Montée des pulsions suicidaires liées au travail

Montée des pulsions suicidaires liées au travail

Parmi les raisons attribuées à la survenue de pensées suicidaires au sein de la population active, une hausse importante de la part des motifs professionnels (+8 points) a été observée entre 2010 et 2014. Une étude de Santé publique France, agence nationale de santé publique

Le résumé de l’étude publié sur le site de l’agence :

En France, la prévention du suicide constitue un enjeu majeur de santé publique. Selon le Baromètre santé 2014, parmi les 15 635 personnes de 15-75 ans interrogées, 4,9 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, 7,1 % avoir fait une tentative de suicide au cours de la vie et 0,8 % au cours de l’année. Les femmes déclarent plus de pensées suicidaires et de tentatives de suicide au cours de la vie que les hommes et 2,3 % des femmes âgées de 15 à 19 ans rapportent une tentative de suicide dans l’année. Contrairement aux tentatives de suicide qui concernent plus souvent les jeunes et diminuent avec l’avancée en âge, les pensées suicidaires concernent davantage les 45-64 ans. Pensées suicidaires et tentatives de suicide apparaissent plus élevées parmi les profils de population les moins favorisés (chômeurs ou inactifs, personnes ayant un faible niveau d’études ou des difficultés financières,personnes isolées). Les prévalences de pensées suicidaires et de tentatives de suicide dans l’année ont globalement augmenté entre 2010 et 2014, passant  respectivement de 4,0 % à 4,9 % et de 0,5 % à 0,8 %. Ces hausses concernent essentiellement les populations présentant des facteurs de vulnérabilité (faibles niveaux de diplômes, inactivité, isolement). (…)

Par rapport à 2010, chez les actifs ayant déclaré des pensées suicidaires dans l’année, l’attribution de ces pensées à des motifs professionnels a progressé de près de 8 points (37,1 % évoquaient des raisons professionnelles en 2010 vs44,8 % en 2014 .(…)

Enfin, seules 53,0 % des personnes ayant eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois en ont parlé à quelqu’un et 42,0 % des hommes ayant fait une tentative de suicide dans l’année ne sont pas allés à l’hôpital et n’ont pas été suivis par un professionnel. Ces résultats confirment l’importance du phénomène suicidaire en population générale et la nécessité de développer des dispositifs de prévention et de prise en charge efficaces

Pour 83% des salariés : plus de QVT, même au prix d’une baisse de rémunération

Pour 83% des salariés : plus de QVT, même au prix d’une baisse de rémunération

Selon une enquête réalésée par Elabe, pour le cabinet Interactifs, à la fin du mois de janvier, 83% des salariés français un travail éventuellement moins rémunéré mais dans le cadre d’un « environnement professionnel de qualité ».

Ce choix est encore plus appuyé chez les salariés de la fonction publique d’état (87%), chez les employés (85%) et plus généralement chez les diplomés d’un bac+5 (87%).

Quelles sont les attentes ? Pour l’essentiel une amélioration des qualité relationnelles au sein de l’entreprise : respect, politesse interviennent ainsi avant la clarté ou la précision des demandes ou exigences. Une grande majorité des salariés occupent les deux tiers de leur temps de travail à des relations interpersonnelles, avec leur hiérarchie, leurs collègues, les clients, les prestataires. 40% des personnes interrogées estiment que leurs entreprises ou institutions ne valorisent pas suffisamment la qualité de ses relations quotidiennes.

Dans le cadre professionnel, quand un interlocuteur demande quelque chose, les actifs (18 ans et +) préfèrent que cela soit dit avec politesse (49%, 27% le cite en premier) et respect (46%, 20% le cite en premier), mais aussi avec clarté (41%) et précision (38%).

Attente de respect

Le besoin de respect est plus fort chez les jeunes actifs (18-24 ans) (56%) que pour les plus de 50 ans (44%). A contrario, le besoin de clarté est plus fort en fonction de l’avancée de l’âge (pour 33% des 18-24 ans, 37% des 25-34 ans, 42% des 35-49 ans et 43% des 50 ans et +).

Si 81% des actifs considèrent que les compétences relationnelles sont indispensables pour évoluer professionnellement, ils sont 89% à estimer que la qualité des relations entretenues avec leurs interlocuteurs contribue à leur performance professionnelle. Un sentiment plus fort chez les cadres (96%), que chez les employés (89%) ou les ouvriers (81%) qui reste cependant très élevé.

« La quasi-totalité du temps passé de formation vise à développer les compétences techniques et organisationnelles. On consacre très peu de temps au développement de la compétence relationnelle, alors que la relation occupe la plus grande partie du travail des Français », précise Philippe de Lapoyade, président du cabinet Interactifs, cité oppar le siteAerocontact. « Ces compétences relationnelles revêtent de la capacité à échanger, avec autrui, de façon efficace et confortable, pour chacun, de manière conforme aux convictions partagées. » précise-t-il.

« Le risque d’un chômage technologique de masse peut être écarté »

« Le risque d’un chômage technologique de masse peut être écarté »

NOUVELLES TECHNOLOGIES  – Rue 89 –  Des millions d’emplois supprimés, remplacés par des robots, des logiciels, des algorithmes. Plusieurs études ont dressé ces projections alarmantes au cours des trois dernières années, de l’université d’Oxford à l’institut belge Bruegel. Les économistes de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques, le « club des pays riches », qui regroupe les principaux Etats développés et prône le libre-échange et la concurrence) ont voulu reprendre les hypothèses de ces études, en particulier celles des chercheurs d’Oxford (Carl Frey et Michael Osborne) qui arrivaient à la conclusion que 47% des emplois étaient « à risque » aux Etats-Unis au cours des dix à vingt prochaines années. Selon les économistes de l’OCDE, le taux d’emplois automatisables serait plus proche de 9%. Le moindre besoin de main d’œuvre dû à l’automatisation et au numérique pourrait se traduire plutôt par… la baisse du temps de travail. Un article de Delphine Cuny, sur le site Rue 89 :  

Leur approche des jobs « automatisables » serait trop générale, a expliqué en substance Stefano Scarpetta, le directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’organisation, lors d’une présentation de l’étude cette semaine :

« Ils supposent que tous les emplois sont identiques au sein d’une profession et dans tous les pays. Il vaut mieux analyser le contenu des tâches pour chaque emploi et non en moyenne pour chaque profession. »

« Changement de la nature des tâches »

Les auteurs de l’étude de l’OCDE (l’équipe d’économistes de l’institut allemand ZEW) ont réalisé une cartographie des tâches concrètes à partir des données issues de l’enquête internationale détaillée sur les compétences des adultes (PIACC) de l’organisation. Leur conclusion :« Il est peu probable que l’automatisation et la numérisation détruisent un grand nombre d’emplois. »Stefano Scarpetta résume en chiffres : « Ce serait plutôt 9% en moyenne des emplois aux Etats-Unis et dans les pays de l’OCDE qui seraient automatisables, avec plus de 70% de tâches substituables par des machines. C’est beaucoup moins que les 47% ! »Soit tout de même de l’ordre de 2 millions de chômeurs potentiels en plus à l’échelle de la France. Sont notamment concernées toutes les tâches répétitives et les jobs intermédiaires.

Mais pour Stefano Scarpetta : « Le risque de “chômage technologique” de masse, pour reprendre l’expression mise en avant par John Maynard Keynes dès 1931, peut être écarté. En termes de volume, il n’y a pas forcément de grand risque de chômage technologique. Il faut plutôt parler de changement profond de la nature des tâches ». Si l’on regarde les jobs « à risque moyen de substitution » (soit tout de même entre la moitié et 70% des tâches pouvant être confiées à un logiciel ou un robot), on grimpe à 35% des emplois concernés en moyenne – 30% en France.

Attention aux emplois peu qualifiés

Mais l’OCDE nuance : « les travailleurs peuvent s’adapter en changeant leurs tâches », d’où la nécessité de la formation continue tout au long de la vie professionnelle, et « le changement technologique génère aussi des emplois supplémentaires », même si ces derniers ne remplacent pas les emplois perdus, car les compétences ne sont pas les mêmes. Ce sont les effets indirects :« Selon certaines estimations, chaque emploi créé par le secteur de la haute technologie entraîne la création d’environ cinq emplois complémentaires. »Pas d’angélisme pour autant : l’OCDE reconnaît qu’il y aura bien des suppressions d’emplois et « les travailleurs moins instruits sont ceux qui courent le plus de risques de voir leur emploi supprimé ». Les économistes de cette organisation libérale avancent une piste qui résonne dans le débat politique français actuel, à l’heure où les candidats à la primaire du parti Les Républicains prônent tous la fin des 35 heures et le retour aux 39 heures : « Pour s’adapter à la réduction éventuelle de la demande de main d’œuvre, il faut envisager d’autres moyens, par exemple la baisse des heures de travail. » Encore faut-il que l’on trouve une solution politique de redistribution pour maintenir le niveau de vie, comme le revenu de base universel, sur lequel l’OCDE travaille.

Un revenu de base universel ?

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Pour lire l’ensemble de l’article : http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/20/risque-dun-chomage-masse-cause-les-machines-peut-etre-ecarte-264085

Comment évaluer la charge de travail ?

Comment évaluer la charge de travail ?

ÉVALUATION  – Le Monde –  Depuis quelques années, la notion de charge de travail s’est largement invitée dans les négociations professionnelles. Plusieurs accords nationaux interprofessionnels (ANI) portant sur le stress, les risques psychosociaux ou la qualité de vie au travail l’ont évoquée. L’obligation de, mesurer la charge de travail est ainsi devenue l’un des piliers de la prévention des risques psychosociaux, en plus d’être une obligation pour tout employeur. Un article de Gaëlle Picut, dans Le Monde

Mais comment mesurer et évaluer la charge de travail ? Un livre blanc réalisé par le groupe Silamir, spécialisé dans l’accompagnement de la transformation métier et digitale des entreprises et le cabinet Lusis Avocats, et publié le 12 mai, tente de contribuer  à la réflexion.

La surcharge de travail, le non-respect de la durée du travail ou encore la non-évaluation régulière de la charge de travail sont régulièrement invoqués par les tribunaux ou les caisses primaires d’assurance maladie. Soit pour établir un lien de causalité entre un accident et les conditions de travail, soit pour reconnaître un manquement de l’employeur et établir l’existence d’une faute inexcusable. L’arrêt Fnac rendu par la Cour d’appel de Paris le 13 décembre 2012 a marqué un tournant dans la jurisprudence : il a révélé l’obligation de fournir  des « éléments quantitatifs sur les transfets de charge de travail » induits par tout projet de réorganisation, sous peine d’être recalé.

Pourtant, selon les auteurs du livre blanc «L’évaluation et l’objectivisation de la charge de travail »  près des deux tiers des entreprises étudiées n’ont pas mis en place d’actions sur la charge de travail et la même proportion d’entreprises ne dispose pas, pour l’heure, de moyens, de processus ou d’outils spécifiques de remontée des données. Pour les 35 % d’entreprises qui ont mis des actions sur la charge de travail, la mesure du nombre d’heures travaillées est plébiscitée.

Pourtant les entreprises ont souvent conscience de l’insuffisance de cet indicateur pour appréhender cette notion dans toute sa complexité, notamment pour les cadres, les professions intellectuelles et les personnes travaillant en mode projet…

(…)

Trois variables

L’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), qui travaille sur le sujet depuis des années, distingue la charge de travail prescrite, la charge de travail réelle et la charge de travail ressentie par le salarié.

Forte de cette expérience, elle recommande une approche autour de ces trois variables : identifier la charge de travail prescrite (les tâches à réaliser qui comprennent une dimension quantitative et qualitative et qui relèvent du « devoir »), caractériser la charge réelle de travail (c’est-à-dire tout ce que mettent en œuvre les individus et les collectifs pour atteindre leurs objectifs, et qui relève du « faire ») et enfin, définir la charge de travail subjective ou vécue (c’est-à-dire l’évaluation que font les salariés de leur propre charge, la manière dont ils la vivent et la supportent).

En effet, une même charge de travail n’est pas vécue de la même façon d’une personne à l’autre, en fonction de sa condition physique ou psychique, de son intérêt pour les missions, de sa vie personnelle, de sa résistance au stress, etc.

Qu’est-ce qu’une surcharge ?

L’Anact définit la surcharge de travail comme « un seuil à partir duquel les risques sur la santé physique et mentale deviennent tangibles ». Le livre blanc reprend cette idée de seuil de tolérance à partir duquel le salarié peut être mis en danger.

Mais pour l’Anact, il ne s’agit pas tant de mesurer la charge de travail de façon arithmétique que d’initier un débat qui permette aux acteurs de l’entreprise de confronter leurs points de vue. « En permettant l’expression et la comparaison de ces trois variables, on peut mesurer, d’une part, l’écart et les décalages qui existent entre elles et, d’autre part,décider concrètement sur quels éléments peu tporter la régulation de la charge de travail. Il peut s’agir de problèmes de gestion d’effectifs, de fixation du bon taux de qualité, du nombre de clients reçus ou encore de pièces produites » détaille Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Anact et auteur de « La charge de travail : De l’évaluation à la négociation » (2004, qui va être réactualisé dans les prochaines semaines).

(…)

La méthodologie du Livre blanc

De son côté, le livre blanc préconise une méthodologie reposant sur trois piliers principaux : un référentiel d’évaluation de la charge de travail par poste, la définition d’une fourchette d’acceptabilité (ou seuil de tolérance, à l’instar des seuils d’exposition au risque chimique) grâce à une matrice d’analyse et la responsabilisation du management. Selon les auteurs, cela permettrait de « dépasser le débat entre personnalisation et besoin d’objectivité ».

Par ailleurs, il propose de remplacer la mesure de la charge par la mesure de l’expérience salarié, « une notion plus globale », inspirée par le groupe Orange qui a créé une direction de l’expérience salarié en 2015. A cette fin, il propose différents outils : un questionnaire NPS (« Net Promoter Score ») qui quantifie la satisfaction du salarié sur le modèle de ce qui est pratiqué pour mesurer la satisfaction client, des évaluations individuelles trimestrielles ou annuelles et des systèmes d’alertes transversaux.

A cette mesure globale de l’expérience salarié, doit être combinée la mesure des « irritants » relativement objectivables (par exemple des logiciels défaillants ou sous-dimensionnés, un envirronement de travail peu adapté, une mésentente entre collègues) et sur lesquels il est possible d’agir.

D’autres notions importantes doivent également être intégrées à la réflexion : celles de la rétribution et de la reconnaissance des efforts fournis pour réaliser la charge de travail réelle ou encore celle de la qualité des métiers.

(…)

Source : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/20/comment-connaitre-la-charge-de-travail-autrement-qu-en-nombre-d-heures_4923504_1698637.html#oDBkYgypPPFrKzSU.99

7eme prix du roman d’entreprise et du travail

7eme prix du roman d’entreprise et du travail

TECHNOLOGIA  – FO Hebdo, GQ magazine –  En décernant le 7e Prix du roman d’entreprise et du travail à Slimane Kader pour son ouvrage Avec vue sous la mer, le jury a fait le choix de la singularité.Ce prix est à l’initiaitive du cabinet Technologia, du réseau Place de la Médiation et la Mutuelle UMC. des artivcles de Force Ouvrière Hebdo et du site GQ Magazine :

Tout d’abord, l’histoire : un jeune travailleur précaire de Seine-Saint-Denis se retrouve embauché comme homme à tout faire sur un paquebot de croisière qui promène ses 6 000 touristes états-uniens dans les Caraïbes. Il y découvre un monde souterrain, ou plutôt sous-marin, constitué de mécaniciens, de cuisiniers, serveurs, nettoyeurs, vendeurs et autres artistes et animateurs. Slimane Kader est le septième lauréat du Prix du roman d’entreprise et du travail, qu’il a reçu le 9 mars 2016 des mains de la ministre du Travail Myriam El khomri pour son livre Avec vue sous la mer.

Dessous, les damnés de la mer

Enchaînant les tâches les plus ingrates, il va, grâce à sa débrouillardise et au hasard, se faire une place au sein de cet immeuble flottant dans lequel la plupart des 2 000 salariés sont cantonnés dans les étages inférieurs, situés sous la ligne de flottaison. Une tour de Babel dans laquelle la division du travail est poussée à l’extrême et s’opère aussi selon des critères ethniques : les Asiatiques aux tâches de précision, les Européens à l’organisation et les Indiens avec les Blacks en cuisine.

Apprenant sur le tas une langue anglaise qui sert de sésame, Wam – le héros – pense et écrit dans un français populaire constitué d’argot moderne et de verlan : « Sa meuf – genre vendeuse de chez Pimkie – a vingt ans de moins que lui et des seins en plastique, bien rigides derrière le soutif jaune fluo […]. Ils sont accompagnés par un chiard, 13 ans et une tronche comme une invitation à coller des beignes ! Petite bouche de rongeur avec un appareil dentaire. Voix de buse qui vient de se faire cartonner par un téléphérique. »

Certes, le style d’écriture pourra parfois dérouter mais il permettra au lecteur de découvrir ce que sont un blèm, un kif, un chouf, un relou et même un boule ou encore une teub…

L’originalité du roman de Slimane Kader c’est de nous plonger dans un univers insoupçonné, celui d’un prolétariat mondialisé, qui n’a pas souvent sa place dans la littérature contemporaine. Quiconque lira ce livre en apprendra plus sur l’envers du décor et sur le quotidien de ceux qui y œuvrent qu’en passant une semaine de croisière all inclusive.

Lors de la remise du prix, c’est la jeune et dynamique maison d’édition Allary qui a reçu la récompense pour Slimane Kader car celui-ci était en mer, quelque part dans les Caraïbes. Aux dernières nouvelles, Avec vue sous la mer sera adapté à la télévision.

L’auteur a été interviewé par Jacques Braunstein sur le site GQ magazine, le 27 mars 2014 :

Quand vous vous êtes engagé sur un paquebot de croisière, vous saviez ce qui vous attendait ? Vous imaginiez la dureté des conditions de travail ?
Un mec que je connaissais m’avait parlé de ce plan. Il m’avait mis au parfum, je savais que je n’allais pas bosser avec les télétubbies… A l’époque j’étais à la ramasse et comme je n’ai peur de rien, je me suis dit que j’allais tenter le coup, je n’avais rien à perdre de toute façon !

Vous décrivez les rapports sociaux entre les différentes communautés sans jamais les juger. Cela ne vous choque pas que chaque communauté (Blancs, Chinois, Mauriciens…) soit cantonnée à une tâche ?
Est-ce que ça te choque que 95% des joueurs de NBA soient blacks ? Et la plonge dans les restos à Panam, c’est un monopole de Norvégiens ? Je vois les choses comme elles sont. Après on peut réfléchir pour comprendre, voir le truc sous l’œil de la sociologie… Sur les bateaux, les gens cherchent de la thune parce que dans leur pays c’est la misère ! Pour eux travailler sur un bateau ça le fait ! Alors l’info circule…  Quand un mec bosse sur un bateau et qu’un plan boulot se profile il prévient ses potes du bled qui rappliquent ! Les recruteurs ne disent pas : « toi t’es Paki’ alors tu vas travailler dans les cuisines avec les autres Paki’. » C’est le Paki’ qui ne peut postuler à rien d’autre. S’il a fait une école de marine et que c’est un cador, il aura son poste d’officier sur le pont…

L’idée que les employés de ces bateaux de croisière dans les Caraïbes ne voient jamais la lumière semble démente. Vous n’exagérez pas un peu ? Il n’y a pas une terrasse pour l’équipage ? Des moments cool comme dans La croisière s’amuse ?
Il y a un entrepont à l’arrière du bateau… Avec des dizaines de crevards allongés au soleil. Un quart d’heure. Vingt minutes. C’est pas bézef, mais quand tu vis comme un ermite, c’est le paradis. Parce que La croisière s’amuse, c’est surtout pour les officiers… Ils ont le droit d’aller au contact de la clientèle dans les clubs, les restos… Nous on s’éclate comme on peut, mais il ne faut pas être trop crevé et avoir le temps… C’est rare.

(…)

 Focus : Un prix littéraire pas comme les autres
Chaque année depuis sept ans, le Prix du roman d’entreprise et du travail récompense un roman dans lequel le travail occupe une place centrale. Il est décerné par un jury de dix-neuf personnes dont l’engagement professionnel ou personnel a trait au travail. Les douze ouvrages initialement sélectionnés ne doivent pas avoir remporté d’autre prix littéraire auparavant.
Il est organisé par le cabinet Technologia et le réseau Place de la Médiation et doté par la mutuelle UMC.

Pour lire l’ensemble des articles : http://www.force-ouvriere.fr/7e-edition-du-prix-du-roman-d-entreprise-et-du-travail ;   http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/livres/articles/slimane-kader-avec-vue-sous-la-mer/13513