¬miques. Une grande galaxie dont la stratégie pour les cinq ans à venir vient d’être définie et qui est entrée en vigueur avec la nouvelle année.
Première priorité pour l’Inserm, compte tenu de l’évolution de la recherche biomédicale : le développement d’un environnement facilitant les échanges entre recherche fondamentale et recherche clinique. La pluridisciplinarité, indispensable au progrès des connais¬sances, sera elle aussi favorisée, non seulement entre les biologistes et les médecins, mais aussi avec les bio-informaticiens, les biostatisticiens, les épidémiologistes ou les généticiens.
Des programmes transversaux
Dans ce contexte, l’Inserm va identifier pour en banaliser l’usage un certain nombre de technologies jugées critiques telles que les ultrasons, la bio-informatique, la bio-impression 3D, etc. Egalement au programme, le passage¬ au digital avec la mise en œuvre dans l’ensemble des unités de recherche du « cahier de laboratoire électronique », sorte de livre de bord quotidien du chercheur.
Tout cela permettra de réaliser des programmes transversaux de recherche (microbiote, vieillissement, génétique des populations) et soutiendra les plans nationaux de santé comme le plan Cancer ainsi que les plans de recherche en santé publique (médecine génomique préventive, lutte contre la résistance bactérienne).
Mais ces défis ne pourront être relevés que si l’Inserm réussit à développer et capitaliser les compétences en son sein. Cela passe par des possibilités de carrière plus attrayantes pour les chercheurs, basées sur l’amélioration de leur processus d’évaluation.
Enfin, l’Inserm devra aussi offrir de meilleures conditions de travail et adapter sa grille de salaires s’il veut pouvoir attirer d’autres compétences (informaticiens, ingénieurs…) pour lesquelles il existe des alternatives bien rémunérées, notamment dans le monde de l’entreprise.
L’Inserm évolue dans un environnement de recherche national, européen et mondial dans lequel il doit s’inscrire. A ce titre, les équipes Inserm devront développer davantage de synergies en France avec les acteurs locaux, mais aussi accroître leur participation aux programmes européens, source d’ouverture et de financements.

Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/021628462647-linserm-veut-sinserer-dans-la-dynamique-mondiale-1193371.php?WVmGOJ7BRqsY16d9.99

L’ubérisation favorise les inégalités scolaires

L’ubérisation favorise les inégalités scolaires

NOUVELLES TECHNOLOGIES – SLATE – « Des start-ups envahissent le marché des cours particuliers, pris de plus en plus facilement par des étudiants de plus en plus qualifiés, toujours au bénéfice des enfants les plus favorisés »: Louise Touret s’inquiéte de l’ubérisation, sur le site Slate

Le marché des cours particuliers en France c’est, tenez-vous bien, 40 millions d’heures de cours chaque année, 1,5 milliards d’euros (celui de l’Éducation nationale c’est 65 milliards) en moyenne 1.500 euros par famille, ainsi que nous l’apprenait l’ex Centre d’analyse stratégique (aujourd’hui France Stratégie) en 2013.
À ce sujet il faut absolument lire le très instructif ouvrage d’Arnaud Parienty School business: les chiffres détaillés par ce professeur d’économie sont franchement effrayants, et pas seulement pour les «petits cours». Qu’on soit scolarisé dans le privé ou le public, des cours particuliers aux prépas privées (il y en a pour préparer Science Po comme pour préparer le concours d’aide soignante… ou de professeur des écoles) la réussite scolaire peut revenir très cher.
On peut évidemment se désoler que ce marché soit si juteux: que l’école ne suffise pas et que les plus aisés puissent ajouter à l’avantage culturel, l’avantage économique. Mais ni l’Éducation nationale ni ses enseignants ne semblent être en mesure de réagir face à ces abus. Plus les enfants grandissent, plus l’angoisse scolaire monte et les dépenses avec. Dans une société où les diplômes initiaux jouent le rôle de sésame pour la réussite, l’école devient un univers concurrentiel. Tout comme le marché des cours particulier qui évolue à vitesse grand V.
Petites annonces sur Le Bon Coin pour des cours particuliers
Traditionnellement les familles qui cherchent des cours particuliers ont plusieurs solutions. Les petites annonces (de la boulangerie de votre quartier au Bon coin, site sur lequel on trouve pléthore de cours), avec une mise en relation gratuite. Les organismes comme Acadomia, le Cours Legendre ou Complétude… Ils ne donnent pas le choix du professeur, les tarifs sont plus élevés (jusqu’à 75 euros chez Acadomia).
Enfin, certains professeurs de l’Éducation nationale proposent aussi des cours, surtout dans les disciplines scientifiques. Notons que de nombreux collèges organisent un suivi des devoirs avec des assistants pédagogiques après les cours et même, parfois, le mercredi après-midi.
A partir du moment où ils sont donnés à domicile, les cours particuliers donnent droit à un crédit d’impôt, comme on peut le lire sur le site d’Acadomia:
«En tant que particulier, au titre de l’emploi d’une personne à domicile et dans les conditions posées par l’article 199 sexdécies du CGI (sous réserve de modifications de la législation), vous pouvez bénéficier: si vous êtes imposable: de 50% de réduction d’impôt, sur les heures de cours effectuées à votre domicile et sur les frais d’inscription. Si vous êtes non imposable: de 50% de crédit d’impôt, sur les heures de cours effectuées à votre domicile et sur les frais d’inscription. Ainsi une heure de cours à 34 € vous revient à 17 € après réduction ou crédit d’impôt.»
C’est une des conséquences de la loi Borloo (2005), véritable aubaine pour les entreprises de cours particuliers qui avancent toutes cet avantage fiscal comme un argument de vente.
L’aide scolaire est donc considérée comme un service de personne à personne, auquel on fait appel au gré de besoins momentanés. Comme pour les transports (Über, Blablacar) l’hôtel (Airb’nb) ou les sites de location de matériel de bricolage ou de femme de ménage, le secteur éducatif a aujourd’hui ses sites de mise en relation entre particuliers. Exemple: Studizen, qui propose d’échanger et de vendre, oui vendre, des notes de cours.
Meetic de l’éduc
J’ai pu échanger avec les représentants de deux entreprises de ce type: Superprofs et Clevermate. Il s’agit de plateformes de mise en relation avec des professeurs. Le système est simple: les utilisateurs paient un droit d’entrée (c’est gratuit pour les professeurs putatifs) et peuvent consulter les profils de profs. Chez ces Meetic de l’éducation, on choisit les enseignants en fonction de leur discipline, de leurs prix, de leur(s) diplôme(s) et… éventuellement de leur bonne tête puisqu’on peut voir leur photo. Les élèves ou les familles peuvent aussi évaluer les professeurs/ répétiteurs et laisser des appréciations sur le réseau.
Interrogé il y a quelques semaine, Simon Azoulay en charge de la stratégie digitale de Superprofs revendiquait déjà un certain succès:
«En septembre 2015, nous étions la plus grande communauté qualifiée de professeurs particuliers en France: 250 000 professeurs disponibles sur tout le territoire. Nous accueillons 400.000 visites mensuelles, et comptons 450.000 membres.»
Pour info Acadomia emploie 20.000 «professeurs particuliers». Mais, chez Superprof, on ne parle plus de famille, d’élève, de prof mais de «communauté». Cela convient mieux à l’ambiance 2.0 que la plateforme donne souhaite donner au vieux cours particulier.
Quant au slogan de Clevermate, je vous laisse juge: «on a tous besoin de soutien» et visiblement, surtout dans les matières scientifiques, 70% des cours donnés par les enseignants de la plateforme concerne ces disciplines.
Super profs nous donne aussi plein d’informations sur ce marché: la moyenne nationale serait de 21,50 euros. Les cours sont plus chers en région parisienne, les hommes font payer en moyenne un euro de plus que les femmes et un quart des cours payants seraient donnés à des professeurs à leurs propres élèves. Pareil, je vous laisse juge.
Le prix c’est justement l’atout des plateforme. Elles se disent moins chers que les gros acteurs du secteurs. Pas de coûts fixes, une simple interface. Et un argument choc: la démocratisations des cours particuliers. C’est ce que m’a expliqué Jules Autelin, cadre chez Clevermate.
Externalisation
Le modèle de ces plateformes est simple. Chez Superprofs comme chez Clevermate, les clients paient un droit d’entrée. Ensuite il n’y a plus de frais. Sauf si on passe en mode premium avec des services supplémentaires.
Concernant le recrutement des enseignants. Si vous êtes diplômés de quelque chose vous pouvez proposer vos services!
Jules Autelin m’a expliqué le processus de sélection de ses enseignants. La plateforme n’accepte que des étudiants de grandes écoles:«On externalise la certification du niveau».
Ils ont été triés par l’Éducation nationale (et de ce fait admis en classe préparatoire) et obtenu un concours. Il n’y a pas d’étudiants d’université proposés sur le site, qui met sans complexe, au cas où vous n’auriez pas compris, une photo du fronton de l’ancien bâtiment de l’école Polytechnique sur son site afin que les visiteurs puissent lire ce nom prestigieux.
Derrière tout cela, un discours presque social: les étudiants, dont certains auraient peu de moyens, financent leurs études en donnant des cours.
Ironie
L’angoisse scolaire est-elle au cœur de la démarche? Certainement. Jules Autelin le confirme:
«Les mamans [sic] que j’ai au téléphone demande parfois des cours dans trop de disciplines, nous sommes obligé de les réfréner. Et, pour certains élèves c’est davantage un luxe qu’une nécessité.»
Des étudiants brillants mais modestes, qui ont besoin d’argent pour financer leurs études vont aider les élèves dont les parents peu regardant à la dépense, à prendre un avantage scolaire grâce aux moyens financiers de leur famille. Triste ironie de notre «méritocratie scolaire», favorisée par l’ubérisation de l’économie.
Source : http://www.slate.fr/story/112843/uberisation-education

Futur du travail : la peur de la fin du salariat

Futur du travail : la peur de la fin du salariat

EMPLOI – Les Échos – A quelques jours d’intervalle, l’OCDE et le Forum de Davos se penchent sur le futur du travail. Avec un constat similaire : davantage que l’automatisation, c’est le risque de remplacement des salariés par des travailleurs indépendants qui devrait avoir le plus d’impact. Un article de Benoît Georges, des Échos :

Pour son premier rapport consacré au « Futur des emplois », le Forum économique mondial a choisi un chiffre choc : plus de 5 millions d’emplois pourraient être supprimés dans les quinze principales puissances économiques mondiales d’ici à 2020. Dévoilé lundi, à deux jours de l’ouverture du sommet des leaders économiques et culturels mondiaux à Davos, le document détaille, par secteurs et par pays, les créations et les destructions de postes anticipées par les dirigeants et les responsables des ressources humaines de 2.450 entreprises dans le monde. Selon eux, la « quatrième révolution industrielle », terme de l’édition 2016 du Forum (lire ci-dessous) devrait entraîner la création de 2,1 millions d’emplois nouveaux en cinq ans, mais aussi la destruction de 7,1 millions de postes « en raison des sureffectifs, de l’automatisation et de la désintermédiation » des emplois.
Le Forum de Davos est loin d’être le seul à voir dans l’adaptation des travailleurs à la révolution numérique un des défis majeurs du XXIe siècle. Jeudi et vendredi derniers, l’OCDE organisait à Paris un colloque sur « le futur du travail », afin de déterminer comment les pays de l’organisation pourraient se préparer aux bouleversements à venir. Le plus connu de ces bouleversements, et le plus médiatisé, concerne l’automatisation : la montée en puissance de la robotique, de l’intelligence artificielle et du « machine learning » (algorithmes capables de s’améliorer sans intervention humaine) va entraîner la disparition de certains emplois, ou en tout cas la substitution d’emplois humains par des robots ou des logiciels. « On s’attend à une diminution de la demande pour les tâches manuelles cognitives. Est-ce que cela veut dire que nous allons faire face à une augmentation du chômage technologique ? Il est encore difficile de le dire », estime Stefano Scarpetta, directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE.
« Economie des petits boulots »
En septembre 2013, un article de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, chercheurs à l’université d’Oxford, avait alerté le monde entier en affirmant que « 47 % de l’ensemble des emplois aux Etats-Unis » risquaient de disparaître d’ici à vingt ans à cause de l’automatisation. Abondamment reprise et adaptée depuis, cette prédiction laisse perplexe l’OCDE. L’organisation a lancé sa propre étude, dont les résultats seront connus au printemps. Pour Stefano Scarpetta, s’il est encore trop tôt pour en livrer les conclusions, « on sera sans doute loin des 47 % » avancés par les chercheurs d’Oxford. Pour lui, il y aura « une montée de l’automatisation au sein de différents métiers », mais cela ne veut pas dire qu’il y aura une substitution.
Pour les experts interrogés par le Forum économique mondial, l’automatisation n’est pas encore vue comme un facteur majeur de changement, en tout cas d’ici à 2020 : à peine 9 % d’entre eux classent la robotique avancée et le transport autonome parmi les « tendances lourdes » pour l’emploi, et 6 % dans le cas de l’intelligence artificielle, loin devant le Big Data (26 %) ou l’Internet mobile et le cloud (34 %). La tendance la plus importante, pour 44 % des sondés, ne concerne pas la robotique, mais le changement de nature du travail. «  Alors que les technologies rendent le travail possible de n’importe où et n’importe quand, les entreprises fragmentent les tâches d’une façon qui n’était pas possible précédemment », indique le rapport. Il cite comme exemple le plus marquant « l’économie des petits boulots » (« gig economy »), dans laquelle un travail jadis salarié est confié, via des plates-formes numériques, à une multitude de travailleurs indépendants.
La première grande substitution à venir ne serait donc pas celle du travailleur humain par les robots et les algorithmes, mais celle du salarié par les « freelancers » – c’est-à-dire la « désintermédiation » du rapport de Davos. Là aussi, cette tendance ne se voit pas encore dans les chiffres, mais elle est prise de plus en plus au sérieux. La preuve : le premier grand débat de l’OCDE sur le futur du travail, jeudi dernier, associait des universitaires, des représentants d’institutions, comme le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder, mais aussi David Plouffe, vice-président d’Uber, entreprise symbolique de la disruption du monde du travail.
Filet de sécurité
Si ce dernier s’est pour l’essentiel contenté de dire qu’Uber fournissait « des emplois à ceux qui en sont privés » et offrait « la liberté aux chauffeurs de travailler plus quand ils ont besoin d’argent », les autres intervenants se sont montrés bien plus sceptiques, voire critiques, sur les progrès apportés par les plates-formes. Comme le résume Guy Ryder, « la disruption peut offrir de formidables opportunités… à condition d’être le disrupteur ! Et les gens n’ont pas envie que leur vie soit disruptée. »
Pour Stefano Scarpetta, « c’est la notion même de dépendance ou d’indépendance du travailleur qui est en train de changer. Cela n’est pas forcément subi, mais cela va poser des questions très importantes en termes de protection sociale, d’accords salariaux ou de représentation collective ». Dans un monde où les risques liés à l’activité économique ne concernent plus l’entreprise, mais sont transférés sur les travailleurs, comment garantir les retraites ou l’assurance-chômage ? Pour Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, ce phénomène est à l’origine de la montée du débat sur un éventuel revenu minimum d’activité : « Les néoconservateurs pensaient que, dans une économie de la technologie, il n’y aurait plus besoin d’Etat. En fait, c’est le contraire : les gens auront besoin de l’Etat pour pouvoir passer d’un emploi à un autre. Vous prenez plus de risques si vous avez un filet de sécurité. »
Reste que l’adaptation des Etats à ce nouveau monde de l’emploi prendra du temps, qu’il s’agisse d’améliorer la formation continue, notamment pour apprendre à travailler avec les machines, ou d’organiser la protection des travailleurs indépendants. Or, comme le souligne Eli Noam, professeur à Columbia Business School, « la plus grande menace est le fossé croissant entre la vitesse exponentielle des technologies et la lenteur à laquelle nos sociétés peuvent évoluer. La loi de Moore ne s’applique ni à la société ni à la régulation. »
Une révolution, oui, mais laquelle ?

Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/021629379238-futur-du-travail-la-peur-de-la-grande-substitution-1193272.php?Gj2jbCSjIE8WgFlw.99

Numérique au travail : vingt recommandations à Myriam El Khomri

Numérique au travail : vingt recommandations à Myriam El Khomri

NOUVELLES TECHNOLOGIES – Dossier familial, Les Echos, l’Usine digital – Le Conseil national du numérique (CNNum) a formulé mercredi 6 janvier vingt recommandations pour adapter le monde du travail au numérique. Commandé il y a un an, ce rapport et ses recommandations sont destinées à alimenter les projets de loi de Myriam El Khomri sur le travail et d’Emmanuel Macron sur les « nouvelles opportunités économiques ». Des articles de Dossier familial et des Echos sur un projet sévèrement critiqué par Patrick Thiébart et Laurianne Hôo, tous deux avocats spécialistes en droit social :

Nouveaux métiers, nouvelles compétences, remise des notions classiques du travail comme le salariat.., résume le site « Dossier familial : Les conditions de travail et sa nature même ont été bouleversées par l’automatisation et la numérisation des activités. Saisi en décembre 2014 par le ministère du Travail, le conseil national du numérique (CNNum) avait pour mission de formuler des propositions pour mieux prendre en compte et améliorer les effets du numérique au travail.
Le résultat : le rapport « Travail, emploi, numérique : les nouvelles trajectoires », piloté par Nathalie Andrieuxest un document de 206 pages ( à consulter ici) traite du sujet dans « toutes ses dimensions, de l’avenir de l’emploi à la place du salariat en passant par le dialogue social à l’heure du numérique », souligne la ministre du Travail, Myriam El Khomri lors de la remise du rapport, mercredi 6 janvier 2016. Il formule un ensemble de vingt propositions, dont l’instauration d’un revenu universel (lire l’article ici), destinées à adapter notre économie au développement des nouvelles techonologies.
Voici les 20 propositions :
Promouvoir les trajectoires professionnelles hybrides
• 1. Promouvoir les parcours professionnels hybrides et pluriactifs en améliorant les dispositifs de pluriactivité via notamment les contrats de travail avec des temps partiel partagés entre plusieurs structures.
• 2. Faciliter les transitions professionnelles, notamment entre le secteur privé et public via notamment une simplification des démarches administratives.
• 3. S’appuyer sur le compte personnel d’activité (CPA) pour « sécuriser » les transitions professionnelles. Le CPA rassemblera tous les droits acquis par le salarié au cours de son parcours. Issu de la loi sur le dialogue social adoptée en août 2015, le compte personnel d’activité est en cours de construction et devrait voir le jour en janvier 2017. Les partenaires sociaux négocient pour en définir les contours. Un débat public sera lancé le 21 janvier. Les internautes pourront déposer leur contribution sur une plateforme web.
• 4. Valoriser les projets des travailleurs en dehors de son organisation principale avec le droit individuel à la contribution. La participation à des projets (engagement dans une association, projet de création et de développement d’entreprises, recherche, production, mission de médiation numérique, de solidarité) pourrait être reconnue comme un temps de formation et être comptabilisée dans le futur compte personnel d’activité.
• 5. Adapter l’offre et l’usage de la recherche d’emploi aux usages des demandeurs et des acteurs de l’emploi.
• 6. Transformer les lieux de recherche d’emploi en lieux de créativité et d’émancipation.
Redonner du sens au travail collectif et soutenir les organisations alternatives
• 7. Mieux protéger les travailleurs indépendants économiquement dépendants, non pas en adoptant un nouveau dispositif précis mais en faisant évoluer le droit commun.
• 8. Encadrer les plateformes de l’économie collaborative en appliquant le principe de loyauté.
• 9. Soutenir les formes alternatives de travail en donnant plus de visibilité aux formes alternatives collectives de travail (SCIP, SCOP, CAE).
• 10. Développer des formes de management plus collaboratives, introduire des modes d’évaluation collective et associer les travailleurs au déploiement des outils numériques de travail.
• 11. Préparer les métiers de demain pour créer le web industriel. L’automatisation y sera conçue en soutien plutôt qu’en remplacement du travail humain, manuel ou cognitif.
• 12. Pour doper l’innovation, soutenir les acteurs dans leur transformation numérique et financer la productions de biens communs pan-européens. Consolider juridiquement les licences et l’open source.
Formation et apprentissage
• 13. Simplifier la validation des acquis de l’expérience et expérimenter d’autres formes de valorisation des acquis.
• 14. Renforcer l’accompagnement des porteurs de projets.
• 15. Améliorer le service public de l’orientation et de la réorientation professionnelle.
Dialogue social
• 16. Impulser des logiques de gouvernement ouvert dans la dialogue social avec le numérique.
• 17. Intégrer de nouveaux objets au dialogue social comme l’évolution des métiers de l’autonomisation, la mesure de la charge de travail, l’équilibre vie privée-vie professionnelle.
• 18. Construire de nouvelles formes de dialogue social à de nouvelles échelles (dialogue territorial, de projets, interentreprises ou d’écosystèmes).
• 19. Inclure l’ensemble des acteurs et activités dans le prélèvement de l’impôt.
• 20. Eclairer et expertiser les différentes propositions et expérimentations autour du revenu de base.

Fruit de 50 auditions de sociologues, syndicats, économistes, entreprises et collectivités, explique Les Echos, la réflexion porte principalement sur les métiers du futur, la place du travail et du salariat et l’encadrement de l’économie collaborative. Face aux risques de paupérisation et de fracture sociale, le rapport recommande de s’appuyer sur les expériences actuellement menées en France et en Europe (Finlande, Pays-Bas) autour du « revenu de base ».
Anticiper
Face à l’impossibilité de « prédire » si l’automatisation créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira, « les acteurs publics doivent anticiper l’éventualité d’un chômage structurel persistant et d’une montée des inégalités » en trouvant « une nouvelle manière de penser la relation entre le travail et la distribution des richesses », soulignent les auteurs. L’automatisation doit être développée « en soutien plutôt qu’en remplacement du travail humain », écrivent-ils.
Le groupe de travail propose aussi de faire « évoluer le droit commun » pour « assurer une protection effective pour les travailleurs indépendants mais économiquement dépendants ». La définition du « lien de subordination doit changer », « l’employeur doit avoir des devoirs en matière de protection sociale », explique à l’AFP Nathalie Andrieux, membre du Conseil national du CNNum, qui a piloté le groupe de travail.
Le rapport prône également de « valoriser l’alternance entre les différentes formes d’emploi » en favorisant « le travail en temps partagé » et la pluriactivité, qui, selon l’Insee, concerne 2,5 millions de personnes.
Les auteurs défendent en outre l’idée d’un « droit individuel à la contribution » permettant aux salariés, du public comme du privé, de participer à des projets en dehors de leur activité principale. Ces projets, par exemple associatifs, pourraient être « reconnus comme un temps de formation », comptabilisé dans le futur Compte personnel d’activité (CPA). « Il faut attacher les droits à la personne et non au statut et remettre du collectif dans la société », estime Mme Andrieux.
Faire de la France un pays leader
Autre enjeu crucial pointé: la formation professionnelle, que le rapport appelle à « transformer » et moderniser en profondeur, en valorisant notamment l’acquisation des connaissances tout au long de la vie. Il appelle aussi à mieux « encadrer les plateformes de l’économie collaborative », comme le prévoit déjà le projet de loi numérique d’Axelle Lemaire, en les obligeant à rendre plus lisible leurs conditions d’utilisation et de rémunération.
Enfin, les auteurs encouragent la France à « être leader » pour rendre plus « équitables » les règles fiscales internationales dont le contournement prive les Etats d’une partie d’impôts sur les sociétés. Pour préparer ses textes, le gouvernement dispose de plusieurs rapports récents sur l’impact du numérique, dont celui remis en septembre par le DRH d’Orange Bruno Mettling.

La fantasmagorie à l’heure du numérique ! s’emportent Patrick Thiébart et Laurianne Hôo, tous deux avocats spécialistes en droit social au sein du cabinet Jeantet. Ils s’inquiètent de certaines propositions qui pourraient venir déstabiliser les partenaires sociaux, pour un bénéfice plus qu’aléatoire. Ils considèrent en outre que la solution préconisée en matière de travailleurs de plate-forme est floue et insuffisante : Ainsi, alors même que la loi Rebsamen du 17 août 2015 a introduit, dans le code du travail, une simplification et une rationalisation du dialogue social, par le biais notamment d’une simplification des consultations et des négociations avec les représentants du personnel, le CNNum préconise, pour sa part, d’instaurer en amont des négociations collectives obligatoires des consultations de l’ensemble du personnel afin de « recueillir [son] avis sur les objets de négociation et faire émerger de nouvelles revendications ». Le Medef appréciera, à n’en pas douter, cette préconisation, source évidente de blocage du dialogue social…
De nouveaux Collectifs dans le dialogue social
Autre source de blocage probable, la proposition du CNNum qui vise à associer « de nouveaux collectifs, hors syndicats, dans les négociations collectives [du] Code du travail ». La lecture du rapport du CNNum ne permet pas de déterminer quels seraient ces « nouveaux collectifs » invités à la table des négociations des partenaires sociaux. On sait simplement qu’ils n’auraient pas besoin d’être représentatifs des salariés (sic !) et pourraient être de simples émanations de groupes constituées via les réseaux sociaux (re-sic !). Les organisations syndicales apprécieront … alors qu’elles font l’objet d’une véritable défiance de la part des auteurs du rapport du CNNum. C’est ainsi que le rapport indique, sans ambages que « l’absence totale de participation [des nouveaux collectifs] aux négociations collectives ne peut que créer, voire accentuer, un écart entre les représentants du personnel et les salariés ».
Le CNNum entend également « assurer une protection effective pour les travailleurs indépendants mais économiquement dépendants en faisant évoluer le droit commun ». On aurait aimé que le CNNum indique comment il entend assurer une telle protection des travailleurs indépendants et en particulier ceux de l’économie collaborative. Le CNNum n’entend pas entrer dans le débat, considérant « qu’il n’est pas dans sa vocation de préconiser l’adoption d’un dispositif précis ». C’est bien regrettable car le sujet mérite qu’on lui consacre autre chose que des considérations aussi générales que vagues.
Toute la difficulté du débat est de concilier l’essor de l’économie collaborative, source de création d’emplois, avec la protection des collaborateurs de cette économie et des entreprises de l’économie traditionnelle.
Endiguer la précarisation sociale
En effet, l’essor des entreprises de l’économie collaborative ne doit pas se faire à n’importe quel prix. On ne peut notamment pas accepter la précarisation sociale dans laquelle sont susceptibles de tomber les collaborateurs des plates-formes économiques. Il convient donc d’encadrer le travail numérique dans l’intérêt des travailleurs de cette économie mais également dans celui des entreprises de ce secteur. Sans un cadre juridique stable et précis, les entreprises demeureront confrontées à des risques aussi sérieux que le risque de requalification de la relation de travail en contrat de travail, le risque de travail dissimulé ou encore le risque de dissimulation d’activité.
La protection des collaborateurs de l’économie collaborative, que le CNNum appelle de ses vœux, passe par une redéfinition du salarié. On ne peut plus définir le salariat par le seul lien de la subordination juridique entre un employeur et un salarié ou, pour paraphraser la Cour de cassation, l’accomplissement par le salarié d’un travail pour le compte et sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, de contrôler l’exécution du travail et de sanctionner les éventuels manquements.
Cette définition n’intègre pas la situation de dépendance économique dans laquelle se trouvent placés de nombreux collaborateurs de l’économie collaborative. Ceux-ci ne bénéficient aujourd’hui ni des avantages des salariés (convention collective, salaire minimum, temps de travail…), ni des avantages des prestataires indépendants dans la mesure où ils ne peuvent librement négocier le prix de leurs prestations.
Redéfinir le salarié au regard de sa dépendance juridique mais aussi de sa dépendance économique à l’égard d’un employeur est ce que suggère Bruno Mettling, le DRH d’Orange, dans son rapport remis mi-septembre à Myriam El Khomri.
Le gouvernement a confié, le 8 octobre dernier, à Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, une mission sur l’économie collaborative afin de proposer des pistes permettant de remédier à ses abus. Ce rapport, qui devrait être présenté au début de l’année 2016, devra notamment estimer s’il faut un nouveau statut pour les travailleurs collaboratifs.
Ne pas multiplier les statuts
Il ne parait cependant pas nécessaire de créer un nouveau statut. Créer un statut spécifique aux travailleurs de l’économie collaborative ne ferait que compliquer un peu plus la vie des chefs d’entreprise et complexifier la réglementation applicable aux entreprises
Pourquoi alors ne pas s’inspirer de la jurisprudence de la Cour de cassation en matière de co-emploi, qui s’est créée en partant du principe que l’existence d’une relation de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties ni de la dénomination qu’elles ont donnée à leur convention, mais des conditions de fait dans lesquelles est exercée l’activité des salariés ?
La qualité de co-employeur est alors déduite de la seule existence d’une confusion d’intérêts, d’activités et de direction entre deux sociétés d’un même groupe, « sans qu’il soit nécessaire de constater l’existence d’un rapport de subordination individuel de chacun des salariés de la filiale à l’égard de la société mère ».
Dès lors, sur la base de cette jurisprudence, une plateforme collaborative deviendrait employeur de fait toutes les fois que son immixtion dans la gestion et la direction des activités de ses prestataires entrainerait une réelle perte d’autonomie dans l’exercice de leurs propres affaires.
En reprenant une définition de ce type dans le code du travail, suffisamment large pour ne pas priver le juge de son pouvoir de requalification, le législateur obligerait les plateformes collaboratives à adapter leur business model sans pour autant mettre un frein à leur développement.

Sources : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_cnnum_travail_version_finale.pdf ; http://www.dossierfamilial.com/emploi/conditions-de-travail/numerique-au-travail-les-vingt-recommandations-presentees-myriam-el-khomri-83412 ; http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021599600128-un-rapport-sur-le-numerique-pour-anticiper-les-mutations-du-monde-du-travail-1189968.php?Uqfb2Ggr8IhwC5dV.99 ; http://www.usine-digitale.fr/article/le-rapport-du-cnnum-ou-la-fantasmagorie-a-l-heure-du-numerique.N372170