Survivre malgré le numérique

Survivre malgré le numérique

NOUVELLES TECHNOLOGIES  – Le Monde – Thierry Venin, docteur associé au laboratoire Société environnement territoire (université de Pau et des pays de l’Adour-CNRS) et directeur de l’Agence départementale du numérique (Pyrénées-Atlantiques). Il est l’auteur de l’ouvrage « Un monde meilleur ? Survivre dans la société numérique ». Un article de pierre Jullien, du Monde :

« Il n’est plus possible de penser les effets de la science et de la technologie comme intrinsèquement positifs », constate le sociologue dans sa préface. Or, ajoute-il, « plutôt que d’adapter de façon raisonnée les technologies aux finalités du travail, c’est ce dernier qui, baignant dans une attitude idéologique, a dû se plier aux règles technologiques, produisant dans de très nombreux cas des effets négatifs », dont les risques psychosociaux ne sont pas les moindres.
Thierry Venin, pointe les conséquences de « l’absence de prise de conscience du nouvel écosystème numérique de travail tertiaire » – la prise de pouvoir du numérique – qui renforce « les effets pervers de la tyrannie du moment » et le stress qui l’accompagne, dont 24 % des hommes et 37 % des femmes souffrent dans le cadre de leur travail.
Une étude montre d’ailleurs que ceux qui travaillent régulièrement trois ou quatre heures de plus que la durée normale augmentent de 60 % le risque de développer des problèmes cardiaques, ce à quoi conduit « la généralisation de la laisse électronique » et le travail à la maison.
Le chercheur, partant d’une enquête de terrain, démontre la forte influence des techniques de l’information et de la communication (TIC) dans les risques psychosociaux. Il liste une vingtaine de pièges et d’effets secondaires sous des titres de chapitres évocateurs : « Angoisse du temps mort », « Toujours plus vite » et son corollaire « Toujours tout de suite », « Le travail à la maison »… concluant que le droit à la déconnexion reste à inventer.
Il s’interroge sur le pouvoir – la liberté – que conservera dans l’avenir un individu hyperconnecté, prisonnier d’un « système technico-financier numérisé », dans lequel « la culture et la pensée unique qu’il véhicule semblent avoir, pour le moment, raison des représentations démocratiques enserrées dans des Etats-nations dont les acteurs d’Internet se jouent ».

Référence : Un monde meilleur ? Survivre dans la société numérique, de Thierry Venin (Ed. Desclée de Brouwer, 356 pages, 19,50 euros).

Sourcehttp://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/01/04/survivre-malgre-le-numerique_4841537_1698637.html#hu2Q2lqc4PZ88QOT.99

Lutter contre le stress en notant

Lutter contre le stress en notant

STRESS – Focus RH – Est-il possible de contrecarrer les effets négatifs du stress par une attitude positive ? Quel est l’impact de la motivation sur la baisse du stress chez les salariés ? Le docteur Philippe Rodet, auteur du livre « Le Bonheur sans ordonnance »*, est intervenu sur ce sujet d’actualité devant un public de professionnels RH lors de la soirée du Club Agora, le 10 décembre dernier. Un article de Christina Gierse dans Focus RH :

Le stress est l’ennemi intime de Philippe Rodet. Pression et travail sous tension n’ont pas de secrets pour cet ancien urgentiste et médecin humanitaire ayant exercé en zone de guerre. Petit à petit, il a appris à composer avec, puis, progressivement, à les maîtriser.
Comment ? En développant un arsenal de petits « pare-feux », dont il nous livre quelques clefs. « L’organisme humain est équipé pour lutter contre le stress. Tout est question de dosage » explique l’auteur du « Bonheur sans ordonnance ». Afin d’éviter cette « surchauffe » qui, dans les cas extrêmes, peut devenir pathologique (burn out), il existe des facteurs de protection à l’efficacité prouvée comme « les liens sociaux, le sens (« à quoi je sers ? »), l’exercice physique, le bien-être mental ».
Rééduquer son cerveau
Concernant le mental, en première ligne lorsqu’il sest question de dégâts liés au stress, Philippe Rodet insiste sur la nécessité de « rééduquer son cerveau afin de l’aider à faire la part des choses car, trop souvent, on bloque sur ce qui ne va pas, générant ainsi des pensées négatives ». Son conseil : noter tous les soirs dans un carnet ses « petits succès » de la journée afin de faire grimper le sentiment de sa valeur personnelle au détriment des idées sombres. Celles-ci s’invitent généralement juste avant le coucher, occasionnant des réveils nocturnes (on « boucle » sur un problème sans parvenir à s’en défaire).
Loin d’être anecdotique, ce geste est en réalité une façon de se réapproprier ses pensées et d’augmenter son SEP (sentiment d’efficacité personnelle) : « Le niveau de stress croît lorsqu’un individu se sent contraint, incapable d’agir. Dans la vie de tous les jours, mais aussi en entreprise, cela se vérifie facilement. Laissez davantage d’autonomie à vos collaborateurs, et vous augmenterez leur niveau de confiance, de motivation, de créativité, tout en diminuant leur stress ».
Responsabiliser l’entreprise
Si le salarié stressé peut travailler sur son mental, l’entreprise a sa part de responsabilité : « Gare aux objectifs mal fixés par le manager : trop élevés, voire inatteignables, ils engendrent la démotivation. Trop bas, ils sont source d’ennui ». Un plan d’action anti-stress qui serait mené à deux niveaux, salarié et RH, est forcément une combinaison gagnante puisque le lien entre la performance d’une entreprise et la motivation de ses équipes a été établi par de nombreuses études. Mieux encore, booster la motivation aurait un impact macro-économique : « Si tous les salariés allaient travailler avec enthousiasme, on gagnerait 1 point de PIB » a déclaré Francis Mer, industriel et ancien ministre de l’économie.
* Le Bonheur sans ordonnance est paru chez Eyrolles en 2014.

Source : http://www.focusrh.com/protection-sociale/stress-travail/a-la-une/lutter-contre-stress-en-jouant-sur-la-motivation.html

Stress et incivilités : salariés dans l’enfer de l’open space

Stress et incivilités : salariés dans l’enfer de l’open space

ESPACE DE TRAVAIL – L’Express – 57% des salariés français travaillent dans des bureaux ouverts, censés faciliter la communication. Mais ses détracteurs lui reprochent de déteriorer la qualité de vie dans les entreprises. Un article de L’Express (avec l’AFP). Et Le travail en open space nuit à la santé, rappelle Actualité Santé :

Bruit, promiscuité, interruptions permanentes: le travail en open space ou espace ouvert, officiellement conçu comme facilitateur de communication, favoriserait le stress et les incivilités, selon plusieurs études sur le sujet. « Je vais m’acheter un casque anti-bruit! Ça ne m’empêchera pas d’être interrompue en permanence par le téléphone ou une demande express mais au moins j’éviterai les conversations intempestives qui me déconcentrent », témoigne une journaliste, sous couvert d’anonymat. Certains de ses collègues travaillent avec bouchons d’oreilles ou écouteurs « faute de mieux » et choisissent de s’isoler, quand c’est possible, dans une salle de réunion pour réaliser une interview sans être dérangés. « J’ai toujours travaillé en open space, donc je n’ai pas d’élément de comparaison. Pour moi, ça facilite clairement le travail collectif mais pas le bien-être personnel », nuance cependant l’un d’eux, âgé de 30 ans.
57% des salariés français travaillent en open space, un plateau ouvert de plus de 20 personnes ou un bureau partagé de 4 à 10 personnes, selon Odile Duchenne, directrice générale d’Actineo, observatoire de la qualité de vie au bureau. Ils sont 73% en Grande-Bretagne, 71% en Espagne, 66% aux Pays-Bas, 55% en Allemagne et 49% en Suède, selon une étude réalisée par Actineo en 2014. « Partout la satisfaction (au travail, NDLR) chute lorsque les salariés travaillent en open space, même si les Français sont les plus mécontents et que la génération Y – les 20-35 ans – est plutôt demandeuse de ce type d’espace de travail collaboratif », ajoute Odile Duchenne.
Un sondage réalisé début septembre par le cabinet de prévention Eleas, spécialisé dans le suivi de la qualité de vie au travail, indique que pour 58% des salariés, le travail en open space favorise les incivilités, telles que l’impolitesse, l’irrespect, les violences verbales ou physiques, « une perception identique, quel que soit le secteur d’activité, la taille de l’entreprise ou l’âge des salariés ». « Parler fort, interrompre une fois, ne pose pas de problème en soi, mais dans une logique de répétition, cela détériore le climat relationnel et peut être vécu comme un déni de la personne qui souffre de ces comportements », analyse Xavier Alas Luquetas, président-fondateur d’Eleas.
Une logique d’économies
« C’est devenu un sujet très important pour nous depuis une dizaine d’années. C’est un perturbateur potentiel pour les salariés et un facteur de stress significatif », estime de son côté Philippe Douillet, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). « A la mode dans les années 80, il a été mis en place plus systématiquement à partir des années 90 dans une logique d’économies sous couvert de favoriser la communication », explique Philippe Douillet. « Les problèmes récurrents sont le bruit, l’interruption, la perte d’intimité, un contrôle hiérarchique renforcé permanent, lui aussi dans l’espace ouvert, facteurs qui, cumulés, génèrent des tensions », ajoute-t-il.
Ces nuisances sont « en hausse », confirme Odile Duchenne. « Cela a conduit les entreprises à aménager les plateaux ouverts avec des solutions techniques comme des cloisons absorbantes de sons et des espaces d’isolement, pour les rendre plus humains », explique-t-elle. Un autre sondage d’Actineo, également réalisé en septembre, place la qualité de vie au travail en tête des critères les plus importants des salariés français après l’intérêt pour leur travail.
Parmi les critères favorisant cette qualité de vie au travail, ils placent les relations avec leurs collègues en tête (71%), suivi de l’espace (38%), de l’absence de bruit (29%) et de la qualité de l’aménagement de leur bureau (26%). Ce sondage indique également que 92% d’entre eux jugent que leur espace de travail a un impact sur leur efficacité (contre 80% en 2011). Plus de la moitié (57%) se dit perturbée par des nuisances sonores dues à des conversations et 50% à des problèmes d’attention liés au passage, à la circulation.

Le travail en open space nuit à la santé., rappelle Ysabelle Silly (Actualité Santé – 20 / 04 /2014)Toutes les études récentes concordent : les salariés sont plus souvent malades et davantage soumis au stress.
1- Des salariés déconcentrés et frustrés
Les salariés en open space se sentent frustrés en fin de journée car ils sont plus souvent dérangés par leurs collègues et se concentrent moins sur leur travail. Cette conclusion a été confirmée par une étude réalisée en 2014 auprès de 20 000 employés britanniques.
Une étude réalisée en 2011 et publiée par The Huffington Post avait comparé plusieurs environnements de travail et leur influence sur les salariés. Résultats : en open space, ils rencontrent des diffcultés pour se concentrer, sont moins créatifs et moins satisfaits de leur emploi.
2- Des salariés stressés
Une étude de l’université de Cornell parue dans The New Yorker explique que dans un environnement bruyant les personnes produisent davantage d’adrénaline, l’hormone liée au stress.
3- Des salariés plus souvent enrhumés
Selon une autre étude publiée dans le magazine Ergonomics, les salariés qui travaillent en open space, et notamment les femmes, sont plus souvent malades.
Cela s’explique notamment par la prolifération des rhumes dans les espaces ouverts. L’aération des grandes pièces est plus difficile, ce qui favorise les maladies.
Dans les petites entreprises, les employés se sentent obligés d’être toujours présents, même lorsqu’ils sont malades, ce qui accentue le risque de contagion.

Sources : http://www.lexpress.fr/emploi/gestion-carriere/entre-stress-et-incivilites-dans-l-enfer-de-l-open-space_1747143.html ; http://www.santemagazine.fr/actualite-le-travail-en-open-space-est-mauvais-pour-la-sante-58299.html

Violences faites aux femmes : 10 chiffres chocs

Violences faites aux femmes : 10 chiffres chocs

HOMME / FEMME  – Terre Femina –  Depuis 1999, le 25 novembre est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Parce qu’aujourd’hui encore, les femmes et les filles sont les premières victimes d’actes de violence en France et ailleurs dans le monde, Charlotte Arce propose 10 chiffres-clés pour comprendre l’ampleur du phénomène et peut-être faire enfin bouger les choses, sur Terra Femina :

223 000 femmes sont victimes chaque année de violences conjugales graves
En moyenne, le gouvernement estime que 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes chaque année de violences conjugales graves (violences physiques et/ou sexuelles) de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Parmi elles, seules 14% ont osé porter plainte.
Une femme décède tous les 3 jours sous les coups de son compagnon
D’après les chiffres d’une étude gouvernementale consacrée aux morts violentes au sein du couple, 118 femmes et 25 hommes sont décédés au cours de l’année écoulée, victimes de leur conjoint(e) ou de leur ex-conjoint(e). 16 femmes et 6 hommes ont également été tués par leur partenaire non-officiel (amant, petit-ami, relation épisodique…). 35 enfants mineurs sont également décédés concomitamment à l’homicide de leur père ou de leur mère.
4 femmes handicapées sur 5 sont victimes de violences
Selon le Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes, 80% des femmes handicapées sont sujettes à des violences de la part de leur entourage qui instaurent une domination perverse face à des victimes qui, « dans l’obscurité, dans l’isolement, souvent dans leur milieu familial sont maltraitées, violentées », expliquait en mars dernier la thérapeute et présidente de FDFA Maudy Piot. Selon elle, « les violences envers les femmes handicapées sont récurrentes mais personne n’y croit. »
86 000 viols ou tentatives de viol par an en France
Selon les données recueillies par la Mission interministérielle pour la protection des Femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF), 86 000 femmes subissent chaque année un viol ou une tentative de viol. Pourtant, seules 13% des victimes portent plainte et 1% des plaintes conduisent à une condamnation. La honte, la peur d’être jugée par leur entourage ou de ne pouvoir supporter une procédure juridique longue sont autant de facteurs qui conduisent les femmes à ne pas porter plainte.
8 femmes sur 10 connaissent leur violeur
Un violeur, ce n’est pas toujours un inconnu croisé dans une ruelle sombre et déserte, rappelait en janvier le Collectif féministe contre le viol (CFCV) dans une campagne télévisée. Dans 8 cas sur 10, la victime connaît son agresseur. « Cela peut se dérouler à la maison, au travail, dans le cercle d’amis… C’est ce qui va rendre difficile le fait d’en parler. Quand cela surgit dans le cercle des proches, cela remet en question toutes les autres relations. Certains voient cette personne comme un copain et non pas comme un violeur », expliquait à ELLE Emmanuelle Piet, présidente du CFCV.
20% des femmes actives ont déjà été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail
C’est ce que met en lumière un sondage Ifop réalisé en 2014 pour le Défenseur des droits. Pour 75% des femmes victimes de harcèlement sexuel au travail, il s’agissait de gestes ou propos à connotation sexuelle répétés, malgré leur absence de consentement. 40% des harceleurs étaient un collègue, 18% un supérieur hiérarchique, 22% le patron ou l’employeur. Dans trois cas de harcèlement sur dix (30%), les femmes victimes affirment qu’elles se trouvaient dans une situation d’emploi précaire.
100% des utilisatrices des transports en commun ont déjà été harcelées
En avril dernier, le Haut Conseil à l’Égalité femmes-hommes (HCEf/h) a remis au gouvernement un rapport accablant sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. D’après celui-ci, 100% des usagères des transports ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agressions sexuelles, qu’elles en soient conscientes ou non. Dans 50% des cas, les victimes sont mineures. Dans les transports en commun, les femmes sont aussi les principales victimes d’injures et insultes, tout comme la majorité des victimes de violences sexuelles.
2,5 millions de femmes et d’enfants sont exploités à travers le monde
Chaque année, environ 2,5 millions de victimes, principalement des femmes et des enfants, sont recrutées et exploitées à travers le monde . Les types d’exploitation dans le cadre de la traite des êtres humains sont multiples : exploitation sexuelle, travail forcé, esclavage domestique, mendicité forcée… Les femmes et les filles représentent 80% des victimes et les enfants entre 15% et 20%.
Les jeunes filles travaillent souvent comme domestiques, elles sont utilisées à des fins d’exploitations sexuelles (prostitution, films pornographiques), et sont aussi mariées de force. Selon les Nations Unies et le Conseil de l’Europe, la traite des êtres humains générerait 32 milliards d’euros de chiffres d’affaires chaque année, ce qui en fait la troisième forme de trafic la plus répandue dans le monde après le trafic de drogue et le trafic d’armes.
700 millions de filles mineures sont mariées de force dans le monde
Selon les chiffres de l’Unicef, plus 700 millions de filles ont été mariées de force dans le monde avant leurs 18 ans. Plus d’une victime sur trois a été contrainte au mariage avant ses 15 ans, soit 250 millions de jeunes filles. Dans les pays comme le Bangladesh, la République Centrafricaine, le Tchad, la Guinée, le Mali, et le Niger plus de 60% des femmes sont mariées ou en concubinage avant leur dix-huitième anniversaire.
125 millions de jeunes filles et femmes sont victimes de mutilations sexuelles
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que plus de 125 millions de jeunes filles et femmes sont victimes chaque année de mutilations sexuelles, soit 8 000 par an. Cette pratique, qui consiste en une ablation totale ou partielle de leurs organes génitaux externes, concerne 29 pays africains et du Moyen Orient. Pratiquées le plus souvent sur des jeunes filles de moins de 15 ans, ces mutilations génitales mettent en danger la vie des femmes en les exposant à de graves hémorragies et des problèmes urinaires, et par la suite des kystes, des infections, la stérilité, des complications lors de l’accouchement.

Source : http://www.terrafemina.com/article/violences-faites-aux-femmes-10-chiffres-chocs-pour-faire-bouger-les-consciences_a295085/1

Attentats : réduire les séquelles psychiques

Attentats : réduire les séquelles psychiques

CRISE  – Le Monde –  Comment prendre en charge les blessures psychiques des milliers de personnes endeuillées, blessées, ou témoins des attentats du vendredi 13 novembre, à Saint-Denis et à Paris  ? Les mairies, associations de victimes d’attentats, services de santé mentale… se sont mis en ordre de marche pour assurer un soutien psychologique en urgence. Des numéros de crise ont été ouverts, notamment le 0 800 40 60 05. Une synthèse de Sandrine Cabut, du Monde :

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a ainsi déployé un triple dispositif d’une ampleur inédite pour assurer une aide psychologique à son personnel, tandis que des entreprises et leurs mutuelles proposaient aussi une assistance. Objectif de cette mobilisation générale  : apaiser le choc et si possible prévenir les séquelles psychiques, dont l’état de stress post-traumatique (ESPT) est le plus emblématique.
Comment se manifeste l’état de stress post-traumatique ?
Les symptômes, nombreux, peuvent être divisés en trois catégories. Il s’agit de reviviscences répétées de l’événement traumatisant, avec flash-backs et cauchemars. S’y associent des symptômes d’évitement  : maintien à distance des situations et des lieux pouvant rappeler le traumatisme, «  anesthésie  » psychique avec perte d’intérêt pour les activités auparavant appréciées.
Le troisième type de signes cliniques correspond à une hypertonie neurovégétative avec état de tension permanent, anxiété, insomnie… « Formellement, le diagnostic d’ESPT ne peut être porté que lorsque les symptômes durent depuis un mois, mais si une personne a des troubles intenses dans les premières semaines, il ne faut pas attendre que le syndrome soit constitué pour la prendre en charge, avec une psychothérapie adaptée et éventuellement des médicaments  », souligne le professeur Philippe Birmes, du laboratoire du stress traumatique de Toulouse.
En pratique, les symptômes peuvent se déclarer des mois, voire des années après le traumatisme, réactivés alors par un autre événement traumatisant. L’ESPT est souvent associé à d’autres troubles neuropsychologiques, en particulier la dépression (présente chez un patient sur deux) et des addictions. « De même, le risque de comportement suicidaire peut être majoré. Le pessimisme ambiant peut peser sur les personnes fragiles  », constate le professeur Louis Jehel (Centre hospitalier universitaire de Martinique), qui a créé en 2001 le premier service de psychotraumatologie à l’hôpital Tenon (APHP).
«   Une attention particulière doit être portée aux personnes les plus à risque, comme celles qui ont vécu un traumatisme (violences sexuelles, maltraitance infantile, deuil, accident…)  », ajoute le docteur Gérard Lopez, président de l’Institut de victimologie, fondé en 1994. Mais pas seulement. « L’événement traumatique peut entrer en résonance avec un conflit psychique (relation difficile dans la petite enfance), explique le docteur Sarah Bydlowski, directrice adjointe du département de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’Association de santé mentale (ASM) du 13e arrondissement de Paris. Tout appel, toute demande doit être considérée comme plus urgente que d’ordinaire.  »
Quelle est sa fréquence  ?
Au cours de leur vie, de 30  % à 40 % des individus sont exposés à au moins une situation traumatisante  : accident de la route, agression, catastrophe naturelle, guerre, attentat… Mais seule une minorité développera un ESPT. Le risque est fonction du type d’événement et du contexte. Au total, une quinzaine de paramètres ont été identifiés  : fragilité psychologique, sentiment de non-contrôle, atteinte physique… Des catastrophes d’origine humaine – comme les attentats, mais aussi les agressions – sont associées à un risque beaucoup plus élevé d’ESPT que celles qui sont naturelles, relèvent les docteurs François Ducrocq et Guillaume Vaiva (psychiatres au Centre hospitalier régional universitaire de Lille), qui ont recensé la littérature internationale.
Parmi les rescapés des attentats de 1995 à Paris, près d’un sur trois (31 %) avait développé des symptômes d’ESPT dans les deux à trois ans qui suivaient. La proportion était de 18  % six mois après l’accident dans une étude américaine effectuée chez des victimes d’accident sur la voie publique. La qualité du lien social joue également sur le risque. «  C’est un facteur fort de résilience, tout comme la bienveillance  », ajoute le docteur Lopez.
Dans le cas des attentats du 13 novembre, l’incidence des troubles post-traumatiques pourrait être importante, craint le docteur François Ducrocq, qui a assuré une prise en charge psychologique des victimes le lendemain, à la mairie du 11e arrondissement. «  En vingt ans d’exercice, j’ai rarement vu des états de dissociation, de sidération et de dépersonnalisation de cette intensité-là, raconte-t-il. Je ne sais pas très bien l’interpréter. Sur le plan quantitatif, c’est sans doute le nombre élevé de morts, et sur le plan qualitatif, de la durée d’exposition au traumatisme. Au Bataclan, certains sont restés plus de deux heures dans des conditions terribles. »
A quoi sont dus ces troubles  ?
A la phase aiguë de l’événement, le stress induit une forte libération de corticostérone, l’hormone de stress. Puis, pour la majorité des individus, tout rentre dans l’ordre en quelques semaines. Que se passe-il dans le cerveau de ceux qui développent un ESPT  ? Des études chez l’homme et l’animal éclaircissent peu à peu les mécanismes neurobiologiques en cause. Des anomalies des circuits cérébraux impliqués dans la mémoire ont ainsi été détectées.
«  Les patients présentent à la fois une activité accrue de l’amygdale (structure impliquée dans la mémoire émotionnelle) et un dysfonctionnement de l’hippocampe (intervenant dans la mémoire déclarative) par rapport à des personnes ayant vécu un épisode traumatique mais n’ayant pas développé de trouble  », précise Aline Desmedt (Institut national de la santé et de la recherche médicale – Inserm, université de Bordeaux) dans une tribune publiée le 17 novembre sur le site The Conversation.
Selon cette neurobiologiste, ces observations pourraient expliquer le paradoxe propre à ce syndrome  : une hypermnésie de certains éléments du trauma, impliquant des flash-backs, et une amnésie à l’égard du contexte traumatique. L’équipe bordelaise a développé un modèle de cette altération paradoxale de la mémoire chez la souris, afin de déterminer des marqueurs biologiques de l’ESPT, et de tester des traitements. Elle s’intéresse également aux mécanismes épigénétiques pouvant prévenir ou, au contraire, favoriser le développement de ces troubles. « De nombreuses voies de recherche visent à supprimer la mémoire de l’événement traumatique. Notre approche vise plutôt à la transformer, afin que se développent des souvenirs certes pénibles mais non pathologiques  », indique Aline Desmedt.
Une prévention est-elle possible  ?
C’est tout l’objectif des prises en charge précoces par les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP), qui visent à désamorcer les angoisses des personnes traumatisées, notamment en libérant leur parole. Dans la vague d’attentats du 13 novembre, le système a bien fonctionné, grâce à une mobilisation quasi nationale. « Des professionnels ont été rappelés, d’autres se sont présentés spontanément, et des consultations spécialisées ont été rapidement mises en place. On a pu parer au plus pressé, hiérarchiser les priorités. Le soutien médico-psychologique s’est organisé comme un plan blanc hospitalier  », explique François Ducrocq.
A cette écoute et à cette verbalisation immédiates peuvent s’ajouter des médicaments. Pendant la phase aiguë, juste après le traumatisme, les tranquillisants de type benzodiazépines ne sont pas recommandés, car ils peuvent avoir des effets paradoxaux. Les médecins des cellules d’urgence peuvent, en revanche, prescrire de l’Atarax, un antihistaminique sédatif. Actuellement, aucun médicament n’a d’autorisation de mise sur le marché pour prévenir l’ESPT, mais beaucoup de molécules font ou ont fait l’objet de tests chez l’animal ou chez l’homme.
Le propanolol, un bétabloquant très utilisé en cardiologie, a obtenu des succès en prévention, lorsqu’il est donné dans les heures qui suivent le traumatisme. Mais sa prescription dans ce cadre reste assez rare, du fait de contraintes d’utilisation. Le propanolol n’efface pas, à proprement parler, les souvenirs du traumatisme, mais il réduirait l’émotion qui lui est associée.
Reconnue comme thérapie des ESPT, l’EMDR (« Eyes movement desensitization and reprocessing  »), un modèle de psychothérapie qui fait appel à des stimulations sensorielles, notamment visuelles, aurait aussi un rôle à jouer en prévention, selon les thérapeutes agréés. «  Durant la phase aiguë d’un traumatisme, le cerveau est submergé d’informations violentes qu’il ne peut traiter. L’EMDR peut aider à leur “digestion”. Dès la première séance, les personnes peuvent être apaisées, ce qui les aide à dormir sans médicament. Cette approche est par exemple régulièrement utilisée en Italie, dans des contextes de tremblement de terre  », explique Isabelle Meignant, psychologue à Toulouse. Formatrice en EMDR, elle est à l’origine d’un récent collectif européen pour l’utilisation de cette méthode en situation d’urgence. Ce réseau s’est mobilisé pour proposer gratuitement des séances aux victimes du 13 novembre.
Comment traiter l’ESPT ?
Depuis 2000, cinq sociétés savantes ont émis des recommandations pour sa prise en charge. Le traitement de première intention repose sur la psychothérapie, avec deux techniques qui sortent du lot  : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) centrées sur le traumatisme et l’EMDR. Dans des centres spécialisés comme Lille ou Toulouse, les praticiens ont en particulier recours à des TCC dites « par exposition prolongée  ». «  Le principe de base est de se confronter à la situation qui fait peur pour s’y habituer et devenir moins réactif, décrit le professeur Philippe Birmes. L’exposition, réalisée dans le cadre d’un protocole très précis, est très progressive, d’abord en imagination puis éventuellement in situ.  »
Il insiste sur l’éducation thérapeutique de l’entourage. «  Juste après un traumatisme, les personnes sont souvent soutenues par leurs proches mais, dans les mois et les années qui suivent, un décalage peut s’installer. Pour l’entourage, l’événement est loin derrière, mais le patient, lui, est toujours au jour J et à l’heure H du traumatisme. Pour l’aider à trouver l’aide dont il a besoin, nous sommes amenés à recevoir les conjoints, les amis… »
L’EMDR est également reconnue dans la prise en charge des ESPT constitués. « Dans le cas de traumatismes “simples”, cette approche peut être efficace en seulement quelques séances, souligne Stéphanie Khalfa (Institut de neurosciences de la Timone, Marseille), qui mène des travaux, notamment en imagerie par résonance magnétique (IRM), pour comprendre par quels mécanismes agit l’EMDR. Quand j’ai commencé mes recherches, il y a six ans, le milieu médical était encore frileux, mais les mentalités s’ouvrent. Nous travaillons avec la CUMP de Marseille, et nous allons démarrer un protocole avec des militaires qui reviennent de zones de guerre. »
Une étude en cours avec le propanolol
Seuls certains antidépresseurs ont une indication dans le traitement de l’ESPT. Le professeur Birmes dirige actuellement une étude randomisée contre placebo avec le propanolol. En 2001, cette molécule avait montré de nets bénéfices chez des personnes avec un ESPT après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse. Traitées une fois par semaine pendant six semaines juste avant une séance où elles devaient réactiver leurs souvenirs, six sur huit avaient guéri de leurs symptômes.
Reste la délicate question de l’organisation des soins. «  La psychothérapie est le traitement de référence de l’ESPT mais, à part dans les établissements publics, les consultations des psychologues ne sont pas remboursées, et de nombreux patients ne peuvent accéder à ce type de prise en charge en soins libéraux  », regrette Philippe Birmes.
Un réseau thématique, ABC des psychotraumas, soutenu par la Fondation FondaMental, a été créé en 2007 pour développer des interactions entre recherche clinique et recherche fondamentale. « L’un de nos grands projets est d’organiser un réseau de centres experts des traumas psychiques sur le territoire, comme cela existe par exemple pour les schizophrénies ou les troubles bipolaires. Lille, Paris, Tours, Toulouse, Montpellier et Marseille pourraient être prêtes rapidement pour ouvrir de tels lieux mais, jusqu’ici, nous n’avons pas pu obtenir de financement  », regrette le professeur René Garcia (université de Nice-Sophia Antipolis), président du réseau ABC des psychotraumas. Plus globalement, des spécialistes appellent à une réflexion sur l’ensemble de la prise en charge, avec une meilleure coordination des soins, dès qu’une tragédie survient.

Source : http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/11/23/attentats-reduire-les-sequelles-psychiques_4815800_1650684.html#8pRly2z20ts5hAAz.99