8 décembre : grève à la Poste

8 décembre : grève à la Poste

Les syndicats CGT, SUD-PTT et UNSA de La Poste ont appelé les postiers à une grève nationale, jeudi 8 décembre, pour dénoncer « un déni » de la direction et « des négociations trop partielles » face au profond malaise des employés. La CFDT F3C ne s’est pas ralliée au mouvement « pour maintenir ouvertes des négociations réclamées depuis sept ans sur la modification des métiers dans la branche courrier », explique la secrétaire fédérale Aline Guérard. Les syndicats veulent obtenir l’ouverture de négociations pour tous les métiers du groupe et surtout sur l’ emploi, qui conditionne le succès de la transformation de l’entreprise.

Les trois organisations dénoncent la dégradation des conditions de travail dans l’entreprise, en particulier dans la branche courrier, en raison d’une réorganisation à marche forcée et d’une diversification des tâches des facteurs.

« Face à la médiatisation de ces affaires et à la multiplication des conflits, la direction a ouvert des négociations fin octobre et annoncé qu’elle suspendait tous les projets de réorganisation au moins jusqu’à la fin de ces discussions prévue pour le 19 décembre », affirme Pascal Le Lausque, de la CGT-FAPT.

Selon le syndicaliste, La Poste privilégie sa productivité et sa rentabilité au détriment du service public. « Sous prétexte d’une baisse des courriers, on voit que la charge des tournées s’est alourdie alors que leur nombre a baissé. La qualité de service s’est dégradée tandis qu’on a demandé toujours plus de tâches aux postiers », dit Pascal Le Lausque.

La CGT demande « des mesures immédiates » d’embauche en CDI, des CDD et des intérimaires, un accord-cadre concernant le groupe dans sa globalité et pas seulement au courrier, de meilleures conditions de travail pour les encadrants et une réelle suspension des réorganisations « à marche forcée ».

La Poste, rappelle le Monde, est engagée dans un vaste programme de transformation pour « devenir le premier opérateur de services à la personne ». Cette « révolution » impose une réorganisation tous les deux ans : un rythme « effréné » dénoncé par les experts du CHSCT du CHSCT, une mutation à « marche forcée », selon SUD. Les changements dans la nature des métiers et l’organisation du travail sur fond de suppressions d’emplois massives et régulières ont multiplié les situations à risques psychosociaux.

Le nombre de jours de maladie augmente constamment à la Poste, poursuit La Croix. Au niveau national, le taux de maladie par agent est de 20% du temps de travail, ce qui est déjà énorme. A Marseille, ce taux dépasse les 25% et atteint 55% au grand centre de tri des Bouches-du-Rhône. Il y a beaucoup de tentatives de suicide, de suicides, de divorces, de congés maladie longue durée. Cette situation devient ingérable et touche tous les niveaux et tous les services. Elle dure depuis plusieurs années et, malgré les projets de réorganisation, aucune issue ne semble possible. Chaque année, 10% des effectifs sont supprimés. Du coup, le volume de courrier distribué par facteur ne diminue pas et les zones de couverture s’étendent, malgré des moyens de locomotion inadaptés. Il devient compliqué d’accepter tout ça pour un salaire de 1200 euros mensuel (en début de carrière) et un travil six jours sur  sept.

Le personnel est réduit au maximum

La Poste a de plus en plus recours à l’intérim pour pallier le manque de facteurs, mais ils ne sont pas formés convenablement. Une fois sur le terrain, ils se rendent compte de la difficulté de la tâche et constatent qu’il leur faut bien plus d’heures que prévu pour faire leur tournée -et ces heures supplémentaires ne sont pas payées. Découragés, ils abandonnent parfois sans même venir chercher leur chèque pour la semaine travaillée.

L’entreprise a perdu plus de 7 000 postes équivalents temps plein en 2015 et quelque 48 000 depuis 2008. Le réseau, qui comprenait 17 000 bureaux de poste en gestion propre, n’en compte plus qu’environ 9 000. Quelque 8 000 autres ont été transformés en partenariats, sous forme d’agences postales communales ou intercommunales pour les deux tiers et de relais tenus par des commerçants pour un tiers.

« Les cas de stress et de burn-out concernent tous les métiers »

C’est un collectif de postiers qui a alerté les syndicats à la mi-septembre d’une série de suicides de facteurs, dont trois ont été reconnus comme « accidents du travail » par la direction. Le malaise des postiers touche en priorité la branche services-courrier-colis, « mais on ne peut pas minimiser le malaise de ceux qui sont aux services financiers », remarque Valérie Mannevy, du collectif Poste CGT, la première organisation syndicale du groupe. « Les cas de stress et de burn-out concernent tous les métiers », souligne Nicolas Galepides, secrétaire général de la fédération SUD-PTT. L’absentéisme, dont le taux est de 6,65 %, existe dans l’ensemble du groupe. « Ces deux dernières années, ce sont plus de 7 000 emplois par an qui ont été supprimés. Aujourd’hui, La Poste a besoin d’un volant de remplaçants de 25 % et non de 10 % à 15 %, comme actuellement », estime Valérie Mannevy.

La direction : une négociation a commencé le 26 octobre

En réponse à l’alerte relayée par les syndicats, l’entreprise a réagi rapidement, mais  sans remettre en cause la transformation en cours. la direction de La Poste a annoncé qu’elle allait proposer un projet d’accord aux syndicats tout en s’engageant, « en gage de sa détermination », à recruter 500 facteurs en CDI d’ici à la fin 2016.

Le projet comprend un certain nombre de mesures comme des « comblements immédiats de postes dans les établissements qui en ont besoin », une « méthode d’évaluation de la charge de travail » qui associe davantage les facteurs, un investissement de 6 millions d’euros pour 1 000 opérations de rénovation des locaux professionnels ou encore une « évaluation des risques professionnels qui donne une place accrue à l’évaluation des risques psychosociaux ».

La Poste affirme ne pas faire de déni concernant des cas de malaise au travail mais réfute un amalgame avec la politique générale de l’entreprise. L’entreprise insiste sur les garanties qu’elle offre aux salariés concernés par une réorganisation : pas de mobilité forcée, pas de mutation géographique au-delà de 30 kilomètres ou encore un délai de deux ans entre deux réorganisations dans un même établissement… En outre, La Poste dit mener ces réorganisations de manière régulière, au rythme de la baisse du courrier.

La direction rappelle qu’elle ouvert, le 26 octobre, une « négociation nationale sur les métiers et les conditions de travail des facteurs et de leurs encadrants », dans le but affiché de mettre en place des « mesures concrètes et rapides pour les encadrants », comme la création de nouvelles fonctions – facteur polyvalent, facteur de services expert– pour améliorer le remplacement des postes vacants.

Sources : le Monde, L’Express, la Croix

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Hôpital: un plan pour lutter contre le malaise des soignants

Face au malaise grandissant des infirmières et des médecins hospitaliers, Marisol Touraine dévoilé le 5 décembre sa « stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail ».

Marisol Touraine a présenté hier un plan d’action destiné à « faire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé, une priorité politique ». Quelque 30 millions d’euros sur trois ans seront consacrés au déploiement dans chaque groupement hospitalier de territoire (GHT) de services de santé au travail, intégrant des psychologues, des conseillers en prévention des risques professionnels et des assistantes sociales.

Formation des professionnels «à la détection des risques psychosociaux et à la gestion des équipes» durant leurs études, mise en place d’un observatoire de la qualité de vie au travail, systématisation des entretiens individuels font également partie des mesures avancées.

5 suicides, cet été

Ce plan était très attendu. Promis en septembre après les suicides d’au moins cinq infirmiers pendant l’été, il devait aussi répondre à la colère des milliers d’infirmiers et d’aides-soignants qui ont défilé dans les rues le mois dernier.

«Notre système de santé» et avec lui «les 2 millions d’hommes et de femmes qui le font vivre au quotidien» sont «confrontés à des transformations, à des défis très importants» comme le vieillissement de la population, a expliqué la ministre devant la presse.

Cela «peut amener des difficultés, des tensions», or «il nous appartient de prendre soin de ceux qui nous soignent» a-t-elle insisté.

Elle a ainsi souligné la nécessité d’un suivi médical pour tous les soignants, en particulier pour les médecins, et annoncé la diffusion d’un guide de prévention des risques psychosociaux à destination des internes.

Autre point important, le lancement d’«une négociation (…) sur les contraintes particulières» rencontrées par les soignants à l’hôpital comme le «travail de nuit», qui devrait aboutir à des «revalorisations indemnitaires», a annoncé Mme Touraine.

Enfin, un médiateur national, chargé de coordonner des médiateurs régionaux, sera également nommé «prochainement» pour traiter les situations conflictuelles non résolues localement.

Une mesure qui fait écho au conflit mis au jour l’année dernière après le suicide d’un cardiologue à l’hôpital parisien Georges Pompidou.

Marisol Touraine a également annoncé la diffusion prochaine d’un guide des risques psychosociaux, la création d’un observatoire de la qualité de vie au travail et la nomination d’un médiateur national pour traiter les situations conflictuelles  non résolues localement

Les mesures préconisées par Marisol Touraine n’ont pas totalement convaincu les syndicats. La secrétaire générale de la fédération Santé de la CGT, Mireille Stivala, citée par l’Express, « émet un sérieux doute sur la faisabilité » du plan d’action de Marisol Touraine, en raison des échéances électorales. Les autres syndicats restent prudents. « L’enveloppe est beaucoup trop petite pour répondre aux attentes de terrain, estime Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). Pour l’instant, il y a trop d’affichage, pas assez de concret. »

« Anorexia corporate »

. « Les suicides et tentatives de suicide devront être signalés afin d’analyser leur cause », a indiqué Marisol Touraine.

Il y a urgence. « 40% des infirmiers et infirmières mais aussi des médecins urgentistes craquent, explique Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et interrogé par Vincent Olivier de l’Express : « Ces personnels de santé sont soumis à plusieurs enjeux qui les fragilisent. Ils exercent d’abord leur métier dans un contexte de très fortes exigences émotionnelles, devant faire preuve de disponibilité, de compassion. Mais ils sont aussi soumis à une raréfaction des équipes, ce qui accroît sans cesse l’intensité du travail. C’est une forme « d’anorexia corporate », l’organisation mise en place dévore petit à petit les effectifs soignants. »

Un constat que partage David Gruson, délégué général de la Fédération Hospitalière de France (FHF). « En parcourant le terrain, on perçoit une grande lassitude des personnels soignants de l’hôpital public, détaille-t-il. Malgré leur fort engagement et leur compréhension du contexte de rigueur économique, les personnels reçoivent beaucoup d’injonctions contradictoires et sont souvent obligés de se plier à des logiques de productivité et d’efficience dénuées de sens. »

Ces expressions de lassitude et d’absence de sens sont autant de signaux indiquant le malaise des personnels.  » L’absentéisme  est aussi un indicateur de troubles, complète David Gruson. Même si, avec 8%, le secteur public hospitalier affiche un taux plus bas que dans les autres fonctions publiques et similaire à celui du secteur privé. » Médecins, infirmières et aide-soignantes se montrent donc fidèles au poste, malgré les difficultés et les nombreux changements qui frappent l’hôpital.

« Les gens n’en peuvent plus des réformes qui tombent d’en haut et dont ils peinent à comprendre le but, poursuit Jean-Claude Delgènes. Toutes ces incertitudes sur le sort de l’hôpital sont génératrices de stress. Un stress auquel s’ajoute le manque de reconnaissance et l’absence de valorisation salariale pour des gens qu’on manage en fonction de leur capacité à se sacrifier. Quand on songe qu’environ un tiers des infirmiers et infirmières en hôpital public démissionnent, on comprend que le malaise est immense. »

Sources : Le Parisien, l’Humanité, Le Figaro, L’Express

 

Comment évaluer la charge de travail ?

Comment évaluer la charge de travail ?

ÉVALUATION  – Le Monde –  Depuis quelques années, la notion de charge de travail s’est largement invitée dans les négociations professionnelles. Plusieurs accords nationaux interprofessionnels (ANI) portant sur le stress, les risques psychosociaux ou la qualité de vie au travail l’ont évoquée. L’obligation de, mesurer la charge de travail est ainsi devenue l’un des piliers de la prévention des risques psychosociaux, en plus d’être une obligation pour tout employeur. Un article de Gaëlle Picut, dans Le Monde

Mais comment mesurer et évaluer la charge de travail ? Un livre blanc réalisé par le groupe Silamir, spécialisé dans l’accompagnement de la transformation métier et digitale des entreprises et le cabinet Lusis Avocats, et publié le 12 mai, tente de contribuer  à la réflexion.

La surcharge de travail, le non-respect de la durée du travail ou encore la non-évaluation régulière de la charge de travail sont régulièrement invoqués par les tribunaux ou les caisses primaires d’assurance maladie. Soit pour établir un lien de causalité entre un accident et les conditions de travail, soit pour reconnaître un manquement de l’employeur et établir l’existence d’une faute inexcusable. L’arrêt Fnac rendu par la Cour d’appel de Paris le 13 décembre 2012 a marqué un tournant dans la jurisprudence : il a révélé l’obligation de fournir  des « éléments quantitatifs sur les transfets de charge de travail » induits par tout projet de réorganisation, sous peine d’être recalé.

Pourtant, selon les auteurs du livre blanc «L’évaluation et l’objectivisation de la charge de travail »  près des deux tiers des entreprises étudiées n’ont pas mis en place d’actions sur la charge de travail et la même proportion d’entreprises ne dispose pas, pour l’heure, de moyens, de processus ou d’outils spécifiques de remontée des données. Pour les 35 % d’entreprises qui ont mis des actions sur la charge de travail, la mesure du nombre d’heures travaillées est plébiscitée.

Pourtant les entreprises ont souvent conscience de l’insuffisance de cet indicateur pour appréhender cette notion dans toute sa complexité, notamment pour les cadres, les professions intellectuelles et les personnes travaillant en mode projet…

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Trois variables

L’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), qui travaille sur le sujet depuis des années, distingue la charge de travail prescrite, la charge de travail réelle et la charge de travail ressentie par le salarié.

Forte de cette expérience, elle recommande une approche autour de ces trois variables : identifier la charge de travail prescrite (les tâches à réaliser qui comprennent une dimension quantitative et qualitative et qui relèvent du « devoir »), caractériser la charge réelle de travail (c’est-à-dire tout ce que mettent en œuvre les individus et les collectifs pour atteindre leurs objectifs, et qui relève du « faire ») et enfin, définir la charge de travail subjective ou vécue (c’est-à-dire l’évaluation que font les salariés de leur propre charge, la manière dont ils la vivent et la supportent).

En effet, une même charge de travail n’est pas vécue de la même façon d’une personne à l’autre, en fonction de sa condition physique ou psychique, de son intérêt pour les missions, de sa vie personnelle, de sa résistance au stress, etc.

Qu’est-ce qu’une surcharge ?

L’Anact définit la surcharge de travail comme « un seuil à partir duquel les risques sur la santé physique et mentale deviennent tangibles ». Le livre blanc reprend cette idée de seuil de tolérance à partir duquel le salarié peut être mis en danger.

Mais pour l’Anact, il ne s’agit pas tant de mesurer la charge de travail de façon arithmétique que d’initier un débat qui permette aux acteurs de l’entreprise de confronter leurs points de vue. « En permettant l’expression et la comparaison de ces trois variables, on peut mesurer, d’une part, l’écart et les décalages qui existent entre elles et, d’autre part,décider concrètement sur quels éléments peu tporter la régulation de la charge de travail. Il peut s’agir de problèmes de gestion d’effectifs, de fixation du bon taux de qualité, du nombre de clients reçus ou encore de pièces produites » détaille Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Anact et auteur de « La charge de travail : De l’évaluation à la négociation » (2004, qui va être réactualisé dans les prochaines semaines).

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La méthodologie du Livre blanc

De son côté, le livre blanc préconise une méthodologie reposant sur trois piliers principaux : un référentiel d’évaluation de la charge de travail par poste, la définition d’une fourchette d’acceptabilité (ou seuil de tolérance, à l’instar des seuils d’exposition au risque chimique) grâce à une matrice d’analyse et la responsabilisation du management. Selon les auteurs, cela permettrait de « dépasser le débat entre personnalisation et besoin d’objectivité ».

Par ailleurs, il propose de remplacer la mesure de la charge par la mesure de l’expérience salarié, « une notion plus globale », inspirée par le groupe Orange qui a créé une direction de l’expérience salarié en 2015. A cette fin, il propose différents outils : un questionnaire NPS (« Net Promoter Score ») qui quantifie la satisfaction du salarié sur le modèle de ce qui est pratiqué pour mesurer la satisfaction client, des évaluations individuelles trimestrielles ou annuelles et des systèmes d’alertes transversaux.

A cette mesure globale de l’expérience salarié, doit être combinée la mesure des « irritants » relativement objectivables (par exemple des logiciels défaillants ou sous-dimensionnés, un envirronement de travail peu adapté, une mésentente entre collègues) et sur lesquels il est possible d’agir.

D’autres notions importantes doivent également être intégrées à la réflexion : celles de la rétribution et de la reconnaissance des efforts fournis pour réaliser la charge de travail réelle ou encore celle de la qualité des métiers.

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Source : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/20/comment-connaitre-la-charge-de-travail-autrement-qu-en-nombre-d-heures_4923504_1698637.html#oDBkYgypPPFrKzSU.99

Accident de la route, accident du travail…

Accident de la route, accident du travail…

PRÉVENTION  – 20 Minutes, Ouest-France – Le risque routier est responsable de 44 % des décès au travail, ce qui en fait la première cause d’accident mortel en entreprise. Alors que les chiffres de la mortalité routière en 2015 révélés ce mercredi montrent qu’elle est repartie à la hausse (+ 2,3 % par rapport à 2014), les regards se tournent non seulement vers les automobilistes, mais aussi vers leurs employeurs. des articles de 20 Minutes et Ouest France :

Tous ne semblent pas conscients des dangers de la route pour leurs salariés, constate Delphine Bancaud de 20 minutes  Selonune étude menée par l’Ifop pour MMA  auprès des dirigeants d’entreprises de moins de 50 salariés dévoilée dans le Figaro mardi, 75 % d’entre eux n’ont pas conscience que le risque routier est la première cause d’accident mortel en entreprise. « Ils ignorent que leur responsabilité peut être engagée si un de leurs salariés a un accident au volant sur un trajet professionnel et ont souvent peu de temps à consacrer à la prévention routière », constate Stéphane Daeschner, en charge de la prévention des risques routiers chez MMA. « Et tant qu’une PME n’est pas touchée par un accident, elle a tendance laisser le sujet de côté », renchérit Jean-Claude Robert de l’ association PSRE (Promotion et suivi du risque routier en entreprise). Le sujet est davantage abordé dans les grands groupes, surtout quand il y a une flotte automobile importante, liée à l’activité commerciale, par exemple.

La validité des permis pas toujours vérifiée

Premier fait surprenant : toutes les entreprises ne vérifient pas systématiquement et régulièrement que leurs salariés devant conduire dans le cadre professionnel sont bien titulaire du permis. Selon l’enquête Ifop/MMA, 75 % des patrons de PME interrogés le font avant les premiers déplacements de leurs collaborateurs. Mais sur la longueur les choses se gâtent : « les patrons devraient vérifier une fois par an que leurs salariés ont bien toujours leur permis, mais seulement une minorité le font », constate Jean-Claude Robert. Une démarche dont ne s’exonère pas le groupe SGS, spécialiste de l’inspection, du contrôle et de la certification, où 2.000 salariés font des déplacements professionnels et où 1.250 véhicules d’entreprise sont en fonction. « Tous les ans, nous demandons une attestation sur l’honneur aux salariés via laquelle ils nous assurent être toujours titulaires du permis », indique Francis Bergeron, le DRH. Alors, bien sûr, ces derniers peuvent faire une fausse déclaration, mais à leurs risques et périls : « car en cas d’accident, leur mensonge pourra être reconnu comme une faute professionnelle », souligne Jean-Claude Robert.

La situation sur ce point pourrait cependant changer, commente Yann Besoule dans Ouest France : une mesure prévue dans la loi relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs, devrait permettre à certains employeurs, en particuliers les transporteurs, de connaître la validité ou l’invalidité du permis de conduire de leurs employés affectés à la conduite (à l’exclusion du solde de points). Selon nos informations, un décret serait actuellement en préparation pour préciser les modalités de communication de ces informations.

La route est la première cause d’accident mortel au travail, commente Yann Besoule dans Ouest France : une mesure prévue dans la loi relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs, devrait permettre à certains employeurs, en particuliers les transporteurs, de connaître la validité ou l’invalidité du permis de conduire de leurs employés affectés à la conduite (à l’exclusion du solde de points). Selon nos informations, un décret serait actuellement en préparation pour préciser les modalités de communication de ces informations. C’est une donnée méconnue mais combien réelle : les accidents de la route sur le temps de travail sont la première cause de décès au travail (20 % des accidents mortels du travail). Une étude exclusive de l’assureur MMA, réalisée par l’Ifop, explique le phénomène.

Près de 20 000 accidents par an

L’étude de MMA annonce que, chaque année, près de 20 000 accidents du travail sont des accidents de la route.« Trop souvent sous-estimé, le risque routier est un risque professionnel majeur qui se caractérise par la gravité des accidents », indique MMA qui précise que s’il est à l’origine de 3 % des accidents du travail, « il représente plus de 20 % des accidents ».En 2012, 19 565 accidents routiers se sont soldés par 115 décès et 1 878 incapacités permanentes.

Des règles pas respectées

Premier constat qui fait un peu froid dans le dos : les comportements des conductrices et conducteurs au travail.« Alors qu’ils connaissent les règles de sécurité et les conséquences de leur non-respect, une large majorité des actifs déclarent adopter des comportements à risques lors de leurs déplacements professionnels : téléphone au volant, vitesse excessive, conduite en état de fatigue… », explique l’étude.
C’est d’autant plus inquiétant que d’autres facteurs peuvent intervenir. Comme l’indique MMA, « le risque routier est d’autant plus complexe à appréhender que ses origines sont multifactorielles ». En cause, notamment : «l’environnement (météo, route…), le véhicule (entretien…), l’organisation du travail (horaires…), mais aussi le conducteur lui-même (fatigue, stress…). »

On sait, mais bon…

85 % des conducteurs admettent avoir déjà eu un comportement dangereux lors de leurs déplacements professionnels.3 sur 4 ont déjà utilisé leur téléphone au volant.7 sur 10 ont déjà dépassé la vitesse autorisée. À noter que le dépassement de la vitesse autorisée est principalement lié à un manque d’attention (pour 32 %). Ce dépassement apparaît plus important pour ceux qui ont des responsabilités managériales : 85 % des encadrants de plus de 10 personnes.
Près de 8 sur 10 ont déjà conduit en état de fatigue. Ce chiffre est directement lié au temps passé au volant lors d’une journée de travail (66 % des actifs passant moins de 30 minutes au volant contre 85 % lorsque les trajets durent 4 heures).L’usage du téléphone au volant concerne 74 % des actifs et il arrive encore à 32 % d’entre eux de tenir le téléphone à la main. En revanche, les actifs utilisent déjà majoritairement le kit mains libres sans fil (53 %). 8 conducteurs sur 10 connaissent les sanctions encourues pour, par exemple, conduire en tenant son téléphone à la main.La majorité connaît, également, les sanctions encourues pour un dépassement de vitesse de 10 km/h (58 %) et le taux maximum d’alcool autorisé dans le sang (55 %).Les professions libérales et cadres supérieurs (44 %) ainsi que les professionnels de la construction (41 %) se révèlent plus concernés que la moyenne par ces accidents et sanctions.

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Sources : http://www.20minutes.fr/societe/1847511-20160518-pourquoi-entreprises-traine-securite-routiere ; http://www.ouest-france.fr/societe/securite-routiere/accidents-du-travail-la-route-est-mortelle-4233354

Bore-out : voyage au bout de l’ennui

Bore-out : voyage au bout de l’ennui

RPS  – Le Monde –  C’est ce qu’on appelle le bore-out, inspiré du mot « boring » (ennuyeux en anglais). « Etre en bore-out, c’est à bout, par manque de travail, de motivation ou de défis professionnels », écrit le docteur François Baumann dans Le Bore-out. Quand l’ennui au travail rend malade (Josette Lyon, 2016). Un article de Léonor Lumineau :

Peter Werder et Philippe Rothlin, deux consultants suisses, ont pour la première fois nommé ce phénomène dans Diagnose Boreout (en allemand, Redline Wirtschaft, 2007). Selon eux, 15 % des salariés seraient touchés. Christian Bourion, professeur à ICN Business School Nancy=Metz- et auteur de Le Bore-out syndrom. Quand l’ennui au travail rend fou (Albin Michel), évalue plutôt à 30 % le nombre d’employés atteints. Chiffrer le bore-out est particulièrement difficile car il est tabou.

La honte

« Aujourd’hui, les gens veulent que l’emploi soit source d’épanouissement. Nous éduquons nos enfants comme cela, nous leur faisons faire de longues études. Mais lorsque ces derniers arrivent sur le marché de l’emploi, c’est la grosse désillusion. Résultat : il y a encore plus de souffrance due à l’ennui », ajoute le chercheur.

Si les causes sont différentes du burn-out, un ennui prolongé au travail provoque une souffrance comparable. « Il provoque un sentiment d’inutilité. Une attaque de l’estim e de soi qui peut se transformer assez vite en questionnement de son rôle dans la société », explique Philippe Zawieja, chercheur associé à Mines ParisTech et spécialiste des risques psychosociaux. A la clé, de l’angoisse, a minima de la démotivation et, paradoxalement, une difficulté à s’impliquer dans le peu de tâches à réaliser. Les personnes perdent confiance en elles, culpabilisent, s’isolent. A terme, la dépression guette.

L’inactivité imposée est également source de grande fatigue. « J’étais nerveusement épuisée, je n’arrivais même pas à lire un article en entier, je n’en pouvais plus », confirme Estelle, 28 ans, consultante dans un cabinet de conseil. En CDI depuis trois ans, la jeune femme « ne peut excuser aucune mission, car ce ne serait pas rentable selon mes managers. Du coup, je m’ennuie terriblement ».

Et la honte accompagne souvent fortement l’impression d’inutilité. A tel point que les victimes de bore-out tentent souvent de dissimuler leur inactivité, de jouer la comédie. « L’autre perversité, c’est que finalement on ne peut pas se plaindre d’être payé à ne rien faire, surtout en période de fort chômage », ajoute Lionel, la quarantaine, qui dit avoir été « placardisé » par sa direction du jour au lendemain.

Quatre profils expoés

Pour Jean-Claude Delgènes, directeur général du cabinet Technologia, spécialisé dans les risques au travail, quatre profils de salariés sont très exposés : « Le cadre du privé ou le haut fonctionnaire qui se retrouve sans affectation ; les personnes qui sont surqualifiées par rapport à leur poste ; ceux qui ont été mis au placard ; et ceux qui font un travail intrinsèquement non nourrissant, comme les vigiles par exemple. » Et comme pour le burn-out, le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui touche des salariés pour qui le travail est central.

Pour certains experts, les jeunes diplomés seraient particulièrement sensibles au bore-out. « Ils rament pour pouvoir s’insérer et ils se raccrochent souvent aux branches avec un boulot par défaut. L’ennui au travail est encore plus dur à vivre quand on est jeune et diplômé », affirme Jean-Claude Delgènes.

Jean Dugas, directeur des ressources humaines de transition, analyse la situation différemment : « Je vois des bac + 2 qui se battent et arrivent à décrocher des postes au-dessus de leur niveau et je vois des bac + 5 qui tombent de haut car ils croyaient que tout leur était dû, alors qu’il y a aussi le quotidien à se coltiner dans tout travail. »

Comment réagir lorsqu’on s’ennuie au travail ? Pour Piérelle Boursaly, du cabinet Psya, spécialisé en prévention et gestion des risques psychosociaux, « il faut d’abord voir si c’est un problème de sous-charge de travail ou une inadéquation entre missions et compétences. Et évidemment en parler à son manager. Il faut aussi s’interroger sur ce qu’on veut faire et le formuler ». Pour cela, un bilan de compétences peut aider, ou la formation continue.

Partir

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/04/bore-out-voyage-au-bout-de-l-ennui_4913776_1698637.html