Collectivités : panorama des absences au travail

Collectivités : panorama des absences au travail

ABSENTEISME  – Miroir Social –  Sofaxis* publie chaque année depuis 15 ans des notes de conjoncture relatives aux absences pour raison de santé dans les collectivités locales, qui donnent des éclairages toujours particulièrement intéressants dans les secteurs couverts. Un article de Jacky Lesueur, dans Miroir Social :

L’édition 2015 qui vient d’être publiée retiendra certainement l’attention ; elle détaille l’évolution des indicateurs de mesure parmi lesquels trois indicateurs essentiels :la durée des arrêts de travail, leur fréquence et le nombre d’agents concernés.
L’étude à été élaborée à partir d’un échantillon de près de 370 000 agents CNRACL employés dans 18 500 collectivités.
L’édition 2015, qui porte sur les observations de l’année 2014, présente également les coûts et les typologies d’arrêts ainsi que les critères d’influence sur les absences, tels que l’âge ou la taille des collectivités.
Des interventions d’experts, délivrant leur analyse et leur expérience en matière de prévention des risques professionnels et d’amélioration de la santé au travail, complète cette publication.
Quelques éléments à retenir :
• 82 % des agents territoriaux portent de l’intérêt à leur travail, un travail qu’ils sont plus nombreux (86 %) à juger « utile » ;
• ces agents considèrent cependant à 67 % que leurs conditions de travail sont pénibles ;
• 39 % des agents interrogés jugent que leur emploi « génère du stress au quotidien, notamment dans le cadre des relations humaines » ;
• 69 % des agents bénéficient de l’appui de leurs collègues en cas de besoin ;
• 58 % estiment également pouvoir compter sur le soutien de leurs supérieurs hiérarchiques si nécessaire ;
• mais 46 % des agents souffrent d’un sentiment de manque de reconnaissance de la part de leur hiérarchie.
Le taux d’absentéisme dans les collectivités territoriales s’élève en moyenne à 8,8 % en 2014. Depuis 2009, ce taux a connu une croissance de 19 % toutes natures d’arrêts confondues (maladie ordinaire, longue maladie, longue durée, accident du travail et maternité).
* Sofaxis via ses cinq entités (SOFCAP, SOFCAH, DS services, Publiservices et DS formation) est l’un des principaux courtiers en assurances pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière, et un expert en matière d’accompagnement social et de services dans les domaines de performances des organisations et de la santé au travail.

Source : http://www.miroirsocial.com/actualite/12709/panorama-des-absences-au-travail-pour-raisons-de-sante-dans-les-collectivites-territoriales

Réaffirmer la laïcité dans la fonction publique

Réaffirmer la laïcité dans la fonction publique

CRISE – gouvernement.fr – Réaffirmer la laïcité dans les écoles, la fonction publique et le monde professionnel : une seule attitude est possible : la reprise en main, l’affirmation, l’application, l’explication de ce qu’est la laïcité. Un communiqué du site gouvernement.fr :

9 décembre : la première journée nationale de la laïcité
La République a ainsi fêté le 110e anniversaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Cette loi « a permis à des générations et des générations de Français, au-delà de leurs appartenances et de leurs croyances, de vivre ensemble, une singularité bien française », a rappelé Manuel Valls. « La laïcité est le fondement de la citoyenneté [et] les principes laïques sont là pour protéger cette citoyenneté ». « On est d’abord citoyen français [unis dans un destin commun], avec des confessions religieuses ou non », a de son côté déclaré Stéphane Le Foll.
La laïcité est un principe d’unité et de liberté, de rassemblement dans la différence, elle n’est ni une arme de stigmatisation, ni la négation du fait religieux. Elle est aujourd’hui menacée.
« Depuis 25 ans, la laïcité a été brouillée dans son message », note en effet Manuel Valls. « La laïcité, c’est toutes les religions à leur juste place, à bonne distance de l’État. » Les « mains partisanes de l’extrême droite n’ont qu’un seul but : affaiblir la laïcité pour affaiblir la République » en stigmatisant. Elle « la détourne, l’instrumentalise pour s’attaquer violemment aux musulmans de France, pour exclure, rejeter, semer la haine et la division, en faisant d’eux des Français de second rang ». L’extrême droite est rétrograde et veut « retourner avant 1905, vers ces guerres de religions qui sont autant de cicatrices profondes dans l’histoire de notre Nation. »
Il y a une urgence : renouer avec le sens de la laïcité
« La laïcité, c’est notre socle commun […] ferme, non négociable qui permet d’accueillir toutes les différences, d’apaiser, de rassembler. Les attentats de janvier, et plus encore ceux du 13 novembre, ont montré avec une violence absolue à quel point notre modèle républicain, fondé sur la liberté, l’égalité, la fraternité, et évidemment la laïcité, était précisément ciblé. Plus grave encore, « cet obscurantisme trouve à recruter dans notre jeunesse, parmi ceux qui sont allés à l’école de la République, et qui, malgré cela, ont perdu tout libre arbitre et cèdent aux sirènes du djihadisme, de la radicalisation jusqu’à devenir des terroristes. »
Une seule attitude est possible :
« la reprise en main, l’affirmation, l’application, l’explication de ce qu’est la laïcité »
• D’abord à l’école :
« Depuis cette rentrée, […] c’est tout le dispositif d’enseignement de nos valeurs qui a été refondé : formation des enseignants, enseignement moral et civique, enseignement laïque des faits religieux, mobilisation d’une réserve citoyenne, installation de référents académiques sur la laïcité. Tout ce dispositif a été complété par la prise en compte d’un fléau qui ronge une partie de notre jeunesse : l’adhésion aux thèses complotistes. Face à cela, il faut développer un contre-discours, argumenté, charpenté, qui implique les jeunes eux- mêmes. »
• Dans l’ensemble de la fonction publique :
Dès cette année, des formations aux principes de laïcité et de neutralité, compris comme des éléments essentiels des droits et obligations des fonctionnaires, ont été mises en place. « Le projet de loi relatif à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires consacre ces principes comme des valeurs fondamentales de la fonction publique. »
« Un réseau territorial accompagne les administrations avec la désignation de référents laïcité dans différents services déconcentrés de l’État territorial », et son développement se poursuivra en 2016.
Enfin, dans le cadre de la mise en œuvre des mesures du comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté, le Commissariat général à l’égalité des territoires a élaboré un programme de formation spécifique destiné aux professionnels de l’éducation spécialisée, de l’animation socio-culturelle et plus généralement de l’accompagnement de la jeunesse des quartiers populaires.
• Dans le monde de l’entreprise :
D’ores et déjà « des chartes de la laïcité et de la diversité arrivent dans nos entreprises ».
« Notre défi aujourd’hui est simple ; si tous les républicains réussissent à faire ensemble vivre la laïcité, en étant fidèle à son histoire, c’est-à-dire à son esprit de rassemblement, de protection des libertés fondamentales, alors la République en sortira grandie, plus forte et plus sereine ».

Source : http://www.gouvernement.fr/argumentaire/reaffirmer-la-laicite-dans-les-ecoles-la-fonction-publique-et-le-monde-professionnel-3472

Les cadres territoriaux, entre apathie et résistance

Les cadres territoriaux, entre apathie et résistance

Les Entretiens territoriaux de Strasbourg (ETS) se sont clos le 3 décembre. Un moment d’échanges et de rencontres pour les cadres de la territoriale. Un climat partagé entre apathie et résistance. L’échéance a été suivie par Brigitte Menguy, Cédric Néau, Hugo Soutra, Jean-Marc Joannès de la Gazette des Communes :

« La période est très spéciale, entre apathie et résistance » reconnait-on dans les allées des ETS qui se sont clos le 3 décembre, à Lyon. Avec cette remarque quelque peu ironique, entendue entre deux ateliers : « L’intérêt, c’est que l’on mesure la capacité de résistance des cadres de la FPT : nous ressemblons à ces jouets, les « culbutos » : nous tanguons sans jamais tomber. » Une image qui résume bien ce climat de cadres territoriaux, fatigués d’attendre, confrontés à des injonctions paradoxales, dans un climat d’urgence mais aussi d’inaction du politique.
Renouveler la façon de penser les services publics
Forcément, les enjeux financiers ont vite émergé des ateliers des ETS 2015. Pour la ville de Tours, la question du mode de gestion des services publics se pose avec d’autant plus d’acuité que les dotations de l’Etat pour la ville devraient reculer de 50 % d’ici 2017 et de 80 % pour son agglomération. « Comment préserver la proximité à moindre coût ? » interpelle Frédéric Baudin-Cuillières, DGS de Tours et de la communauté d’agglomération Tours Plus. Rejetant tout dogmatisme en matière de gestion, il s’interroge sur la capacité et le rôle de ses services à assurer certains services comme la surveillance du stationnement sur la voirie communale : « nous ne sommes pas en capacité d’investir dans ce domaine pour répondre au mieux aux évolutions du public comme le paiement par smartphone », assure-t-il.
De même, le réseau d’éclairage du patrimoine municipal « qui est mort et nécessite un gros investissement » pousse la ville à négocier avec « un opérateur historique » la gestion de ce service. Pour autant, il ne s’agit pas de se retirer de cette compétence déléguée à un tiers. « C’est notre devoir de contrôler et suivre le bon déroulement du service public », déclare le DGS. L’exemple de l’évolution stratégique de la Poste inspire ainsi Tours. La Poste, qui a su faire évoluer son dialogue social pour y arriver et opérer une diversification de service intéresse aussi l’Etat. Guy-Pierre Sachot, directeur du développement territorial du groupe a ainsi glissé que la certification d’immatriculation des véhicules pourrait bientôt être demandée via une application développée par La Poste ou directement en guichet. Une évolution qui nécessite la concertation en interne et le dialogue en externe avant d’investir dans ces nouveaux projets, qui peuvent être mal vécus.
Jouer pour faire revivre la citoyenneté
Animé par Armel Le Coz, co-fondateur de Démocratie ouverte, l’atelier « Territoire hautement citoyen » est venu répondre par le jeu à la question : comment un citoyen peut-il être acteur de son territoire ? Exit les décisions descendantes, portes-ouvertes aux démarches citoyennes afin de repenser le schéma de gouvernance locale, telle est la règle du jeu de cet atelier pratico-pratique qui a également présenté de nouveaux dispositifs de participation.
« Au-delà de la mise en place des différents conseils – qu’ils soient de quartier ou citoyens – d’un budget participatif ou encore d’une votation citoyenne, d’autres outils de démocratie participative peuvent être développés afin d’intéresser les habitants à la vie citoyenne locale » explique l’animateur.
Ces nouveaux dispositifs, qu’ils soient déjà expérimentés dans des collectivités françaises ou encore à l’essai chez nos voisins européens, doivent « surtout faire l’objet de créativité et d’adaptabilité au territoire de la part de ceux qui les mettent en place », précise Armel Le Coz.
On y découvre notamment :
• « les Agoras, maisons citoyennes » comme à Nanterre où ce lieu de rencontres ouvert à tous permet d’y organiser, en dehors de la mairie et sans être en permanence à la recherche de salles publiques libres, des débats, concertations publiques ou autres ateliers citoyens ;
• « les comptoirs citoyens » parfois sur « roulettes » afin d’être mobiles sont des lieux de rencontre des citoyens, des « espaces de démocratie vivante » comme à La Seyne (Var) ;
• « les réseaux sociaux de quartier », plateformes de lien et d’information entre voisins de quartier, aujourd’hui d’initiative encore uniquement privée, se développent depuis quelques mois, à l’image de Peuplade à Paris ;
• « les crieurs publics » font leur grand retour comme à Autun (Saône-et-Loire) qui s’est doté depuis avril d’un crieur public, qui déclame les messages à la population, une fois par mois lors des marchés municipaux.
Aménagement du territoire : comment éviter les conflits ?
De la construction de logements sociaux jusqu’à celle d’un centre d’incinération des déchets en passant par une usine d’assainissement ou une aire d’accueil de gens du voyage, il serait aujourd’hui plus compliqué de faire sortir des projets de terre. Pour d’évidentes raisons financières, mais aussi géopolitiques : le consensus autour du « maire-bâtisseur » semble s’être brisé et les contestations, parfois violentes, sont devenues courantes. Si les cas de Notre-Dame-des-Landes ou de Sivens reviennent dans toutes les bouches, chaque territorial dispose d’un exemple en tête de « projets contestés » portés par sa propre collectivité ou un partenaire local. Sauf que, de l’aveu de certains cadres, ils ne sont « ni armés pour la concertation censée convaincre la population de l’opportunité du projet, ni pour la guérilla juridico-technico-administrative qu’il faut livrer ensuite contre les associations politisées et les administrations d’État pour réussir à mettre en œuvre le projet. »
Dès lors, alors que ce sujet s’invite pour la première fois aux ETS, les questions fusent. Comment mieux associer les usagers et les citoyens à la définition des projets stratégiques ? Comment arrête-t-on de décréter l’intérêt général pour le construire collectivement ? Le politique doit-il apaiser et éclairer le débat public, ou bien s’affirmer lorsqu’il est confronté au phénomène d’égoïsme local dit « NIMBY » [Not in my back yard] ? Une chose est sûre : les collectivités ne pouvant plus construire autant qu’elles ne le faisaient par le passé du fait des contraires financières leur pesant actuellement dessus, elles n’ont désormais plus le droit à l’erreur et sont contraintes d’innover dans leurs pratiques démocratiques.
La recherche, une solution pour des territoriaux dans le doute ?
Pour la sixième année consécutive, le CNFPT et l’Inet ont choisi de mettre en lumière quatre jeunes chercheurs – dont trois disposent de contrats CIFRE [Conventions industrielles de formation par la recherche] avec des structures publiques ou des délégataires de mission de service public – pour clôturer ces deux jours d’ateliers et de débats. Docteurs et/ou doctorants en droit public, science politique, économie, philosophie ou géographie sociale étaient donc invités à présenter, dans un court laps de temps, leurs travaux aux territoriaux.
Chacun leur tour, ils ont objectivé les pratiques des collectivités, interrogé les valeurs que les agents mobilisaient, opéré une distanciation critique avec des modes ou bien encore déconstruit des idées reçues, en évoquant aussi bien la prospective territoriale que le travail social, l’évaluation des politiques publiques et bien d’autres sujets. Quand le premier d’entre eux dénonçait par exemple notre système fiscal local « qui ne sera foncièrement jamais égalitaire » pour mieux insister sur le rôle qu’il pourrait justement avoir dans la lutte contre les inégalités, un autre mettait en garde contre les objets en vogue que représentent la « ville intelligente » ou le « solutionnisme technologique. »
L’idée de ce partage était d’illustrer à quel point la recherche académique peut être utile à la fonction publique territoriale. Les décideurs des collectivités ont tout intérêt à se rapprocher des chercheurs afin de revenir aux fondamentaux du service public et/ou approfondir leurs pratiques. Objectif : déconstruire leurs actions pour mieux les reconstruire en fonction des valeurs du service public.

Source : http://www.lagazettedescommunes.com/421239/les-cadres-territoriaux-entre-apathie-et-resistance/

« Qualité de l’éducation, qualité des enseignants »

« Qualité de l’éducation, qualité des enseignants »

QUALITÉ – VousNousIls – Analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE, Éric Charbonnier aborde l’actualité éducative ainsi que les résultats du rapport « Regards sur l’éducation » publié le 24 novembre dernier. Une interview d’Antoine Desprez, pour le site VousNousIls :

Antoine Desprez : le rapport Regards sur l’éducation montre que ce sont les élèves français qui passent le plus de temps à apprendre les fondamentaux. Selon vous, cette quantité d’heures de cours est-elle gage de qualité ?
Éric Charbonnier : vraisemblablement pas autant qu’elle ne devrait l’être. En général, on ne voit pas de corrélation évidente entre le temps passé à apprendre les fondamentaux et la réussite des systèmes d’éducation. En France, on a tendance à penser qu’on ne passe pas assez de temps sur le français ou la compréhension de l’écrit. Ce n’est pas du tout le cas en réalité. La publication montre que le temps passé à la compréhension de l’écrit dans l’enseignement primaire est le plus élevé de l’OCDE (37% du temps scolaire contre 22% en moyenne). C’est d’autant plus intéressant que la France fait partie des pays où les élèves reçoivent le plus d’heures de cours par an (864 heures dans l’enseignement primaire contre 8o4 heures en moyenne OCDE). En théorie ce volume horaire devrait permettre à la France de s’en sortir mieux dans les comparaisons internationales, et pourtant elle est juste au niveau de la moyenne des pays de l’OCDE.
Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’accentuer encore plus l’apprentissage de ces fondamentaux, comme le prônent régulièrement certains politiques ?
Non, je pense que cette statistique montre que l’on passe déjà beaucoup de temps sur les fondamentaux. Cela invite plutôt à réfléchir sur la manière dont on travaille avec les élèves, et la manière de gérer leurs difficultés. Cela veut dire qu’il faut réfléchir à comment mieux utiliser ce volume horaire, trouver des plages horaires où les élèves seront plus réceptifs pour travailler de façon plus personnalisée avec eux. Il faut également que les enseignants évoluent dans leur façon de travailler, pour aller vers quelque chose de plus individualisé qui permettra aux élèves en retard d’avoir davantage de chances de s’en sortir.
Les nouvelles technologies sont de plus en plus présentes à l’école. Pensez-vous qu’elles puissent offrir aux élèves une meilleure qualité d’enseignement des fondamentaux ?
Les nouvelles technologies ne sont pas un outil miracle. Ce que l’on a pu voir dans nos derniers rapports, c’est qu’elles peuvent améliorer les performances. Mais en général, les pays qui s’en sortent bien les ont intégrées de façon modérée dans les apprentissages. Ce n’est donc pas en utilisant des tablettes à tous les cours qu’on sera forcément meilleurs. En revanche, elles peuvent être un support supplémentaire qui va permettre de travailler différemment et de capter l’attention. Ce qui est intéressant, c’est que nous avons remarqué grâce aux tests Pisa qu’en France, les garçons réussissaient mieux en compréhension de l’écrit quand les tests étaient informatisés. Dans ce cas, le numérique pourrait aider à l’apprentissage de tout ce qui touche à l’écrit.
Malgré la réforme des rythmes scolaires, la France reste le pays de l’OCDE qui compte le moins de jours d’écoles. Ce temps de cours concentré est-il dommageable aux élèves français ?
Oui je pense que c’est dommageable. C’est d’abord dommage que l’on ait fait un débat aussi long sur les rythmes scolaires et que l’on continue encore d’en parler, en mettant en avant à quel point l’année scolaire est fatigante pour les élèves au primaire alors qu’elle ne l’est pas plus qu’ailleurs. On voit même que la France a le plus petit nombre de jours d’école, même après la réforme (162 jours par an contre 185 jours en moyenne OCDE). Ce qui est fatigant, ce sont les devoirs à la maison, l’accumulation des évaluations, les situations d’échec et de ne pas progresser au cours de l’année scolaire. La semaine de 4,5 jours était nécessaire pour au moins rapprocher la France de ses voisins. Maintenant il faut avoir une réflexion pour mieux utiliser ces nouveaux rythmes scolaires. Il faut travailler différemment, mettre en place des pratiques pédagogiques innovantes pendant ces 5 matinées d’école. Si on veut avoir une réflexion sur les rythmes scolaires, je crois qu’il ne faut pas revenir en arrière et au contraire aller plus loin et réfléchir à raccourcir les vacances scolaires, pour justement avoir les élèves plus longtemps scolarisés. Cela laissera aux enseignants plus de temps pour gérer leurs difficultés ou pour travailler de manière plus espacée sur l’année scolaire.
Le rapport montre une certaine frilosité des étudiants français pour le doctorat. Comment expliquez-vous cela ?
Cela peut être à la fois une frilosité ou une conséquence de la difficulté académique des programmes. Ou alors cela peut-être aussi un problème de débouchés, car quand on fait un doctorat, on peut souvent devenir enseignant chercheur et il y a peu de places, ce qui veut dire que l’on n’est pas garanti de réussite. A contrario les doctorats sont très attractifs pour les étudiants étrangers, ce qui met en avant la qualité de nos programmes. La France est également un pays où les frais d’inscription sont modérés, donc quand on a le choix entre aller au Royaume-Uni ou en France, les étudiants sont tentés d’aller en France car cela va coûter moins cher.
Le président Hollande s’était fixé l’objectif de 500 000 apprentis avant 2017. À la vue de ce rapport, l’apprentissage français se porte-t-il comme prévu ?
Si par apprenti on parle de jeunes qui produisent à la fois du travail à l’école et un apprentissage en entreprise, alors la France est toujours en retard par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, ou la Suisse. Les filières professionnelles (CAP, BEP, BAC pro) ne permettent pas forcément de s’insérer aussi bien que l’on peut l’imaginer sur le marché du travail en France et n’offrent guère plus de possibilités de poursuivre des études supérieures. Il y a un véritable déficit aujourd’hui, il y a des réformes mises en place qui portent leurs fruits, comme sur le nombre de décrocheurs, mais il y a encore du travail à faire. Les élèves qui entrent dans ces filières ont souvent de grandes difficultés scolaires qui n’ont pas été gérées avant leur entrée, donc aujourd’hui il s’agit de donner plus de valeur à ces formations, car on voit que dans certains pays elles permettent à des jeunes de s’insérer très bien sur le marché du travail avec des bons niveaux de revenus.
Vous vous déclariez favorable à une revalorisation salariale des professeurs en zone sensible. Est-ce toujours votre avis ?
Oui, et dans Regards sur l’éducation on insiste sur le fait qu’il faut revaloriser les enseignants du primaire en priorité. Leur salaire moyen est 12% inférieur à la moyenne de l’OCDE alors que si on regarde au collège et au lycée, les salaires des enseignants ne sont inférieurs que de 2 % à cette même moyenne. Donc il faut mieux rémunérer les enseignants du primaire, puis réfléchir à valoriser également ceux qui vont travailler dans les établissements qui concentrent une grande difficulté scolaire. Il faut créer des incitations financières, améliorer l’environnement pédagogique dans ces établissements et permettre à tous ceux qui iront y travailler d’être mieux formés par un accès à une formation continue. On dit depuis longtemps que l’on peut mesurer la qualité d’un système d’éducation en fonction de la qualité de ses enseignants, et je crois qu’en France il faut continuer les réformes qui aident à avoir des enseignants mieux formés à faire face à des classes de plus en plus hétérogènes.

Source : http://www.vousnousils.fr/2015/12/03/eric-charbonnier-mesurer-la-qualite-dun-systeme-deducation-en-fonction-qualite-enseignants-579919

Améliorer les conditions de travail en open space

Améliorer les conditions de travail en open space

ESPACE DE TRAVAIL – L’Express – En entreprise, l’open space est souvent perçu comme un enfer. Tour d’horizon de quelques méthodes pour améliorer la situation avec Alain d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, avec l’Express :

Des deux dernières enquêtes d’Actineo, pour la France en 2013 et dans cinq pays européens en 2014, ressort l’insatisfaction des Français travaillant dans des open space au regard de leurs homologues étrangers. Dans les critiques formulées à ces open space figurent en premier rang le bruit, celui-ci étant principalement causé par les collègues qui empêchent de se concentrer. Au Royaume-Uni – où 73% des salariés interrogés travaillent en open space – seuls 16% des salariés estiment souffrir du bruit. En France, ils sont deux fois plus nombreux, près de 35%, alors que seulement 55% des employés français travaillent en bureau partagé!
Exposé au regard de tous
Face à un tel mécontentement, le recours à des casques équipés de micros apparaît comme une solution intéressante pour réduire les nuisances liées aux appels et éviter, par conséquent, de perturber le travail des autres salariés présents dans l’open space. Toutefois, si ce type d’équipement de réduction du bruit à la source est bien accepté dans le cas des « conf call » ou d’appels continuels, il l’est nettement moins pour les appels plus occasionnels pour lesquels sont plus préconisés les usages de bulles de confidentialité. Il s’agit d’espaces réduits proches des postes de travail et bien isolés phoniquement où il est possible de téléphoner de converser sans déranger les autres.
Vient aussi l’absence de confidentialité liée à l’exposition au regard de tous de ce qui est fait et surtout de ce qui est dit. Cette critique est spécialement forte de la part de la hiérarchie qui justifie par ce biais ses demandes de pouvoir disposer d’un bureau individuel fermé – de fait un espace de travail à soi. Là encore, la mise en oeuvre de bulles de confidentialité ainsi que de salles de réunions à proximité des postes de travail permet d’offrir une réponse aux salariés. Pour répondre à ces problématiques, apparaît aussi la solution de la charte. En y consignant les règles de vie en open space, elle apparaît comme un cadre intéressant afin de mettre tout le monde d’accord sur les bonnes pratiques à adopter.
Profiter des opportunités de l’open space
Au regard de ces critiques figure dans l’autre plateau de la balance la reconnaissance que les open space sont susceptibles de favoriser des coopérations à travers les décloisonnements physiques qu’ils opèrent au sein d’équipes de métier ou inter-métiers. Cette propriété est d’autant plus prisée que les supérieurs hiérarchiques sont présents, non pour surveiller, mais pour donner des orientations claires et pour aider leurs collaborateurs autant que de besoin. Ainsi se créent les bases d’une bonne entente – d’une bonne solidarité – d’équipe dans un climat de confiance réciproque.
Et ce n’est pas le hasard si les capacités d’un espace de travail à favoriser conjointement bien-être et efficacité sont évaluées par tous à travers trois dimensions de référence: leur capacité à favoriser à la fois de la concentration et des échanges tout en préservant simultanément une confidentialité, la hiérarchie entre ces dimensions dépendant dans la pratique des contraintes du métier.
Plus de liberté pour les collaborateurs
A partir de ces bases finalement assez simples, on voit que les personnes qui travaillent dans des bureaux commencent à avoir des visions claires de ce qu’elles attendent comme qualités pour les open space et à être capable d’expliquer les raisons de leurs attentes. Toutefois, si elles sont capables de le dire, encore faut-il qu’elles soient non seulement interrogées mais aussi entendues par les responsables de projets immobiliers tout autant que par leur hiérarchie. Or, c’est là que le bas commence à blesser, car une telle posture d’écoute suppose une reconnaissance par tous de la compétence concrète des collaborateurs liées à leurs pratiques de travail et qui plus est, la prise en compte de ces compétences dans des modes de fonctionnement participatifs qui viennent télescoper les pouvoirs et savoirs tant hiérarchiques que d’expertise.
De fait, les nouvelles générations d’open space – les « open space intelligents » -, avec la grande variété d’espaces de travail qu’elles offrent en fonction des besoins pour « bien travailler », n’ont réellement de sens et ne touchent leurs objectifs de bien être et d’efficacité que si elles servent de réceptacle à d’autres façon de travailler ensemble dans une remise en cause plus ou moins radicale des modes de fonctionnement hiérarchiques traditionnels français. A côté des aspects techniques, il s’agit donc de repenser l’organisation du travail en accordant une plus grande liberté d’action aux collaborateurs. Le bon fonctionnement de l’open space repose sur l’entrée dans le modèle de la compétence – à rebours du modèle taylorien -, dans lequel sont reconnues les capacités des salariés à être autonomes, responsables et créatifs aussi bien devant le bureau que dans tout autre espace leur permettant de travailler.

Source : http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/ameliorer-les-conditions-de-travail-en-open-space_1726516.html#4Li6JkemIKlXFQ8s.99