INSEE : les salaires dans la fonction publique

INSEE : les salaires dans la fonction publique

REMUNERATION  – Le Figaro, Boursier.com –  Les salaires ont évolué en ordre dispersé dans la fonction publique en 2014, d’après les données transmises par l’Institut national de la statistique : « Les écarts de niveaux salariaux entre les trois versants de la fonction publique résultent principalement des différences de structure en termes de catégorie, de statut et de type d’emploi occupé », explique l’INSEE. La publication de cette étude intervient une semaine après l’annonce du dégel du point d’indice… Le salaire net moyen de la fonction publique a progressé à un rythme supérieur à l’inflation en 2014 pour les collectivités locales et le secteur public hospitalier, mais pas pour les employés de l’État. Pour les fonctionnaires d’État, la salaire net moyen s’est élevé à 2480 euros net par mois, soit une hausse de 0,3% par rapport à 2013 . Compte tenu d’une inflation de 0,5%, son évolution en euros constants a été négative de 0,2%, après une autre baisse de 0,7% en 2013. Pour la fonction publique territoriale, le salaire net moyen mensuel a progressé de 0,8% en euros courants, à 1.880 euros, et de 1,4% en euros constants. Le salaire net moyen a augmenté enfin de 0,9% (0,4% en euros constants) dans la fonction publique hospitalière, à 2.210 euros. Des articles du Figaro et du site Boursier.com :

Les écarts de niveaux salariaux entre les trois fonctions publiques s’expliquent principalement, note le Figaro, par des différences de structure en termes de catégorie statutaire, de sexe et d’âge. La valeur du point d’indice de la grille salariale de la fonction publique, dont le gouvernement vient d’annoncer le relèvement prochain, était globalement geléé depuis 12010 même si un geste a été fait en 2014 pour les fonctionnaires de catégorie C, aux revenus les plus modestes.

Un autre indicateur utilisé par l’Insee, la rémunération des personnes en place, qui concerne les salaires des fonctionnaires présents la totalité des deux années chez le même employeur et avec la même quotité de travail, montre des évolutions 2014 positives en euros constants, et dans une proportion plus forte qu’en 2013: +1,6% (après +0,5%) pour la fonction publique d’Etat, +2,1% (après +0,8%) pour la fonction publique territoriale et +1,3 (après +0,8%) pour le secteur public hospitalier.

La fonction publique d’Etat moins bien lotie ? s’interroge Marianne Davril sur le site Boursier.com : ainsi, dans la fonction publique d’Etat, où près de six agents sur dix appartiennent à la catégorie A,  le salaire net moyen en équivalent-temps plein (EQTP) augmente de 0,3% en euros courants entre 2013 et 2014 et atteint en moyenne 2.480 euros nets par mois. Compte tenu de l’inflation, il baisse toutefois de 0,2 % en euros constant.

En revanche, dans la fonction publique territoriale (FPT, hors militaires, assistants maternels et familiaux), le salaire net moyen est moins élevé (1.880 euros net) mais l’évolution est de +1,4% en euros courants, et de +0,8% en euros constants. Il en est de même dans la fonction publique hospitalière (respectivement +0,9% et +0,4% à 2.210 nets par mois). Pour ces deux derniers versants, le nombre d’agents en catégorie C est bien plus important : ils représentent les 3/4 dans la FPT et la moitié des agents de la FPH. Or, rappelons que début 2014, le gouvernement avait publié plusieurs décrets modifiant les dispositions indiciaires applicables aux agents B et C de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, ce qui a pu jouer à la hausse sur les salaires de ces deux catégories.

Salaire brut / salaire net

L’étude de l’Insee constate par ailleurs des écarts entre l’évolution du salaire net et du salaire brut (environ -0,3 point de pourcentage), qui s’explique par l’augmentation du taux de cotisation pour pension civile des fonctionnaires. Avec les réformes des retraites datant de 2010 et 2014, le taux des cotisations retraite acquitté par les fonctionnaires est en effet progressivement aligné sur celui du privé…

Pour l’ensemble des articles : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/03/24/20002-20160324ARTFIG00154-salaires-les-fonctionnaires-d-etat-moins-bien-traites-en-2014.php ; http://www.boursier.com/actualites/economie/remuneration-comment-les-salaires-des-fonctionnaires-ont-ils-evolue-recemment-31077.html?fil96

Retraites et validation des études d’infirmier

Retraites et validation des études d’infirmier

INFIRMIER  – ActusSoins –  Plus de deux ans après une décision de la Cour administrative d’appel de Bordeaux, le Conseil d’Etat a statué* et confirmé : il est illégal d’exiger des hôpitaux de verser des contributions rétroactives en vue d’une validation des années d’études dans le décompte de la retraite. Un article de Malika Surbled, sur le site ActuSoins :

L’avantage était méconnu, et peu utilisé des soignants. Toute infirmière, sage-femme ou assistante sociale de la fonction publique hospitalière titularisée avant le 1er janvier 2013, pouvait – dans les deux années qui suivaient sa titularisation – demander une validation de ses années d’études dans le décompte de ses années retraite. Sous condition du versement rétroactif de contributions par le premier hôpital qui l’avait titularisée.
Cet avantage, accordé en 2004, par le Conseil d’administration de la CNRACL (Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales), serait finalement illégal, selon le Conseil d’Etat, qui a confirmé une décision de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux qui avait donné raison à l’Hôpital de Felleries-Liesses dans le Nord. L’établissement refusait de verser des contributions rétro-actives pour ses agents.
Ce que cette décision peut changer
Pour les hôpitaux, c’est tout bénef… »Tout d’abord, les hôpitaux n’auront plus à payer les titres de recettes émis par la CNRACL concernant la validation des années d’études d’infirmier. Ils doivent faire un recours contre chaque titre de recette émis par la CNRACL, dans le délais contentieux. Ils sont assurés d’obtenir gain de cause devant les juridictions administratives » explique Maître Thomas Benages, l’avocat qui a défendu l’hôpital de Felleries-Liesses.
« Ensuite, les hôpitaux ont également la possibilité de former des recours (…)

Pour lire l’ensemble de l’article : http://www.actusoins.com/274472/retraites-la-validation-des-etudes-jugee-illegale.html

Caniard : le numérique au secours de la réforme de la santé

Caniard : le numérique au secours de la réforme de la santé

Médecins – Telos – Crise des professions de santé, crise de l’hôpital, crise financière, rien n’y fait, chaque acteur reste étrangement replié sur lui-même, attendant un premier pas de l’autre. Etienne Caniard, Président de la Mutualité française explore les voies d’une réforme du système de sa,té, notamment à travers les apports du numérique, sur le site Telos :
Les analyses sur l’avenir de la protection sociale et l’organisation des soins n’incitent guère à l’optimisme. Si les constats convergent sur ce qu’il conviendrait de faire, la réforme pourtant jugée indispensable se fait attendre comme s’il était plus confortable de rester sur une route connue et familière plutôt que d’explorer de nouveaux chemins.
C’est ainsi que l’on se réfugie dans un passé non seulement révolu mais qui n’a jamais existé en évoquant comme une période bénie la Sécurité sociale de 1945… oubliant qu’alors la sécu ne remboursait que très peu de soins mais versait essentiellement des revenus de remplacement (à une minorité de la population) pour compenser les conséquences de la maladie.
C’est ainsi que l’on entend encore des organisations de médecins se référer à la charte de la médecine libérale de 1927, donnée comme modèle d’organisation, en oubliant que fort heureusement la médecine d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle du premier tiers du XXe siècle.
Mutations
Crise des professions de santé, crise de l’hôpital, crise financière, rien n’y fait, chaque acteur reste étrangement replié sur lui-même, attendant un premier pas de l’autre.
Le résultat en est connu : développement des déserts médicaux, hypertrophie hospitalière faute d’organisation de la médecine ambulatoire, dévalorisation des actes cliniques ou profit d’actes techniques souvent inappropriés. S’y ajoutent une mauvaise utilisation du système de soins (le recours aux urgences en est la plus frappante illustration) et des restes à charges croissants pour les patients, premier facteur de renoncement aux soins.
Chacun s’adapte à cette situation, la sécurité sociale affichant des taux de remboursements de plus en plus fictifs parce que qu’assis sur des bases de remboursement déconnectées des prix réels, les professionnels préférant une liberté des tarifs à une opposabilité négociée avec l’ensemble des acteurs qui garantirait juste rémunération des professionnels et maîtrise des restes à charge.
Peu nombreux sont ceux qui croient à un tardif mais salutaire sursaut politique, tant la politique de santé fait peur aux décideurs et est paradoxalement absente du débat alors qu’elle est une des premières préoccupations des Français. Et si le salut venait de la révolution numérique ?
Imaginons. Nous sommes en juin 2016, des négociations conventionnelles ont repris après les élections professionnelles d’octobre 2015 qui ont donné lieu à des surenchères et focalisé les débats sur la valeur de l’acte.
L’absence de marges financières pour l’Assurance maladie favorise l’émergence d’une augmentation sensible de la valeur de l’acte… mais au détriment des rémunérations forfaitaires qui se développaient depuis les années 2000 et représentent désormais plus de 10% du revenu des généralistes.
Statuts
Alors qu’un accord semble proche entre l’assurance-maladie et les syndicats de médecins libéraux, des médecins investissent les réseaux sociaux et trouvent immédiatement un soutien chez les patients. Certains réclament une rémunération forfaitaire pour les médecins qui « prescrivent » des applications santé à leurs patients en s’engageant à les conseiller et les accompagner pour l’interprétation et le suivi. D’autres revendiquent une reconnaissance et une valorisation des conseils donnés par téléphone ou de plus en plus souvent par internet, ils sont rejoints par des acteurs du maintien à domicile qui réclament un financement pérenne pour les outils de domotique et de robotique évitant une institutionnalisation prématurée. Ce mouvement fait rapidement tache d’huile, notamment chez les étudiants en médecine. Le gouvernement découvre son importance lorsque les organisations d’internes s’engagent en proposant un nouveau modèle d’organisation des soins, soucieux de la qualité de la pratique, de la préservation de la vie personnelle, fondé sur une organisation collective et pluridisciplinaire. Ils ont pris conscience que le modèle libéral peut répondre à leurs attentes, alors que l’installation libérale était massivement rejetée par les nouveaux diplômes, à condition de sortir du paiement à l’acte qui freine les coopérations professionnelles, l’organisation des parcours et surtout est incompatible avec une médecine 2.0.
Une nouvelle loi est élaborée avec les professionnels qui définit carrière, politique de revenus, déclinaisons territoriales et met ainsi fin aux rites conventionnels, pour les remplacer par des négociations avec les Agences régionales de santé qui permettent des engagements dans la durée, fondés sur une obligation de résultats.
C’est alors que, dépassant la remise en cause des modes d’allocations de ressources « traditionnels », une réflexion s’engage pour élaborer un nouveau statut pour les médecins. À l’origine de cette initiative on trouve des médecins libéraux exerçant dans les hôpitaux locaux, modèle peu connu d’organisation des soins qui permet à un patient hospitalisé dans un hôpital local d’être pris en charge par son médecin traitant, qui exerce sous un double statut.
Des médecins libéraux et leurs correspondants hospitaliers qui ont expérimenté des télé-consultations à l’origine organisées dans les Ehpad d’un territoire pour leurs résidents mais rapidement ouverts à tous les libéraux et à l’ensemble de la population, prennent la mesure de la valeur ajoutée d’un tel partage des compétences et proposent l’organisation d’Etats Généraux chargés d’élaborer un nouveau statut qui permette de sortir du carcan de la fonction publique hospitalière et de l’exercice isolé et inorganisé de la médecine libérale. Avant même d’avoir défini ce que pourrait être ce nouveau statut, les médecins arrachent aux pouvoirs publics la promesse que si ce statut est approuvé par plus de 30% des médecins en exercice il sera automatiquement adopté. Ce statut intermédiaire est aussitôt plébiscité par les jeunes médecins qui l’adoptent à plus de 90%.
Parallèlement les organismes complémentaires d’assurance-maladie, contestés depuis plusieurs années parce que devenus indispensables en même temps que difficilement accessibles pour les plus fragiles, connaissent une nouvelle crise. La segmentation des offres, nourrie par les informations issues d’une analyse du risque de plus en plus précise, par le traitement de données toujours plus nombreuses, conduit à vider de son sens une activité d’assurance dans laquelle l’aléa est considérablement réduit. Transformés en préfinanceurs de dépenses quasi certaines, ils voient leurs marges de manœuvre se restreindre encore au-delà de l’encadrement des contrats mis en œuvre par les pouvoirs publics pour répondre aux critiques.
Connectique
Devant l’ampleur de cette crise la Mutualité Française organise des forums citoyens avec les autres complémentaires, les associations de patients dont les conclusions sont discutées avec les professionnels de santé qui s’interrogeaient sur leur statut et leur pratique. Très vite chacun comprend que la valeur ajoutée des organismes complémentaires réside autant dans leur capacité à accompagner, à innover, à proposer des services aux patients comme aux médecins, à organiser les parcours que dans le remboursement de dépenses sans souci de leur pertinence, de leur efficacité ou de leur coût.
Les professionnels, soucieux de garder la maîtrise de leur pratique s’engagent à mettre en place les mécanismes d’évaluation et de régulations indispensables pour attester de la pertinence et de la qualité des prises en charge. Des accords se nouent avec les complémentaires qui en contrepartie s’engagent dans une politique résolue de diminution des restes à charge et de revalorisation des actes cliniques.
De telles évolutions sont-elles du domaine du rêve ? Certainement pas. Comment imaginer une organisation figée face au développement des applications qui redonnent de l’autonomie aux patients, aux possibilités offertes par la télémédecine offrant à tous l’accès à une expertise partagée, à des coopérations professionnelles facilitées par les outils permettent dialogues et échanges d’informations, valorisent les compétences, plutôt que de tirer les professions vers le bas dans des logiques de défense de territoires, aux possibilités offertes par l’impression 3D au service de la santé.
Demain le traitement des données, le deep learning va transformer l’évaluation du médicament, faisant perdre la prééminence de l’évaluation avant la commercialisation, limitée parce qu’effectuée sur des populations sélectionnées, sans interactions médicamenteuses, sans pathologies multiples, sans problèmes d’observance, au profit d’une surveillance en temps réel, dans la vraie vie, grâce à la possibilité de discerner des effets délétères même avec de faibles signaux et d’intervenir même directement par le retrait d’un produit dangereux, contrepartie de la mise à disposition plus rapide de l’innovation.
C’est sous la pression des objets connectés, d’une information disponible et partagée que l’on va engager la plus profonde transformation de notre système de santé et de protection sociale, celle qui permet de passer d’une logique de moyens à une logique de résultats, du quantitatif au qualitatif.
L’État va devoir changer de posture, passer d’un contrôle tatillon et inefficace à un rôle de régulateur, d’Etat stratège.
Tous nos outils vont être remis en cause. La surveillance des épidémies passait hier par le développement de réseaux sentinelles, le travail de collecte de données de nombreuses agences, l’analyse en temps réel de quelques mots clés sur les moteurs de recherches suffit désormais à détecter le moindre épisode grippal.
Le mouvement de démocratie sanitaire qui s’est développé dans les années 2000 est à la recherche d’un second souffle. C’est la révolution numérique qui va lui offrir, bousculant les représentations institutionnelles qui devront se projeter dans l’avenir ou disparaitre.

Source : http://www.telos-eu.com/fr/reforme-du-systeme-de-sante-le-numerique-au-secour.html#sthash.1Ys0O4tT.dpuf

Statuts différents : à travail égal, salaire égal ?

Statuts différents : à travail égal, salaire égal ?

JURIDIQUE – CFDT – Un médecin salarié peut-il demander l’application du principe « à travail égal, salaire égal » et réclamer une rémunération identique à celle d’un médecin exerçant en tant que libéral, donc non-salarié ? Telle est la question qui était posée à la Cour de cassation. Cass.soc.16.12.15, n°14-11294. Le point de vue du service juridique de la CFDT :

Faits, procédure et prétentions
Un médecin anesthésiste et réanimateur exerçait au centre hospitalier en tant que médecin chef salarié au service des grands brûlés. Comme il effectuait régulièrement des gardes pour lesquelles il était moins bien payé que les médecins exerçant à titre libéral, il a saisi le conseil de prud’hommes d’une demande, notamment, de rappels de salaires.
La cour d’appel de Lyon l’a débouté, dans un arrêt du 27 novembre 2013. Selon les juges d’appel, le salarié ne pouvait utilement invoquer le principe « à travail égal, salaire égal » et se comparer avec des médecins exerçant à titre libéral.
Le médecin hospitalier a donc formé un pourvoi.
A travail égal… rémunérations inégales entre médecins salariés et non-salariés
Devant la Cour de cassation, ce salarié soutenait qu’une différence de statut entre les travailleurs effectuant un travail de même valeur au service d’un même employeur ne suffit pas à caractériser une différence de situation justifiant une différence de rémunération.
En effet, la Cour de cassation a déjà eu l’occasion d’affirmer par le passé que la différence de statut ne constitue pas en soi une justification à la différence de rémunération. Ainsi, en a-t-elle décidé s’agissant d’une prime versée sur le critère du poste ou de la fonction occupée à des travailleurs employés tantôt sous contrats de travail de droit privé et tantôt sous statut de la fonction publique (1). La haute juridiction a également considéré que la différence de statuts entre salariés en CDI et vacataires ne pouvait à elle seule justifier une différence de rémunération (2).
Pour autant, dans toutes ces hypothèses, les travailleurs étaient (qu’ils relèvent du droit privé ou du droit public) des travailleurs subordonnés.
La question posée ici à la Haute juridiction était donc encore plus radicale.
Un salarié peut-il invoquer le principe « à travail égal, salaire égal » pour se comparer à des travailleurs non-salariés, en l’occurrence mieux rémunérés ?
Il ne saurait en être ainsi selon la Cour de cassation, qui approuve les juges du fond « le salarié qui se prévaut du principe d’égalité de traitement ne pouvant utilement invoquer la comparaison de sa situation avec des non salariés ».
Le statut de salarié, justification absolue des différences de traitement ?
Dans l’absolu, cette solution peut convaincre. La différence entre salariat et exercice de la profession à titre libéral est sans doute d’un autre ordre qu’une simple différence de statuts, au sens d’une différence entre modalités juridiques d’organisation du travail subordonné: salariés précaires ou non, travailleurs subordonnés engagés sous contrats de droit public ou de droit privé… Dans un cas, l’on est subordonné, c’est-à-dire soumis à des directives et passible de sanctions, dans l’autre l’on est indépendant.
La différence entre ces travailleurs est-elle toujours aussi marquée dans les faits ? Ainsi, en l’espèce, on peut supposer que les deux médecins effectuaient les gardes dans les mêmes conditions, à savoir au sein du service organisé (le centre hospitalier). Comment dès lors admettre si aisément la différence de traitement entre ces deux médecins ? Pourquoi exclure de manière radicale la comparaison entre salariés et non-salariés, sans y regarder de plus près? Quid par exemple si la proportion de femmes avait été significativement plus importante chez les médecins salariés? N’aurait-on pas pu y déceler une discrimination indirecte en raison du sexe dans cette différence de rémunération?
Espérons que les réflexions en cours sur l’ « ubérisation » de l’économie conduisent la Cour de cassation à affiner sa position.
(1) Cass.ass.plén.27.02.09, n°08-40059.
(2) Cass. soc.15.05.07, n°05-42893.

Source : https://www.cfdt.fr/portail/le-carnet-juridique/fil-d-actualites/a-travail-egal-mais-statuts-differents-remunerations-inegales-srv2_342128

2015, une année de transformation du travail

2015, une année de transformation du travail

ORGANISATION DU TRAVAIL – L’Usine digitale – 2015 aura vu la multiplication des débats autour de l’organisation à l’ère numérique avec une entreprise symbole malgré elle : Uber. Plus qu’une segmentation du marché du travail, cet exemple montre que les frontières sont de plus en plus floues entre les différentes formes de travail à l’heure du numérique. Un article de Christophe Bys :

De quoi Uber est-il le nom ? D’une mutation irrésistible ? Pas besoin d’être voyant ou astrologue pour prévoir que les débats commencés vont se poursuivre. Le modèle de ce que certains auteurs ont appelé capitalisme de plateforme va-t-il devenir la norme ? Ou bien le bon vieux salariat inventé durant les 30 Glorieuses avec les protections qu’il contient finira-t-il par triompher ? Un débat aussi passionnant (ou presque) que le septième épisode de la Guerre des Etoiles. Peut-être qu’un jour les historiens soucieux de caractériser notre période décideront de les renommer les années Uber, comme il y eut dans les années 70 les années IBM, ou plus proche de nous les années Microsoft ou encore un peu plus près de nous les années Apple. L’entreprise capte comme nulle autre l’esprit de l’époque et notre rapport ambigu aux évolutions technologiques.
Bravo crie le consommateur qui se réjouit de ses applis qui offrent un meilleur service à prix réduit. Haro crie le salarié qui voit apparaître de nouveaux concurrents qui menacent le statut du salarié, pour ne pas dire son statut.
Le numérique sonne-t-il le glas de la classe moyenne ?
Uber qui se serait peut-être bien passé de ce succès en devenant quasiment un nom commun grâce au publicitaire Maurice Lévy de Publicis qui évoqua l’uberisation de l’économie. Gros succès et début d’un débat qui a duré toute l’année. Pas besoin d’être voyant pour pronostiquer qu’il se poursuivra en 2016 avec autant de passion.
Une des nouveautés de 2015 est la prise de conscience que les évolutions technologiques en cours ne menaçaient plus seulement les emplois peu ou pas qualifiés, comme cela a toujours été le cas. Après tout, depuis Schumpeter, tout le monde le sait : le progrès technique détruit des emplois, mais en crée de nouveaux plus qualifiés. Telle était la croyance commune, la vertu positive de la croissance économique et de son allié le progrès technologique. De plus en plus de voix s’élèvent pour prévenir : la révolution industrielle en cours ne se contentera pas des postes subalternes. C’est toute une partie des emplois moyens voire supérieurs qui vont être détruits à terme.
Aux Etats-Unis le juge tranche
C’est le statut du prestataire utilisateur des applis qui est au cœur des débats. Est-il ou non un salarié ? Et si oui quels droits faut-il lui accorder ? La mobilisation des taxis parisiens aura fait parler d’elle, allant jusqu’à un tweet de la chanteuse Courtney Love qui interpellait en des termes peu amènes François Hollande, tandis que la France se divisait entre partisans d’Uber et défenseurs des taxis. Fin décembre, les taxis continuaient encore et toujours à réclamer l’alignement des droits et des devoirs .
Outre Atlantique, le débat empruntait d’autres lieux et d’autres formes. Au pays qui a fait du procès un genre cinématographique à part entière, c’est devant les tribunaux que la question est posée et reposée. Les juges californiens ont dû dire si oui ou non un chauffeur de VTC est ou non un salarié. A Denver, c’est la question d’une éventuelle organisation en syndicats qui a mobilisé les chauffeurs.
En France tout commence avec des rapports
Retour en France où le droit aussi s’est intéressé au numérique. Mais dans un pays où le droit s’écrit dans la Loi plutôt que par jurisprudence, les rapports aux ministres se sont multipliés, à la mesure des problèmes rencontrés par un législateur débordé par la vague numérique.
Ainsi, en a-t-il été du rapport Mettling, du nom du directeur général chargé des ressources humaines d’Orange, Bruno Mettling qui a piloté une mission sur la question et a remis ses conclusions à Myriam El Khomri. Un travail qui avait été commandé par son prédécesseur François Rebsamen. Les ministres passent, les problèmes restent.
Dans ce document très équilibré, c’est un véritable toilettage du droit et des pratiques RH qui est proposé. Par exemple, il est proposé de résoudre enfin les conditions d’utilisation du forfait-jours qui fait les délices de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui invalide les accords les uns après les autres. Le rapport Mettling invite aussi les entreprises à réguler les usages, à créer une sorte de devoir de déconnexion, l’homme de l’art étant constant dans son approche, en voulant éviter une loi qui figerait les pratiques.
Du côté des syndicats, les positions sont bien évidemment différentes. Ainsi le syndicat des cadres et des techniciens de la CGT a fait de la régulation des usages du numérique un sujet central de ses revendications.
Des frontières de plus en plus floues
Moins médiatisé, le travail de Denis Ménascé pour l’institut de l’entreprise n’en mérite pas moins d’être rappelé à l’heure des bilans de l’année. Dans un document fort pertinemment appelé La France du bon coin, il montre comment l’entrepreneuriat est à la croisée de la nécessité économique et du besoin d’autonomie. De plus en plus de salariés en CDI sont des chauffeurs occasionnels de véhicules ou louent leur appartement pour faire un peu de cash.
A l’autre extrémité, des Français deviennent auto-entrepreneurs en recourant ou non aux plateformes Internet parce qu’ils sont durablement exclus du marché du travail. Plus qu’une segmentation du marché du travail, il montre que les frontières sont de plus en plus floues entre les différentes formes de travail à l’heure du numérique. Pas de quoi rassurer les esprits partisans et les adeptes des solutions univoques.

Source : http://www.usine-digitale.fr/article/2015-une-annee-de-transformation-du-travail.N370295