Stress au travail : des conséquences lourdes sur notre santé

Stress au travail : des conséquences lourdes sur notre santé

RPS  – Doctissimo –  En marge de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, l’Organisation internationale du travail (OIT) publie un rapport sur les conséquences sanitaires et financières du stress lié au travail. L’OIT s’est appuyée sur plusieurs études récentes pour dresser un bilan chiffré des conséquences du stress en entreprise sur notre santé. Et les résultats sont plutôt inquiétants. Un article de Annabelle Iglesias :

L’exposition à un stress élevé augmente le risque de développer des troubles psychologiques comme l’épuisement, l’anxiété, la dépression ou encore le burnout.

En 2007, une étude révélait que dans l’Union Européenne, 40 millions de personnes étaient affectées par le stress au travail. L’OIT s’est appuyée sur plusieurs études récentes pour dresser un bilan chiffré des conséquences du stress en entreprise sur notre santé. Et les résultats sont plutôt inquiétants.

Le stress lié au travail conduit parfois au suicide

Plusieurs études citées dans le rapport de l’OIT ont montré que des conditions de travail stressantes pouvaient avoir un impact négatif sur le bien-être des salariés et sur leur santé. L’exposition à un stress élevé augmente le risque de développer des troubles psychologiques comme l’épuisement, l’anxiété, la dépression ou encore le burnout, mais aussi physiques comme les maladies cardiovasculaires ou des troubles musculo-squelettiques. Un certain nombre de suicides seraient également imputables au stress au travail, selon l’OIT.
D’un point de vue économique, en Europe, la dépression liée au travail représente un coût de 617 milliards d’euros par an. Cette somme colossale englobe les coûts de l’absentéisme, la perte de productivité, les coûts des soins de santé et les dépenses sociales. En 2009, une étude avait démontré que 50 à 60 % des journées de travail perdues en Europe étaient liées au stress au travail.

La crise économique et les communications instantanées pointées du doigt

Comment en sommes-nous arrivés là ? Selon l’OIT, plusieurs facteurs ont contribué à l’augmentation du stress lié au travail. L’Organisation les appelle les “risques psychosociaux“. Ainsi, la concurrence accrue, la précarisation de l’emploi, les cadences de travail rapides et intensives, les horaires de travail irréguliers et chargés, des exigences professionnelles plus élevées…sont souvent à l’origine d’un état de stress au travail. Ces facteurs seraient eux-mêmes la conséquence de la récente crise économique mondiale qui a poussé les entreprises à rester compétitives dans un contexte de récession.

La crise n’est pas la seule responsable. L’OIT pointe également du doigt l’intrusion de la vie professionnelle dans la vie privée liée notamment à l’explosion des communications instantanées. “Les lignes de séparation entre le travail et la vie privée sont de plus en plus difficiles à identifier“, dénonce le rapport. Ainsi, en janvier 2016, une étude révélait que les personnes qui avaient accès à leurs mails pros sur leur smartphone étaient plus stressées que les autres.

Parmi les secteurs les plus touchés par le stress lié au travail, on retrouve l’éducation, la santé et l’agriculture.

Des mesures pour soulager le stress au travail

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.doctissimo.fr/psychologie/news/stress-lie-au-travail-des-consequences-lourdes-sur-notre-sante

Loi Khomri : l’inspiation du Medef et de la Commission européenne

Loi Khomri : l’inspiation du Medef et de la Commission européenne

REFORME  – Mediapart –  Jacques Nikonoff, professeur à l’Institut d’études européennes a cherché les sources d’inspiration de la loi Khomri sur le travail. La thématique de la « refondation sociale » défendue par le Medef semble, selon l’universitaire,  avoir inspiré les rédacteurs du projet. Mais l’autre pôle générateur pourrait être l’Union européenne elle-même : L’Union européenne impose en effet, pour Jacques Nikonoff,  « des politiques d’austérité (notamment des « réformes structurelles du marché du travail ») qui consistent à affaiblir les droits et les protections des salariés face aux risques sociaux ». La Commission européenne a fait de nombreuses recommandations que l’on retrouve dans le projet Khomri. L’ensemble de cette étude très complète est parue dans son blog, sur Mediapart :

Le projet de loi El Khomri correspond à la mise en œuvre d’une partie du projet du grand patronat français (le Medef). C’est à l’occasion de son Assemblée générale du 18 janvier 2000 que le Medef a décidé de lancer l’idée de la « refondation sociale ». Il ne veut plus de lois constitutives de droits pour les salariés, il veut généraliser la notion de « contrat » entre l’employeur et le salarié.

Par ailleurs, dans le cadre du « Semestre européen », la Commission européenne publie des rapports par pays. Rappelons que le Semestre européen est un cycle de coordination des politiques économiques et budgétaires au sein de l’Union européenne (UE), à l’occasion desquels les États membres alignent leurs politiques économiques et budgétaires sur les règles et les objectifs arrêtés au niveau de l’UE. Il s’inscrit dans le cadre de la « gouvernance » économique de l’Union européenne. Ce cycle se concentre sur les six premiers mois de chaque année, d’où son nom. La Commission européenne a fait cette proposition en mai 2010, les ministres de l’Économie et des Finances l’ont adopté et introduit en septembre 2011. Le processus consiste à coordonner les politiques économiques et budgétaires de la zone euro, en lien avec le Pacte de stabilité et de croissance et la stratégie Europe 2020. Dans ce but, un calendrier d’intégration des budgets des États membres de l’UE au niveau européen a été mis en place en 2011 (le semestre européen). Concrètement, il s’agit de faire « dialoguer » la Commission, chargée du respect du pacte de stabilité et de croissance, et les États membres tout au long de leur processus d’élaboration budgétaire. Des prévisions économiques sont produites trois fois par an par la Commission qui, en janvier, présente un « Examen annuel de croissance » (EAC) pour chaque État membre. Cet EAC met au jour les « réformes » et les « efforts » à effectuer par ces pays. Il débouche sur l’établissement de priorités par le Conseil européen, transmises ensuite, en mars, aux États. En avril, ces derniers doivent élaborer à partir de ces priorités, un « programme de stabilité » qui est ensuite transmis à la Commission (comprendre un programme d’austérité. Celle-ci transmet alors en juin des recommandations pour chaque pays au Conseil européen qui les adopte en juillet. Dès lors, les États doivent intégrer ces recommandations dans leurs projets budgétaires pour l’année suivante. Le semestre européen correspond à une nouvelle étape dans le démantèlement de la souveraineté des États membres.

I- LE COMMUNIQUE DE PRESSE DU 26 FEVRIER 2016 DE LA COMMISSION EUROPEENNE PRESENTANT LE « RAPPORT SUR LA FRANCE »

La Commission européenne a publié le 26 février 2016 son analyse annuelle « des défis économiques et sociaux, auxquels font face les États membres de l’UE », à savoir les « rapports par pays ». Ces rapports sont un instrument destiné à suivre les « réformes » engagées (comprendre la mise en œuvre de politiques néolibérales). Ils servent de base au « dialogue » avec les États membres concernant leurs choix nationaux en vue de l’adoption de leurs programmes nationaux en avril et conduiront à la formulation, à la fin du printemps, des recommandations de la Commission par pays.

Étrangement, le rapport sur la France n’est disponible qu’en anglais. La charge symbolique est très forte, comment inciter au « dialogue » si une partie de la population, du fait de la barrière de la langue, ne peut accéder à des données, analyses ou recommandations concernant son propre pays ?

A.- Décentralisation de la négociation collective à l’échelle de l’entreprise conformément au projet du Medef

La Commission européenne constate avec gourmandise qu’un « glissement » s’est produit vers la décentralisation de la négociation collective. Le cadre introduit en 2004 par la loi n° 2004-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social (dite loi Fillon) a étendu la portée de la négociation collective aux entreprises moyennes. Les accords d’entreprise ou de branche ont été autorisés à déroger aux accords de branches ou interprofessionnels, même si les conditions sont moins favorables aux travailleurs. Néanmoins, regrette la Commission européenne, le principe de faveur, qui établit qu’une révision à la baisse des conditions d’emploi ne peut pas se produire, reste valable « pour le salaire minimum, les classifications, les mesures supplémentaires de protection sociale, les fonds interprofessionnels de la formation professionnelle ». On comprend que la Commission européenne va agir pour continuer la délocalisation vers l’entreprise de la négociation collective sur ces sujets.

Depuis que les dérogations aux accords de branche ou interprofessionnels ont été autorisées, la Commission européenne constate avec regret que les résultats ont été particulièrement faibles. Depuis 2013, seulement 10 accords d’entreprise ont été conclus (accords de maintien de l’emploi), couvrant moins de 2 000 travailleurs. Pour tenter de redresser la situation, la loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite loi Macron) a étendu la durée de ces accords à 5 ans et a introduit la notion de cause « réelle et sérieuse  » pour licencier les salariés refusant les termes de l’accord, réduisant de ce fait l’incertitude pour les entreprises dans les litiges avec leurs salariés.

À la suite du rapport Combrexelles de septembre 2015, la Commission européenne donne un coup de chapeau au gouvernement qui aurait ainsi manifesté « son intention de réformer progressivement le code du travail pour renforcer l’autonomie de négociation au niveau de l’entreprise » et annoncé qu’une loi serait présentée (le projet de loi El Khomri).

Le projet de loi El Khomri correspond à la mise en œuvre d’une partie du projet du grand patronat (le Medef)

La Commission européenne ne s’arrête pas aux encouragements à détruire le Code du travail, elle insiste également sur la nécessité de poursuivre la destruction du modèle social européen issu de l’après-guerre, reprenant ainsi toutes les exigences du grand patronat.

L’organisation sociale idéale, pour le Medef, est celle dans laquelle les entreprises pourraient définir les contenus des contrats de travail sans aucune contrainte, comme au XIXe siècle avec le contrat de louage où les ouvriers se présentaient en place de Grève… Démunis de tous droits individuels et collectifs, les salariés n’auraient plus aucun recours légal. Car placer le contrat au-dessus de la loi revient à remettre en cause le principe de la hiérarchie des normes juridiques. Selon ce principe la Constitution se place au sommet de notre architecture juridique. Tous les autres textes en découlent en formant une hiérarchie : les traités internationaux, les lois, les règlements… Un arrêté municipal, par exemple, reste subordonné aux principes généraux du droit et ne peut contrevenir aux stipulations d’un texte d’un niveau supérieur. Si la loi fixe le SMIC à 1 500 euros mensuels, aucun accord de branche ou d’entreprise ne peut aujourd’hui fixer un seuil inférieur. Le Medef veut pourtant obtenir la possibilité, avec l’appui de la Commission européenne, de signer des accords de branche ou d’entreprise qui fixeraient le SMIC à 1 000 euros par exemple pour les salariés de cette branche ou de cette entreprise… C’est ce qu’il exprime clairement quand il critique le système actuel qui « hiérarchise les règles sociales suivant le principe de la clause dite la plus favorable » (le principe de faveur). Le Medef a trouvé dans le Parti socialiste et le gouvernement Hollande-Valls un agent beaucoup plus efficace que le dernier gouvernement Sarkozy-Fillon qui n’avait pas osé aller si loin.

La « refondation sociale » engagée par le MEDEF est une tentative de coup d’État

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Pour lire l’ensemble de l’étude : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/310316/la-double-inspiration-du-projet-de-loi-el-khomri-sur-le-demantelement-du-code-du-tra

 

French weigh ‘right’ to disconnect from work emails at home

French weigh ‘right’ to disconnect from work emails at home

NOUVELLES TECNOLOGIES  – USA Today  Usa Today est un quotidien national américain fondé en 1982 par Allen Neuharth et publié par Gannett Corporation. Il s’agit du journal le plus diffusé aux États-Unis avec plus de 2,25 millions d’exemplaires écoulés par jour. Maya Vidon a réalisé un article sur l’abord français de la déconnexion nécessaire de l’internet professionnel, pour les salariés. La journaliste d’USA Today cite une étude de Technolgia en appui de son enquête :

(…)Recent technology has dealt a tremendous blow to the French laissez-faire way of life that emphasizes enjoying time off.

But a controversial new bill could give workers the « right to disconnect » during off hours and vacations. The measure is one of a series of changes introduced by President François Hollande’s government to change France’s over-regulated labor market.

Other measures, allowing overtime on top of France’s 35-hour workweek and granting employers more power to hire and fire, have spurred hundreds of thousands of protesters into the streets in recent weeks. Protesters say the government is caving to business interests in hopes of reducing France’s 10% unemployment rate.

The « right to disconnect » legislation, which would go into effect in 2018 if passed, would require companies to encourage employees to turn off phones and other devices after they leave work.

« As a business owner, my life today is to be connected to my company 24/7, » said Nicolas Potier, founder of ACSEO, a start-up that builds Web and mobile applications. « We are already vigilant to the quality of life of our employees. »

He said some of his workers have no problem staying online until a customer is satisfied. « We don’t have a time clock or any equivalent system. It really is a state of mind, » he added.

The law reflects the sense in France that white-collar workers in the digital age are vulnerable to burnout.

Technologia, a risk analysis firm, found that 3.2 million French workers were emotionally exhausted from work and at risk of developing burnout symptoms like exhaustion and chronic stress.

« It is a real problem, » said Yves Lasfargue, a sociologist who specializes in teleworking. « Twenty years ago, before emails had been invented and we could not reach colleagues, we would have to go and knock on their doors. Traditional courtesy teaches you to abstain from disturbing people. With these new tools, this form of courtesy has totally disappeared. This is why we need to legislate. »

France’s powerful labor unions don’t support most of the government’s labor overhauls, but they at least partially support the disconnect measure.

A union survey in November found that 75% of its managers worked at home in the evening. More than 50% of managers said they worked on weekends and holidays, according to UGICT-CGT, a union of engineers, managers and technicians.

The union became aware of the problem after it heard that German automaker Volkswagen shuts down its servers after work so employees can’t send emails. « It made us reflect upon our own work conditions, so we launched our own campaign, » said Sophie Binet, the union’s secretary-general. (…)

Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.usatoday.com/story/news/world/2016/03/25/france-technology-time-off-work-emails/82070906/?utm_source=feedblitz&utm_medium=FeedBlitzRss&utm_campaign=usatoday-newstopstories

Hôpitaux de Paris : réforme du temps de travail

Hôpitaux de Paris : réforme du temps de travail

HÔPITAL  – Libération, Les Echos – Ce mardi, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris sera de nouveau en ébullition. Un appel à la grève a été lancé par la quasi-totalité des syndicats pour s’opposer à la réforme du temps de travail des 75.000 personnels non-médecins, validée en octobre grâce à la signature de la CFDT. Le mouvement social coïncide avec l’examen par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de deux rapports commandés il y a cinq mois par les mêmes syndicats, auprès d’Emergences et de Secafi. Les expertises commandées par les syndicats sont examinées au CHSCT ce mardi. Les critiques et l’appel à la grève ne freineront pas l’application de la réforme, selon la direction de l’AP-HP. Des articles de Libération et des Échos :

 «Hirsch vole les repos des héros», proclamait une bannière tendue devant l’établissement où se tenait un CHSCT central (Comité d’hygiène et de sécurité) au cours duquel le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, doit présenter pour avis les nouveaux ajustements de sa réorganisation du temps de travail, rapporte Libération

La réforme qui vise les 75.000 agents (hors médecins) de l’institution repose sur une modification des temps de travail et des suppressions de RTT. Elle prévoit le passage de 7h36 de travail auxquelles sont soumis actuellement 50% des agents, à 7h30, synonyme de 15 RTT au lieu de 18. Le texte prévoit également la suppression au 1er septembre du régime horaire en 7h50 (16% des agents) pour le remplacer par celui en 7h36 avec un passage de 20 à 18 RTT.

Selon un audit, la direction de l’AP-HP a évalué à 48,4 millions d’euros brut les économies générées par la réforme entre 2016 et 2019, et à 41,1 millions les gains réalisés en termes de remplacement (intérim, remplacement, heures supplémentaires). Mais cet audit a mis en exergue une désorganisation des services liée à un absentéisme «préoccupant» et une «surcharge de travail». Martin Hirsch doit annoncer la mise en place d’ici l’été d’un plan de lutte contre ce phénomène. La direction fait valoir en outre que l’intégration de la pause repas dans le temps de travail pouvait être considérée «implicitement» comme une «compensation» aux dépassements horaires. (…)

Premières mesures mises en œuvre dès avril, précise Solveig Godeluck, des Echos : les premières mesures devraient être mises en œuvre dès le mois d’avril, avec la suppression des jours de congé extra-légaux  pour « médaille », « fête des mères », ou « forfait protocole ». Les changements les plus structurants seront en place au plus tard le 1er septembre. Il s’agit de la suppression de l’horaire journalier en 7 heures 50, qui donnait droit à 20 jours de réduction du temps de travail, pour se recentrer sur le 7h36, avec 18 jours de RTT, et faire progresser le 7h30 (15 RTT). A cette date sera aussi instaurée la « grande journée ». Pour avoir en permanence quelqu’un au lit du malade, il fallait renforcer les effectifs de l’après-midi, de nombreux agents préférant être du matin. Désormais, ce sera à tour de rôle. (…)

Rapport particulièrement critique

Les rapports demandées par le CHSCT, sont très critiques, notamment celui de Sécafi. Ce dernier est particulièrement critique. Il juge que les efforts demandés au personnel sont disproportionnés en regard de ce que la réforme est censée rapporter au plan budgétaire : « L’ensemble des économies attendues par la réforme de l’organisation du travail représente 1 % des dépenses de personnel de 2014 (hors médecins) au compte du résultat principal », souligne Secafi. La direction compte économiser 41 millions d’euros en 4 ans (2016-2019) en évitant de faire appel à des intérimaires, des remplaçants, ou de payer des heures supplémentaires, mais les experts syndicaux estiment au contraire que l’absentéisme pourrait augmenter.  (…)

Cette nouvelle organisation est potentiellement déstabilisante. C’est pourquoi la direction, après avoir lu les expertises, a adressé aux membres du CHSCT et du comité d’entreprise une liste de mesures sur lesquelles elle est « prête à s’engager ». D’abord, la stabilité des plannings, qui fera l’objet d’enquêtes de satisfaction. Ils seront établis pour un trimestre, avec l’objectif de monter à six mois. Chaque pôle ou service disposera d’outils permettant de mesurer un « indice de stabilité ». L’absentéisme fera aussi l’objet d’un suivi particulier. Les badgeuses seront expérimentées dans les services qui en font la demande, ainsi que le télétravail. La direction souhaite regarnir les services « sous-dotés » en personnel en piochant dans les « sur-dotés ». Des postes de médecins du travail vont être créés. Enfin, le programme de « déprécarisation » engagé en 2015 pour le personnel au lit du malade doit se poursuivre en 2017-2018. La direction se dit prête à ouvrir la négociation fin 2016. (…)

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.liberation.fr/societe/2016/03/29/manifestation-contre-la-reforme-du-temps-de-travail-dans-les-hopitaux-parisiens_1442590 ; http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021800165160-hopitaux-de-paris-la-reforme-du-temps-de-travail-sera-mise-en-oeuvre-avant-septembre-1209896.php

Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

Marc Loriol : la « construction sociale » des RPS

RISQUES PSYCHOSOCIAUX  – Miroir Social –  Marc Loriol est sociologue (IDHES), spécialiste du stress au travail et plus généralement des risques psychosociaux. Il est co-directeur scientique de DIM Gestes. C’est dans le cadre d’une classe préparatoire pour entrer à l’ENS de Cachan que Marc Loriol a découvert la sociologie. « Cette discipline me permettait de faire de la recherche empirique, du terrain, ce qui me semblait plus concret que l’économie, plus théorique et abstraite ».Très vite, ce sont les questions de santé qui ont accaparé son attention, notamment la fatigue. « C’est un sujet médical très important mais difficile à cerner… J’ai donc cherché à savoir, dans le cadre de mon mémoire de DEA, comment ce symptôme était traité en médecine générale ». En thèse, le chercheur a fini par lier ces questions au monde du travail. Il est interviewé par Audrey Minart, dans Miroir Social

Audrey Minart : l’approche des risques psychosociaux par le prisme de leur « construction sociale » est devenu votre fil rouge. Pourquoi insister sur cette notion ?
Marc Loriol : Avec la construction sociale, j’ai voulu montrer que l’on doit éviter un double écueil : le premier est de dire que les risques psychosociaux n’existent pas vraiment parce qu’ils n’étaient auparavant pas traités sous la forme du stress ou du harcèlement. Certains parlent même de « mode ». D’ailleurs, le concept de « construction sociale » est souvent mal compris : il ne signifie pas que les pathologies n’existent pas mais qu’elles s’expriment dans un contexte donné, celui-ci ayant une influence sur la manière dont les plaintes se formulent. Justement, l’autre écueil serait de penser que cela existe depuis toujours, comme la grippe ou le cancer qui sont bien définis, et que l’organisme humain va toujours réagir de la même manière lorsqu’il est soumis à tel ou tel type de contrainte…

J’essaie pour ma part de trouver un compromis entre ces deux approches caricaturales, c’est-à-dire de montrer que cela existe dans un contexte économique et social particulier, en fonction de situations sociales construites et vécues par les gens. Il y a, actuellement, une individualisation du rapport au travail et à ses risques : si l’on considère les métiers dans lesquels on se plaint le plus de stress et ceux dans lesquels on s’en plaint le moins, on peut constater que les seconds sont ceux dans lesquels le fonctionnement collectif est encore relativement fort, contrairement à ceux dans lesquels les rapports sont plus individualisés et individualistes.
Un exemple de l’importance du contexte économique et social ?
J’ai montré cela en comparant policiers et infirmières, ou encore ouvriers et infirmières. Longtemps, dans le monde ouvrier, on a peu employé le vocable de stress. Toutes les enquêtes européennes et américaines le montrent : au bas de l’échelle sociale, on parle plus facilement de fatigue que de stress et vice-versa. D’après ce que les ouvriers m’ont expliqué lors de mon enquête dans les années 1990, ce n’est pas parce que le travail n’est pas difficile, au contraire, mais parce qu’en parler renvoie à une plainte individuelle. Alors que l’ouvrier est davantage dans une approche collective, qui renvoie aux capacités du groupe à se défendre par l’action syndicale et politique, formellement, ou de façon informelle par « le coulage », le « freinage » et toutes sortes de stratégies de résistance… Cela renvoie également à la capacité de s’organiser entre soi, à s’entraider, y compris avec l’encadrement de proximité, à gérer la pénibilité avec une répartition des postes, les plus durs aux jeunes, ceux qui l’étaient un peu moins aux salariés vieillissants…

Malheureusement, cette forme de gestion ne fonctionne plus : l’industrie embauche de moins en moins de jeunes et les tâches les moins difficiles, entretien, contrôle, expédition, ont été externalisées. La résistance collective s’est aussi effritée et le syndicalisme a beaucoup perdu de son pouvoir… Donc, si l’on y parlait auparavant peu de stress, il y a un rattrapage depuis quelques années. Il y a sans doute aussi un effet circulaire avec des médias qui parlent beaucoup plus de ces questions-là… Mais c’était déjà un peu le cas dans les années 1990/2000. Selon moi, si les ouvriers s’y reconnaissent davantage, c’est parce qu’ils n’ont plus cette vision alternative où le problème de santé au travail était vu comme le résultat de l’exploitation du monde ouvrier par l’organisation du travail. Pour les brigades de police secours, on remarque que celles dans lesquelles on retrouve le plus de plaintes de stress sont celles qui sont les plus « anomiques », c’est-à-dire où l’on retrouve moins de collectif, de valeurs partagées… Il n’y a pas forcément plus de conflits mais on y parle moins de travail parce que les policiers ne sont pas d’accord sur ce qu’est un « bon travail » : jusqu’où aller, comment valoriser certaines tâches plus routinières pour les rendre plus acceptables ? Ce que l’on ne fait pas par exemple dans les commissariats dits « difficiles », ce qui peut paraître contre-intuitif parce qu’il s’y passe plus de choses. Le fait est qu’on y trouve plus de jeunes et un fort renouvellement. Donc toutes les tâches un peu routinières (comme le contrôle routier par exemple) y paraissent extérieures au travail policier. Elles sont alors vécues comme peu valorisantes et imposées par la hiérarchie.

Le contexte est donc crucial. Y compris le national. A-t-on tendance, en France, à appréhender certains phénomènes de manière différente que dans d’autres pays ?
Il est intéressant de constater que l’explosion de l’intérêt médiatique pour le stress a connu des calendriers différents d’un pays à l’autre : dès les années 1970 aux États-Unis, dans les années 1980 au Royaume-Uni et fin des années 1990 en France. On peut donc se poser la question de ce décalage. Par ailleurs, en France, la notion de l’épuisement professionnel a été moins développée qu’aux États-Unis par exemple : on y trouve moins de médecins spécialisés, et les associations de malades y sont moins actives. Même si le cabinet Technologia essaie depuis 2012 de populariser le terme, il reste moins utilisé que dans d’autres pays, comme l’Allemagne, la Suisse où l’on parle cependant moins de stress qu’en France. La dépression est en outre plus évoquée en France qu’en Allemagne. Nous manquons d’études comparatives pour comprendre l’origine et les conséquences de ces différences entre pays, le rôle des cultures nationales, des formes de relations professionnelles, des systèmes de santé etc.
Cela ne peut-il pas s’expliquer par le simple fait que les réalités ne sont pas les mêmes ?

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.miroirsocial.com/actualite/13126/le-concept-de-construction-sociale-est-souvent-mal-compris-marc-loriol-co-directeur-scientifique-du-dim-gestes